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CHAPITRE PREMIER

L'existence de la fonction photogénique n'a été constatée avec certitude que chez les végétaux achlorophylliens.

Tous les végétaux lumineux rentrent dans deux groupes de Champignons : les Jyphomycèles et les Bactériacées.

Parmi les Æyphomycètes, on compte une vingtaine de Champignons lumineux, appartenant pour la plupart au genre Pleurotus. Cinq des plus brillantes espèces habitent l'Australie.

On avait émis l'opinion que la luminosité des Hyphomycèles était due à des Bactériacées photogènes parasites. J'ai montré que cette hypothèse était erronée en ce qui concerne Agaricus olearius, qui croît assez communément en Provence au pied des Oliviers. En revanche, j'ai vu des Photobactéries lumineuses se développer sur des moisissures (Aspergillus niger) poussées accidentellement dans un bouillon renfermant de l’asparagine.

En général, chez les Hyphomycètes lumineux jeunes, c’est l'hyménium qui brille exclusivement : chez les vieux Champignons le chapeau s’obscurcit, mais le pied peut devenir lumineux superficiellement et même dans la profondeur. Les spores ne sont pas lumineuses. Chez Agaricus Gardneri, Champignon brésilien qui émet une superbe lumière verte, toute la plante brille, même le dessus du chapeau. L’intensité de la lumière est assez forte pour qu’on puisse lire dans l’obscurité.

Dans certaines espèces, chez Agaricus melleus, par

exemple, le Champignon adulte ne brille pas ; le mycélium seul est lumineux. Ce sont ces mycéliums qui rendent très souvent phosphorescents les vieux bois, les racines, les écorces et même les feuilles mortes : celles du Chêne et du Hêtre plus spécialement (fig. 1). La phosphorescence se montre principalement sur les espèces suivantes : Bouleau, Hêtre, Aune, Marronnier, Châtaignier, Sapin, Chêne blanc, Saule, Noyer. On voit souvent se développer ces mycéliums dans les mines, sur les vieilles poutres de bois, où ils émettent une lumière comparable à celle du clair de lune.

J'ai eu l’occasion d'observer la phosphorescence sur des bois frais ne portant aucune trace de mycéliums. Je n'ai pu déceler la présence que d’une espèce de Bactériacée, dont les colonies avaient une belle couleur verte, et un joli éclat fluorescent. Je me suis demandé si, dans ce cas, la lumière n’est Fié. 1.— Feuille morte par- Pas due à l'émission par le bois de ra-

tiellement envahie par Un diations obscures capables de deve-

mycélium lumineux de R RE

champignon (Molish). nir visibles grâce à la substance fluo-

rescente des Bactéries parasites.

Les spores de l’Agaricus melleus se cultivent bien sur bouillon de pruneaux ou de pain cuit pas trop fluide : les rhizomorphes et les hiphes qui émergent brillent seuls.

Bactériacées lumineuses, Microbes phosphorescents où Photobactériacées. — On a signalé une trentaine d'espèces de Photobactériacées, appartenant à cinq ou six genres, qui toutes pourraient être réunies en un seul, le genre Photobacterium. Les espèces sont vraisemblablement beaucoup moins nombreuses, car les Photobactéries sont extrêmement polymorphes ; certaines changent de forme sans perdre le pouvoir photogène ; d’autres, au contraire, peuvent cesser de briller tout en conservant leur forme suivant le milieu, l’âge, etc. Par de nombreuses expériences, j'ai démontré que la fonction

photogénique n'est pas liée indissolublement à une condition essentielle de la vie de ces petits organismes, telle que la respiration.

Dans l’état naturel, les Photobactéries se rencontrent principalement dans l'eau de mer et à la surface des Poissons qu'elles rendent phosphorescents quelques heures après leur mort. En 1886, j'ai pêché en pleime mer des Sardines qui furent aussitôt enfermées dans des bocaux stérilisés : au bout de trois jours elles étaient lumineuses.

Les Microbes lumineux se trouvent également à la surface des Poissons d'eau douce, mais ils ne brillent pas à cause de l'absence de la dose nécessaire de chlorure de sodium.

Certains Poissons de mer pourtant ne sont pas susceptibles de briller : je n'ai Jamais pu constater la phosphorescence chez la Torpille électrique de la Méditerranée, chez Mustellus levis et

Fi. 2. — Microbes lumineux, Photobacterium sarcophilum.

chez Acanthias vulgaris.

La phosphorescence cesse au moment où commence la putréfaction.

La viande présente assez souvent le même phénomène, surtout quand la température est voisine de + 10° C., vers Pâques principalement. Elle a été observée souvent sur la chair du Porc, du Cheval, du Bœuf, du Mouton. En 1891, j'ai le premier isolé et cultivé, à l’état de pureté,un Microbe lumineux trouvé sur de la viande; c'était celle d’un Lapin dépouillé, qui présentait une belle luminescence. Je lui ai donné le nom de Photobacterium sarcophilum : il est très polymorphe et c’est principalement lui qui, pour cette raison, a été décrit sous les noms de Micrococcus phosphoreus, de Bacterium phosphoreum, etc. (fig. 2).

Les Photobactériacées sont très communes sur le conti-

nent et, d’après Molish, il suffirait d'abandonner à l'air de la viande de Cheval ou de Bœuf à moitié immergée dans l’eau salée à 3 p. 100 pour voir cette dernière devenir lumineuse 87 fois sur 100.

Pendant les campagnes de dragage du Prince de Monaco, Richard a retiré des régions abyssales des Photobactériacées qu'il désigne sous le nom d'Halibactéries lumineuses. Leur dispersion est donc considérable.

L'ingestion des viandes lumineuses n’a jamais causé d’accidents : la présence des Photobactéries indique même l'absence du Bacterium termo de la putréfaction, qui les éteint.

C'est sans doute à la présence de ces mêmes micro-organismes qu'il faut attribuer la phosphorescence accidentelle de diverses matières alimentaires : œufs d'Oiseaux, fromages, légumes (Navets, Pommes de terre cuites; Carottes, Choux avariés), charcuterie, etc., et même celle des cadavres humains constatée par divers observateurs.

On a signalé fréquemment aussi des cas de phosphorescence chez des individus vivants : phosphorescence de la sueur, de l’urine, et même des excréments. Un exemple de ce dernier cas a été observé par Mülder chez un malade qui avait mangé des Crustacés (Squilles) mal conservés.

D'après Azara, l'urine normale de la Mouffette d’'Amérique est également lumineuse : ce serait, d'après cet auteur, avec l'infecte odeur qu'elle répand, un moyen d’éloigner ses ennemis.

Quoy et Gaimard ont observé une Tortue de mer qui portait sur le dos une plaie phosphorescente. En 1885, j'ai inoculé des Photobactéries à une plaie située sur le dos d’une Grenouille et j'ai vu la phosphorescence persister pendant douze heures. Elle disparaissait presque aussitôt sur les plaies d'animaux à sang chaud inoculés avec le même microbe (Photobacterium sarcophilum Dubois).

Plus tard, Tarchanoff a rendu une Grenouille lumineuse pendant deux ou trois jours en lui injectant du bouillon de culture lumineuse dans lés sacs lymphatiques et l'animal n’a pas succombé.

Entre temps, en 1889, Giard et Billet observèrent sur la plage de Vimereux des Talitres phosphorescents. Ces petits Crustacés étaient visiblement malades et leur sang était rempli de Photobactéries que l'on put inoculer à d’autres Crustacés marins : Orchestries, Hyales, Ligies et même à des Cloportes. |

La maladie lumineuse a été observée chez des Mouches, des Moustiques et des Cousins par divers savants et plus récemment par B. Issatscheryko, au mois de juin, dans des endroits buissonneux, près de la ville de Nikolaieff, dans le village de Warwarouka, sur des Cousins, d’où le nom de Bacterium (Photobacterium) chironimi qu'il a donné à la Bactérie lumineuse qui paralyse et tue ces Diptères. Peut-être pourrait-on lutter avantageusement contre les maladies transmissibles à l'Homme par les piqûres d’Insectes en propageant dans les endroits malsains cette Photobactérie qui se cultive facilement en bouillons salés à 3 p. 100.

C'est sans doute à la même cause qu'il faut attribuer la luminosilé accidentelle des Courtilières, des Fulgores, des œufs en incubation et même des Oiseaux (Æffraie, Héron). Pourtant, chez ces derniers, il pourrait s'agir également de parasites animaux, tels que des Podures el aussi de débris d'Hyphomycètes poussés dans les troncs d'arbres vermoulus où habitent souvent les animaux nocturnes.

J'ai trouvé des Photobactéries dans le mucus lumineux sécrété par la Pholade, dans celui de la Pelagia noctiluca, élégante Méduse de la Côte d'Azur, mais elles ne sont pour rien dans les propriétés photogènes propres de ces animaux, sur lesquelles elles vivent en symbiose, comme sur beaucoup d’autres.

On ne les voit pas briller dans l'eau de mer à l’état naturel, ni même sur les animaux vivants et sains, comme les Poissons. Ce n’est donc pas aux Photobactériacées qu'il fallait attribuer la phosphorescence de la mer que Beijerinck à observée dans la mer du Nord, dans l'été de 1888, à une époque où l’on rencontrait beaucoup de Noctiluques et de Cœlentérés lumineux. En 1886, j'ai montré comment la mer

peut devenir phosphorescente en l'absence de Noctiluques el sans le concours des Photobactériacées, j'aurai l'occasion de revenir sur ce point à propos de la phosphorescence de la mer (voir p. #41).

La culture des Photobactéries est facile sur des bouillons de gélatine peptone neutres ou très légèrement alcalins, mais contenant 3 p. 100 de sel marin.

J'ai constaté que les peptones ne facilitent pas la croissance et la luminosité seulement par elles-mêmes, mais parce que celles du commerce contiennent des impuretés, des produits phosphorés : nucléines, lécithines, etc. Ces dernières en se décomposant par la chaleur peuvent fournir de l'acide phosphoglycérique et de la névrine. Or, en ajoutant à un bouillon d'agar-agar, sans peptone, un peu de ces produits de décomposition, on obtient des cultures très lumineuses.

Je me suis servi avec avantage dans mes recherches de bouillons de culture liquides, dont je suis parvenu à éliminer les substances colloïdales mal définies chimiquement, tels que peptones du commerce, gélatine, extraits de viande, de Poisson, etc. La présence de ces dernières compliquent d'une manière fâcheuse et masquent en grande partie les réactions qui accompagnent la fermentation photogène.

Le bouillon dont voici la formule m'a donné d'excellents résultats, bien qu'il ne renferme que des substances cristallisables.

Eau:commune 1.4 04e Nr. 0) era mes ASpArASIne ENENENNR CERN TELE 1 gramme.

GIVEÉTINE, 2 MS RME EEE 1 — Phosphate (de potasse MEME AE UE 0,10 centigr. DÉLAINATIIUL Us UE DORE MEME 3 grammes.

La glycérine peut être remplacée par divers autres aliments carbonés : dextrine, saccharose, glucose, dulcite, etc.; la lactose donne les meilleurs résultats.

Ce bouillon chimique a l'avantage de ne pas s’altérer à l'air aussi facilement que ceux qui renferment de la gélatine et des peptones difficiles à préserver de la putréfaction.

J'ai pu également faire des bouillons de culture économiques et peu putrescibles avec des extraits de tourteaux de graines oléagineuses (voir Éclairage par les microbes, p. 30).

D'une manière générale, le milieu de culture doit être neutre ou légèrement alcalin, mais une trop forte alcalinité est nuisible. Certaines Photobactériacées, peut-être toutes, peuvent se multiplier en milieu légèrement acide, car la viande phosphorescente et le mucus de Poisson de mer lumineux ont une réaction faiblement acide. J'ai démontré expérimentalement que P. Sarcophilum peut se développer et même briller dans un bouillon gélatineux assez fortement acide, comme celui de gélatine peptone non neutralisé. Mais j'ai fait la remarque curieuse que cette faculté ne s'exerce que grâce à celle possédée par le micro-organisme de sécréter une substance alcaline, qui lui fait un milieu convenable à son développement et à son fonctionnement photogène. La Photobactérie agit ici comme une cellule qui se défend d’une toxine ambiante en sécrétant une antitoxine. Il doit en être ainsi pour beaucoup de Microbes pathogènes, qui peuvent se préparer un terrain de culture dans un milieu défavorable et qui, pour cette raison, sont toujours inoculables, tandis que d’autres exigent un état de réceptivité qu'iis ne peuvent créer par eux-mêmes.

L'acidité est néanmoins contraire à la photogénèse, alors même que la nutrition et la multiplication continuent à s’exercer. La luminosité disparue pour cette raison pendant plusieurs mois peut être ramenée par le transport des Photobactériacées éteintes dans un bouillon légèrement alcalin. J'ai pu ainsi éteindre et rallumer successivement des cultures en changeant la réaction du milieu.

Une petite quantité de sel est nécessaire à la nutrition des micro-organismes, mais la proportion de 3 p. 100 est indispensable pour donner au milieu une tonicité déterminée permettant l’accomplissement de la photogénèse. Si le bouillon de culture est un peu trop salé, il ne brille pas : 1l est curieux de constater que l’on peut éteindre la lumière d’un ballon de bouillon liquide bien lumineux en ajoutant à ce dernier un

peu de sel et le rallumer ensuite avec de l'eau, sans tuer les Photobactéries. Je donnerai plus loin l'explication du curieux résultat qu'offre cette expérience. Ce fait est très général et n'est pas particulier aux Photobactéries : il se produit, en effet, avec l’eau rendue phosphorescente par la désagrégalion de Cœlentérés photogènes, avec le mucus lumipeux de la Pholade, etc. Le milieu extérieur doit être isosmolique avec le milieu intérieur des Photobactériacées ou plutôt des vacuolides zymasiques photogènes qu'elles renferment.

On peut remplacer la dose de sel marin isosmotique par d'autres doses de différents corps : sucre, sels divers, chlorure de potassium, iodure de potassium, chlorure de magnésium, azotate de potassium, sulfate de potassium, sulfate de magnésium, par exemple. Mais, je le répète, il semble qu'une quanüté, fût-elle très petite, de sel marin soit nécessaire à la nutriüon, bien que Mc Kenney ait avancé que le sodium peut être remplacé totalement par le magnésium ; par contre, d'après le même expérimentateur, le polassium, le baryum, le strontium ne peuvent remplacer le sodium. Pour de semblables essais, il faudrait pouvoir se procurer des bouillons absolument exempts de sodium, ce qui est extrêmement difficile, ou se servir de mon bouillon à l'asparagine (voir p. 21).

Le rôle de l'oxygène est important à connaître. Pour briller, les Photobactéries doivent fonctionner comme aérobies : le contact avec l'air leur est nécessaire. Si l’'ensemencement sur gélatine lécithinée est fait dans un sillon profond, elles ne brillent pas, mais j'ai vu se produire dans ces condiuons un fait singulier. De chaque côté du sillon d’ensemencement, j'ai observé la formation de petites sphères imitant des cellules. Ces petites sphères se déformant par pression réciproque au fur et à mesure de leur naissance et de leur accroissement, on assiste finalement à la naissance d’un véritable tissu, qui rappelle par son aspect extérieur celui des organes lumineux des Insectes et qui, comme eux, est extérieurement limité par une zone crayeuse. Mais l'examen histologique montre que ces pseudo-cellules sont dépourvues de noyau : il n'en est pas moins vrai que ce sont là de sin-

gulières formations plastidaires dues au travail physiologique des Microbes.

Dans les tubes renfermant des bouillons liquides lumineux la zone en contact avec l'air brille seule, mais il suffit de faire pénétrer de l’air dans les parties profondes pour qu'elles s'éclairent aussitôt. Ceci ne prouve nullement que la fonction photogène soit confondue avec celle de la respiration, car lorsque la température s’élève, l'intensité de la respiration croît d'une manière continue, tandis que l’intensilé lumineuse n'augmente que jusqu'à un certain degré pour diminuer ensuite. En d’autres termes, 1l n'y a pas concordance entre la courbe respiratoire et celle de la luminosité en fonction de la température. J'avais observé déjà ce défaut de parallélisme autrefois chez les Insectes lumineux. Enfin les Photobactéries peuvent vivre et se multiplier sans briller, comme je l'ai indiqué. Cependant les corps réducteurs tels que l'acide sulfhydrique, les sulfites, etc., suppriment la lumière.

Dans les gaz neutres : azote, hydrogène, la lumière persiste longtemps, mais finit par s'éteindre sans que l’on puisse dire si c’est l'oxygène qui manque à une combustion photogène ou bien si c'est simplement la respiration, sans laquelle la nutrition et l'élaboration des corps photogènes ne peut se faire, qui est entravée. Un courant d'acide carbonique, à la pression ordinaire, traversant un bouillon lumineux affaiblit beaucoup la lumière et la supprime complètement à 6 atmosphères, mais il est possible que Co° agisse ici par son acidité et par son action anesthésique à la fois. Les anesthésiques généraux, tels que l’éther et le chloroforme, suppriment définitivement la luminosité, quand on les fait agir fortement et assez longtemps, en tuant les Photobactéries, mais avec des ménagements on peut suspendre seulement pour un temps le pouvoir photogène; inversement on serait arrivé à accoutumer des Photobactéries à briller en présence de vapeurs d'éther. Dans le premier cas, il est vraisemblable que le bioprotéon paralysé par l’anesthésique définitivement ou provisoirement cesse de sécréter au moins l’un des principes photogènes.

Contrairement à ce qui devrait arriver si la photogénèse était intimement liée à la respiration, la luminosité s’exagère au moment où l'on fait le vide pour ne diminuer et finalement disparaître qu’au bout d’un temps assez long. Cela ne peut guère s'expliquer dans le cas d'une oxydation photogène que par la mise en liberté d'oxygène combiné ou fixé par le bioprotéon pour un autre objet et qui se trouve alors utilisable pour la réaction lumineuse.

Pour leur nutrition, les Photobactériacées sécrètent des zymases capables de modifier les éléments nutritifs qui se trouvent à leur portée. Si on les cultive sur des plaques enduites de bouillon ne renfermant pas de produits hydrocarbonés, elles ne brillent pas, mais en laissant tomber sur la surface des plaques des grains d’amidon, on ne tarde pas, pour certaines espèces, à voir apparaître des points brillants, parce que l’amidon a été changé en maltose. Mais pour d’autres espèces l'expérience ne réussit pas de même, on ne voit apparaître aucune lumière autour des grains d’amidon et pour en avoir ce sont des grains de maltose qu'il faut semer. Certaines Photobactéries, d’après Beijerinck, seraient saccharifiantes et d’autres seraient dépourvues de cette propriété. Cet expérimentateur a proposé de fonder une classification des Photobactériacées sur des différences d'activité physiologique de cet ordre, mais pour une même Photobactérie, les modes d'activité sont pour le moins aussi variables que la forme elle-même.

Dans les bouillons de culture liquides, au fur et à mesure que la vie se prolonge, on voit apparaître des produits d’excrétion : cristaux de phosphates de chaux, de phosphates ammoniaco-magnésiens, des matières provenant de la décomposition des corps azotés : tyrosine, leucine, cristaux radiés analogues à ceux que l’on rencontre dans les organes lumineux des Insectes, etc.

Le milieu devient peu à peu acide.

Quant aux produits photogènes, il ne semble pas avoir été sécrétés, ni excrétés, car le bouillon lumineux après avoir traversé les filtres en porcelaine est complètement éteint. Pour-

tant cela ne serait pas une preuve absolue, car les macrozymases, constituées par des vacuolides assez volumineuses, sont arrêtées par les filtres en question, mais je me suis assuré que le liquide filtré ne renferme ni luciférine, ni luciférate (voir p. 130).

On doit admettre alors que les produits photogènes sont détruits au fur et à mesure de leur formation et qu'il n'y a pas accumulation comme chez les animaux où la lumière, au lieu d'être continue, ne paraît que par intermiltences. C'est probablement ainsi que doit s'expliquer l'échec de Dewar, qui ayant broyé avec de la glace des Microbes photogènes, fut surpris de ne pas voir reparaître la lumière après la décongélation. Ce résultat négatif le conduisit à admettre que la luminosité des Photobactériacées est le résultat de l’activité vitale de la cellule. L’activité de la cellule est certainement nécessaire à la production des principes photogènes, mais il est contraire à tout ce que l'on sait d'affirmer qu'ils n’en sont pas distincts.

Si, dans le cas des Photobactériacées et des Hyphomycètes, la séparation n’a pu être eifectuée, c'est parce que chez ces organismes, à lumière continue, la consommation se fait au fur et à mesure de la production. Il convient de faire remarquer, en outre, que pendant la congélation, et même après que celle-ci a été effectuée, la luminosité persiste pendant un certain temps, alors que loute vitalité est suspendue: la dépense de produits photogènes continuant après que toute fabrication a cessé, l'épuisement est complet et sans réparation possible au moment de la décongélation si la cellule a été détruile.

J'ai toujours échoué dans les nombreuses tentatives que j'ai faites pour isoler des cultures de Photobactériacées un principe photogène volatil ou autre.

En 1862, Heller avait remarqué que l’eau rendue lumineuse par des Poissons morts brillait encore à — 14°. Forster et, après lui, John ont affirmé que les Photobactéries peuvent se multiplier à + o°.

Il résulte de nos recherches que Photobacterium sarcophi-

lum brille et se développe le mieux au voisinage de 12°. Il peut supporter une température de 20° sans s’éteindre, aussi bien dans les bouillons alcalins que neutres ou légèrement acides. Si l'on élève rapidement la température, on voil les cultures pâlir entre 30° et 4o° et s’éteindre définitivement vers 20°.

Au contraire, si l'on refroidit brusquement une culture lumineuse, la lumière pâlit mais ne s'éteint pas vers — 3°. Elle persiste encore à — 7°, alors que le contenu du tube, dans le cas d’un bouillon liquide, est congelé.

Il s’agit ici de refroidissement brusque, mais, d’après Mc Kenney, la température limite pour l'émission lumineuse continue, durable, est un peu au-dessus de celle de Ia nutrilion. Un changement soudain ou graduel est sans effet sur la luminescence : il ne la stimule pas. Il n’y a pas de lumière dans les cultures maintenues à une température inférieure à o°. Une température qui est optimale pour la croissance est nuisible à ia phosphorescence. Le Photobacterium phosphorescens serait, d'après Mc Kenney, capable de s'adapter à une température de + 35°, c'est-à-dire de cinq degrés supérieure à la Lempérature maxima de la luminescence. C'est peut-être de celte façon que l’on pourrait expliquer les cas de phosphorescence observés chez l'Homme.

Eclairage par les Photobactéries.

La meilleure lumière serait celle qui contiendrait la quantité maxima de radiations de longueurs d'onde moyennes unie à la quantité minima de radiations calorifiques et chimiques.

A l'heure actuelle, ce qui se rapproche le plus de cet éclairage idéal c’est celui que donne la lumière froide physiologique dite lumière vivante (1).

Les Microbes lumineux produisent dans certains cas une belle luminescence d'un éclat particulier. La lumière qu'ils

(1) Voir ch. X, p.118 et principalement les Élatérides lumineux, loc. cit., p 54, 2° partie, chap.r, $ #4, p. 118.

LES VÉGÉTAUX LUMINEUX 31 émettent contient si peu de radiations chimiques qu'il faut un très long temps de pose pour avoir un cliché.

I n'a pas fallu moins de 23 heures de pose pour obtenir la

Fic, 3. — Photographie du buste de Claude Bernard éclairé par la lumière des Photobactéries.

photographie du buste de Claude Bernard entouré par des ballons renfermant des bouillons lumineux (fig. 3).

Les radiations calorifiques sont en quantités infinitésimales et le spectre est très peu étendu du côté du rouge. Malgré cela, Molish et Nadson ont pu provoquer chez de jeunes plantes des phénomènes d'héliotropisme (voir p. 120, fig. 38;.

La force de pénétration de cette lumière est assez grande pour lui permettre de traverser, mais seulement après 20 ou 26 heures de pose, par une sorte d'action cumulative, des corps opaques pour notre œil dans les conditions ordinaires,

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FiG. 4. — La lampe vivante de Raphaël Dubois.

tels que de minces planchettes de bois ou des feuilles de carton peu épaisses. Elle ne traverse pas, comme le font les rayons X, les feuilles d'aluminium.

Dans les cultures ordinaires, le pouvoir éclairant est faible et très limité. Je suis parvenu à l’accroître suffisamment

pour en faire ce que j'ai appelé la lampe vivante.

Dans mes premiers essais, je me suis servi d’un bouillon liquide renfermant comme aliments ternaires de la glycérine ou de la mannite; les aliments quaternaires étaient des peptones ou de l’asparagine et les aliments phosphorés de la lécithine, ou du phosphate neutre de potasse.

Comme je l'ai dit déjà, l'asparagine a sur les peptones l’avantage de ne pas donner de putréfaction et de s'altérer moins facilement et moins rapidement.

Les bouillons liquides ont le grand inconvénient d'exiger un barbotage d'air stérilisé.

C'est pour ce motif que j'ai imaginé une lampe vivante sèche, qui a été plus tard imitée par Molish.

Ma lampe vivante (fig. 4) se compose d’un vase de verre à fond plat, dont la partie supérieure bombée est recouverte de papier d'étain servant de réflecteur. L'aération est assurée par deux tubulures : une latérale et une supérieure, portant des bouchons de coton stérilisé pour la filtration de Fair ; mais on peut éviter de se servir de coton en recourbant les deux tubulures de façon à ce que leur ouverture dirigée en bas ne puisse pas recevoir les germes extérieurs. La paroi interne du vase, bien stérilisée, est enduite d’une mince couche d’un bouillon gélatinisé préalablement inoculé avec des Photobactéries non liquéfiantes très lumineuses.

Toute la surface du ballon ne tarde pas à devenir éclairante et, si l'opération a été bien conduite, cette lampe peut briller pendant un mois sans jamais s'éteindre et sans aucun entretien.

Quand lœil a été préalablement reposé de la lumière du jour, elle permet de lire facilement les caractères d'imprimerie et de distinguer, pendant la nuit, comme à la lueur d'une veilleuse, tout ce qui se Louve dans un appartement.

A l’'Exposilion universelle internationale de Paris, en 1900, j'ai pu éclairer une vaste salle du Palais de l'Optique au moyen de grands barils en verre préparés de cette façon. La lumière était aussi vive que celle d’un beau clair de lune. Ce mode d'éclairage, qui sera peut-être perfectionné un jour, pourrait être utilisé dès à présent: dans les poudrières, les

R. Dugois. 3

soutes à poudre, dans les mines où l’on craint le grisou, etc.

En effet, avec cette lumière froide, toute cause d'explosion est évitée. Nos essais ont été répétés avec succès par Molish, de Prague.

EN RÉSUMÉ, dans le règne végétal, la biophotogénèse n'a été observée avec certitude que chez des organismes achlorophylliens et seulement chez des Champignons des deux groupes des Hyphomycèles et des Photobactériacées. Ces dernières sont très polymorphes et ne brillent que dans des conditions particulières, ce qui prouve que l'exercice de la fonction photogénique n'est pas indispensable au fonctionnement vital de ces organismes. Chez les végétaux lumineux, la fonction photogénique bien qu'étant dans une dépendance assez étroite de celle de la respiration, ne se confond pas avec elle. Elle n'est pas localisée dans des organes spéciaux. Dans ces organismes, les substances photogènes se détruisent au fur et à mesure de leur production, contrairement à ce quise passe pour d'autres, parce que leur lumière étant continue, ne permet pas l'accumulation des produits photogènes pendant des périodes de repos.

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