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CHAPITRE V

La synthèse bioprotéonique s’exerçant dans l'obscurité, dont je viens de parler, constitue une exception : l'immense majorité des végétaux ne peul vivre qu'aux dépens de la lumière et à l’aide d’une matière verte, la chlorophylle (1).

À l'heure actuelle, on ne peut faire que des hypothèses. sur la nature, à l’étal normal, et sur la mécanisme inlime: de l'action physiologique de la chlorophylle.

(1) REMARQUE. — Les iravaux d’Etard et d'autres savants indiquent qu'il existe un grand nombre de chlorophylles différant au point de vue chimique suivant leurs origines. En réalité, ce que l’on obtient par les procédés usités par les chimistes pour l'analyse immédiate et l'extraction des principes immédiats de la substance organisée, pourrait bien n'être que des altérations plus ou moins profondes du pigment vert normal physiologique et actif des végétaux chlorophylliens.

Armand Gautier a obtenu une chlorophylle cristallisée. C’est un lipochrome ayant pour formule CSH#O7N%Mg. Bien que sa formation exige la présence du fer, il n'en contient pas, mais le magné-— sium parait constituer le noyau métallique aussi nécessaire à son activité que le manganèse l’est à celle de l’'oxydase, ou de certaines. oxydases, au moins, comme la laccase, d’après les belles recherches de Bertrand. La présence du magnésium a été confirmée par Willstätter, mais, contrairement aux conclusions de Borodin et de Monterverde, la chlorophylle amorphe, méthylphylochlorophylline ou phylochlorophyllide, serait la seule sorte de chlorophylle normale existant chez les végétaux. La chlorophylle cristallisée, éthylméthy]chlorophylline ou éthylchlorophyllide, serait un produit d'altération de la chlorophylle physiologique (voir p. 201). Enfin, d'après F. Czapek, il est à prévoir que la synthèse des chlorophylles communes sera effectuée par une zymase, la chlorophyllase, au moyen du phytol et de l'éthylchlorophyllide.

Mais ce que l'on sait bien, c’est ce que j'enseigne depuis fort longtemps (1), à savoir que la chlorophylle ne prend pas seulement naissance dans les chromoleucites, mais aussi dans ces corpuscules élémentaires du bioprotéon que j'ai appelés vacuolides et dont dérivent les leucites. Guilliermond, de Lyon, a remplacé le mot vacuolide par celui plus récent de mitochondrie, mais cela n’a rien changé à mes conclusions, dont il n’a pu que vérifier l'exactitude. Cet emploi du mot « mitochondrie » dans le cas spécial, offre même l'avantage d'établir nettement que les mitochondries nouvelles ne sont pas autre chose que mes vacuolides anciennes. Ce botaniste, ainsi que Fauré-Frémiet, on fait dériver les leucites des mitochondries : nouvelle preuve de leur identité avec mes vacuolides, car deux quantités égales à une troisième sont égales entre elles. Il n'y a donc rien de nouveau dans la constatation de Guilliermond, qui n’est en réalilé qu'une vérification, une simple confirmation de l'exactitude de ce que j'enseigne depuis bien des années (1).

Pour se former,le pigment chlorophyllien exige le concours de la lumière. La qualité de cette dernière n’est pas indifférente ; le verdissement commence dans l’ultra-rouge à une distance du bord À du spectre visible — AD, et se continue dans l’ultra-violet jusqu’à une distance égale à la longueur du spectre visible. Entre ces limites, l’action des radiations

passe par un maximum qui correspond à la raie D.

Les végétaux chlorophylliens que l’on fait pousser dans l'obscurité prennent une teinte jaune ; ils sont étiolés et ne tardent pas à mourir.

Le fait que certaines Fougères, beaucoup d’Algues, quelques graines (Potiron, Courge), verdissent à l'obscurité constitue une exception.

La présence de la chlorophylle est notamment liée à la formation de l’amidon, mais cette dernière ne peut avoir lieu sans le concours de la lumière. Non seulement il n'apparaît

(1) Voir Leçons de physiologie, pp. 70 et 78, loc. cil., p. 7.

pas dans les chloroblastes, chloroleucites, chlorovacuolides à l'obscurité, mais s'il y a déjà pris naissance, il disparaît rapidement 1à où la lumière fait défaut. On ne peut éviter cette disparition qu’en fournissant au végétal privé de lumière des substances hydrocarbonées solubles : telles que des sucres, c'est-à-dire des produits organiques déjà synthétisés.

La lumière et la chlorophylle normale ne sont pas les seuls éléments entrant en jeu dans la synthèse chlorophyllienne. L'intervention de lasubstance vivante ou bioprotéon est nécessaire, au moins représentée par les chlorovacuolides, chloroleucites, chloroblastes, c'est-à-dire par les éléments primaires où cette fonction est localisée dans la cellule. En effet, la fonction chlorophyllienne cesse de s'effectuer après la mort du végétal vert et c'est en vain que l'on s’est efforcé d'obtenir la synthèse des substances hydrocarbonées avec la lumière solaire et le pigment chlorophyllien extrait des cellules vertes. C'est seulement par l’action directe des radiations ultra-violettes de la lampe à mercure en quartz que l’on y est parvenu (voir p. 151), mais ce n’est pas là un procédé naturel.

Ce qui prouve bien que dans l’état naturel le bioprotéon joue un rôle important, c'est que l’éther et d'autres poisons diminuent l’action de la chlorophylle sans pourtant l’altérer chimiquement. Il en est de même du froid, de la chaleur dans certaines limites et de la lumière elle-même quand elle est trop forte.

L'origine du carbone servant de noyau aux synthèses chlorophylliennes est très discutée et on se trouve en présence de trois hypothèses :

1° Le carbone vient des matériaux organiques contenus dans la terre, dans l’humus (acide ulmique, etc.) ;

> Le carbone vient de l'acide carbonique de l’air ou de celui que l’eau dissout (plantes aquatiques) ;

3° Le carbone vient des carbonates contenus dans le sol.

Ces trois hypothèses renferment chacune une part de vérité et le tort des savants a été de vouloir les rendre exclusives les unes des autres; mais toutes les trois, prises isolé-

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ment, sont également insuffisantes, tandis que dans leur ensemble elles se complètent parfaitement.

Si les plantes vertes tiraient leur carbone des matières organiques du sol, on ne pourrait s'expliquer ni l’origine de ces matières organiques, ni surtout leur renouvellement.

La seconde hypothèse repose sur des expériences dont on a tiré des conclusions contestables. L’énorme disproportion entre l'acide carbonique contenu dans l'air avec la masse de carbone fixée par les végétaux d'une forêt, par exemple, est inquiétante.

La troisième, qui d’ailleurs n'exclut pas les deux autres, joue un rôle absolument prépondérant à mon avis, avis basé d’ailleurs sur des expériences qui seront relatées plus loin.

Il n’entre pas dans le cadre du présent ouvrage de faire un exposé complet de la question, qui exigerait des développements très étendus.

Je rappellerai seulement que Boussingault a soulenu que le volume du gaz acide carbonique absorbé est sensiblement égal au volume d'oxygène exhalé. Comme ce gaz carbonique contient un volume d'oxygène égal au sien, Boussingault admettait qu'il subit dans la plante une décomposition totale et que le carbone naissant s'unit à l'eau pour former des composés ternaires de la forme C"(H°0}". De celle manière la fonction chlorophyllienne aurait pour résultat simple et direct la formation de composés ternaires (voir p. 151).

Mais en réalité, d'après Mangin, le phénomène est beaucoup plus complexe, car Boussingault s'est borné à mesurer la résultante de deux phénomènes opposés : la respiration et la fonction chlorophyllienne. Si l'on cherche, comme l'ont fait Bonnier et Mangin, à séparer la fonction chlorophyllienne de celle de la respiration, on obiient des résullats très différents. Entre autres procédés, l'emploi des anesthésiques, qui supprime la fonction chlorophyllienne sans allérer la respiralion, a permis de trouver le rapport CO? des gaz échangés par l'action chlorophyllienne seule.

Ce rapport serait toujours supérieur à lunilé de 1 à

2 dixièmes, résultat qui a été confirmé par Schlæsing fils pour le bilan des échanges gazeux pendant la végétation. Cet excédent d'oxygène ne peut provenir de la décomposition de l'acide carbonique.

J'ai fait l'expérience suivante qui vient encore jeler des doutes sur l'exactitude de l'opinion, généralement admise, que l'oxygène dégagé par la plante sous l’influence de l'action solaire vient toujours et complètement de la réduction de l'acide carbonique puisé dans le milieu extérieur.

Dans cinq éprouvettes À, B, C, D, E, j'ai introduit de l’eau de mer naturelle et des filaments d'une Confervacée marine: Chœlomorpha crassa Kussing. L’éprouvette A servait de témoin. Les éprouvettes B, C, D, E contenaient de l’eau de mer purgée de gaz par l'ébullition et refroidie à la même température que A. Dans ces quatre éprouvettes, j'immergeai avec précaution, pour ne pas entraîner de gaz, des filaments de Chœtomorpha. Le lout fut exposé au soleil. Au bout de peu de temps, de nombreuses bulles de gaz se dégageaient en A; plus d'une heure après, on ne constatait rien en B, C, D, E. On introduisit alors quelques bulles de CO* en B et une assez abondante quantité du même gaz en C, sans pouvoir faire apparaître de dégagement au soleil.

De l'éprouvette E, je retirai un peu d’eau bouillie et j'agitai l'Algue avec le restant de l’eau, de façon à bien aérer le tout. Ensuite, je provoquai le départ des bulles restées adhérentes à l’Algue avec un agitateur de verre. Quand les bulles en question eurent complètement disparu, je remis de nouveau E au soleil. Bientôt apparut le dégagement gazeux. On ne saurail attribuer ce dégagement relativement abondant au dédoublement de la quantité infinitésimale de CO* contenu dans l'air introduit par agitation.

On ne peut pas non plus l'expliquer par la décomposition de CO? contenue dans l’Algue, car celle-ci aurait pu s'effectuer dans l’eau bouillie et dans B et C surtout. Il ne s’agit pas d'air entrainé mécaniquement pour plusieurs raisons: la première est que des Algues plongées dans l'eau de mer bouillie

et bouillante, puis refroidies ne donnent lieu à aucun dégagement après agitation comme en E. La seconde, est qu'en retirant doucement les filaments inactifs de Peau bouillie froide et, en les immergeant lentement dans l’eau de mer naturelle, on ne tarde pas à voir reparaître le dégagement depuis longtemps suspendu.

On peut ajouter qu'il n'y a pas ici de phénomène cellulaire, car le dégagement gazeux s'effectue au soleil, dans de l'eau contenant de fortes proportions de formol (jusqu’à 25 p. 100 de la solution du commerce).

Je ne vois d'autre moyen d'expliquer ces phénomènes qu'en admettant que l’Algue prend de l'oxygène dans le milieu ambiant et qu'elle le rejette au fur et à mesure sous l'influence de la lumière. Quand cette dernière n'agit pas, l'oxygène n’est pas rejeté: il sert à la respiration et aux phé- . nomènes bioprotéoniques, et c'est alors principalement de l'acide carbonique qui est éliminé ; ordinairement, il y a un enchevêtrement plus ou moins accentué de ces deux phénomènes.

J'ai répété ces expériences sur des plantes aquatiques d'eau douce (Elodea canadense Nichx). Les résultats ont été les mêmes. Toutefois, si l’on prive complètement d'acide carbonique l'air ou l'oxygène ajouté à l’eau et préalablement purgé de CO?, le dégagement n'a pas lieu. Il faut donc, pour qu'il se produise, à la fois de l'oxygène et une quantité, füt-elle extrémement petite, d'acide carbonique.

Dans les deux cas, l'oxygène ne vient pas de l'acide carbonique, dont une très petite quantité suffit à provoquer le dégagement. Il est manifeste que, dans ces expériences, il a pour effet seulement d’amorcer le dégagement.

Dans une autre série d'expériences, j'ai montré que l’action de la cellule dans cette élimination d'oxygène sans absorpüion corrélative et proportionnelle d'acide carbonique, ne peut pas s'expliquer par l'activité cellulaire puisque le formol, poison de la cellule, n'empêche pas le dégagement, qui n’a pas lieu avec les plantes tuées par l’eau bouillante. J'ai été amené à attribuer ces effets à la présence d’une zymase el d'autant

plus facilement que j'ai constaté que l’action de plusieurs zymases communes n'avait pas été supprimée par le formol. D'autre part, la chlorophylle ne fournissant par elle-même aucun renseignement, on est conduit, par élimination, à attribuer la production de ces phénomènes à une zymase à effet réversible sous l'influence de la lumière ou bien à deux zymases, l’une oxydante et l’autre réductrice. Cette explicaüon devient plus séduisante encore si l’on songe que le processus chlorophyllien a son siège dans des :vacuolides ou chloroleucites embryonnaires et que précisément les macrozymases, comme la purpurase et la luciférase, sont aussi des vacuolides, ainsi probablement que beaucoup d’autres diastases ou ferments dits à tort solubles, puisqu'ils se présentent sous l'état colloïdal (voir p. 8).

En somme, les observations de Bonnier et Mangin, celles d'auteurs anciens tels que Spallanzani et les miennes prouvent que la théorie, considérée comme classique, depuis Boussingault, parait entachée d'erreur.

On peut se faire la même réflexion au sujet d’une autre expérience classique qui consiste à recueillir les bulles gazeuses qui se détachent d'une plante verte immergée dans l’eau et exposée au soleil.

J'ai démontré que l'apparition des bulles peut tenir à un phénomène purement physique, dont il a été tenu compte dans les expériences précitées.

Au lieu de rameaux verts etd’Algues vivantes, sionimmerge dans de l’eau bien aérée des morceaux de bois mort, des baguettes de verre, du coton de verre, etc., on voit apparaître sur leur surface de nombreuses bulles gazeuses. Il n’est pas surprenant que l’on ait trouvé avec les plantes vertes que ces bulles sont presque exclusivement formées d'oxygène puisque l'eau ne dissout que de très faibles quantités d'azote et que les bulles en question ne peuvent provenir que du gaz dissous dans l’eau. Mais en serrant de plus près l'analyse de ce phénomène, j'ai constaté un fait assez curieux. Ayant immergé dans une cuve en verre à faces parallèles remplie d’eau aérée des tubes à essais renfermant des liquides colorés en violet,

bleu, vert, jaune et rouge, je vis après exposilion au soleil que les bulles se formaient plus rapidement, et en beaucoup plus grand nombre à la surface du tube, dont le contenu était coloré en vert que sur les autres, et cela principalement du côté exposé au soleil. Je n’entreprendrai pas de donner ici une explication du mécanisme de ce phénomène, mais il élait utile de le signaler afin de pouvoir séparer ce qui est purement physique de ce qui peut être biologique.

Je ne puis entrer ici dans la discussion des théories relatives au mode de fixation du carbone par les végétaux verts : je me bornerai à dire que mes expériences personnelles m'incitent à penser que la source du carbone, du moins la source principale, n’est pas dans l'acide carbonique libre, soit dilué dans l'air, soit dissous dans l'eau, mais bien dans les carbonates ammoniacaux, alcalins et alcalino-terreux.

Le carbone, à un moment donné, apparaît comme uni à une molécule d’eau H°0, dont un atome d'hydrogène s’est combiné avec l'oxygène de la respiration pour former de l'eau d'une part et CHO, ou aldéhyde formique, d'autre part; par polymérisation, ce dernier corps peut donner des composés hydrocarbonés comme les sucres, ainsi que le montrent les expériences de synthèse faites avec les U.-V. (voir p. 151) (1).

Emmanuel Laurent et Marchal ont vu que l’action de la lumière est également nécessaire pour la formation des matières albuminoïdes dans les organes à chlorophylle, mais

(1) REMARQUE. — Le magnésium paraît jouer un rôle très important. La chlorophylle serait une sorte de dérivé magnésien R — Mg, analogue aux composés de Grignard. Elle fixerait

CO° en donnant CO2Mg — R qui, par hydratation, fournirait de l'acide formique et de l'oxygène: en régénérant la chlorophylle :

CO? — Mg — R — H?20 = HCOH + O + R — Mg.

L'acide formique subirait, sous l'influence des radiations lumi-

neuses, une réduction, en donnant du méthanal et de l'oxygène: HCO’H = H —- COH + O.

Le magnésium apparaîtrait alors comme un agent de synthèses chimiques, dont l’action ne serait plus limitée aux recherches de laboratoire.

on est bien indécis encore au sujet du mécanisme de cette synthèse.

Les radiations violettes et ultra-violettes exerceraient une influence prépondérante sur cette dernière.

Jusqu'à présent, on n’a pu faire que des hypothèses sur le mode intime d'action de la lumière, et particulièrement des radialions rouges. Les nombreuses bandes d'absorption dispersées dans le spectre solaire, que présente la chlorophylle, semblent indiquer que des énergies nouvelles naissent de la transformation des ondes lumineuses absorbées. Il est possible qu'à chacune de ces énergies correspondent des effets déterminés; que, par exemple, les radiations absorbées et transformées par le rouge remplissent une fonction, et que celles qui résultent de l'absorption dans le bleu en remplissent une autre : on peut supposer que les ondes absorbées dans les parties les plus réfrangibles du spectre opèrent principalement des actions réductrices, et que celles des parties les moins réfrangibles provoquent des polymérisalions.

On peut considérer aussi comme très acceptable l'intervention de l'électricité dans l'ensemble des phénomènes: l'existence des courants trophiques, que j'ai signalée dans les végétaux, rend cette opinion très légitime (1). On sait que la lumière est considérée par Max Well comme une onde électrique, on ne voit donc rien d'impossible à ce que la radiation lumineuse soit transformée par la feuille en électricité. La chlorophylle serait dès lors, non plus un réducteur chimique direct, mais l'agent de transposition de longueurs d'onde, comme est l'esculine, corps fluorescent, pour les U.-V.

Elle peut encore, par exemple, accroître la quantité de rayons ultra-violets agissant sur les cellules, ou bien celle des rayons calorifiques. Enfin, il n’est pas impossible qu’à la manière des corps fluorescents, elle sensibilise, par voie photodynamique, le bioprotéon à l’action des U.-V. (voir p.170). Ce qu'il y a de certain, c’est que l’on constate des

(1) Rapnaez Dupois : Sur la bioélectrogénèse chez les végétaux: . C. R.Soc. bio. S. II., t: I, p. 923; 1899, et Ann. Soc. Linn., Lyon, 1899:

effets électromoteurs très nets quand on fait tomber sur le limbe d'une feuille verte une radiation lumineuse. Mais il est difficile de décider s'ils sont cause ou effet, ou les deux à la fois, des réactions photochimiques de synthèse.

Pour les plantes vertes aquatiques, il semble que lesradiations lumineuses traversant l’eau douce ou l’eau de mer se transforment progressivement en chaleur. Dans le lac de Genève, au mois d'avril, la lumière cesse d'exister à 20 mètres de profondeur et, au mois de septembre, à 170 mètres. Or, déjà, à 25 mètres de profondeur, les Algues vertes deviennent rares et à 60 mètres, on n'en trouve plus qu'une seule espèce : la Mousse d'Yvoire (Thamnium Lemani Schneltz).

Dans la mer, l'éclairage exerce une influence manifeste : aux Algues vertes de surface succèdent des Algues brunes, puis, au-dessous, on ne rencontre plus que des algues rouges. Les Cyanophycées s'adaptent à des profondeurs différentes en changeant de couleur. Expérimentalement, on a pu constater que leur couleur naturelle, qui est le violet sale, devient vert dans le rouge et rouge dans le vert. Il apparaît donc que la chlorophylle verte ne soit pas le seul pigment capable de permettre au bioprotéon végétal de former des matières organiques par synthèse avec des matériauxinorganiques ou minéraux. Pourtant, il semble que l’on ait poussé trop loin l'esprit de généralisation en accordant aux Purpuro-bactéries, comme l'a fait Engelman, le pouvoir de décomposer l'acide carbonique pour en fixer le carbone. Il a pu démontrer seulement qu’elles utilisaient la lumière pour les besoins de leur fonctionnement physiologique, mais non que la matière rouge qu'elles contiennent peut jouer le même rôle que la chlorophylle chez les organismes verts.

Stahl a montré que la pénétration de l’air dans le parenchyme des feuilles est nécessaire également. Si l'on oblure les stigmates d’une feuille avec de la paraffine, il ne se forme pas d'amidon, malgré son exposition à la lumière. Mais si l'on égratigne la cuticule avec une aiguille, il se produit de l'amidon sur les bords de la déchirure.

L'air et la lumière sont donc deux conditions indispensables à l'exercice de la fonction chlorophyllienne ; mais il y en a d'autres qui favorisent ou entravent le développement et le fonctionnement des chlorovacuolides.

La température opltima est, en moyenne, de 35°, maiselle ne doit pas dépasser 40° et 45°, ni s'abaisser au-dessous de 4° à »°. La fonction chlorophyllienne peut s'exercer encore à des températures plus basses ; par exemple, dans les feuilles du Laurier-cerise, elle persiste par des froids de — 6°. Sous l’influence du froid, de même que sous l'influence des vapeurs anesthésiques, on la voit se suspendre avant la respiration. Ceci prouve une fois de plus ce que j'ai démontré depuis longtemps, à savoir que les anesthésiques généraux agissent par le même mécanisme que le froid sur le bioprotéon, en le déshydratant (voir Hydratation [fonction d'|, Dictionnaire de physiologie, de Charles Richet).

L'activité chlorophyllienne augmente avec l'intensité lumineuse jusqu'à un certain point au delà duquel il y a ralentissement de l’activité et même mort de la chlorovacuolide. Pour la grande culture, l’optimum correspond à l'éclairage solaire, mais, pour beaucoup de végétaux, 1l répond à des éclairages beaucoup plus faibles, par exemple, pour les Capillaires, les Polypodes, les Fougères, les Mousses, qui croissent à l'ombre des grottes et des frondaisons d'autres végétaux. D’après Wiesner, pour un même arbre à feuilles caduques, l’'oplimum n’est pas le même pour les divers organes foliacés. Les bourgeons exigent un éclairage intense, tandis que les feuilles inférieures se comportent mieux à la lumière diffuse.

Weiss a montré qu'Ænothera biennis assimile trois fois plus à la lumière solaire qu'à lalumière diffuse ; au contraire, Polypodium vulgare assimile davantage à la lumière diffuse qu'à la lumière directe, et Marchantia polymorpha lent une place intermédiaire entre les deux plantes précédentes.

D'une manière générale cependant, c'est pendant la nuit que l'accroissement de la plante est le plus rapide.

Les végétaux possèdent des moyens de défense contre une lumière lrop vive ; ce sont parfois des modifications morpho-

logiques, telles que changement du tissu en palissade des feuilles en tissu lacuneux. Mais on voit aussi dansles cellules les corps chlorophylliens se déplacer et fuir, par exemple, la paroi frappée normalement par une lumière trop vive pour se grouper sur la paroi située dans un plan parallèle à celui des radiations. Dans d'autres cas, comme on le verra dans le prochain chapitre, les feuilles s'orientent de façon à éviter la trop grande lumière.

La continuité de l'éclairage constitue une condition défavorable à l'exercice de la fonction chlorophyllienne et de la vie de la plante verte, Landis que la succession du jour et de la nuit produit l'effet contraire,

Si, après avoir exposé à la lumière pendant un certain temps une plante éliolée par le séjour dans l'obscurité, on la remet dans un endroit obscur avant qu'elle n'ait reverdi, le verdissement commence au bout d'un temps plus ou moins long après la suppression de la lumière, en vertu d'un phénomène d’induction, qui a élé également noté pour l'héliotropisme ; dans d’autres circonstances, nous en avonsrencontré jaunes, déjà cerlains exemples.

La lumière augmente la transpiration des plantes vertes et l’on a donné à ce phénomène le nom de Chlorovaporisation. Chodat a voulu voir dans ce fait une preuve que l'énergie lumineuse se transforme, grâce à la chlorophylle, en énergie calorifique. Dans ce phénomène, les rayons bleus seraient cependant les plus actifs, puis ensuite les rouges, puis les d’après Wollny.

L'intensité la plus grande correspond aux radiations les plus réfrangibles, contrairement à ce qui existe pour l’assimilation du carbone, ce qui permel de supposer qu'il n'ya pas une relation directe entre ces deux phénomènes.

Il est curieux que la lumière, qui fait fermer les stomales par turgescence de leurs lèvres, accélère la transpiration : s'agit donc plutôt ici d’un phénomène de déshydratation que d'une fonction superficielle et organique d’excrétion.

EN RÉSUMÉ, l’immense majorité des végétaux ne peut vivre

que par l'action d'un pigment vert, la chlorophylle, combinée avec celle du soleil et des vacuolides, organites élémentaires du bioprotéon ou substance vivante.

Ces vacuolides, à un certain degré d'évolution, constituent les chloroleucites. Ces chlorovacuolides ont été improprement appelées « mitochondries ». Il convient de leur restituer leur dénomination primitive, qui donne une idée exacte de leur structure et de leur mode de fonctionnement.

Les diverses radiations du spectre solaire n’'agissent pas de méme sur les végétaux verts: les unes sont actives, les autres paraissent inactives : aux diverses radiations actives paraissent correspondre des fonctions différentes.

Les effets physiologiques diffèrent également suivant la quantité de lumière incidente.

Les végétaux possèdent des moyens de défense, de protection contre la trop grande intensité de l'éclairage.

La fonction chlorophyllienne, comme l’héliotropisme, présente des phénomènes dits d’induction.

Les origines du carbone firé par les plantes vertes sont multiples. Les hypothèses failes pour expliquer le mode de fixation du carbone et la synthèse des corps carbonés sont insufisantes ou erronées.

Dans certains cas, l'acide carbonique agit par sa qualité, comme excitant et non par sa quantité. Il joue alors le rôle d'amorce et dans d'autres circonstances, celui de frein automatique du fonctionnement organique.

La lumière provoque chez les végétaux verts des phénomènes électro-moteurs, comme chez les animaux dans certains cas (voir p. 266).

D'une manière générale, c'est pendant la nuit que l'accroissement des plantes vertes est le plus rapide.

La température a une influence variable sur l'action de la lumière chez les végétaux verts. En moyenne, elle ne doit pas dépasser 40° à 45° ni tomber au-dessous de 4° à 5°. La fonction chlorophyllienne semble done intimement liée au fonctionnement intime du bioprotéon et, en particulier, à celui des organites élémentaires représentés par les CHLOROVACUOLIDES.

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