LAND ET ILA BONIÈRE
Pholade où siègent les organes photogènes, en est dépourvue.
En général, les animaux abvyssaux : Crustacés, Mollusques, Étoiles de mer, sont incolores, comme les animaux des cavernes ; les couleurs autres que le noir, le blanc sont exceptionnelles, et certaines teintes du rouge sont rares; le bleu manque totalement (1).
Schmidt a exposé pendant plusieurs semaines des Huîtres, dont une des valves avait été enlevée, à l’action de diverses radiations colorées. Les Huîtres ensoleillées ou éclairées par la lumière bleue, fabriquent dans tout leur corps un pigment très visible. Celles qui sont exposées à la lumière rouge ne forment pas de pigment. Les Huitres, ayant fabriqué du pigment, le reperdent facilement à l'obscurité.
Le pigment peut aussi se former sous l'influence indirecte de la lumière. D'après Franz, la jeune Sole, d’abord transparente pendant la vie pélagique, devient de plus en plus colorée avec la vie sédentaire, phénomène dû à l’augmentaüon des cellules pigmentaires.
Dans d'autres cas, il y a dilatation maximale des chromatophores après l'énucléation des yeux.
La vue des corps sombres provoquant le noircissement, d’après cel auteur, le système chromatique est soumis à une influence trophique des excilations visuelles et des nerfs qui les transmettent.
Le mécanisme intime de la formation d'un pigment sous
(1) La couleur rouge présentée par des animaux retirés des grandes profondeurs peut tenir aussi, comme je l'ai déjà fait remarquer autre part, à la décompression qu'ils subissent. Il résulte des recherches que j'ai faites autrefois avec Paul Regnard, à la Sorbonne, que si l’on comprime à 700 atmosphères des Grenouilles ou d’autres animaux, leurs tissus absorbent de l’eau, ils sont hyperhydratés : quand la décompression cesse brusquement, c’est l'inverse qui se produit, l'eau d'abord fixée est rejetée par le bioprotéon par un phénomène de déshydratation. Or, si au moyen de la cuisson ou seulement de l'alcool, on déshydrate des Crustacés, tels que le Homard ou l'Ecrevisse, chacun sait que de bruns qu'ils étaient, ils deviennent rouges. Beaucoup d'animaux brusquement attirés des régions abyssales arrivent à la surface comme s'ils avaient été cuits : la couleur rouge de certains d’entre eux pourrait bien n'être que le résultat d’une déshydratation par décompression.
l'influence de la lumière n'a pu que dans un seul cas être réduit à un phénomène physico-chimique in vitro, comme la été le mécanisme de la lumière physiologique. Et chose remarquable, dans la formation du pigment en queslion, 1l y a absorplion de l'énergie lumineuse et dans le second émission de lumière !
Comme je l'ai déjà dit, pour qui sait les analyser, les procédés naturels sont d’une grande simplicité, car pour la production des éléments de la photoréaction pigmentogène de la pourpre, ce sont encore des glandes qui les préparent et 1l est curieux de voir que ces glandes sont les homologues de celles qui, chez les Mollusques lumineux, préparent les éléments de la réaction photogène.
En effet, j'ai démontré que la glande à pourpre du Murex brandaris cont'ent une zymase, que j'en ai isolée et à laquelle j'ai donné le nom de Purpurase. En agissant in vitro sur une seconde substance cristallisable sécrétée par cette même glande et que j'ai appelée provisoirement purpurine, laquelle joue le rôle de prochromogène, il se forme un chromogène vert. Celui-ci, sous l'influence de la lumière, se transforme en pigment pourpre, c'est-à-dire en cette matière colorante, dont les anciens teignaient les étoffes destinées exclusivement aux empereurs, aux hauts fonctionnaires et à la noblesse, et dont le secret de formation et de fabrication était jusqu'à l'époque de mes recherches resté absolument mystérieux.
J'ai montré que l'on pouvait, sous le microscope, suivre pas à pas la transformation de la purpurime de Murex brandaris (1), en chromogène vert ou chloropurpurine, puis sous l'influence de la lumière en pourpre.
La purpurase a été rangée parmi les macrozymases à cause de la grosseur relativement grande de ses grains. Sous l'influence de l'hydralation, ces grains se gonflent et passent à l’état de vacuolides (mitochondries glandulaires).
(1) ReMarQuE. — La Purpurine du Purpura lapillus se comporte comme celle du Murex brandaris, mais celle du Murex trunculus donne un chromogène qui se transforme en pourpre violette, sans le secours de la lumière.
Au centre, apparait une vacuole et dans l’intérieur de celleci des grains de pigment quand la purpurine y a pénétré. Ces derniers peuvent même prendre naissance en dehors des vacuolides, quand après avoir été transformée de prochromogène en chromogène, la purpurine a été rejetée par la vacuolide dans le milieu ambiant.
Nous savons que les grains de la luciférase sont également des vacuolides et que la luciférase, comme la purpurase, est une macrozymase.
Il est vraisemblable que toutes les zymases colloïdales sont formées de vacuolides, mais à grains colloïdaux plus petits.
Les organes de la pourpre sont, comme les organes photogènes de la Pholade, des glandes hypobranchiales.
Grâce à la séparation de la purpurase et de la purpurine, j'ai pu étudier dans des conditions expérimentales satisfaisantes l'action des diverses radiations sur la formation de la pourpre. Pour cela, j'ai mélangé ces deux substances et provoqué la réaction photochromatogène dans des tubes à essai immergés dans des solutions colorées monochromatiques. J'ai constaté que, dans la lumière blanche, la couleur du mélange devient rapidement rouge ; dans la lumière bleue, moins rapidement; dans la lumière verte, moins vite que dans la lumière bleue; dans la lumière violelte, moins vite que dans le vert. Avec la lumière rouge, la couleur rouge apparaît tardivement et dans le jaune, elle ne se montre pas du tout. H se forme seulement le chromogène vert ou chloropurpurine, mais il suffit d'une courte exposition à la lumière blanche pour que celui-ei se transforme en pourpre.
Avec la solution de purpurine du Murex brandaris et la purpurase, on peut facilement Leindre les étoffes de laine en pourpre.
On fait bouillir avec de l’eau de savon de la flanelle blanche et on la lave à grande eau pour enlever toutes les impuretés ; ensuite on la fait bien sécher. Quand elle est sèche, on l’immerge dans une solution alcoolique de purpurine ; l'étoile est séchée à l'air libre et à la lumière. Il ne se produit aucune coloration, Quand toute trace d’alcool a disparu, on trempe
la flanelle dans une quantité de sel de purpurase juste suffifisante pour imbiber l’étoffe. On l’expose ensuite au soleil. La flanelle se colore rapidement en pourpre, elle est teinte d’une manière indélébile. On traite alors par l’eau bouillante et on sèche. L'étoffe préparée de cette façon m'a permis d'obtenir des photographies.
Pour cela, il suffit, aussitôt que la flanelle a été imprégnée de purpurase, de l’exposer au soleil après l'avoir recouverte (l’un cliché négat:f. Toutes les parties frappées par la lumière blanche apparaissent en rouge pourpre plus ou moins saturé. Quand le tirage paraît suffisant, on fixe l’image en faisant bouillir la flanelle dans l’eau. La purpurase est détruite et la purpurine inaltérée est dissoute. On lave à l’alcool et on sécre One
Avec desclichés en couleurs obtenus par le procédé de Lippmann, j'ai vu se former des nuances variées : du rouge, du vert, du jaune, parfois même du bleu, malheureusement ces teintes, d’ailleurs impossibles à fixer, ne correspondent pas à celles du cliché, mais il y a là une indication que l'on trouvera peut-être un jour un chromogène qui formera du rouge dans la lumière rouge, du bleu dans la lumière bleue, etc.
Mandoul a remarqué que les diverses radiations, chez cerlains Insectes à propriétés chromogènes spéciales, seraient capables de déterminer la formation de pigments reproduisant les teintes des radiations qui les impressionnent.
Au moment où le chromogène du Murex brandaris donne sous l'influence de la lumière le pigment pourpre, il se développe une odeur fétide, bien connue des anciens : elle résulterait, d'après Derrien, de la formation simultanée d'un mercaplan.
Il se peut que beaucoup d'odeurs, de parfums des fleurs ou des fruits se développent par un procédé analogue sous l’action de la lumière. |
D'après Slavko Secernov, la lumière produit des effets de
(1) RaPHAEL Dugors, Recherches sur la pourpre et sur quelques autres pigments animaux. Arch. de zool. exp. et gén., 5° gsér., t. XI, 25 nov. 1909, Paris-
synthèse ou de destruction des pigments. Les pigments colorés dérivent, en général, d’un pigment noir pouvant se former aussi bien à la lumière qu'à l'obscurité, mais dans ce dernier cas, il serait plus facilement transformable en bleu, jaune, rouge. Ce sont les trois composants du pigment noir ; le rouge est le plus difficile à obtenir. La lumière peut agir de diverses facons soit sur la mélanine, soit sur le chromcogène, sur la zymase formatrice du prochromogène ou sur ce dernier lui-même : d’où des modes de formations diverses des colorations des organismes vivants.
L'action de la lumière sur les animaux fluorescents ayant élé traitée à propos de l’action des radiations fluorescentes (voir p. 166), je n'y insisterai pas 1c1.
Je rappellerai seulement qu'on à confondu la fluorochlorobonelline de la Bonellie avec la chlorophylle et que j'ai, avec mon élève M. Villard, donné les caractères différentiels qui les séparent radicalement. Il n'en faudrait pas conclure que je pense que la chlorophylle n'existe pas chez les animaux ; on l'y rencontre en effet, mais elle a deux origines bien différentes : elle peut provenir de l'extérieur par la nourriture, soit encore par imprégnation et par symbiose, ou bien appartenir en propre à l'organisme animal.
La chlorophylle que l’on rencontre dans l’hépalo-pancréas de l’Escargot est bien, comme l’a démontré Dastre, d'origine alimentaire. Peut-être en est-il de même de celle dont Becquerel et Brongniard ont signalé la présence dans certains Insectes verts (Orthoptères du genre Phyllium).
Chez un certain nombre d'animaux: Infusoires, Cœlentérés, Spongiaires, Turbellariés, la chlorophylle est contenue dans des corpuscules verts qui ont donné naissance à de nombreuses discussions.
Les uns considèrent ces corpuscules comme des algues symbiotiques pour les raisons suivantes :
10 Ils présenteraient la constitution d’une cellule chlorophyllienne ;
o° [ls pourraient vivre en dehors des organismes où on les rencontre ;
3° Ils pourraient être inoculés à un animal incolore de la même espèce et le contaminer ;
4° Ces corpuscules ont une grande analogie avec certaines algues unicellulaires communes, Chlorella vulgaris, par exemple, abondantes dans les eaux vaseuses.
D’autres regardent ces corpuscules comme de véritables chloroleucites animaux pour les motifs suivants :
1° Comme les leucites, les corpuscules verls ne vivent jamais en liberté dans l’eau ;
2° Comme les leucites, les corpuscules verts des animaux renferment une vacuole, parfois contractile, comme chez les Infusoires verts ;
3° Comme les leucites, ils se reproduisent par simple division. Même en les cultivant dans un milieu approprié, ils n'ont jamais pu donner de zoospores, mode de production normale chez les algues unicellulaires ;
4° On n’a jamais pu observer que des individus incolores soient contaminés naturellement par des espèces vertes vivant dans la même goutte d'eau. En outre, on n’a jamais pu inoculer à une espèce incolore les grains verts d'une espèce différente ;
5° La chlorophylle commence à se montrer sous forme de fins granules dans l'œuf de l’Hydre verte d’eau douce, au moment où 1l prend la forme d'un papillon aux ailes étendues et, à côté de granules bien verts, on en observe d’autres qui ne sont encore que faiblement jaunâtres et d’autres tout à fait semblables à ceux des Hydres incolores. De plus, les corpuscules verts ne disparaissent pas quand l’animal s’enkyste (infusoires verts).
Il se peut que l'on puisse parfois amener le verdissement de Vorticella campanula, et même de Rotifer, en ajoutant des végétaux verls (Valisneria) flétris aux cultures artificielles, comme l'a vu Danilewski, mais cela ne prouve pas que les corpuscules verts que l’on trouve chez certains Vers, comme Convoluta Roscoffensis et chez l'Hydre verte d'eau douce, ne soient pas des chloroblastes ou chloroleucites animaux.
Quant à moi, je les ai toujours considérés comme tels, et,
R. Dugors. 19
bien des années avant les recherches de Guilliermond, j'ar enseigné que ces leucites, aussi bien chez les animaux que chez les végétaux, ne sont autre chose que des vacuolides grossies. La prétendue découverte du botaniste lyonnais consiste à avoir substitué au mot « vacuolide » d'origine française, celui de « mitochondrie », d’origine allemande.
Il existe donc, chez certains animaux, une fonction chlorophyllienne s’exerçant à l’aide de chlorovacuolides et de chloroleucites, qui ne sont que deux degrés de développement différent du même organisme élémentaire spécialisé en vue de cette fonction.
L'importance de ces chlorovacuolides animales dans la nutrition de ces organismes est indiquée par le rôle que remplit vis-à-vis d’eux la lumière : un tel organisme peut accumuler l'énergie solaire pour reconstituer avec les produits de sa désassimilation, et particulièrement avec l'acide carbonique, des aliments de réserve qu'il pourra utiliser à nouveau. C'est d’ailleurs ce que fait tout végétal vert, et c'est une preuve,
gétal et le règne animal aucune séparation radicale. Les Planaria Roscoffensis se dirigent vers les parties les
à ajouter à beaucoup d'autres, qu'il n’y a entre le règne vé- Q
plus éclairées du récipient qui les contient et s'appliquent sur les parois de facon à recevoir la plus grande quantité possible de lumière, mais dès que l'obscurité arrive, elles se . dispersent dans toutes les directions. Enfin, 1l est intéressant de noter que ces petits Vers chlorophylliens choisissent de préférence les parties éclairées par les radiations spectrales les plus favorables à l'exercice de la fonction chlorophyllienne. Toutefois, les corpuscules verts ne semblent pas indispensables à la vie de leur propriétaire, car, sans tuer ce dernier, j'ai pu les détruire chez un Ver chlorophyllien des eaux douces, en tamisant la lumière, au moyen d'un verre vert foncé.
Il ne me paraît pas douteux cependant que les animaux en question utilisent la lumière solaire à la manière des végé-
taux.
$ 10. — Influence de la lumière sur le développement et la nutrition, en général.
La présence de la chlorophylle dans l'organisme animal ne serait pas indispensable pour qu'il emmagasinât de l'énergie solaire.
D’après W. Edwards, la lumière favorise et accélère le développement des œufs de Grenouille et celui des Têtards, et selon Béclard, celui des œufs de Mouches. Bohn a admis que l'énergie lumineuse s’accumule dans les œufs et se manifeste par des effets physiologiques (mouvements), et morphologiques (croissance) plus tardifs, mais d'autant plus accentués qu'on se rapproche davantage de l’époque de transformation des embryons de têtards. Les observations de W. Edwards et de Pouchet ont été confirmées par celles de Neuburger sur différents Insectes et, en 1878, Yung a noté que les œufs de Poissons incubent 53 jours dans le violet au lieu de 75 jours dans le vert.
Plus récemment, Leredde et Pautrier, en France, Jakimovitch, en Russie, étudiant le développement des têtards de Rana temporaria, dans des bocaux de différentes couleurs, concluaient que les lumières bleue et violette étaient les plus activantes. On a même été jusqu'à prétendre que les radiations auraient une action sur la nature du sexe. Il semble, en effet, que, chez certaines espèces animales, tout au moins, ce n'est pas au moment où la fécondation a lieu que se détermine d’une facon irrévocable le sexe de l'être futur, et chez le Ver à soie, la lumière bleue paraît être favorable à l’évolution de l’œuf vers le sexe femelle.
D’après Loeb, les substances colorantes ne se fixeraient pas sur les cellules de la même manière à la lumière et à l'obscurité; celte différence reposerait sur deux actions distinctes : 1° la lumière peut modifier les cellules ; 2° la lumière peut modifier le milieu, c’est-à-dire les solutions colorantes.
Hertel a vu que l'influence des rayons lumineux est défavorable au processus de division cellulaire, mais il faut
pour cela une grande intensité lumineuse. Il importe de fixer cette intensité, et aussi de déterminer la composition de la lumière en radiations colorées aux différents temps d’accroissement de l'intensité éclairante.
Ces résultats positifs ne sont pas en opposition avec les résultats négatifs obtenus antérieurement par Riesch, parce que cet expérimentateur n'avait opéré qu'à la lumière diffuse ou à un éclairage trop faible. En tenant un plus grand compte du déterminisme expérimental, on pourrait éviter de nombreuses, pénibles et stériles discussions.
Dans son étude de l'action de la lumière sur la ponte, Goyomus Murbach a constaté que l’on peut contraindre une Méduse à pondre à n'importe quelle heure du jour en la plaçant à l'obscurité pendant une heure. Serait-ce la raison pour laquelle les accouchements ont souvent lieu la nuit au grand désespoir des médecins? Le remède alors serait facile à employer en faisant la nuit dans la chambre de la patiente ; mais entre la Femme et la Méduse.…
La lumière jaune orangé a empêché la ponte de la Méduse, qui s’est bien accomplie avec la lumière bleue, mais les œufs ne se sont segmentés que lentement. Faudra-t-il aussi en médecine tenir compte de la couleur des tentures, dé celle des vitraux, ou bien prescrire des lunettes à verres de couleur dans les cas de ponte difficile ou irrégulière? et alors 1l faudrait sans doute opter entre le rouge et le vert (1).
Lerrede et Pautrier ont étudié l'influence des diverses longueurs d'onde sur le développement des Batraciens. La partie chimique du spectre est plus active que la partie caiorifique dans les phénomènes de division cellulaire.
D’après Goggio, l'obscurité et la lumière rouge n’ont pas d’action appréciable sur le développement des larves à certaines périodes du développement; elle semble être plutôt favorable.
J. Loeb a vu que le nombre des chromatophores formés dans la membrane vitelline de l'embryon du Fundulus, dépend de la quantité de lumière et diminue à l'obscurité, ce qui
(1) Nora. — On a obtenu le forçage de la ponte des Poules en prolongeant la lumière du jour, en hiver, par l'éclairage artificiel.
rentre dans la loi générale relative à la formation des pigments. D'après le même auteur, la formation des polypes dans les tiges d'Eudendrium racemosum est aussi sous la dépendance de la lumière. Les rayons bleus et la lumière diffuse du jour accélèrent la formation des polypes, tandis que les rayons rouges se comportent comme le noir.
Godfarb a fait également des expériences sur Eudendrium racemosum. Les colonies conservées pendant un certain Lemps dans l’obscurité, mais influencées par un éclairage antérieur aux expériences (phototonus), commencent à régénérer leurs hydrantes deux jours après l’ablation des branches. Cette régénéralion cesse, en moyenne, le treizième jour. Les colonies non influencées par l'éclairage antérieur, c’est-à-dire celles qui, conservées environ treize jours à la lumière, ont subi une première régénération, ne forment pas de nouveaux hydrantes. De ces expériences et d’autres encore, Goldfarb conclut que, dans les phénomènes de régénération étudiés par Loeb, la lumière n’est pas seule en cause. Si l’on place, d’après le même auteur, dans l'obscurité des colonies de Pennaria tiarella avec leurs branches et leurs hydrantes, ces derniers se désagrègent et ne se régénèrent qu'après un minimum de deux jours d'exposition à la lumière.
On a même prétendu, après expériences, que dans les élables éclairées par la lumière violette, les veaux engraissent plus rapidement que dans les autres. Est-ce parce qu'ils mangent plus ou dorment davantage ou pour toute autre cause indirecte? Ce sont des questions dont 1l ne faut pas mépriser l'étude, car elles peuvent avoir de nombreuses applications pratiques : l'observation de L. et A. Lumière sur l'influence du rouge et du vert sur le comportement des ouvriers des usines photographiques constitue, à cet égard, une précieuse indication.
Toutefois, Manca et Casello ont prétendu que la lumière n’exerçait presque aucune influence sur la nutrition.
L'absence de lumière longtemps prolongée entraine l'atrophie des organes visuels, comme cela arrive chezles animaux cavernicoles; mais, en revanche, les organes du tact et l’ol-
faction prennent un développement considérable. Un exemple bien frappant de l'influence de la lumière sur le développement de l’œil nous est fourni par un Crustacé marin, £thusa granulata. À la surface de la mer, il a des organes visuels bien conformés ; entre 110 el 370 brasses de profondeur, les yeux sont encore supportés par un pédoncule mobile, mais ils sont remplacés par une masse calcaire arrondie. Enfin, entre 500 et 700 brasses, le pédoncule se change en un appendice pointu et immobile, qui sert de rostre.
En général, dans les régions abyssales, les animaux n'ont pas d'yeux, ou bien le volume de ces organes est très exagéré, en vue sans doute de la perception de la faible clarté de la lumière physiologique des organismes photogènes : nous savons, en effet, que les yeux du Lampyre mâle sont extrêmement développés.
L'action indirecte de la lumière sur les animaux a une importance capitale, puisque, sans les végétaux verts, qui, avecle concours de l'énergie ancestrale, accumulent l'énergie solaire sur les molécules inorganiques pour les transformer en molécules organiques, les herbivores ne pourraient exister et nourrir les carnivores et les omnivores comme l'Homme.
On ne peut nier cependant l'influence directe de la lumière sur la nutrition des animaux et s'il existe, à cet égard, des divergences d'opinions, elles ne peuvent tenir qu'à l'absence très regrettable d'un déterminisme comparatif rigoureux, qui fait défaut dans la plupart des expériences relatives à cette importante question.
Mais cette influence serait bien insuffisante pour maintenir Ja Vie sur le globe sans le concours des végétaux verts, même au sein des mers.
Les radiations lumineuses sont successivement, progressivement transformées et absorbées dans l’ordre croissant de leur réfrangibilité, au fur et à mesure que l’on descend davantage dans le milieu aquatique. Dans la mer, au-dessous de 100 à 120 mètres, on ne trouve plus que quelques algues glauques et nacrées, puis le grand travail de synthèse bioprotéonique disparaîl. Si quelques radiations actiniques peuvent
encore pénétrer jusqu'à 800 à 1.000 mètres, elles sont impuissantes à le maintenir.
Dans les abîmes, on ne trouve plus que des végétaux achlorophylliens destructeurs (halibactéries), ou des animaux carnivores. Tout ce monde vit des miettes de la table où préside le Soleil, La lumière froide, que fabriquent les habitants des abimes, ne peut faire œuvre de synthèse, et avec la Lumière du jour s’évanouit la Vie.
EN RÉSUMÉ, l’histoire de l’action de la lumière sur les animaux constitue un des chapitres les plus importants de la physiologie générale: il renferme une foule de notions diverses qu'il est impossible de rappeler toutes en quelques lignes. Cette action se mani- Jeste par des photoréactions de diverses natures que l'on peut arbitrairement grouper de la façon suivante : photoréactions trophiques, motrices et physiques. Il est certain qu'aucune de celles qui appartiennent aux deux derniers groupes ne peut avoir lieu sans que simultanément il se produise des modifications trophiques correspondantes : aussi a-t-il été véritablement puéril d'annoncer, comme une découverte, que toutes les photoréactions sont le résultat d'actions moléculaires physico-chimiques, dans lesquelles intervient le jeu des ions et des électrons, sans préciser cette action.
L'étude des photoréactions trophiques porte plus spécialement sur l'action exercée par la lumière sur la segmentation, le développement des œufs et des embryons, sur l'accroissement des larves et des adultes, sur la respiration, la circulation, la formation des pigments, sur les animaux chlorophYylliens,les photomorphoses des animaux cavernicoles, etc.
La découverte de la macrozymase de la pourpre et de ses vacuolides a permis de fonder expérimentalement une théorie du mécanisme d'action intime des zymases, en particulier en ce qui concerne la formation des pigments.
Aux photoréactions trophiques se rattachent indirectement l'action de la lumiere sur le travail, l'état de veille et desommeil, l'idéation, etc. Elles donnent lieu à des phénomènes de rémanence, d'induction, comme chez les végétaux, et à des mani-
festations de mémoire associative.
Pour les photoréactions motrices, la réponse caractéristique est constituée par un mouvement apparent : il peut étre extérieur, comme celui d'un organe ou d'un organisme, ou bien interne : mouvement de chromatophores de la peau, des franges réliniennes, des cônes et des bätonnets et de tous les photeurs, en général, qu'il s'agisse de la vision oculaire où de la vision par la peau ou fonction dermatoptique. L'étude de ces phénomènes, dans leur ensemble, et particulièrement de la fonction dermatoptique ou photodermatique, a permis de remplacer les explications classiques du mécanisme de la vision rélinienne, qui ne reposent que sur des hypothèses absolument insuffisantes, par une théorie basée sur l'expérimentation : la THÉORIE PHOS- PHÉNIQUE.
Cette dernière a conduit à des généralisations importantes sur le mécanisme des sensations dans toute la série animale.
La lumière blanche et les radiations colorées agissent non seulement par leur QUANTITÉ mais aussi par leur quaLiTÉ. 1l importe de séparer nettement ces deux notions dans l'interprétation des photoréactions.
L'héliotropisme végétal ne peut pas étre assimilé à ce qui a élé improprement appelé « héliotropisme animal ».
Sous. le nom de « phototropisme » on a désigné collectivement une foule de faits disparates : l'expression de « tropisme » na fait que produire une regrettable confusion.
La notion que certains animaux se dirigent vers une source de lumière ou la fuient, en vertu d'une action d'abord asymétrique de la lumière incidente, n'est pas plus nouvelle que l'explication dynamique de ce phénomène proposée par Loeb.
Certaines photoréactions motrices ont été à tort considérées comme des actes de mimétisme.
Les photoréactions physiques sont celles qui sont plus particulièrement manifestées par la production de lumière, de chaleur ou d'électricité.
Les plus récentes recherches sur les courants d'action développés dans l'organe visuel sous l'influence de la lumière, ont donné une importante confirmation de l'exactitude de la théorie de la vision phosphénique.