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de quinine différentes places du corps d’un Lombric:il obtient ainsi une contraction suivie d'un gonflement sur tous les points du tégument, tandis qu'en mettant les Lombrics dans des tubes de verre que l’on éclaire par points, le maximum d'excitabilité à la lumière correspond aux régions où se rencontrent en plus grand nombre les cellules optiques. Malheureusement ces expériences rudimentaires ne prouvent pas même que le siège de l’excitabilité à la lumière se trouve dans la peau ct, à plus forte raison, qu’elle soit localisée dans les éléments en question. La réception des excitalions mécaniques aurait lieu par des terminaisons libres des nerfs dans l'épiderme, découvertes par Smirnow ; mais ici encore la démonstration expérimentale fait défaut.
La différenciation morphologique tend à s’effacer de plus en plus au fur et à mesure que l’on descend l'échelle des êtres organisés. Comme chez les organismes photogènes, c'est l'organe qui disparaît quand la fonction persiste encore. Chez les Protistes, la photoréaction motrice n’est pas plus localisée que ne l’est la biophotogénèse.
Pourtant Pouchet avait jadis décrit un œil chez les Péridiniens et Harold Wager aurait, à son tour, découvert l'œil végétal de l’Euglène, qui n'est plus considéré aujourd'hui comme un animal. Cet œil végétal consisterait en une masse de granulalions pigmentaires semblant enrobées dans une matière cytoplasmique. La lumière absorbée par cette masse paraîtrait agir sur le renflement placé près de la base du flagellum, dont elle modifierait les mouvements.
D’autres auteurs sont allés plus loin encore dans la voie de la généralisation.
D'après les recherches de Guttenberg sur les parties sensibles à la lumière des feuilles d'Odora moschatellina et Cynocrambe prostrata, ce n'est pas le pétiole qui place la feuille dans la position la plus favorable vis-à-vis de l'intensité lumineuse. Les mouvements seraient dus à des organes spéciaux, à des cellules épidermiques des papilles possédant des parois plus épaisses que celles du reste de la membrane cellulaire. La face externe aurait le plus souvent une forme
concave-convexe par suile de son épaississement formant condensateur. Le noyau de ces cellules gît régulièrement contre la face basale. On sait, d’ailleurs, que la lumière tombant sur une feuiile verte y provoque des réactions électromotrices analogues à celles de la rétine.
A la suite de mes recherches sur la Pholade, divers auteurs ont admis que des organes sensoriels ne présentant pas de différences morphologiques reconnaissables peuvent être le siège de plusieurs sensations différentes ou servir de récepteur à des excitations de nature diverses. À ces éléments polyesthésiques, où plurisensitifs, on a donné, en Allemagne, le nom de « Wechselsinne Organe ».
Nagel, en 1894, a cité un grand nombre d'exemples à l’appui de cette conception que j'avais émise plusieurs années auparavant. Il a fait remarquer, entre autres choses, que les tentacules des Aclinies sont des organes sensitifs universels. Tréviranus, en 1822, admettait déjà que les appareils des sens possèdent, en outre de la réceptivité, qui est uniquement propre à chacun d’eux, en même temps une réceptivité pour des 1mpressions accessoires, et chez tous, disait-1l, on peut remarquer une déviation du toucher. Cette hypothèse qui n'est d’ailleurs qu'un reflet de celle d’Aristote, rééditée par saint Thomas d'Aquin : « Ergo non debet poni alter sensus præter tactum », est devenue une vérité démontrable à la suite de mes recherches sur la Pholade dactyle et sur l'Escargot (1).
Croire qu'un élément sensoriel ne peut être excilé que par un excitant spécifique en vue duquelil est différencié est une grave erreur. Chacun sait que ceux de la rétine, qui sont spécialement adaptés à l’excitant lumière, ne fournissent pas moins des sensations suivies de perceptions lumineuses à la suite d’excitations mécaniques (phosphènes) ou élec-
(1) Voir Anatomie et physiologie de la Pholade dactyle : structure, locomotion, tact, olfaction, gustation, vision dermatoptique, photogénèse, avec une théorie générale des sensations, Ann. de l'Un. de Lyon, t. II, fase. 2, 1892; Physiologie comparée de l’olfaction, C. R. Ac. des Sc., 1890, et: Sur le sens olfactif de l'Escargot, C. R. de la Soc. de Biol., LVI, p. 198, 1904.
triques et que la perception douleur peut être produite par la lumière, la chaleur, le froid, l'électricité, le tact, l’audition, etc.
La notion de lumière, d’odeur, de saveur, de son, dépend surtout des centres de perception où se rendent les conducteurs venant des organes des sens, siège des impressions-sensations. Au point de vue de leur fonctionnement et même de leur structure, les divers éléments sensoriels présentent entre eux la plus grande ressemblance. En effet, on y trouve toujours un segment épidermique, une partie renflée en fuseau, dont l’extrémité profonde est en rapport, d'ordinaire, avec un élément nerveux (cellule ou fibre) : c'est toujours un système neuro-myo-épithélial plus ou moins différencié, pouvant être formé par continuité ou contiguité, peu importe.
Tout le monde sait aussi qu’une même impression-sensation venant d'un organe, comme l'oreille, par exemple, peut, par répercussion réflexe, faire naître des perceptions lumineuses et même chromatiques (vision auditive). De même un bruit aigu, un son « aigre » donnera la perception gustative d'un acide, ou bier une perceplion de froid dans le dos ; enfin, quand on regarde une vasle surface blanche, comme un nuage très éclairé ou un fond de neige, on éprouve des picotements du côté de la muqueuse olfactive, el c'est un moyen bien connu de faciliter l'explosion d’un élternûment hésitant que de regarder le soleil. Je rappellerai encore que l’électrisation des papilles de la langue produit des sensations gustatives.
IL est parfaitement admissible que des éléments identiquement constitués et excitables, comme est l'Amœæbe entier luimême, par tous les excitants physiques, chimiques où mécaniques puissent fonctionner comme des récepleurs universels susceplibles de provoquer des perceptions de natures diverses parce qu'ils seront respectivement en rapport avec des centres percepteurs différents. Dans le cas où ces centres seraient eux-mêmes peu différenciés, ils n'éveilleraient que des perceptions associées, par cela même confuses, soil de tact-gustation-olfaction, soit de vision-audition, par exemple,
R. Dugors 18
ou, plus simplement encore, chez des êtres inférieurs, comme les Actinies, une seule perception synthétique, plus ou moins consciente, provoquée par des excitations de natures diverses, grâce à une seule espèce d’élément récepteur et percepteur. Enfin, s’il n’y a ni organe récepteur, ni organe percepteur différencié, il ne reste plus, comme chez l’'Amæbe, que l'irritabilité bioprotéonique qui suffit à tout. C'est seulement par l'étude comparative des phénomènes physiologiques dans la série des êtres vivants que l’on arrive à distinguer ce qui est fondamental, de ce qui est accessoire et de perfectionnement, chez les organismes supérieurs, et c’est par la physiologie générale et comparée seulement que l'on parviendra à débarrasser la Science des hypothèses sans. aucun fondement scientifique qui l’encombrent malencontreusement, principalement en ce qui concerre la physiologie de:
la vision.
S 6. — Influence de la lumière sur l'idéation el sur le travail.
Le noir, le violet, le vert foncé sont des couleurs tristes, de- « deuil ». Le vert clair, le jaune, le rouge sont des couleurs qaies. C’est en grande parlie à la lumière que nous devons les modifications psychiques que nous éprouvons suivant les jours et les saisons, par les nuits sombres ou étoilées, en face d’un paysage, d’un tableau, d’une statue, elc.
Chacun sait que le rouge excite le Taureau, le Dindon et aussi l'Homme, qui en a fait un emblème révolutionnaire.
Et chose curieuse, l'assassin impulsif dit qu'au moment du crime il a « vu rouge »!
L. Dor a constaté des excitations allant Jusqu au vertige chez des neurasthéniques auxquels on faisait fixer une large surface rouge, alors qu'avec le vert, même très éclairé, ce résultat ne pouvait être oblenu.
La lumiére verte a plutôt un effet calmant : on se repose volontiers à l'abri du feuillage. Autrefois dans les usines Lumière pour la fabrication des plaques photographiques, à
Lyon, quand les ouvriers travaillaient toute la journée dans une salle éclairée par des vitres rouges, ils se mettaient à chanter, gesticulaient abondamment et « inquiétaient » les femmes. Depuis que l'on a remplacé la lumière rouge par de la lumière verte, ils sont calmes, ne parlent plus guère et sont bien moins fatigués quand ils sortent de l'atelier (A. et L. Lumière).
Les lunettes bleues ont été employées avec succès pour calmer les chevaux emportés.
Ch. Ferré a étudié l'influence des sensations lumineuses et colorées sur le travail et la fatigue. Il a constaté que l'accès de la lumière provoque un relèvement du travail ergographique commencé dans l'obscurité. Les verres colorés, et surtout les verres rouges, produisent un surcroît de travail, sans qu'il soit possible toutefois d'établir un classement dynamogénique des couleurs. Enfin Griesbach a vu que le travail manuel fatigue plus vite les aveugles que les voyants.
Selmi et Piacentini ont trouvé que la lumière est un activant du travail musculaire, même dans les états subconscients et même dans le sommeil : ce seraient le vert et le jaune qui produiraient le plus d'effet chez le Chien, la Tourterelle, la Poule. Pott est arrivé au même résultat avec la Souris.
$ 7. — Influence de la lumière sur la circulation.
Les phénomènes psychiques que je viens d'indiquer sommairement sont, comme tous les aulres, dans un rapport étroit avec la circulation cérébrale. Pour celte raison, et pour d’autres encore, il est utile de connaître l’action de la lumière sur la circulation en général.
Mes expériences sur les Protées aveugles des grottes de la Carniole ont permis de démontrer expérimentalement l'action directe de la lumière sur la circulation capillaire, d'une manière évidente, non discutable. Si l’on observe un Protée aveugle placé dans un endroit sombre, on constate que ses houppes branchiales sont flasques, flétries, blanchâtres :
mais, dès que l’on fait tomber sur elles un rayon de vive lumière, elles deviennent aussitôt turgescentes et d'un rouge vif. La turgescence des branchies ne se produit pas dans la lumière rouge.
Celte couleur paraît plutôt avoir un effet dépressif ou constriclif, anémiant en tout cas, qui doit retentir sur la cireulaion cérébrale. Serait-ce pour cette raison que le rouge provoque la colère ou l'excilation cérébrale? On serait tenté de le croire, car c’est la pàleur qui accompagne Jes grandes émolions.
Pourtant le Protée recherche l'obscurité ou, à son défaut, la lumière rouge ; il ne craint pas le vert, mais fuit avec énergie les radialions bleues, probablement à cause de leur action chimique. Le rouge qui ne provoque pas la lurgescence des vaisseaux capillaires du Protée, ne détermine pas non plus la produclion du pigment cutané, qui colore la peau, normalement d'un blanc rosé de cet animal, en brun, quand il reste exposé à la lumière ordinaire : il doit y avoir une étroite relation entre ces deux phénomènes ; je reviendrai sur ce point à propos de l'influence de la lumière sur la formation des pigments.
De celle observation, 1l convient peut-être de rapprocher celle de Gayda sur l'influence de la lumière sur l'hyperglobulie de la haute montagne. Des recherches qu'il a faites, en 1911, sur des Lapins, à 2.900 mètres d'altitude, l’auteur conclut que, parmi les facteurs qui agissent sur le système circulatoire dans la haute montagne, la lumière a son importance dans la déterminalion des variations du sang. En effet, l'hyperglobulie périphérique des hautes allitudes diminue et peut même disparaitre, au moins temporairement, sous l'influence de l'obscurité. D'après Gayda, l'hyperglobulie périphérique en question est due à la stagnation du sang dans les vaisseaux superficiels dilatés : c'est ce que j'ai constalé chez le Protée où le phénomène est très amplifié.
OErum a étudié aussi l’action de la lumière sur le sang. Dans l'obscurité, chez le Lapin, la quantité de sang diminue de 3 p. 100 environ; le chiffre de l’hémoglobine totale s'abaisse
aussi. La lumière rouge agit comme l'obscurité. Au contraire, la lumière bleue peut accroître en quatre heures la quantité de sang de 25 p. 100 (?); son aclion décroîit ensuite, mais reste supérieure à celle du jour diffus. L'éclarement intense, comme l'obscurité, fait pälir le sang. Celle dernière augmente la pression sanguine, l’éclairement la diminue. La saignée de un quart de la quantité totale de sang, après séjour à l'obscurilé, peut ne pas entraîner de diminution de concentration du sang. Les animaux qui naissent à l'obscurité ou dans la lumière rouge pèsent plus que les animaux normaux, mais leur quantité de sang serait beaucoup moindre.
Les résultats de ces expérimentateurs, qu'il faudrait cependant contrôler, sont, en général, parfaitement d'accord avec ce que j'ai vu chez le Protée. |
Marty a noté depuis longtemps que, chez le Rat, le nombre des globules rouges diminue à l'obscurité; faudrait-il rapprocher de cet effet ceux qui font que chez la femme la menstruation est plus hâtive dans les pays de soleil, tandis que chez les Esquimaux, les femmes ne sont pas réglées pendant les mois d'hiver?
Finsen expose à la lumière solaire un têtard enveloppé dans du papier à filtrer, el plongé dans un courant d'eau froide, pour éliminer l’action des radialions calorifiques ; après dix ou quinze minutes des changements commencent. Dans les capillaires qui s'étaient distendus, la circulation se ralenUil el finit par s'arrêter : les globules blancs,et mème les rouges, sortent des vaisseaux : il y a une véritable inflammation et elle est due aux rayons ultra-violels, d'après l'auteur. Pourtant, la plus grande partie de ces radiations doit être éliminée par le courant d'eau et c’est plutôt à la partie éclairante du spectre qu'il faut attribuer les effets observés, malgré l'enveloppe de papier à filtrer. Le sang absorbe beaucoup de radiations ultra-violettes, mais elles sont loin d’être les seules actives.
C'est sans doute pour protéger le sang, qui circule en abondance dans l'œil, de l’action nuisible des radiations lumineuses, qu'il existe une aussi grande abondance de pigment dans le fond de l'œil, et ce pigment paraîl êlre lui-même le
résultat de la grande quantité de lumière jointe à l'abondance du sang dans cette région.
Cette action de la lumière interviendrait-elle également dans les phénomènes phototropiques? Bohn a émis l'hypothèse qu'il existe deux espèces de sensibilisation des orgenismes : celle vis-à-vis de la lumière et celle vis-à-vis de l'ombre, qui correspondent à des réactions chimiques antagonistes : oxydalions et réductions. Les causes qui accélèrent les oxydations organiques, augmenteraient la force de l’attraclion pour l'ombre.
S 8. — Influence de la lumière sur la respiration.
Peut-être aussi les photoréactions motrices, ou autres, se rattachent-elles à des oxydations ou à des réductions dues à l'action de la lumière sur l'activité des zymases respiratoires.
Ostwaldt a étudié l’action de la lumière sur la catalase et la peroxydase, qui sont les agents principaux de la respiraüon lissulaire. La lumière artificielle ou naturelle détruit facilement la catalase. Chez les animaux ayant vécu en pleine lumière, on constate également une grande perte de catalase. Dans l'obscurité, ils présentent d’abord une augmentation, puis un déclin de leur contenu en catalase. Selon qu'il s’agit d'extraits de catalase ou d'animaux vivants, l'action des lumières colorées n’est pas toujours la même. Ces résultats contradictoires tiennent sans doute à ce que, chez l'animal vivant, les différentes lumières colorées agissent différemment. Quant à la néoformation de la catalase détruite, les unes la favorisent et les autres l'empêchent. La lumière faible empêche l'augmentation de la peroxydase, qui a lieu normalement en présence de l'oxygène. Cette action négative de la lumière devient positive quand elle a duré un certain temps ou que l'intensité de la lumière augmente. Sur les animaux vivant à la clarté du jour, la peroxydase est augmentée au même degré que la catalase est détruite. Les animaux posilivement phototropiques contiennent beaucoup plus de cata-
lase et moins de peroxydase que ceux qui ont un phototropisme négatif.
Ces conclusions sont d'accord avec celles de Bohn, car ce sont les animaux les mieux pourvus de peroxydase, d'après Ostwaldt, qui sont surtout attirés vers l’ombre ou l'obscurité. A ce propos, 1l n’est pas inutile de faire remarquer que la Pholade, riche en lucilérase oxydante, vit dans un trou, et que les animaux photogènes sont nocturnes ou crépusculaires. Je rappellerai cependant que l'insolation affaiblit et détruit même la luciférase, quand elle n’est pas protégée par des substances fluorescentes (voir p. 172).
C'est peut-être par cette action de la lumière sur la luciférase que se peut expliquer l'action inhibante de l'éclairage signalée par quelques auteurs chez certains animaux photogènes, mais que je n'ai pu constater chez la Pholade dactyle vivante.
Drewina a remarqué que sous l'influence du cyanure de potassium chez les Vers, les Échinodermes et les Mollusques, la sensibilité à la lumière disparaît bien avant la sensibilité tactile : cela tiendrait à ce que les oxydations sont inhibées par le cyanure de potassium.
Quincke a montré que le chimisme respiratoire des cellules du pus est augmenté par la [umière.
Lodato, de son côté, trouve que le pouvoir oxydant des tissus de la rétine de Grenouilles exposées à la lumière est très supérieur à celui des sujets maintenus à l'obscurité.
Maleschot et Fubini ont constaté que l'émission d'acide carbonique par les organes isolés est plus considérable à la lumière qu'à l'obscurité. La même augmentation aurait été constatée également chez des Grenouillles entières et même chez des Grenouilles décapitées ou privées de leurs poumons. Fubini a publié, en 1891, des expériences de divers auteurs d'après lesquels l’exhalation de l'acide carbonique par les voies respiratoires serait augmentée à la lumière, même chez des animax plongés dans le sommeil hibernal (Loirs, Muscardins, Chauves-souris).
Ces derniers faits ne prouvent pas que la lumière ait une action directe sur les oxydations élémentaires. J'ai montré
que toutes les conditions qui favorisent le sommeil diminuent les combustions et, parmi ces dernières, il faut placer en première ligne l’obscurité. Le sommeil des hibernants dans les endroits éclairés est plus léger, et alors les mouvements respiratoires et ceux du cœur sont accrus : il n’est donc pas surprenant que l'élimination de l'acide carbonique augmente.
J'ai dit, à propos des Protées, que la lumière peut exercer une action directe sur la circulation, mais il se peut aussi qu'il s’y ajoute des effets réflexes dans l’état normal. Même chez les Grenouilles décapitées dont on éclaire seulement un côté, l'excitabilité réflexe serait plus grande du côté éclairé, d'après les expériences de Wendenski.
Quoi qu'il en soit, il est important de noter, d’après Ostwadt, que les Chenilles chez lesquelles la catalase s’accumule durant une expérience de clarté prolongée (3-4 jours) finissent par mourir ; leur phototropisme positif aurait donc une importance vitale.
Les photoréactions nerveuses jouent un rôle bien difficile à séparer, chez les organismes normaux, de l’action directe de la lumière sur les Lissus et, à mon avis, l’on n’a pas tenu assez compte, à tort, de l'augmentation de l'acide carbonique dans les tissus, qui se fait simultanément avec celle des oxydations. Or, précisément, l’acide carbonique est un des agents les plus propres à renverser le sens des phototropismes et par conséquent des photoréactions. C’est d’ailleurs, comme je l'ai montré par mes recherches sur l'hibernation, le plus admirable des autorégulateurs pour toutes les fonctions de l'organisme. Les oxydations s’exagèrent-elles ? Parallèlement il se produit de l’acide carbonique qui les modère ; si la température s'élève trop, l'acide carbonique intervient aussitôl avec son pouvoir hypothermique; ce pouvoir est si grand que ce gaz peut, par son accumulation dans le sang de la Marmotte, faire tomber la température de plus de 30 degrés. Il en est de même d’ailleurs quand on l’administre par inhalation, mélangé à l'oxygène dans des proportions convenables. Son pouvoir hypnotique, et même anesthé-
sique, est bien connu etil n’est pas surprenant que des animaux trop éclairés, chez lesquels les combustions sont exagérées d'abord, se saturent d'acide carbonique et se trouvent à un moment donné dans le même cas que si on avait augmenté l'acide carbonique du milieu ambiant, ce qui les aurait de même rendus négativement phototropiques: ils sont ainsi, par un mécanisme interne, poussés vers les régions les plus favorables au repos, au sommeil, vers lobscurité. Après
le réveil, le quotient O diminue, et quand la quantité d’oxy-
gène est redevenue proporlionnellement plus grande et suffisante, les oxydations recommencent à augmenter; la vie active s'ensuit, avec le relour vers la lumière et ainsi de suite. De cette façon s'expliquent logiquement l’enchaînement des phénomènes de périodicité de la veille et du sommeil et leur coïncidence avec celle du jour et de la nuit. Mais, en réalité, ce que l’on attribue à l'oxygène est ce qui appartient à l'acide carbonique.
Chez l'Homme même la respiration cutanée serait accrue, d'après Fubini et Rouchi.
Lesexpériences plus récentes de Weissne confirment pasles résultats de Fubini, au contraire. Ce savant expérimentateur n'a pu constater aucune augmentation d’exhalation de l'acide carbonique par la lumière sur des Grenouilles curarisées ou privées du cerveau antérieur (C. R. de la Soc. de Biol., 1908); il serait indispensable de voir s'il ne s’accumule pas dans le sang.
Je ne saurais trop le répéter, l'acide carbonique, que l’on avait, avant mes recherches, considéré comme un simple déchet de la nutrition, inutile, sinon nuisible, est au contraire un précieux agent de frénation, le plus merveilleux et le plus universel de tous les autorégulateurs des fonctions vitales. Dans l'organisme humain, il est surtout le frein automatique par excellence des phénomènes d’oxydation, quand il ne devient pas l'accélérateur des mouvements respiratoires, si l’économie se trouve menacée par sa présence en excès. Il n'agit pas alors sur le bulbe, comme on l’a prétendu, mais
bien sur les centres respiratoires du cerveau moyen, ainsi que je l'ai démontré autre part (1).
S 9. — Action de la lumière sur la production et sur la destruction du pigment.
Quand on expose à la lumière le Protée aveugle des grottes de la Carniole, qui est naturellement d'un blanc rosé, il prend très rapidement une teinte grise, puis brune. Cette action peut être localisée à certains points du tégument que l'on aura éclairé à l'exclusion des autres. Par un phénomène d'induction, de rémanence de l'excitation, la coloration pourra n'apparaître que plusieurs heures après une courte exposition au soleil. Elle est due à la formation de pigment qui se dépose dans les parties les plus vasculaires de la peau, principalement autour des vaisseaux capillaires et paraît due à une extravasalion du sang. Cette production n’a pas lieu dans la lumière rouge ; elle se produit dans la lumière verte plus que dans la lumière bleue, qui cependant impressionne vivement l'animal, car il l’a fuit d’une manière constante. La pigmentation disparaît rapidement à l'obscurité.
On sait que, chez les mineurs, la peau et même les cheveux se décolorent à la longue, même en dehors des cas d’anémie parasitaire, tandis que le teint des personnes qui vivent à la grande lumière du jour ont les parties qui y sont exposées fortement pigmentées. Cette pigmentation a pu s’accentuer avec le temps chez les nègres et devenir héréditaire pour la même raison.
Smidth a établi l'existence d'une oxydase dans la peau du Cobaye et du Lapin, on en a même trouvé dans la peau de la Grenouille, et c’est grâce à elle que les principes générateurs de la mélanine, ou pigment noir, seraient engendrés après avoir été précipités de leur milieu alcalin par la sueur acide ;
(1) RapnAEL Dupoïs, Contribution à l'étude de la thermogénèse et du sommeil. Physiologie comparée de la Marmotte. Ann. de l'Univ. de Lyon, 1896.
mais ce sont des vues théoriques qu’il faudrait soumettre à l'épreuve de la crilique expérimentale.
Dewitz attribue la coloration de la soie des cocons de Saturnia pavonia et S. pyri à l’action d’une oxydase, mais la lumière n'interviendrait pas dans ce processus. Pourtant, d’après mes observations les cocons verts du Saturnia yamamaï sont beaucoup plus colorés du côté exposé à la lumière.
Ce sont les animaux des tropiques et des pays chauds qui présentent les couleurs les plus riches et les plus variées, tandis que bien souvent dans les pays froids, c’est le blanc qui domine. Ce n'est pas, très vraisemblablement, un phénomène de mimétisme, comme le voudraient les finalistes, mais bien le résultat de l’insuffisance du rayonnement solaire ; il est à remarquer aussi que les animaux ont le dos plus coloré que le ventre.
Chez certains Mollusques marins, la coloration de la coquille dépend, jusqu'à un certain point, de la profondeur.
On a remarqué que chez les Élatobranches, jusqu'à trois brasses, les couleurs sont les plus éclatantes ; de trois à vingt brasses, c'est le blanc et le vert qui dominent ; de vingt à trente-cinq, le pourpre ; plus profondément, le rouge et le jaune ; de soixante-seize à cent cinq brasses, le rouge brun ; enfin, de cent six à deux cent dix brasses, on ne rencontre guère que le blanc mat.
Il ne faudrait pas trop généraliser, car on a retiré de mille brasses de profondeur dans la Méditerranée un Mollusque bivalve, Pecten opercularis, aux vives couleurs, et dans les dragages pratiqués dans les plus grandes profondeurs, des Alcyonaires remarquables par la beauté de leur coloris : mais il est vraiqueces régions abyssales sont éclairées par les animaux eux-mêmes. Pourtant « la lumière vivante » semble plutôt défavorable à la production du pigment, chez les Insectes particulièrement. Les téguments très bruns des Pyrophores et des Lampyrides restent translucides au niveau des appareils lumineux. Il existe bien des chromatophores pigmentés à côté des glandes photogènes du Phyllirhoë bucephale, mais, en revanche, la paroi interne du siphon de la