Voy. Jules Michelet, p
propre fortune. Il est son propre Prométhée », et il montre l’action | de Vico concordant avec celle de Daniel de Foë, l’auteur du Robinson
Crusoé qui prophétise la Révolution, de Montesquieu qui prédit la mort
du christianisme, de Voltaire qui donne l’action pour but à l’homme,
en effacant d'un coup.le Discours de Bossuet. « C’est la création de
l'Histoire ».
La traduction de Vico par Michelet n’est donc pas simplement dans son œuvre un point de départ, un travail à demi impersonnel par lequel il se préparait à penser par lui-même. Ce fut l'initiation à tout un ensembie d'idées, de vues historiques et philosophiques qui sont restées vivantes en lui et que nous retrouverons à travers toute son œuvre. Vico a répondu à des questions qu'il se posait, il lui a fourni des formules qu'il cherchait. Michelet a surtout vu en Vico ce qui se trouvait déjà en lui-même, et il s'en est fait, en le traduisant, en l’abrégeant, et en l’adaptant, un bréviaire qu'il n’a jamais oublié.
Aussi devons-nous nous y arrêter un instant et nous demander ce que fut Vico, comment Michelet l’a compris et ce qu'il a gardé de son commerce avec le philosophe italien. Le sujet en vaut la peine, car Vico est bien, comme l’a nommé Michelet, le père de la philosophie de l’histoire, ou tout au moins le premier en date des penseurs qui ont tenté de ramener à des lois l’ensemble des phénomènes historiques.
Je n’ai pas la prétention de faire un exposé complet du système et des idées de Vico, car aucun penseur n'a accumulé dans ses ouvrages autant d'idées aussi difficiles à définir avec précision. Tout ce que je puis faire c’est d'indiquer brièvement la conception générale de Vico. Ce sera le seul moyen de fixer, ce qui est essentiel pour nous, d’une part la place de Vico parmi les philosophes de l’histoire, de l’autre ce que Michelet lui a emprunté ou a cru lui emprunter.
Nous dirons d’abord très brièvement ce qu'a été la vie de Vico, dans quelles conditions il a travaillé et écrit.
Mais avant de commencer cet exposé de la vie et de la philosophie de Vico, j'ai deux observations préliminaires à faire, l’une toute personnelle, l’autre relative à la place même qu'occupe l'œuvre de Vico dans l’histoire des idées. | |
La philosophie de l’histoire, à laquelle Voltaire a donné son nom (en baptisant de ce titre son introduction à l'Essai sur les Mœurs), ou, pour parler comme Vico, la philosophie de l'Humanité, si on la com. prend dans son acception la plus générale et la plus vaste, n’est pas seu lement l'étude des causes secondes, des circonstances physiques, intellectuelles, morales et sociales qui ont déterminé les diverses phases de l’évolution des gouvernements et des nations, mais un système du monde qui détermine les rapports de l’évolution humaine avec l’ordre général de l'Univers et l'essence même des choses. En un mot la phi losophie de l’histoire, au sens absolu du mot, n'est pas autre chose que la philosophie même sous sa forme la plus complète. Elle implique en effet : 1° une métaphysique, Île rapport du monde fini avec l'infini; 2° une psychologie, l’origine et les transformations de toutes les forces de l'esprit humain; 3° une morale, les règles de l’action de l’homme
dans ses rapports avec ses semblables. Personnellement, si je crois possible de raisonner sur les causes secondes en histoire, de tenter des généralisations partielles qui permettent de mieux comprendre ou du moins de voir plus nettement comment les grands faits de l'évolution humaine se succèdent et se groupent, je ne crois pas possible de déterminer les liens qui rattachent l'histoire de l’humanité à l’ordre général de l’univers; je ne crois pas possible d'établir d'une manière scientifique une métaphysique de l’histoire qui en donne l'explication et en détermine les lois. Notre esprit ne conçoit et n’imagine que le fini; les termes dont nous nous servons ne s’appliquent qu’à des choses et à des idées finies et nous ne pouvons rien dire sur l'infini, et surtout sur les relations du fini avec l'infini, qui n’implique contradiction ou qui ne repose sur des imaginations arbitraires. Ce n'est pas que je veüille interdire aux philosophes ces spéculations métaphysiques ni même me les interdire à moi-même; car il est impossible d'appliquer son esprit à l'étude générale de l’histoire sans se poser la question que se posait Claudien il y a quinze cents ans dans les vers bien connus : « Souvent je me suis demandé avec inquiétude si les Dieux se soucient de la terre, ou s'il n'existe aucun régulateur du monde, et si la destinée des hommes est livrée au hasard. » Saepe mihi dubiam traxit sententia mentem
Curarent Superi terras, an nullus inesset Rector, et incerto fluerent mortalia /casu ?
Mais toutes les réponses faites à la question de Claudien, tous les systèmes par lesquels on a cherché à expliquer cette énigme, ne me paraissent que de. magnifiques poèmes où peut-être se cache quelque intuition d’une vérité insaisissable et inexprimable, mais qui n'apportent à notre esprit aucune connaissance positive, aucune lumière certaine. Vous me permettrez, à propos des systèmes de métaphysique de l’histoire, de me borner au rôle de rapporteur et de m'abstenir -d’en faire la critique. Le temps me ferait défaut, et l'utilité de cefte critique me paraît douteuse.
Je veux en second lieu, avant d'aborder le système de Vico, dire quelques mots de la place qu’il occupe dans l’histoire de la philosophie da l’histoire. Vico est considéré, non sans quelque raison, comme le créateur de la philosophie de l’histoire. Faut-il croire pour cela qu'il ait inventé de toutes pièces une science dont rien n'existait avant lui Faut-il dire comme son éditeur Ferrari, dans le prologue à ls Scienza Nuova : « la Scienza Nuova est le plus grand des phénomènes de l’histoire du génie, le plus singulier anachronisme dans l’histoire des idées. Ce livre a prévu toutes les découvertes de notre temps, a proclamé pour la première fois l’évolution des nations, a donné pour la première fois des lois à la civilisation'. »
1. Janet dit aussi, dans son Histoire de la Science politique, que le livre de Vico « ne se Jlic à aucune des séries d'idées qui se manifestent à cette époque » qu'il est « un personnage isolé » et se rattache par anticipation à l’ordre d'idées général, synthétique, conjectural, mêlé de philosophie et de poésie, qui a régné pendant la première partie du xrx° siècle, surtout en Allemagne.
Certes l'originalité de Vico est grande et je suis même disposé à penser avec Ferrari qu'elle constitue un phénomène remarquable dans l'histoire des idées, mais il ne faudrait pas croire que son œuvre soit une proles sine matre creata. Un, pareil miracle serait sans exemple dans l'histoire de l'esprit humain. Il est même assez facile de retrouver les antécédents de la thèse de Vico.
L'antiquité grecque pouvait difficilement concevoir une philosophie de l'histoire, car elle ne connaissait qu'un trop petit nombre de faits historiques et une partie trop restreinte de la terre habitable. et la conception qu'elle se faisait de la destinée humaine lui interdisait d'imaginer que la succession des événements historiques fût dirigée par des causes intelligentes, en vue d’une fin supérieure. Tout ce qu'elle pouvait faire était de raisonner sur les diverses formes de gouvernement qu'elle voyait se succéder dans les cités grecques, et de concevoir un système du monde indépendant des accidents éphémères de la vie des nations. Aristote, avec la prudence de son réalisme, s'est contenté dans sa Politique d'analyser avec une profondeur admirable Ia nature des divers gouvernements et les raisons de leur progrès ou de‘leur déclin, mais en se refusant forœellement à soumettre leurs transformations à aucune règle nécessaire; tandis que Platon, avec sa riche imagination métaphysique et sa tendance à tout ramener à un système logique, a jeté dans le monde les idées essentielles sur lesquelles s’est constituée la philosophie de l’histoire. Sa théorie des idées fait du monde et de l'esprit humain une manifestation et comme un reflet transitoire et changeant des types éternels qui sont en Dieu. Dans les Lois, il pose en principe que Dieu a tout disposé dans le monde de façon à ce que « le bien ait le dessus et le mal le dessous dans l'Univers ». Puis il décrit, sans du reste rattacher d’une manière claire à celte idée générale de la Providence Je tableau qu'il trace, de quelle manière se sont constituées les sociétés policées après les cataclysmes qui avaient détruit l’humanité primitive. Dans la République, il fait le tableau des diverses formes de gouvernements, de leur succession nécessaire amenée par le concept de chacune d'elles, et laisse supposer que cette succession suivie d’un retour aux formes primitives entraîne l'humanité dans un cycle éternel de révoiutions identiques. C’est ce qu’admettront les sloïciens quand ils créeront la doctrine du retour éternel des choses, que Nietzsche a ressuscitée de nos jours comme une nouveauté. Mais en même temps, Platon trace le tablean d’une cité idéale où la société est gouvernée par les plus sages, comme les passions sont gouvernées chez le sage par la raison, et qui se trouve être ainsi comme un reflet de la raison divine, idéal d’une vérité éternelle d’après laquelle doivent être jugés tous les gouvernements. Il y avait dans les théories de Platon un point qui était en contradiction avec toute conception rationnelle de la philosophie de l’histoire et qui était même en contradiction avec le tableau qu'il avait tracé dans les Lois des origines de la société. Il plaçait à l'origine même des cités la forme la plus parfaite de gouvernement et considérait comme une décadence toutes les transformations de ce gou
vernement primitif, aristocratique ou royal. Mais, ce point mis à part, nous retrouverons les idées de Platon, plus ou moins modifiées, chez tous les théoriciens de l’histoire. Le premier il a cherché à montrer comment la civilisation a pu sortir de la barbarie primitive; il a donné des diverses formes de gouvernement et de leur concept une description qui, précisée et corrigée par Aristote, sera l’origine de toutes les théories poli:iques ultérieures. Enfin il serait aisé de montrer que sa République idéale est un prototype de la Cité de Dieu de saint Au gustin; et sa théorie des idées, qui fait du monde une sorte de projection dans la réalité contingente et finie de la vérité éternelle et infinie, se retrouvera, transformée par le mysticisme métaphysique de Plotin, dans les conceptions de saint Augustin sur l’action de la Providence dans le monde et sur le rapport de la grâce divine avec la liberté humaine, ainsi que dans tous les systèmes de philosophie de l'histoire qui verront dans le développement de l'humanité la réalisation de la pensée divine, consciente ou inconsciente.
Ce qui empêche de considérer Platon (et les platoniciens), comme ayant constitué un système de philosophie de l’histoire, c’est qu'il n’établit pas de lien entre ses conceptions métaphysiques et la marche des événements historiques, entre la pensée divine et la décadence fatale des institutions humaïnes. Il y a dans Platon les éléments épars d'une philosophie de l’histoire, non une philosophie de l’histoire.
Les historiens anciens ne paraissent pas avoir été guidés dans leur exposé des faits historiques par d’autres idées générales que des idées politiques ou la recherche des causes immédiates et purement contingentes de certaines révolutions. C’est ce que fait Thucydide, quand i détermine les causes de la guerre du Péloponèse, et le plus philosophe des historiens anciens, Polybe, qui écarte expressément de la direction des événements historiques et l’action des Dieux et celle de la Fortune. Il attribue la grandeur comme la chute des États à leurs institutions. Ceux qui triomphent sont ceux qui l’ont mérité par leur sagesse. Il étudie les suites, les circonstances et Îles causes des faits. L'histoire est pour lui une école de politique. Même Plutarque, qui croyait pourtant fermement à la Providence, qui disait dans sa Vie de Timoléon que le monde est gouverné par le Père des dieux et des hommes, et appelait l’âme l’outil de Dieu, on ne voit pas qu'il ail cherché dans l’histoire autre chose que des anecdotes biographiques et des enseignements de morale individuelle. Ses Vies sont, comme le dit Michelet dans sa thèse, « un cours pratique de morale » où tout est ramené aux vertus et aux vices des hommes.
Les historiens romains sont eux aussi des historiens politiques, élèves des Grecs. Tout au plus discerne-t-on chez eux une idée qui peut être considérée comme une idée philosophique ou plus encore religieuse, l’idée de la grandeur de Rome et de ses destinées éternelles. Quand Tacite s’effraie des dangers qui menacent l’empire, il en parie avec l’effroi d’un croyant ébranlé dans sa foi. L'idée de l’universalité de la puissance romaine, du droit de Rome à la domination du monde. qui à inspiré aux jurisconsultes une si haute notion de la valeur uni-
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verselle du droit romain, et aux empereurs tant de mesures bienfaisantes et civilisatrices, donnait évidemment pour les Romains un sens à l'histoire; mais on ne voit pas qu'aucun écrivain païen ait formulé cette idée comme une explication centrale de l’histoire du monde. Elle est restée pourtant vivante dans les esprits. Au commencement du v* siècle, en #16, Rutilius Numatianus commence son itinéraire de Rome en Gaule par un véritable hymne à la déesse Rome, et lui prédit des destins éternels :
Dum stabunt terrae dum polus astra feret, IUud te repart, quod cetera regna resolvit.
Ordo renascendi est crescere posse malis.
Cette idée de la pérennité et de l’universalité de la puissance romaine devait survivre à cette puissance même. Après l'apparition du christianisme elle se confondra avec l’idée de la pérennité et de l’universalité de l’Église et sera une des hases du Saint-Empire romain germanique comme de la puissance du Saint-Siège, véritable héritier de Rome.
C'est sous une forme religieuse que la philosophie de l’histoire devait faire son entrée dans le monde. C’est avec le christianisme que les hommes ont conçu pour la première fois l’histoire comme formant un tout ayant un sens et une loi directrice, ayant un commencement, la création du monde et la chute; un centre, l’incarnation et la passion du Christ; un but, le salut de l’humanité par la foi au Christ. Aux chronologies multiples et discordantes des divers peuples de l’antiquité, succède une chronologie unique, faite non pour une nation, mais pour toutes les nations, qui compte îles années en prenant l’an de l'incarnation comme point de départ, soit en remontant, soit en descendant le cours des siècles. Tous les événecnents qui précèdent la venue du Christ sont une préparation à cette venue; tous ceux qui la suivent en sont la conséquence et préparent son règne définitif.
Eusbe de Césarée, en composant au commencement du 1rv° siècle son Histoire Ecclésiastique et sa Chronique Universelle, n’avait point l'idée de créer un système de philosophie; mais son ouvrage de chronologie, par le seul fait qu'il groupe tous les événements de l’histoire sacrée et profane en tableaux synchroniques et les ramène à une chronologie unique dont la mort du Christ est le centre, était en réalité le premier système philosophique d’une histoire universelle. Un siècle plus tard, saint Auguslin, -- ce grand écrivain et ce puissant esprit, dont la pensée a si fortement agi sur le monde que pendant plus de mille ans, depuis Paul Orose et les pélagiens, jusqu’à Bossuet et les jansénistes, c’est autour de l’Augustinianisme que se sont agitées toutes les grandes controverses théologiques et qu'il a été le palladium de la loi ccnme la source de toutes les hérésies — saint Augustin, dans la Cité de Dieu, a tracé une esquisse de l’histoire universelle où il ramène tous les événements de l’histoire à une lutte entre les deux cités, celle des hommes et celle de Dieu, où l’homme libre, quoique prédestiné, tantôt s'oppose, tantôt collabore à l’action providentielle qui finira par
établir la Cité de Dieu. Cette conception de l'histoire avait eu son origine dans le judaïsme et le messianisme qui en était issu, dans la conviction des Juifs qu'ils étaient un peuple élu, dont les succès et les malheurs dépendaïent de leur obéissance ou de leur désobéissance à Dieu. Cette explication grandiose et enfantine à la fois de l'histoire, se retrouve jusqu'au xvn° siècle chez tous les historiens et les philosophes qui sont restés fidèles à l'orthodoxie catholique, chez les grands chroniqueurs tels qu'Otto de Freising, comme chez les grands philosophes tels que Thomas d'Aquin. Bossuet, dans son Discours sur l'histoire universelle, a revêtu pour la dernière fois cette conception du splendide manteau de son éloquence. Heureusement que dans son troisième livre il a introduit dans l'exposé des révolutions des Empires des considérations plus humaines et plus vraiment philosophiques, tirées de l'influence du caractère des institutions des peuples sur leurs destinées. On trouve là un grand historien et non plus simplement un magnifique rhéteur.
Le Discours sur l'histoire universelle parut en 1681. Quarante ans plus tard Vico avait conçu son système. S'il n'avait eu d’autres précurseurs que Bossuet, son génie créateur serait vraiment aussi miraculeux que l’a cru Ferrari. Mais ïl n’y a aucun lien entre la pensée de Bossuet et celle de Vico. Vico n’a cherché ni à contredire, ni à continuer Bossuet. Ses origines sont tout autres. Bossuet, tout pénétré qu'il soit des lettres latines, est, au point de vue philosophique, resté un théologien du Moyen Age. Vico, tout empêtré qu'il soit de scolastique et de théologie, est un homme de la Renaissance et un précurseur du xIx° siècle. |
Il s'était produit depuis le xv° siècle un triple mouvement d'études qui, à des degrés divers, pouvait conduire un esprit inventif à se poser. à propos de l’histoire, une série de problèmes philosophiques ou à considérer à un point de vue philosophique une série de faits historiques. En premier lieu l’aristotélisme, tel que la philosophie scolastique l'avait enseigné, avait été ébranlé profondément par la renaissance du platonisme avec Marsile Ficin et plus tard avec Leibnitz et par la philosophie naturelle de Bernardino Telesio et de Bacon, fondée sur l'expérience et l'induction.
En second lieu, des historiens politiques avaient repris, avec l’expérience de vingt siècles écoulés et de prodigieuses révolutions, les spéculations des anciens sur les formes et l’origine du gouvernement. Machiavel, au commencement du xvr siècle, Bodin, à la fin du même siècle, Hobbes au xvn* sont Îles plus remarquables parmi ces théoriciens de la société. Enfin de grands jurisconsultes, le jésuite Suarès dans sa Théorie des lois, Grotius dans son Droit de la Guerre et de la Paix, Pufendorf dans sa Théorie du Droit naturel et des Gens, sans compter plusieurs jurisconsultes italiens, s'étaient efforcés de découvrir d’une part les fondements philosophiques de la législation, et ses rapports avec la religion, de l’autre ses origines historiques et ses rapports avec les transformations de la société. Ajoutez à cela la connaissance plus approfondie des langues et des littératures anciennes, les découvertes
de l'archéologie, les essais de travaux mythologiques et étymologiques qui donnaient une vie nouvelle à l’antiquité grecque et romaine en y faisant chercher la vraie tradition de l’humanité au détriment de l'antiquité juive et de la barbarie du Moyen Age.
Je ne puis faire l’histoire de la philosophie, de la philologie, de la science politique et de la jurisprudence de la fin du xv° au commencement du xvu° siècle, mais c'est l’action combinée de ces quatre courants d'études et d'idées qui a fait naître dans l’esprit de Vico les idées dont la Scienza Nuova est sortie. Vico avait prodigieusement lu, et les auteurs que j'ai cités tout à l’heure ne sont qu'une partie de ceux dont il s'était nourri. Il les a plus ou moins bien compris et bien digérés, mais son esprit inventif et combinateur en a tiré, sous une forme malheureusement bizarre, confuse et désordonnée, un système parfaitement cohérent quand on l’examine de près, et qui mérite vraiment le nom de Scienza Nuovu. .
Ce qui fait la singulière originalité et le mérite particulier de Vico, c'est tout d’ahord qu'il a été le premier à unir un système de métaphysique à une conception systématique de l'histoire universelle et comme il le dit lui-même à unir la filosofia dell humanita (qui comprend la série des causes) à la storia universale delle naziom {qui comprend la série des effets), ensuite qu’il a fort heureusement conçu son système de telle façon qu'on peut séparer ses idées sur le développement de l’histoire universelle de son système de l’uni vers; enfin qu'à ses idées sur l’évolution de l’histoire sont associées une foule de vues de détaïls d’une prodigieuse ingéniosité qui conservent ieur intérêt et leur valeur même si l’on rejette ses théories générales ?.