‹ La vie et la lumiére. Avec 48 figures dans le texteChapitre 17 sur 46 · CHAPITRE X · texte numérisé non relu

CHAPITRE X

Les caractères organoleptiques sont intéressants à noter. La lumière est continue, tranquille chez les Champignons élevés et les Photobactériacées. Lorsque les cultures des Photobactéries sont encore très petites et disséminées par petits points dans les cultures par semis, on peut observer une véritable scintillation. J’ai montré que ce phénomène est dû aux oscillations des éléments visuels de la rétine ; j'aurai l’occasion de revenir sur ce point à propos de la vision dermatique (voir p. 253).

Elle peut parfois paraître ondulante, comme s'il y avait des émissions de vapeurs phosphorescentes, mais ce n'est qu'une apparence trompeuse. Il en est de même chez les Myriapodes. Beaucoup d'animaux inférieurs ont également une lumière continue ; chez d’autres, elle est intermittente, scintillante, comme chez les Lucioles,les Photinus américains, pendant le vol.

La couleur peut changer chez les Photobactériacées suivant les milieux de culture. La lumière de Photobacterium sarcophilum Dubois est bleu verdâtre sur la viande de porc et blanche sur les bouillons de gélatine peptone : le degré de salure à une influence ; l’âge de la culture modifie à la fois l'intensité et la couleur. Suivant les espèces également on peut avoir des lumières blanche, bléuâtre, orangée, dorée, verte. Ce caractère modifiable chez une même espèce ne peut

servir de base à une classification. La lumière des mycéliums de Champignons, comme celle de notre Agaricus olearius, est blanche, mais chez les Champignons exotiques, elle devient vert émeraude ou bleu verdâtre. La couleur propre des Champignons n’a pas d'influence sur celle de la Ilumière, comme le croit Molish: la chair d'Agaricus olearius est rouge orangé, et la lumière est blanche.

Certains animaux ont une lumière changeante. Les méduses rencontrées par le Prince de Monaco en grande abondance aux environs de Ténériffe émettaient une lueur douce allant du bleu tendre au rose. Les Gorgonidés abyssaux lancent de tous les points des tiges et des branches, des éclats s'atténuant puis s'exaltant pour passer du violet au pourpre, au rouge, à l’orangé, et du bleuâtre aux différents tons du vert. Ce dernier est [a couleur dominante. J'ai parlé déjà des changements de couleur que subit le Pyrosome sous l'influence de certaines excitalions (voir p. 96).

La nuance varie suivant le sexe : elle est jaunâtre chez le Lampyre mâle et blanche chez la femelle.

L'âge, le stade d'évolution a parfois une influence très grande : la lumière de la larve du Pyrophore est bleuâtre et celle de l'Insecte adulte est verte.

Sur le même animal, on peut rencontrer des fanaux de couleurs très diverses, par exemple chez ce curieux Céphalopode qu'est Eunoploteuthis diadema Chun (voir p.88), dontila été précédemment question.

Il se peut que parfois la couleur de la lumière soit modifiée par celle des téguments ou par les lames minces des réflecteurs.

Enfin il n’est pas douteux que la teinte verte du sang ait une influence sur celle de la lumière du Pyrophore des Antilles.

Mais dans la majorité des cas, surtout quand il y a des changements chromatiques s'opérant sur un même point dans un même organe, il faut bien admeltre que ceux-ci sont en rapport avec des modifications intimes du bioprotéon photogène ou de ses produits.

Chez la Noctiluque vigoureuse, de Quatrefages a noté que la luminosité par éclairs est bleuâtre, et que chez l'animal

fatigué ou malade, elle devient continue, blanche, pâle. Dans l'intérieur de ce dernier, elle est encore produite, comme dans le premier cas, par des points lumineux scintillants, mais ces points sont beaucoup plus petits et plus rapprochés.

Il est bien probable que dans les autres cas de lumières changeantes, les différences résultent de modifications dans le nombre et surtout dans le volume des particules lumineuses produites par la rapidité plus ou moins grande, par l'énergie plus ou moins vive de la réaction photogène. J'ai noté que quand on chauffe brusquement les organes lumineux du Lampyre, ou que l’on ajoute un peu d’ammoniaque à l'eau rendue lumineuse par trituration avec ces organes, la lumière du blanc bleuâtre passe au rouge feu. Plus tard, Mc Dermott a constaté que si l’on humecte avec du peroxyde d'hydrogène à 3 p. 100 le tissu desséché des organes lumineux de Photinus pyralis, le spectre de la lumière ainsi produite est localisé dans la partie jaune ou jaune orangé du spectre.

Il y a dans cette direction de curieuses recherches à faire.

On ne doit pas confondre la couleur avec l'éclat,

Tous les observateurs qui ont vu la lumière des P yrophores s'accordent à dire que cette « belle lumière » a un éclat particulier : il correspond à une sensation spéciale de notre œil el ne se confond pas avec le sens chromatique. La Luciole et d’autres animaux photogènes, mais à un moindre degré, impressionnent de même notre rétine.

En 1886, j'ai découvert l'explication de ce curieux phénomène et montré qu'il tient à ce que les organes photogènes du Pyrophore renferment une substance fluorescente à laquelle j'ai donné le nom de Pyrophorine : elle acquiert la plus grande intensité lumineuse dans les rayons ultra-violets d’une longueur d'onde — 0,391 4. L'acide acétique lui fail perdre sa fluorescence, mais l’'ammoniaque la lui restitue : c'est vraisemblablement un glucoside. Je n'ai pas trouvé cette substance fluorescente chez les larves, qui d’ailleurs n’ont pas le même éclat que l'adulte. En revanche, j'en ai depuis longtemps signalé la présence chez la Luciole italique. J'ai ainsi établi que la fluorescence s'ajoute à la photogénèse propre-

ment dite, aussi bien chez les Élatérides que chez les Lampyrides. L'exactitude de ma conclusion a été confirmée par les recherches ultérieures de Ives, Coblentz, Kastle, Me Dermott sur les Photinus américains. L'étendue du spectre fluorescent chez ces Insectes s'étend de 0,380 y à 0,510 u, tandis que celui de la lumière émise totale va de 0,510 w à 0,670 y. Ces deux lumières se trouveraient ainsi, chez Photinus, complémentaires l’une de l’autre.

Je suis tombé d'accord avec Mc Dermott pour donner à ces corps fluorescents le nom générique de « Luciférescéine » formé par les trois premières syllabes des mots que j'ai créés pour désigner les produits photogènes « Luciférase » et « Luci- Jérine », suivis de la terminaison « escéine » qui est commune avec celle du mot fluorescéine et rappelle ainsi la propriété caractéristique de cès corps.

La luciférescéine des Photinus lumineux disparaît chez Photinus corrascus, Lampyride devenu diurne. Il serait intéressant de rechercher s’il en est de même pour Pyrophorus cæcus et P. extinctus.

Ainsi que je l'ai indiqué en 1886, la fluorescence des Insectes est un procédé de perfectionnement indépendant de la réaction photogénique proprement dite. Elle permet à l'animal de transformer des radiations obscures inutiles, peut-être même nuisibles et d'augmenter ainsi notablement le rendement des appareils éclairants, en donnant ce que j'avais appelé une « lumière condensée ». Cette découverte a été depuis le point de départ d’utiles et importantes applications industrielles, mais comme toujours le procédé naturel s’est trouvé supérieur à l'invention humaine (1).

En injectant de l'éosine dans un organe lumineux, j'ai vu la lueur devenir rouge feu avec reflets fluorescents. Toutes les radiations chimiques ne sont donc pas transformées en

(1) Nora. — Je n'ai pas dit, comme pourrait le faire croire une des notes de Mc Dermott, que la Pyrophorine ou Luciférescéine du Pyrophore est de l’esculine. J'ai montré, ce qui est bien différent, que l’esculine peut donnerune magnifique lumière capable de rivaliser avec celle de la Pholade (voir p. 133).

radiations éclairantes par la pyroluciférescéine et c'est d’ailleurs ce que l'expérience vérifie, comme on le verra plus loin.

Les luciférescéines doivent avoir une « résonance » spéciale, car je n’ai pas réussi, jusqu’à présent, à augmenter le pouvoir éclairant du mucus de Pholade en y ajoutant des traces d’une vingtaine au moins de corps fluorescents organiques ou minéraux.

J'ajouterai encore que j'ai depuis longtemps signalé l’existence de corps fluorescents chez des animaux non lumineux, où ils doivent jouer certainement un rôle parliculier : j'y reviendrai à propos de l’action de la lumière sur les organismes vivants (voir p. 166).

L'existence de la fluorescence dans la lumière du Pyrophore et de la Luciole indique la présence de radiations chimiques, actiniques, ultra-violettes dans le rayonnement des Élatérides et des Lampyrides. Les recherches de Nagooka n'ont fait que confirmer ma découverte des rayons ultra-violets dans la lumière des Insectes, attribuée à tort par Houllevigue au savant japonais.

En est-il de même pour les autres organismes lumineux ?

En 1886, j'ai présenté à la Société de biologie la pholographic d’un Poisson (Orphie) rendu lumineux par les Photobactéries : elle avait exigé six heures de pose dans le cabinet noir.

D'ailleurs, chez les Pyrophores, la fluorescence ne supprime pas tout pouvoir actinique, car, dès 1884, j'avais pu obtenir des photographies très nettes, en un temps relativement court, avec la lumière du Pyrophore.

En 1887, d'après Forster, des épreuves photographiques auraient été également obtenues par Hasen-Noman, et, la même année, Fischer aurait photographié un Hareng.

Plus tard, j'ai fait une photographie du buste de Claude Bernard éclairé par les microbes lumineux (voir fig. 3, p.31).

Ces expériences furent répétées avec succès par Barnard, Molish et d’autres. Enfin, en 1903, Nadson reproduisit les contours d’une grenouille parasitée par inoculation de microbes photogènes.

Abel Busquet, en 1895, a montré que la puissance ou intensité graphique du rayonnement par le Pyrophore est très faible et ne dépasse pas un millionième de bougie décimale graphique P — 0.000.001. En s'appuyant d'autre part sur nos évalualions photométriques, il a conclu que la machine éclairante vivante du Cucuyo fournit des radiations parmi lesquelles 1/5000 seulement est perdu en rayons actiniques : elle voilerait donc 5.000 fois moins vite une plaque qu'une bougie. Cet éclairage, d'après Busquet, pourrait être utilisé pour les photographies qui doivent être obtenues très lentement. Les cullures en ballons faites par mon procédé (voir p. 119) pourraient être utilisées dans ce sens ou mieux encore ma « lampe vivante » (voir p. 32).

La lumière du Pyrophore ne renferme pas de vibrations électriques susceptibles de décharger l'électroscope à feuilles d’or le plus sensible. D’autre part, avec un galvanomètre pouvant accuser 1/10000 de volt, nous n'avons pu déceler aucune différence de potentiel mesurable entre l'appareil lumineux et un point voisin du corps. Ces recherches failes à la Sorbonne, par moi et Bourbouse, remontent à 1885. Daniel Berthelot vient de faire la même constatation avec le Ver luisant.

Malgré cela, on pouvait se demander, en raison de l'existence de la fluorescence, si la lumière physiologique, comme les rayons X ou les émanations du radium, pourrait influencer une plaque photographique au travers de corps opaques pour notre œil. Faute de Pyrophores, je me suis servi de la lumière des appareils de la Pholade dactyle et de cultures de Pholobactéries. En évitant toutes les causes d'erreurs provenant du contact, d'émanalions gazeuses, elc., j'ai pu influencer une plaque enveloppée de papier noir. Il a fallu quinze heures de pose. Avec un temps plus long encore, jai pu obtenir le même résultat en séparant la plaque du foyer lumineux par du carlon mince ou par une planchetle de bois : la photographie montrait la structure interne du couvercle de boîte en bois dont je m'étais servi. Cette lumière ne traverse pas les couches d'aluminium et peut-être oblien-

COMPOSITION PHYSIQUE DE LA LUMIÈRE PHYSIOLOGIQUE Il

drait-on les mêmes résullats que ceux que j'ai consignés ci-dessus avec d’autres sources de lumière. MM. Lumière, de Lyon, ont obtenu, je crois, une photographie malgré l'interposition d’une plaque d'ébonite entre la plaque et le foyer d'une lampe. Quoi qu'il en soit, je n'ai pu accepter les conclusions que Molish a tirées de ses expériences de contrôle et des miennes, el je les ai réfutées complètement (1). Toutes les substances sont plus ou moins translucides, poreuses, el certaines d'entre elles, qui laissent passer la lumière en quantité insuffisante pour impressionner nolre rétine, peuvent à la longue, par un effet cumulatif, impressionner la plaque photographique : il ne s’agit pas là de « lumière noire » mais simplement de « lumière invisible ». C'est une question de quantité et non de qualité.

D'après Murakao, la lumière du Ver luisant se comporterait comme de la lumière ordinaire, mais par sa filtration à travers le carton, ou une lame de cuivre, elle acquerrait des propriétés analogues aux radialions de Rünlgen ou à celles de Becquerel, par un « phénomène de succion » comparable à l'allure des lignes de forces magnétiques vis-àvis du fer. Il serait indispensable de répéter les expériences du savant japonais avant de conclure définitivement.

La recherche des radiations calorifiques était indiquée pour établir le bilan érergétique de lumière physiologique,

En 1869, Maurice Girard ies avait recherchées chez les Lampyres, mais les moyens employés étaient tout à fait insuffisants : on peut en dire autant des recherches de Dieckhoff, Matteucci, de Joseph sur ce mème Insecte, de celles d'Ehrenberg sur les animaux marins, de Quatrefages sur les Noctiluques, de Panceri sur les Pholas, Pyrosomes, Méduses, Siphonophores et Pennatules.

En 1884 el 1885, j'ai entrepris d'élucider définilivement la queslion en utilisant les plus puissants animaux photogènes, les Pyrophores des Antilles.

Les radiations fournies par douze Pyrophores dirigées sur

(1) Voir Revue scientifique, 25 novembre 1905, Paris.

les ailettes d'un radiomètre très sensible puisque, dans l'obscurité, l'approche de la main suffisait à le mettre à distance en mouvement, ne produisirent aucun effet. Mais en utilisant une pile thermoélectrique et un galvanomètre d’une extrême sensibilité, appartenant au laboratoire de physique de la Sorbonne, nous avons pu, en nous entourant des plus minutieuses précautions (voir les Élatérides lumineux, Loc. cit., p.94), déceler seulement des {races infinitésimales de chaleur dans le faisceau de lumière fourni par l'appareil prothoracique du Pyrophore.

Ce résultat a été confirmé en Amérique par deux physiciens de la plus haute valeur : Very et Langley, avec leur bolomètre, instrument d’une extrême sensibilité. Ils ont cherché à mesurer la quantité de chaleur rayonnée par un centimètre carré de surface lumineuse en dix secondes; ils ont trouvé qu'elle est environ de 0,000 de petite calorie et que la radiation totale de la tache la plus lumineuse, celle de l'abdomen, ne doit pas excéder 0,0007 de calorie dans le même temps! On voit bien que nous avions eu raison de dire que la quantité de chaleur accompagnant la lumière des Pyrophores est véritablement infinitésimale.

Il convient d'ajouter que Very et Langley ont également adopté notre manière de voir, à savoir que l'on se trouve bien en présence d'une lumière spéciale qui ne ressemble, par sa composition, à celle d'aucun foyer usuel artificiel et qui mérile, pour cette raison,le nom de « Lumière froide ». Plus récemment (1), les belles recherches de William W. Coblentz sur les Photuris et les Photinus américains ont apporté une nouvelle confirmation des résultats que j'avais obtenus avec les Pyrophores, et il est regrettable qu'Houllevigue, qui n’a fait aucune recherche expérimentale sur la lumière froide physiologique, ait eu l’imprudence de critiquer cette expression.

L'analyse qualitative des radiations visibles de la lumière physiologique a été l'objet de nombreuses recherches, qu'il

(1) À physical Sludy of the firefy, Washington, 1912.

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serait trop long d’énumérer ici, et pour lesquelles je renvoie à l’article « Lumière » que j'ai écrit pour le dictionnaire de physiologie de Charles Richet.

Toutes concordent à montrer que la lumière physiologique est continue, sans bandes ni raies et riche principalement en radiations appartenant à la région moyenne du spectre, c'està-dire à celle qui est la plus éclairante.

Mes recherches personnelles ont porté sur les Photobactériacées, sur la Pholade dactyle, mais seul, le Pyrophore des Antilles a pu me permettre de faire une analyse quantitative de la lumière physiologique : elle a été poursuivie en 188/- 85 à la Sorbonne (voir Élatérides lumineux) à l’aide du spec-

trophotomètre de Gouy. Les résultats obtenus à cette époque concordent également de tous points avec ceux qui ont été trouvés quelques années plus tard par Very et Langley : aucune hésitation ne peut donc subsister sur leur valeur. S'il est vrai que l’œ1il puisse servir à établir une comparaison entre deux quantités de lumière de même qualité, telle que deux quantités de lumière blanche ou bien deux quantités de lumière simple identiques aualitativement, il n’en est plus de même quand il s’agit de comparer la lumière du Pyrophore avec une lumière artificielle. La teinte de celte lumière est verte, et de plus, elle a un éclat fluorescent. Pour la photométrie, il était de toute nécessité d’avoir recours à la spectrophotométrie comparée de la lumière du Pyrophore avec celle d’une bougie. Les chiffres fournis par cette méthode ont permis de construire des courbes comparatives qui ont fait voir que l'aire comprise entre l'axe des longueurs d'onde et la courbe est, pour la lumière des Pyrophores, presque entièrement occupée par des rayons verts et jaunes, ces derniers couvrant environ les deux tiers de cette aire (fig. 37): on remarque également que le maximum d'intensité correspond à la longueur d'onde 528,56; or, cette longueur d'onde se trouve être précisément la même que celle qui a été indiquée par Charpentier pour le maximum de clarté du spectre solaire. Les courbes montrent également que pour la bougie, le maximum ne correspond plus qu’à la longueur R. Dugois. 8

d'onde 496, 67 4 et se trouve par conséquent reportée du côté des rayons les moins réfrangibles. D'après les expériences de Dowe, on obtiendrait un résultat inverse si la composiion du spectre des Pyrophores devait ses propriétés à la faiblesse de son intensité. Enfin, l'aire délimitée par la courbe des intensités de la bougie et la ligne des longueurs d'onde

M CRORAPEE

Fr&. 37. — Courbes des intensités calorifique, lumineuse et chimique] dans le spectre solaire.

T, courbe des radiations calorifiques ; — K, courbe des radiations chimiques ; — L, courbe des radiations lumineuses ; — M, position du maximum spectrophotometrique de la lumière du Pyrophore ; — 5%», position du maximum spectrophotométrique de la flamme d'une bougie.

Nora. — Les courbes comparatives établies pour la lumière d’autres Insectes (Photinus américains) n’ont fait que confirmer l’incomparable supériorité de la lumière physiologique sur celle des foyers artificiels.

n’est occupée que dans une partie beaucoup plus restreinte par les rayons jaunes.

Les calculs photométriques montrent que la valeur d’un appareil prothoracique de Pyrophore est d'environ 1/150 de bougie du Phénix (de 8 à la livre). Si l’on admet que l’appareil ventral possède un pouvoir éclairant double d’un des appareils prothoraciques, on voit qu'il faudrait trente-sept à trente-huit de ces Insectes à la fois lumineux par tous leurs appareils pour éclairer un appartement avec la même intensité qu'une bougie. Il ne faut pas oublier que dans le volume occupé par la flamme d'une bougie, il pourrait tenir un nombre considérable d'appareils photogènes.

S1 l'on perce deux petits trous de mêmes dimensions dans un écran et que l’on examine comparativement l'éclairage fourni par une bougie placée derrière l’un des trous et celle qui est fournie par un Pyrophore, on voit déjà, à l'œil, qu'il existe un gros avantage en faveur du Pyrophore, mais ce procédé ne permet aucune mesure.Tandis qu'avec les mesures photométriques, on peut conclure, comme l'on fait après nous Very et Langley, que la composition de la lumière vivante est non seulement qualitativement mais encore quanlitativement très supérieure à celle de nos foyers artificiels, même à celle du soleil. La composition trouvée par l’expérience ne lient nullement à la faiblesse relative des foyers physiologiques dus à leur petitesse, ni à l'absorption du spectre par les appareils employés : elle est véritablement caractéristique d’une lumière spéciale, presque complètement dépourvue de radiations protochimiques et calorifiques constituant un véritable type de lumière froide d’une incomparable valeur économique.

On sait que la quantité d'énergie W rayonnée par un foyer lumineux se compose de deux parties : l’une W, représente l'énergie de radiations lumineuses et W, celle des radiations

obscures.

W ee Le rapport = de l'énergie des radiations lumineuses à

celle de la totalité des radiations s'appelle le rendement lumineux du foyer. Chez le Pyrophore W; est représenté pour l'énergie chimique par 1/5000 et l'énergie calorifique ne dépasse pas, pour la plaque ventrale, 0,0007 de petite calorie. Cela signifie que le rendement est donc presque égal à l'unité ou, en d’autres termes, qu'il sera à peu près de 100 p. 100;alors que nos meilleurs foyers ne donnent guère un rendement supérieur à 4 p. 100.

Mes conclusions et celles de Very et Langley trouvent encore leur confirmation et leur généralisation dans les recherches récentes de Yves et Coblentz faites en Amérique

sur Photinus Pyralis el divers autres malacodermes américains (1). La lumière de ces Lampyrides est sans bandes ni raies. Du côté du rouge.elle ne dépasse pas 0,670 y et du côté du violet 0,510 &. Le pouvoir radiant évalué par une autre méthode que la nôtre, a fourni des résultats à peu près semblables, puisque ces physiciens ont évalué à 96 p. 100 le rendement lumineux de Photinus.

Le tableau de Guillaume, dressé d'après les résultats que nous avions donnés, montre la valeur comparative des rendements respectifs et de la composition du soleil, de la lampe à arc et du Pyrophore.

D'après cet auteur, si l’on considère comme unité le rendement économique de la lumière des Pyrophores, on trouve que celui de la flamme d’une bougie est égal à 0,00014, celui de la flamme d’un bec de Benzel à 0,00018, celui d'une lampe à incandescence à 0,0005, celui de la lampe à 0,0025 ; enfin celui de la lumière solaire est égal à 0,14.

Toutes les recherches qui ont suivi les miennes, publiées en 1886, aboutissent à la même conclusion, à savoir l’incomparable supériorité de la lumière physiologique au point de vue économique sur celle de tous les autres foyers éclairants connus et la certitude qu'il s'agit bien d'une lumière d'une espèce particulière, dont le mode de production doit être également d’une nature spéciale. |

L'examen organoleptique suffit, à lui seul, à montrer sa supériorité au point de vue de la sensation visuelle. A l’aide des échelles typographiques employées en oculistique pour mesurer l’acuité visuelle, j'ai constaté qu'elle est même audessus de celle que dénote l'analyse spectro-photométrique.

Son énorme supériorité sur nos foyers usuels est encore confirmée par les quelques chiffres suivants donnant la sensation lumineuse produite par des radiations de diverses longueurs d'ondes correspondant à la même quantité d’énergie. La sensation lumineuse dans le rouge est ici prise pour unité.

ACC

{1} Loc. cif., p. 112.

Violet Vert Jaune Rouge Rouge sombre

Longueurs d'ondes en microns . 0,400 0,530 0,580 0,650 0,750 Sensation lumineuse. . . . . 41.600 100.000 28.000 1.200 1.

Ainsi donc, la même quantité d'énergie dépensée dans le rouge sombre pour produire une sensation égale à l'unité produirait une sensation 28.000 fois plus forte dans Je jaune, 100.000 fois plus forte dans le vert.

À cela, 1l convient d'ajouter l'influence de la fluorescence : c'est elle surtout qui fait que tous les observateurs disent la « belle lumière » en parlant de celle des Pyrophores.

Elle a une action spéciale sur la rétine. Or, comme à des effets spéciaux correspondent des causes spéciales, il n’est pas douteux pour moi que lors même que les radiations fluorescentes occuperaient les mêmes régions du spectre lumineux solaire que les autres, elles ne sont pas de la même espèce que celles auxquelles elles se superposent : de même on ne doit pas confondre l’harmonique d’un son fondamental avec ce son lui-même.

La lumière physiologique a encore sur beaucoup d’autres l'avantage de ne pas laisser dans la rétine d'images persistantes.

Les images accidentelles complémentaires s'obtiennent cependant, mais avec une extrême difficulté, par exemple, si après avoir longtemps fixé la lumière verte d'un foyer de Pyrophore, on porte ses regards sur la flamme jaunâtre d’un bec de gaz: à ce moment, cette dernière peut paraître rouge.

Malgré la teinte verte, le sens chromatique n'est pas ou est très peu influencé. On reconnait facilement toutes les couleurs des objets et des échantillons de couleurs dites « à confusions » des oculistes, sauf le bleu foncé et le violet qui n'existent pas dans le foyer.

Les rayons éclairants venant soit directement, soit indirectement, après réflexion, ou autrement de ces appareils photogènes sont perçus jusqu'aux plus extrêmes limites du champ visuel.

Il y a donc encore, non seulement sous le rapport économique, mais aussi sous celui de la vision, une incomparable supériorité de la lumière physiologique sur toutes celles qui nous sont connues.

EN RÉSUMÉ, la lumière physiologique est surtout constituée par des rayons de longueur d'onde moyenne, c'est-à-dire par les plus éclairants du spectre solaire.

L'examen optique direct prouve que cette lumière présente, pour la vision, une supériorité incontestable sur la lumière fournie par tous les autres foyers connus. Elle ne contient que très peu de radiations chimiques et que des quantités infinitésimales de radiations calorifiques. Ces constatations ne peuvent pas étre attribuées à la faiblesse des foyers étudiés, ni à l'absorption par les appareils employés: il s'agit bien là d'une lumière spéciale, la Tumière froide.

Au point de vue économique, son rendement est presque de 100 p. 100 et la dépense d'énergie ‘exigée pour sa production est des plus réduites.

Dans certains cas, son intensité est renforcée par des substances fluorescentes, qui, tout en transformant une partie des radiations chimiques inutiles ou nuisibles en radiations éelairantes, ajoutent aux autres qualités physiques et organoleptiques de cette merveilleuse lumière un éclat particulier du plus bel effet.

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