CHAPITRE II
PROTOZOAIRES PHOTOGÈNES
Les deux classes de l’'embranchement des Protozoaires, les Rhizopodes et les Infusoires, contiennent des espèces photo-
FiG. 5. — Noctiluque.
A, masse cytoplastique émettant des tractus chargés de granulations vacuolidaires photogènes ; — E, granulations radio-cristallines ; — D, noyau ; — C, appendice contractile.
géniques. Ce sont des animaux marins que l’on trouve principalement dans l'Océan Atlantique, dans le Pacifique, dans
lOcéan Indien: ils sont relativement rares dans la Méditerranée.
Le Protozoaire photogène le mieux connu est Noctiluca miliaris (fig. 5), dont la présence à la surface de la mer, en très grande abondance à certains moments, produit la plus belle des phosphorescences. La densité de ces animalcules est légèrement inférieure à celle de l’eau de mer et pourtant ils peuvent descendre et remonler à la surface sous des influences encore peu connues. En comprimant de l'eau contenant des Noctiluques, on les voit descendre au fond à la manière d’un ludion.
Peut-être doit-on rapprocher ce
Fic. 6. — Nocliluque, fragment de tractus cyto- phénomène de plasmique renfermant de nombreuses gränula- à tions photogènes : Il hyper hydi ata-
A, B, C, à divers stades ; D, corpuscules alimentaires. tion des éléments cellulaires sous l'influence des hautes pressions, que j'ai jadis étudiée avec P. Regnard.
La Noctiluque miliaire affecte généralement la forme d'une pomme microscopique.
La luminosité siège surtout dans la masse cytoplasmique centrale de ces animalcules unicellulaires, mais aussi dans les tractus qui partent de celle-ci pour aller à la membrane
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d’enveloppe. Dans toutes ces parties (fig. 6) se rencontrent des corpuscules alimentaires avec aussi, en grand nombre, des granulations présentant tous les caractères de vacuolides à divers stades de leur évolution et de même nature que celles qui se trouvent dans les organes lumineux des Insectes ou d’autres animaux photogènes (voir p. 57, fig. 13). De même que “hez ces derniers, les granulations photogènes ne préexistent pas, mais on peut les faire apparaître par l'excitation, principalement par l'excitation électrique, qui est aussi un excitant de la lumière chez la Noctiluque. Il est à noter que l’ap-
Fié. 7. — Nocliluque, observée au microscope dans l'obscurité, montrant les granulations photogènes en activité.
parition de la lumière et celle des granulations vacuolidaires est simultanée. Cette simultanéité est facile à mettre en évidence par simple excitation mécanique des cellules ectodermiques d’un élégant Cœlentéré de la Côte d'Azur, Hippopodius gleba, et c’est là un fait très important, non seulement au point de vue de l'explication du mécanisme intime de la biophotogénèse, mais encore de la mécanique générale du bioprotéon.
De Quatrefages avait autrefois déjà observé qu'à des endroits où la lumière paraissait diffuse, se montrait, à chaque excitation, une quantité de ces points lumineux distincts, comme ceux d'une nébuleuse vue au télescope (fig. 7) et que la plus grande quantité de points se formait dans les endroits où l'excitation provoquait des ruptures des tractus cytoplasmiques. C'est ce qui l'avait conduit à admettre que la lumière est le résultat de la contraction. Le phénomène lumineux n'est pas plus le résultat de la contraction qu'il
n'est dû, en dernière analyse, à l'irritabilité bioprotéonique à laquelle on a fait jouer aussi un rôle prépondérant. Dire, avec Massart, que les Noctiluques réagissent sous l'influence des excitants en donnant de la lumière, comme d’autres montrent leur irritabilité en produisant du mouvement, cela n'avance en rien la solution du problème de la photogénèse. I n'y a pas plus de rapport immédiat entre la contraction, l'irritabilité et le phénomènelumineux, qu'entre ce dernier et la respiration. De Quatrefages a noté que, dans un bocal plein d'eau de mer, les Noctiluques de la profondeur brillaient autant que celles de la surface et que la luminosité se montrait même dans une atmosphère d'acide carbonique, d'hydrogène aussi bien que dans l’oxygène pur : c'est pourquoi il ne croyait pas à une combustion. On a.cru démontrer le rôle prépondérant de l'irritabilité en suspendant par les anesthésiques généraux, comme l’éther, et par le froid la luminosité de la Noctiluque ; mais j'ai depuis bien longtemps prouvé expérimentalement que ces agents agissent de la même manière, par déshydratation du bioprotéon et particulièrement des vacuolides (1) dont ils suspendent ainsi non seulement l'irritabilité, mais aussi toute autre activité physiologique. Il suffit de constater que la luminosité persiste pendant un certain temps après la mort et qu'elle peut être rétablie par une goutte d'eau douce chez des Noctiluques tués par dessiccation, pour couper court à toutes les hypothèses plus ou moins ingénieuses, mais toutes fausses, proposées pour expliquer cet admirable phénomène auquel est due, le plus souvent, la
phosphorescence de la mer sur des centaines de lieues d'étendue.
EX RÉSUMÉ, chez les Protistes, la fonction photogénique n'est pas localisée dans des parties nettement délimitées : elle n'est pas non plus absolument diffuse, en ce sens qu'elle se manifeste sous forme d’étincelles isolées correspondant à des granulations caractéristiques que l’on retrouve dans tous les organes photo-
(1) Voir Introduction, p. 5.
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gènes des métazoaires. L’irritabilité qui semble n'avoir que peu ou pas d'importance chez les végétaux photogènes, en acquiert une très grande chez les Protistes, qui répondent aux excitations par une émission de radiations lumineuses. La fonction photogénique est affaiblie par la fatigue, quelle que soit sa cause ; toutefois la production de la lumière survit à l'irritabilité et méme à la vie somatique de l'individu.
Ces infiniment pelits organismes produisent parfois des quantités colossales de lumière, par exemple dans la phosphorescence de la mer, dont ils sont la cause la plus ordinaire.