Né à Berlin en
tut fut arrêté par la mauvaise volonté impériale; il ne fut réalisé qu’en 1827 et ne réussit guère ‘. Stapfer aida de Villers dans la composition de son Luther, dans sa traduction de l'Histoire de la littérature d’Eichhorn et de l'Histoire des Croisades de Heeren. Il fut un des principaux rédacteurs de la Biographie universelle de Michaud pour la partie allemande et suisse, et y donna des articles très remarquables, en particulier celui sur Kant. Son salon était fréquenté par les hommes les plus marquants dans les leltres, les sciences, la politique, du moins ceux du parti libéral. Humbholdt y était assidu ainsi que Maine de Biran. Guizot, tout jeune encore, était précepteur des fils de Stapfer et comme il nous le dit lui-même dans ses Mémonres, sous son influence il délaissait Condillac et Voltaire pour Kant, Herder et Schiller. Le fils de Stapfer, Albert, publiait, en 1823, la première traduction en français du Faust de Gœthe, une des rares traductions des œuvres littéraires de l’Allemagne, parues à cette époque, qui rende fidèlement l’originai.
Un autre salon fit encore plus que celui de Stapfer pour répandre en France la connaissance et l’admiration de l'Allemagne, celui de Mme de Staël, la fille du genevois Necker et de la vaudoise Curchod. Sa vie à Coppet et à Paris, ses relations avec Auguste-Guillaume de Schlegel et avec Benjamin Constant sont trop connues pour que j’y insiste. Je me contente de renvoyer au beau livre de M. Gautier sur Mme de Staël et Napoléon. Mme de Staël, déjà initiée à la philosophie allemande par de Villers et de Gérando, chassée de France par Napoléon en octobre 1803, passa en Allemagne toute l’année 1804 et y prit comme précepteur de ses enfants, A. G. de Schlegel. Il nourrit chez elle et l’admiration pour les lettres allemandes et la haine de Napoléon. En 1808 elle retourne én Allemagne, où elle écrit en 1808 et 1809 son livre De l’Allemagne. Ce fut à la fois l’expression sincère de sa légitime admiration pour le génie allemand et une arme contre Napoléon qui, dans Ja pensée de Mme de Staël, ne pouvait être renversé que si l'Allemagne prenait assez conscience d'elle-même pour secouer son joug.
C'est l'Allemagne de Mme de Staël qui a popularisé et fixé pour longtemps l’image d’une Allemagne idéale, naïve et profonde, asile de toutes les vertus, vivant pour la science, les lettres, la pensée, d’une Allemagne religieuse, douce et pacifique qui serait comme un immense Weimar, et dont le génie fait des Allemands « les éclaireurs de l’armée de l’esprit humain *. » Par le prestige de son style, la force de sa pensée, et les persécutions dont son livre et sa personne furent l’objet de la part de Napoléon, Mme de Staël imposa à tous les Français qui n'étaient pas obstinément enfermés dans la tradition du xvin* siècle et qui étaient curieux de tendances nouvelles, ses jugements et ses idées
1. La Bibliothèque Nationale ne possède que la Nouvelle Revue germanique de 1829.
2. C’est Mme de Staël qui a révélé l'Allemagne aux Français qui ne la connaissaient pas. Lamartine s’est proclamé « fils de Mme de Staël » et s'est mis, quoique avec une évidente exagération, au nombre des Français « qui s'étaient réfugiés dans la pensée de l'Angleterre et de l'Allemagne. »
sur l’Allemagne. On crut connaître l’AÏlemagne parce qu’on avait lu son livre, dont la réputation et l’autorité, en servant la paresse trop fréquente en France à étudier les langues et les livres de l'étranger, a peut-être plus empêché les Français de connaître directement l’Ailemagne qu'elle ne les y a poussés !.
L'Alsace, de langue et d'esprit pavs moitié germanique moitié franais, aurait pu, encore plus que la Suisse, être un intermédiaire. Des hommes comme l’historien Christophe Guillaume de Koch et son continuateur Schoell, comme le philosophe Schweighaeuser, professeur successivement à l’ancienne Université de Strasbourg et à la Faculté des Lettres de l'Empire et de la Restauration, sont certainement des représentants des deux cultures, et le Séminaire théologique de Strasbourg rerueillait fidèlement la science et les enseignements des Facultés de théolagies allemandes ?. Mais, l’action de Strasbourg s’étendit peu en dehors de l'Alsace même à l’époque qui nous occupe. Son Université n'exerçait guère d’influénce qu’en Allemagne, et les Facultés qui la remplacèrent en étaient un si pauvre résidu que leur action fut à peu près nulle au point de vue de la diffusion des lettres, de l’érudition et de la philosophie allemandes *.
1. Si Mme de Staël avait créé sur les bords du Léman, un foyer de culture franco-germanique, il en était de même sur les bords du lac de Neufchâtcl chez Mme de Charrière. son amie, et amie aussi de Benjamin Constant (Cf. Ph. Godet. Mme de Charrière ei ses amis).
a. D'ailleurs l'Alsace avait été tout à fait écrase, déprimée, appauvrie intellectuellement et matériellement par la Révolution et l’Empire, Strasbourg n'était plus qu'une place de guerre. Les professeurs de Strasbourg, très médiocres pour la plupart, ne songeaient qu'à éviter tout ce qui pouvait donner le caractère allemand. Ce n'est qu'après 1830, et même 18h40, que Strasbourg est devenu un centre intellectuel qui a doublement rayonné sur la France et l'Allemagne, un foyer de sympathie mtellectuelle entre les deux pays par Bergmann, Willm, Ed. Reuss, Ch. Schmidt etc.