Jules Michelel, p
a0ût 1820, il écrit à Poinsot, qui lui a demandé, poussé par Pauline. pourquoi il ne l’épousait pas :
« Ce n'est pas en elle qu'est l’obstacle; il est en moi: c'est mon invincible défiance de l'avenir qui me détourne d'y penser. J'aime la société de Mlle Rousseau, et beaucoup même. Vive comme elle est, elle se varie sans cesse : son cœur me semble être à peu près le mien. Elle est compatissante, elle aime autant qu'elle le peut, autant, peut-être, qu’une femme peut aimer. Elle est gaie, et quoique amie du plaisir, pas trop dépensière. Seulement,
pour Je besoin de la vie du dehors, qui est si peu la mienne. elle pourrait
à chaque instant m'inquiéter. Mlle Rousseau n'est ni belle, ni jolie même, mais gentille. J’attendrai qu'elle ne le soit plus, qu'elle ait gagné plus d'aplomb, que mon existence soit plus assurée, plus indépendante; si alors elle songe encore à moi, je pourrai l'épouser. »
Michelet ajoute cette considération en post-scriptum
« Fais lui aussi comprendre qu'un mariage donnerait actuellement à ma mar. raine la seconde place dans la maison. Depuis la mort de ma mère elle tient notre ménage et nous a donné tant de preuves de son dévouement... Ce serait de l’ingratitude. »
Poinsot mourut le 14 février 1821. Poret prit sa place auprès de Michelet et lui aussi le poussait tout doucement au mariage. Michelet y songeait de son côté, et de plus en plus, en voyant, par la suite de la maladie de Mme Fourcy, Pauline s'occuper de la direction de la maison. Il écrit dans son journal :
« Depuis qu’elle est devenue la directrice de la maïson ses qualités sérieuses se sont affirmées..…. T’admire combien son humeur est devenue plus égale depuis que son activité se dépense en choses 2 Une femme désœuvrée ou mal occupée est un vrai fléau pour le travailleur » et il avait écrit quelques jours auparavant : « Je ne comprends que deux femmes : celle qu'on peut associer à ses penses, peut-être méme à ses travaux, ou bien la modeste ménagère qui le jour gouverne sans bruit son petit royaume. [Lx soir je la vois assise près de la table de travail. Elle file. A deux pas le berceau qu'elle endort au doux ronflement de son rouct. ».
Michelet savait que Pauline ne pouvait être la première de ces deux femmes. Mais il espérait de plus en plus qu’elle pourrait devenir la seconde.
La mort de Mme Fourcy (Décembre 1823) enlevait à Michelet ses singuliers srupules de 1820. Mais il était toujours préoccupé de la question d'établissement, d'avenir, des responsabilités qu'il allait assumer, et enfin il redoutait, faut-il le'dire? les jugements de sa famille de Renwez, qui le verrait épouser une fille sans fortune, sans naïissan ce, et de sept ans plus âgée que lui. Nous avons quelque peine aujour d’hui, où les liens de famille n’ont plus la puissance qu'ils conservaient encore il y a un siècle, à nous rendre compte du rôle que jouait alors, dans les questions de mariage, l’autorité de la famille. Or ls famille de Michelet était très unie. Nous en trouvons à chaque instant
1. Et il écrivait dans le journal de ses idées à la fin de 1827 : « une circonstance particulière ne fait trouver dans mon cœur plus encore que dans mon esprit le sujet d'un livre Du moyen d'améliorer le sort des Femmes. »
la preuve dans les lettres que Michelet avait religieusement conservées et dans le zèle avec lequel il s’est toujours occupé de son oncle Narcisse et de ia situñtion de ses cousines Millet et Lefèvre. L’oncle Narcisse n’était pas à redouter. Il était aussi dévoué à son neveu que le père de Jules Michelet et d’ailleurs il vivait en partie des subsides que lui fournissaient son frère et son neveu. Maïs la famille maternelle était restée groupée à Renwez. Là se trouvaient ces sérieuses demoiselles dont parle Michelet dans l’Introduction du Peuple, qui ne s'étaient pas mariées pour aider à l'établissement de leurs frères et sœurs. Elles pensaient en retour avoir quelque droit à dire leur mot dans l'établissement de leurs neveux. A vrai dire il n’y en avait qu'une qui eût vraiment autorité : la tante Hyacinthe, la cadette des sœurs Millet, qui avait donné à Michelet son premier costume de garçon el qui menait toute la famille *.
Michelet avait fait avec son nère un -premier voyage à Renwez en 1816, au moment où son père el Mme Fourcv s’efforçaient de lui faire oublier Thérèse. Il fut admirahlement reçu et choyé. I] plut heau. coup à sa cousine Célestine et les rapports étroits entre les Lefèvre et les Michelet firent sans doute espérer un instant que Jules Michelet songerait à épouser (Célestine. Mais Célestine était moqueuse et Michelet snscentible: ïls ne se comprirent pas tout de suite, et si plus tard tls devinrent amis et entretinrent (de 1824 à 1830) une correspon-
1. Je ne suis pas arrivé à déterminer exactement la composition de la famille Millet en 1824. et Mme Michelet n’y était pas parvenue non plus, car les rensigrements qu'elle fournit dans Mr Jennesse sont des plus vagues. Mais je sais du moins que Mme Millet. la mère de Mme Furcyv Michelet, ta grand’mère de Tubes Michelet. était morte le 11 juillet 1810 laissant un actif de 99.473 fre à répartir entre huit enfants.
Ce petit héritage aïda la famille à vivre de 1810 à 1815 avec l'indemnité du genvernement nonr ÎJa suppression de V’imorimeric.
De ces enfants ic n'en connais que 5 : Mme Michelet. M. Xavier Millet, un excellent homme à ja tête faible ct tron ami de la boutrille, qui mourut misrablement en 1829 noyé dans un étang près d’Ypres. Mme Lefèhvre Millet la tante Alexis et la tante Hyacinthe. Les Millet avaient un fils qui était insbrnit et spirituel, mais qui manquait d'énergie et de persévérance et qui donna pasablement de tracas À son cousin Jules. M. Lefèbvre Millet, qui était avec la tante Hyacinthe le vrai chef de famille, avait deux fils, Eugene et Paul qui tons deux furent envoyés à Paris, en 1826 sons la tntelle des Michelet.
Eugène après avoir travaillé en vue de l'École des Mines, puis essayé du commerce à Anvers, tomba dans la mélancolie et se suicida en 18°0. Paul fut chimiste et entra, grâce à Michelet, dans la maison Kestner, de Thann.
Îl avait eu au moins trois filles : Clarisse, qui mourut jeune dans un voyage en Amérique; Célestine, tres vive et intelligente, et une troisième, Félicie, rwke el sèche, qui épousa un M. Guyot.
Michelet avait encore une tante, Mme Vannestier, qui habitait à Rueil en 1840 lettre du 22 août), et dont le mari était devenu sourd. Elle paraît peu cultivéc et remercie son neveu des bontés qu’il a ewes pour lui. Un frère de son père, Eugène, avait un pelit commerce à Chantilly (très petit, car sa femme dit en 1839 qu'elle gagne de 4 à 5 frs par jour) après avoir peut-être été cultivateur. Son fils Narcisse était ouvrier. Michelet leur envoyait aussi de l'argent cet ils ne cessent de le remercier de ses bontés.
Une tante de Pauline, Mme Vve Le Poitevin, née Rousseau, était, d'aprés nne icttre de Villers-Cotterets 1831, tout à fait inculte.
dance assez active, il ‘était trop tard pour que Michelet pôût honnête. ment songèr au mariage’. Il se considérait alors comme lié d'honneur envers Pauline et leur amitié fut tout intellectuelle. Michelet lui envoyait des livres et elle lui en écrivait son avis. — S'il n’y avait pas à songer à une union des deux cousins, du moins les parents de Renwez et surtout là tante Hyacinthe rêvaient pour leur neveu, en qui toute la famille mettait son orgueil et ses espérances d'avenir, un brillant mariage’. Michelet ne retourna pas à Renwez. jusqu'en 1823. Il alla alors y passet quelques jours au mois d'août. On le tâta sur la question mariage: il répondit évasiment, disant qu'il ne pou vait songer encore à s’établir. Pauline avait eu un instant l’idée d'instalier avec sa mère uné maison où l’on prendrait des pensionnaires. Elle en fit part à un de ses oncles, cultivateur en Auvergne, dans une lettre du 24 mai 1823 :
Tu concois que si la chose peut réussir ce serait fort avantageux pour moi:
je pourrais alors éponser Jules. Sans cela, point d'espoir, parce que ses tantes
sont très ambitieuses et qu'elles ne onsentiraient jamais à ce que leur neveu épousât une fille qui n’a rien.
Ce projet ne pouvait réussir avec une pareille mère et un pareil frère. Maïs Pauline se trompaït en croyant que c'était là son seul espoir. En 1824, Michelet après la mort de Mme Fourey, fit ce que la raison et le devoir Jui commandaient. La chose n'allait pas sans difficultés. F' fallut d’abord faire à Pauline un état-civil, et pour cela adresser une requête au Ministère de la Justice, provoquer un jugement du tribunal de Ja Seine et supposer que les actes constatant le mariage de Mme de Navailles avec Rousseau et la naissance de Pauline avaient été perdus dans la tourmente révolutionnaire. Mme de Navailles ne voulait pas y consentir et se faire reconnaître comme veuve Rousseau. Elle ne céda qu'aux supplications de sa fille, qui renonça à lui demander compte de d’argent qui pouvait lui revenir de son père, et à l’intervention amicale de M. de Navailles. Comme il fallait que Pauline fùt née après le mariage de sa mère et par conséquent après la mort de M. de Navailles, elle se trouva rajeunie de 4 ans et née en 1796 au lieu. de 1792. Pendant que se faisait cette négociation avec Mme de Navailles, Michelet avait préparé son oncle Lefebvre et ses tantes Alexis et Hyacinthe à la surprenante décision qu'il avait prise.
1. Michelet a parlé d'elle avec émotion dans son journal de 1840. Il l'appelle
la rare, l'unique Marguerite, en mémoire d’une chanson qu’elle aimait. « Elle était, dit-il, celle de toute ma famille qui me fut le plus proche par l'esprit. » Nous \ reviendrons plus tard lors des voyages en Flandre. 2. En 1821 (août) la tante Hyacinthe écrivit à Michelet pour le prémunir contre les dangers du célibat et le presser de sc marier. Michelet répondit que le mariage est une chose grave, que d'ordinaire on & marie en ne consullant que les convenances des familles et sans que des jrunes gens se connaissent et se montrent l'un à l'autre tels qu'ils sont, que ui ne voudrait s: marier qu'avec une personne avec qui il aurait vécu, sans arrière pensée, ct qui pourrait devenir sa compagne après avoir été pendant des années son amie (Mon Journal août 1821. Cité par Noël, p. 65). Il croyait alors que s’il épousait un jour Pauline il ferait un mariage à la fois de raison et d'inclination. Ce ne fut ni l'un ni l'autre. (Mon Journal, p. 240, 245).
Ses lettres, qui ont été écrites le 15 février et le 8 mars, peignent l'époque et nous révèlent un Michelet que l’on ne soupçonne guère en lisant ses livres. |
L'oncle Lefebvre répondit sur un ton amical et un peu narquois, ajoutant que les tantes avaient dà faire savoir à Michelet leur manière de penser sur son mariage. En effet, la terrible tante Hyacinthe lui avait écrit, dès le 14 mars, une lettre formidable de quatre pages serrées, d’une écriture agitée, à peine lisible, ornée d’un énorme pâté d'encre, et dont on ne peut s'empêcher d'admirer la clairvoyance quand on connaît ce qu'était réellement la famille de Navailles et comment Mile Rousseau se trouvait devenir Mme Michelet.
Michelet répondit à cette épître en arrangeant l’histoire de Mile Rousseau de la manière la plus avantageuse possible et sur un ton à la lois déférent et altier. Michelet donne assez drôlement un nom russe à la tante de sa femme. Il l’appelle Mme de Petrowkin. C'était simplement Mme de Pietrequin *.
Les tantes sans doute se calmèrent, et does mois après, Michelet leur écrivait une lettre pour leur annoncer la naissance de sa fille Constance-Pauline-A délaïde *, et achever de les rassurer sur son avenir matérie|.
Que fut cette union, tristement célébrée le 20 mai 1824*, sans autres témoins que le père de Michelet et leur charbonnier? Elle fut heureuse à quelques égards, et d’autre part elle répondit mal à ce qu'aurait dû et pu être le mariage d’un tel homme. même à ce qu’il avait espéré en se qmariant, bien que. comme nous l’avons vu, il se soit marié, non rar un coup de passion, mais après mûres réflexions et sans se faire d'illusions sur la beauté ni sur les talents de celle qu'il épousait. Quand il perdit Pauline ïl éprouva un violent désespoir et se reprocha de n'avoir pas été pour elle ce qu’il aurait dû, de l'avoir négligée pour sa seconde femme, l’histoire. Je suis disposé à croire que dans sa douleur et avec l'habitude qu'il avait prise de dramatiser toute sa vie, il a exagéré ses torts, et tout ce qui avait manqué au bonheur de Pauline et au sien. A bien des égards Michelet a été un très bon mari et Pauline une très bonne femme. Nous avons toutes leurs lettres écrites, les unes pendant les séjours que Pauline faisait à la campagne l'été aux portes de Paris, à Vincennes ou à Nogent, alors que son mari était retenu par ses leçons et ses pensionnaires et ne pouvait aller la voir que rarement, les autres pendant les voyages que Michelet faisait seul ou avec un secrétaire. Le ton est, du côté de Pauline, celui d’une femme évi-
1. Noël dit : « l'histoire entraiït par toutes les portes dans la vie de Michelet. » La légende aussi. Ce qui est vrai c'est que Pauline connaissait la gouvernante des enfants Rostopchine. Ceci, chez Noël, devient une amitié avec les Ségur, parce que Mile Rostopchine était devenue Ségur.
a. Née le 28 août 1824, fille de Jules Michelet, âgé de 26 ans, ct de Pauline Rousseau, âgée de près de 33 ans, dit l’acte de naissance. Témoins : J. F. F. Michelet, âgé de 54 ans et P. J. Coste, jardinier.
3. L'acte de mariage donne la date de naissance de Michelet, 5 fructidor an IV (22 août 1798) maïs pas celle de Pauline, dite fille de J. Joseph Rousseau et de Claude Gilles Charles Oudette, sa veuve.
demment simple et peu développée, mais très aimante et très attachée à ses devoirs de femme et de mère; du côté de Michelet, celui d'un homme préoccupé de convaincre sa femme de son affection, aimant la vie de famille, s'occupant des moindres délails de la santé de Pauline et des enfants, s’effortant d'associer sa femme à ce qui l’intéresse et de lui donner lé sentiment qu'elle est partout estimée, considérée, aimée. Se
Mais si des deux parts il y eut beaucoup de bonne volonté, il n’en est pas moins vrai qué Michelet avait raison en 1839 de regarder avec douleur ce qu'avait été sa vie conjugale. Bien qu'il ait eu, comme il l'écrivait en 1868 (3 mars) « un foyer très ferme, pur d’influences étrangères », et avec Pauline « un grand repos de cœur », bien qu’elle eût comme il le dit ailleurs, « oublié tout pour lui » et lui eût dit « ta patrie sera ma patrie et tes Dieux seront mes Dieux », il ne sut exercer aucune action sur elle. Il avait essayé de la cultiver par les livres, mais bien maladroitement. Il avait lu avec elle Le jeune Anacharsis, Bernardin de Saint-Pierre, Télémaque, et cela l’avait peu amusée. Je le crois sans peine. Mais le grand obstacle était qu'elle n’était faite que pour aimer. Il se disait (note du 26 août 1857, car toute sa vie il con- tinua à se demander comment il eût dû se comporter à son égard), qu'il aurait fallu vivre à la campagne, lui créer un gros ménage, des affaires, un peu de culture et de jardinage, des animaux à élever, ‘des lessives à surveiller, etc. Elle se fût conservée et améliorée, elle eût développé l'étoffe qui était en elle, celle d’une charmante maîtresse de maison, d’une gaieté innocente, aimant son mari, ses enfants. « Mais c'était impossible et ce fut le contraire qui fut fait, Paris et l’inertie lui nuisirent. » Et Michelet analyse avec une lucidité cruelle, dans des notes écrites entre 186% et 1868, toutes les raisons qui l’empêchèrent de prendre de l’ascendant sur Pauline et qui firent obstacle à une véritable union de leurs vies et de leurs âmes. Michelet laïssa son père prendre en main tout le ménage, et absorhé par son enseignement, ses livres et ses élèves, il ne s'occupait ras de Pauline. Quand on le voit en 1830 et 1831 écrire en quelques mois deux volumes d'Histoire Romaine et l'Introduction à l'Histoire Universelle; puis de 1831 à 1833 ses deux premiers volumes d'Histoire de France, on comprend qu'il lui restât peu de temps pour Pauline. Il habitait la même chambre que son père et laissait Pauline avec les enfants. Il se Jevait à cinq heures pour ses élèves et travaillait tout le jour et tous les soirs. Quoi d'étonnant qu'elle ait été jalouse de son beau-père, de Poret, des secrétaires et des élèves de son mari? Tous avaïent plus qu'elle dé lui'. Ce n'est qu’en 1836,
r Il ne songeait pas que sa jeune femme pouvait avoir besoin d'air. de lumière, de vie, de voir un peu le monde, les théâtres. T ne voyait pas que k ménage, où Jde père de Michelet avait Ta haute main. et les enfants ne auffisaient pas à la sauver de l'ennui et des défauts que le désœuvrement engendre. L'époque de la rue de l'Arbalète, de 1827 à 1837, fut la plus pénible, avec les pensionnaires et un travail acharné. Rue des Fos&és Saint-Victor. de 183r à 1836, plus d'élèves, mais un travail plus intense que jamais et la vice encombrée de «secrétaires.
À la rue des Postes, qu’elle comprit que malgré tout elle était aïmée, et il y eut un moment de paix et comme une aube de bonheur. Mais les mauvaises habitudes étaient prises de part et d’autre et surtout l’hahitude d'une jalousie qui n’épargnait même pas sa fille Adèle laquelle randissait en charme et en intelligence, vraie fille de son père et qui le comprenait. Et puis la maladie vint bicntôt, et la mort.
Michelet, avec l’égoïsme inconscient des grands créateurs ne voyait que son travail. Comme il le dit naïvement dans sa note du 3 mars 1868 : « J'ai été très roncentré, très fidèle. Cela a été récompensé par un travail immense, rar ma vie littéraire n'est rien auprès de ma vie d'enseignement. » |
Michelet avait trouvé dans l’histoire et dans son art d'écrivain un tel aliment À la passion qui était en lui, que jusqu'à son second mariase et. sanf pendant la courte annarition dans sa vie de Mme Dumesnil, les affectinns domestiques furent au second plan dans sa vie. Îl mit Île meilleur de son cœur dans son œuvre, dans la pensée et dans l’action.
Il nous reste À ajouter un mat sur les conditions matérielles dans lesquelles se fit le mariage de Michelet. Ces détails sont nécessaires naisau'on a arcnsé Michelet d’avoir ét6 sensible aux avantages nécuniaires et d’avoir même, par intérêt personnel, dépouillé ses enfants’.
Ses denx mariages furent absolument désintéressés. Il épousa deux femmes qui ne lui apportaient pas un sou de fortune. Il faillit, entre 1843 et 1847. énouser une fille du peuple et il repoussa deux mariages riches qui s’offraient À Ini. La seule id& d'une richesse due à un mariage et qui aurait enchaîÎné, si peu que ce fût, sa liberté, lui faisait peur.
Il énousa Pauline Rousseau parce qu'elle l’aimaït, parre nuw’il avait rour elle de l'affection et de l'estime et parce qu'il n'aurait pn sans eruauté J’abandonner. Les mages si nombreuses de ses lettres ou de Won Journal. où il narle snit de Mile Rousseau, soit des devoirs de l'homme envers les femmes, ne s’exnliquent bien que si l’on a toujours cette situation devant les veux. IT envisage constamment ce devoir qu'il diffère, mais qu'il accente d'avance. D'autre part, il est nécesaire de connaître toute l'histoire intime du premier mariage de Michelet et du second nour comprendre l'Amour et Ja Femme. T] faut. en lisant ces deux livres, se ranneler touiours que Michelet était une nature violemment passionnée qui nar nécessité et par volonté ne fil à l'amour qu'une place très restreinte dans sa vie et qui fui laissa prendre par Jà même, dans sa pensée, une place énorme, ohsédante. TM a été à quelques égards une victime de l'amour, non de l'amour d'antrui, mais de l’amour perpétuellement inassouvi qui était en lui. Mais jamais une idée d'intérêt ne se mêla à sa vie domestique.
Quand il se décida au mariage, il ignorait la situation de fortune de Pauline. Il s’en informa pour satisfaire ses tantes. Il crut d’abord qu'elle avait hérité de son père 800 frs de rentes, puis s’aperçut que
PA
1 J'ai sur cette question recouru aux sources les plus certaines : les contrats de mariage at lea actes testamentaires, ainsi aus les lettres de famille.
c'était une erreur et que sa mère avait tout mis en viager, ne devant aucun compte à une fille sans état-civil. M. de Navailles seul avait uns fortune non viagère, mais il ne devait rien à Pauline.
Dans le contrat de mariage du 19 mars 1824, passé devant M° Jonquoy, Michelet apporte 1000 frs de mobilier et 500 frs en argent comptant; Mme Michelet une somme égale de 1500 francs en effets mobiliers, linge et bijoux. Ils se marient sous le régime de la commnnauté. se font donation totale de tous leurs biens en cas de mort sans enfants et de la moitié en usufruit s’il v a des enfants.
Navailles eut la générosité de faire Pauline sa légataire universelle. Sa fortune réalisable était mince. Elle se composait de 30.000 francs environ, si toutes les créances rentraient, mais 24.000 francs étaient immobilisés par des rentes à verser à Miles d'Artois et Beauvais. Michelet de son côté à la mort de Pauline avait une fortune évalué à 79.000 francs’. La fortune totale des deux époux était donc évaluée à 109.000 francs’. La part de Pauline était de 54.642 francs dont la moitié, soit 27.321 francs restait en usufruit à Michelet.
La fortune des deux enfants de Michelet s'élevait par suite à 27.321 francs, qui, à 5 %, faisait 1.300 francs de rentes environ *. Or. quand Michelet maria sa fille, il lui assura une rente de 1.500 francs environ; il s’obligea en outre à loger et à nourrir le ménage ou à ajouter 1.200 francs aux 1.500 francs précédents. Aïnsi Michelet assurait à sa fille 2.700 francs de pension, au lieu des 650 francs de rentes qu’elle aurait pu avoir de l'héritage maternel. Il ne cessa jamais de les lui payer et au-delà, même au temps de sa plus grande misère, après le 2 décembre. Il rendit encore des services d'argent incessants à sa fille et à son gendre, et pourvut en particulier à tous les frais de l'éducation de son petit-fils Étienne.
Ajoutez que son fils Charles, depuis qu'il quitta la maison paternelle, coûta toujours à son père entre 1.200 et 3.000 francs, car il n'arriva jamais à se suffire.
Et à un homme qui a rempli de la sorte ses devoirs de père, qui en outre subvenait à l'existence de son oncle Narcisse, on reproche de n’ayoir pas rendu ses comptes de tutelle, d’avoir dépouillé ses enfant: dans l'intérêt de sa seconde femme ! Nous prouverions aisément par les lettres de Michelet qu’il aurait pu, une fois remarié, se contenter de donner à sa fille 2.000 francs en plus des 650 francs qui lui venaient de sa mère, et à son fils 6530 francs par an. Or il dépensa pendant les deux premières anñées de son second mariage 12.900 francs pour sa fille et 8.500 francs pour son fils. Aussi, en 1852, son gendre Alfred
1 Dont 17.000 francs de créances, ét 23.273 fr. de biens invendus. 2. Dont en réalité seulement 29.000 francs (28. 992) disponibles en suppr:sant toutes les créances rentrées.
. Soit 650 francs pour chacun. Contrat devant M° Chevalier, notaire à Ronen, du 2 août 1543.
[Voy., pour tous ces détails de chiffres, l’article de Gabriel Monod, Michelet et les Mémoires de Mme Adam (Revue hist, 1904, t. LXXXV, p. 301-302) |.
Dumesnil, lui écrivait-il : « Vous avez toujours fait pour moi plus que le père le plus tendre et le plus généreux. »
Voilà la vérité, la réponse péremptoire et irréfutable à des calomnies dictées par la légèreté et la malveillance. Michelet a commis des erreurs que je n'ai pas cherché et ne chercherai pas à cacher. Mais, il a eu des vertus qui ne se sont jamais démenties et parmi elles, au premier rang, la générosité et le désintéressement. Et ces vertus, sa seconde femme les a partagées avec lui. |
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