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CHAPITRE II

L'embranchement des Cœlentérés comprend un très grand nombre d'espèces photogènes réparties principalement dans les sous-embranchements des Cnidiaires et des Cténophores. Parmi ces dernières, les plus remarquables sont les Beroés et les Cestes ou Ceintures de Vénus, communes sur la Côte d'Azur.

Beroe ovata présente huit côtes longitudinales ou cordons. Autour des troncs gastro-vasculaires, qui leur correspondent, le tissu forme une véritable gaine de plastides, qui, au moment où on les examine,se transforment ordinairement en vésicules remplies de granulations jaunâtres de même matière que celles que l’on rencontre partout et que Panceri avait, à tort, pris pour des granulations graisseuses.

Des constatations analogues ont été faites chez des Cydippus ainsi que chez Cestus Veneris qui forme de longs rubans de cristal ondulant gracieusement au sein des eaux. Si l'on touche un point de leurs cordons, la lumière apparaît en ce point, où elle peut rester limitée. Si l'excitation a été assez forte, elle va courant le long des côtes en produisant des lueurs fugitives, ordinairement verdâtres et du plus bel effet. W. Peters a eu tort de faire jouer un rôle capital aux palettes nataloires des côtes, car ce même observateur, après Agassiz d'ailleurs, a signalé la phosphorescence des œufs de Cténophores, dès les premiers stades du clivage, alors qu'il n'y a pas encore de cils phosphorescents. Allmann a noté, de son côté, que l'embryon brille déjà avant sa sortie de l'œuf.

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L'observation suivante prouve bien que le rôle des organes et, en particulier, des palettes est très secondaire.

En 1887, j'ai vu à Menton, après le tremblement de terre, la mer devenir très phosphorescente sans cependant qu’il me fût possible de découvrir, dans l'eau lumineuse, des Noctiluques ou autres Protistes photogènes, et j'ai déjà dit pourquoi les Photobactériacées ne pouvaient pas provoquer la phosphorescence de la mer. Mais en filtrant l’eau de mer, je vis qu'il s'était déposé sur le papier blanc et serré, dont Je me servais pour cela, une foule de granulations jaunâtres semblables à celles que l’on rencontre partout dans les organes photogènes. Elles provenaient d’une innombrable quantité de Cœlentérés, surtout composée d'Eucharis phosphorescents, qui, poussés vers la côte, venaient y mourir et se désagréger. Je mis dans un bac où l’eau n'était pas phosphorescente un de ces Cœlentérés : il ne tarda pas à mourir et à se fondre, pour ainsi dire, dans l’eau. Alors tout le contenu du bac devint lumineux. Quand on l’agitait, on voyait de tous côtés partir des milliers d’étincelles, comme cela avait eu lieu dans la mer elle-même. Ce scintillement de particules lumineuses, ce pélillement, pourrait-on dire, cessait de se produire quand on ajoutait à l’eau de mer une certaine quantité de sel marin et, chose curieuse, il reparaissait quand ensuite on ajoutait de l’eau douce : il s’exagérait même si la proportion d'eau douce dépassait celle qui existait normalement dans l’eau de mer. Manifestement la lumière se produisait dans de très fines particules répandues dans la masse de l’eau et provenant de la désorganisation des Eucharis.

J'ai signalé plus haut des effets analogues obtenus avec les cultures de Photobactéries, mais je me suis assuré que les Bactéries lumineuses n'étaient pour rien dans le phénomène que je viens de décrire.

Le rapprochement que je fais tend seulement à montrer la généralité du processus photogène.

La luminosité des Cœlentérés marins s’observe entre + 9° et + 37° avec un optimum vers 21°,5.

Dans l’ordre des Acalèphes, chez les Méduses supé-

rieures, j'ai observé sur Pelagia Noctiluca que le siège de la phosphorescence est dans les cellules épithéliales de la surface du chapeau, des tentacules et des glandes génitales : elles se fondent en un mucus lumineux, qui s'attache aux doigts.

On peut se rendre très exactement compte des modifications qui se passent dans les cellules épithéliales au moment où la lumière apparaît.

Hippodius gleba est un élégant Cténophore, assez commun dans la baie de Villefranche. Quand il est dans l’eau, au repos, il n'émet aucune clarté et sa chaîne de segments en forme de sabots de cheval, reste transparente comme du cristal. Mais vient-on à exciler mécaniquementl'’animal, la transparence est remplacée par un aspect louche, laiteux,opalescent, en même temps que se développe une magnifique illumination azurée de la surface, d’un bel effet dans l'obscurité. Le même phénomène peut être provoqué sur un anneau isolé, ou seulement sur un mince fragment, en procédant avec précaution.

Dans ces conditions, l'examen microscopique devient possible el permet de constater qu’au moment précis de l’excitation, le cytoplasme des cellules de l’épithélium, et de celles-là seulement, devient trouble par la formation d’une foule de granulations causée par l'ébranlement, comme apparaissent brusquement, à la suite d’un choc, des cristaux au sein d’une solution sursaturée. Il:y a concordance absolue entre l’apparition de la lumière et celle des granulations et ce fail est à rapprocher de celui que j'ai déjà signalé chez les Noctiluques (voir p. 37).

Dans l’ordre des Siphonophores, les genres et les espèces lumineuses sont très nombreuses, ainsi que dans l’ordre des Hydroméduses.

Les Polypiers Anthérozoaires du sous-embranchement des Cnidiaires ont fourni également des observations intéressantes. On a retiré des profondeurs du Golfe de Gascogne, entre autres, des spécimens appartenant à la famille des Gorgonidés qui devaient former au fond de la mer de véritables forêts lumineuses, car ces polypiers peuvent atteindre

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jusqu'à deux mètres de hauteur. Amenés sur le pont du Talisman, qui les avait pêchés, ils produisaient des jeux de feux dont les éclats s’atténuaient puis se ravivaient pour passer du violet au pourpre, du pourpre au rouge, à l’orangé, au bleu, et aux différents tons du vert, parfois même au blanc de fer surchauffé, et ce n’est pas là une des particularités les moins curieuses de la lumière froide physiologique. La clarté était si vive qu'on pouvait lire à une distance de six mètres.

Les types les plus remarquables sont les Isis, les Gorgones, les Mopsea, les Melithea et aussi Plumarella Grimaldi, ainsi que des Ombellulaires, portant une longue tige surmontée d’un bouquet de polypes émettant une jolie lumière violette. Le Prince de Monaco a pêché de très beaux spécimens de ces animaux dans des fonds de 4.400 mètres. Les branches et les zooïdes sont phosphorescents de sorte qu’on croirait se trouver en présence d’arbustes dont les rameaux porteraient des fleurs lumineuses.

Au point de vue de l'analyse physiologique, les plus intéressants parmi les Polypiers sont les Plumes de mer ou Pennatulides.

Ici, la lumière émane exclusivement des polypes rudimentaires ou zooïdes. Les organes lumineux sont les huit cordons adhérents à la surface externe de la cavité gastro-vasculaire et se continuant dans chacune des papilles buccales. Ils renferment de ces cellules à granulations caratéristiques, dont il a été déjà souvent parlé. Celles-ci peuvent laisser échapper leur contenu sous forme d’un mucus lumineux, comme l'épithélium des Méduses. Si l’on touche une Plumatule bien vivante, il se produit une série d’étincelles sur les bords polypifères et celles-ci vont en se prolongeant de proche en proche, d’un polypier à l’autre et d'une branche à une autre, dans un ordre qui a été déterminé avec soin par Panceri. Le temps qui s'écoule entre le moment de l’excitation et l'apparition du courant lumineux est environ quatre cinquièmes de seconde et celui-cise propage, chez Pennatula rubra et P. phosphorea avec une vitesse de deux secondes en moyenne à tout l’étendard.

EN RÉSUMÉ, chez les Cœlentérés, l'irritabilité continue à jouer un grand rôle dans la réponse lumineuse à une excitation; mais le phénomène photogène peut se montrer là où l'irritabilité n'existe plus.

Il tend à se localiser, par exemple, dans les cellules à mucus de l’épiderme et aussi dans des organes fonctionnant comme des glandes chez les Cœlentérés adultes.

La fonction photogénique existe déjà dans l'œuf et dans la larve.

Le siège de la réaction lumineuse ultime, fondamentale peut étre facilement localisé dans ces granulations distinctes auxquelles j'ai donnéle nom de vacuolides et que l'on fait apparaitre facilement dans certaines circonstances.

Par leur désagrégation, les Cœlentérés, dans certains cas, provoquent la phosphorescence de la mer.

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