Vulgairement Loève-Veimars]. Né en 1801, mort en
ou
Mais elle ne vécut pas, et en 1826 on annonce la publication à Paris, chez Dondey-Dupré, d’une Revue Germanique qui devait avoir pour rédacteurs de Gérando, Cousin, Massias, le géomètre Poncelet de Metz, Stapfer, Hase (de Sulza en Thuringe), Eckstein, Cuvier, Mme Elisa Voiart (de Nancy, mère de Mme Amable Tastu): eic... sous la direction du baron Blein. Le prospectus donne l’idée 1a plus complète de ce qu'on pensait alors en France au sujet de l’Allemagne et aussi du peu qu'on savait encore d'elle, de la bizarrerie des jugements qu'on portait sur elle.
La Revue germanique ne réussit pas à se constituer tout de suite, mais elle se fondit en 1827 avec la Bibliothèque allemande, journai de littérature qui avait paru en 1826 à S'rasbourg par les soins de deux jeunes avocats, MM. H. Barthélémy et G. Silbermann * et ne comprenait que des comptes rendus d'ouvrages allemands. Elle fut achetée par l'imprimeur Levrault; il la remplaça en 1829 par la Nouvelle Revue Germanique, qui eut beaucoup ylus d’ampleur, publiait des articles de fond sur l'Allemagne, des biographies, des documen:s. On y trouve au numéro 3 un coup d'œil sur la littérature allemande de 1813 à 1828, l'Essai de Quinet sur la vie et les œuvres de Herder *.
L'introduction à la Nouvelle Revue germanique n'est pas moins intéressante que le prospectus de 1825 et elle montre aussi combien malgré tout l'Allemagne restait encore étrangère à la France.
Cette revue ne devait pas avoir une très longue durée. Elle publia 25 vol. in-8 de 1829 à 1838, puis fusionna avec la Revue du Nord. Il n’y avait pas en France un public suffisant capable de s'intéresser à nn recueil exclusivement consacré à l’Allemagne tandis qu’au contraire la Revue Britannique*® fondée en juillet 1825 et consacrée à des articles sur l'Angleterre ou traduits de l'anglais eut tout de suite un succès qui lui assura une longue durée. La connaissance de l’anglais était beaucoup plus répandue que celle de l'allemand. Nous en avons la preuve dans les nombreux articles sur les livres et les choses d'Allemagne publiés dans le Globe, fondé en septembre 1824 par Pierre Leroux et Paul-François Dubois, professeur destitué en 1822 par Nicolle et Frayssinous, pour ses idées libérales. Ces articles sont, pour une bonne part, des traductions ou des analyses d'articles allemands, et le Globe ne cessa de gourmander l'ignorance et les préjugés des Français en ce qui concernait l’Allemagne. Le 6 juin
1. Avec la collaboration de Bruch, Jung, Lichtenberger, Matter, Stoeber, Wilhem, les jeunes Alsaciens qui allaient être en France les représentants de la science et de l'esprit allemands, et du Lyonnais Lortet. Wilhem fut le directeur de la Nouvelle Revue Germanique.
2. La librairie Dondey-Dupré avait été achetée par Brockhaus et Avenarius. dont la librairie devint, en 1844, sous la direction de Franck et Vieweg un foyer de culture germanique. Là parut en 1858 la Revue Germanique de Nefftrer et Dollfus et on 1866 la Revue Critique.
3. Qui avait été précédée de la Bibliothèque Britannique fondée à Genève en
1598, comme la Revue germanique avait été précédée en 1797 du Snectateur du Nord de de Villers (cf. Lescure, Rev. Germ. t. XXII. 1862. p. 458).
.1829, le Globe se plaint qu’on connaisse trop peu en France la littérature allemande alors que les Allemands, dont l'originalité est si grande dans le style comme dans la pensée, ont ouvert tant de votes nouvelles en histoire, en philosophie, en jurisprudence. « Il est temps dit l’auteur (J. B. probablement Bitaubé) de voir à quoi se réduit cette prévention sans doute exagérée contre l’obscurité germanique. » Et le 30 septembre de cette mème année, Lerminier, un des hommes qui ont alors le mieux connu l’Allemagne, se croyait courageux en osant encourir « la terrible accusation de germanisme » et recommandait « de s’enquérir et de profiter des travaux de l'Allemagne, dût-on encourir le même reproche. »
On voit par toutes ces citations que s’il y avait en France, parmi les esprits les plus distingués et parmi tous ceux qui conduisaient la littérature dans des voies nouvelles, une vive sympathie pour l’AI lemagne et un désir ardent de la connaître et de la comprendre, le nombre de ceux qui la connaissaient vraiment était restreint et son influence effective n'était pas aussi grande qu'elle paraît au premier abord. En philosophie Cousin, qui avait voyagé en Allemagne en 1816, en 1817 et en 1824, qui correspondait avec les philosophes allemands et s'était un peu initié à leurs idées, qui accueillait à Paris Creuzer en 1826, Hegel en 1827, se fit bien l'interprète des idées allemandes dans ses cours, surtout celui de 1828, mais pour abandonner bien vite une direction qu'il devait condamner .comme dangereuse. Le panthéisme de Schelling et de Hegel n’eut pendant longtemps aucun écho sérieux dans les intellisences francaises ei Kant lui-même n'arrivera à exercer une influence dominante dans notre enseignement philo. sophique que dans la seconde moitié du xix° siècle. L’érudition allemande eut une influence plus immédiate. L'Institut couronnait Heeren, Guizot le traduisait. Fauriel travaillait d'accord avec A. G. de Schlegel, Burnouf avec Lasser. Guigniaut traduisait Creuzer qui venait visiter Paris en 1826. Niebuhr était traduit par M. de Golbéry (mais en 1830 seulement), Borckh (Economie politique des Athéniens) par La: ligant en 1828 ‘. Michelet se pénétra à fond de ces œuvres. Mais cette influence de l'érudition allemande était encore bien faible. Ce n'est que plus tard qu'elle exercera sur les intelligences françaises cette action que Renan a signalée avec tant de vigueur dans l'Avenir de la science.
Enfin, les Français qui eurent la curiosité d'aller visiter l’Allemagne entre 1815 et 1830 furent peu nombreux. J. J. Ampère y voyagea en 1827, et ses articles du Globe sur Weimar, sur Goethe, sur Tieck, sur Hoffmann, firent une grande impression, d'autant plus que d’Allemagne il était allé dans les pays scandinaves et s'était fait l’inter. prète de leur littérature et de leur poésie primitive. Quinet s’éiait fixé à Heidelberg en cette même année 1827. Enfin Michelet s’y rendit à son tour en 1828.
1. En 1828 la traduction de l'Histoire de l'Antiquité de Schlosser paraissait à Paris en même temps que l'original en Allemagne.
On peut se rendre compte, d’après tout ce que nous venons de dire, de l'état d'esprit dans lequel il entreprenait ce voyage. Il était, comme la plupart des hommes de sa génération, médiocrement instruit des choses allemandes; mais il avait déjà assez lu d'ouvrages allemands traduits, 1l avait déjà assez appris d'allemand, pour se faire une idée de la valeur des ouvrages des érudits, de la beauté littéraire des œuvres des poètes, de la profondeur des philosophes. Il allait en Allemagne comme nous l'avons vu par sa lettre à Quinet du 22 juillet 1828, pour sv perfectionner dans la langue, pour s'orienter dans une littérature très riche dont les ouvrages se trouvaient difficilement à Paris, pour voir de près cette vie allemande cù la plus haute culture intellectuelle et artistique s’alliait aux mœurs les plus simples et aux vertus domestiques dont Hermann et Dorothée avait dépeint le charmant tableau. Très préorcupé, dspuis qu'il avait lu Vico, de l'importance des traditions primitives poétiques ct juridiques pour la phylosophie de l’histoire et ayant vu tout ce que les savants de l’Allemagne avaient fait pour recueillir les traditions primitives de Jeur pays, les chants ct les légendes populaires, il voulut s’en enquérir sur place et aussi connaître le pays et le peuple où ces légendes et ces chants avaient pris naissance, Nous avons vu l’idée enchanteresse qu'il se faisait de la naïve et rêveuse Allemagne. Ne sourions pas de cette idée et surtont ne nous imaginons pas, parte que nous avons vu et voyons upe Allemagne qui n’est ni rêveuse ni naïve, que l'Allemagne de Mme ile Staël était imaginaire. Ne nous laissons pas aller à dire comme le fait M. Mézières dans son Goethe (1° volume, p. 350) que « la der. nière guerre nous a enlevé nos illusions sur la candeur germanique. » Les Allemands certes, ne sont. pas tous candides. Mais la candeur germanique existe, et surtout ceux qui voyaient l'Allemagne de 1814 à 1830 étaient parfaitement justifiés à penser, comme le faisait Michelet, que l'Allemagne condamnée à l'impuissance politique par son morcel: lement en trente-quatre États souverains et par l’absence complète d’insütutions libres, vivant dans un pays pauvre, et alors très peu industriel, cherchait un refuge dans la pensée, la science et la rêverie. « Jusqu'à ces derniers temps, disait un article du Globe du 25 août 1827, signé C. R. (Ch. de Rémusat), les Allemands ont été presque étrangers à l’action. Condamnés à l’inertie politique, leur existence privée ellemême manquait de mouvement. Leur attention, incessamment fixée sur eux-mêmes, a donné parmi eux une énergie prédominante à la vie intérieure. La pensée est tout pour eux : le moyen et le but, l’action et l'objet. Aussi leur poésie est-elle aussi contemplative que leur esprit. On sent que c’est celle d’un peuple métaphvesicien. »
Sans doute il y avait eu en Allemagne un grand élan guerrier el national en 1813, sans doute cet élan national avait porté des fruits durables, et il nous est facile aujourd'hui de discerner dans les œuvres des publicistes et des poètes, dans ce que nous savons de la vie des Universités, une fermentation politique qui préparait le grand mouvement universitaire du milieu du xrx* siècle.
Mais à l’époque de la Restauration en France et de la Sainte Al-
liance en Europe, ce qui était surtout visible, même aux yeux des Allemands, c'était le triomphe de la réaction qui écrasai: chez eux tout esprit d'initiative en dchors du domaine intellectuel, et qui jusque dans ce domaine les comprimait. Les princes cherchaient à entre:enir leurs peuples dans la haïne de la France, toujours considérée comm“ le pays de'la Révolution; mais il semblait alors qu'il y eût divorce entre les princes et leurs peuples.
Michelet se trouvait tout naturellement appelé vers Heidelberg, d'abord par la présence de Quinet, et aussi par la réputation que cette Université avait acquise en France. Dès 1819, la Revue Encyclopédique parlait du rang éminent qu’elle occupait parmi les Universités allemandes, de ses séminaires d’érudition, de la richesse de sa bibliothèque. En 1826, elle ‘invitai: les jeunes Français à aller à Heidelberg ponr agrandir le cercle de leurs études et ajoutait : « Il est aujourd'hui reconnu que la France et l'Allemagne ont mis en commun leurs lumières et leurs sciences. » Le nom de Creuzer avait en particulier un grand prestige pour les Français. Et c'était à Heidelberg qu'en 1805 Arnim et Brentano avaient composé un recueil de chants populaires, Des Knaben Wunderhorn, que Gœærres avaii écrit en 1806 son livre sur les traditions populaires, Die teutschen Volksbücher. Ou voit par une lettre de Quinet à Michelet, de mars Î828, que Michelet demandait constamment à son ami de lui envoyer des livres et des conseils sur les récentes publications alle. mandes. Enfin, il se décide à aller par lui-même voir l’Allemagne. I! l'écrit à Quinet le 21 juillet 1828. Quinet lui répond aussi'ôt, et lui parle des professeurs de Heidelberg, Paulus qui enseigne l’histoire religieuse, Schlosser l’histoire ancienne et moderne, Ullmann qui s’occupe aussi d'histoire religieuse, Il ne dit mot des professeurs le droit, plus éminenis encore, et que Michelet aurait pu désirer aussi con. naître, Thibaut pour le droit romain et français, Mittermaer pour Île droit germanique, Zachariae pour le droit public. L'histoire d’Allemagne était enseignée par un érudit excellent, Mone; la littérature romaine par Baehr, enfin la mythologie et les antiquités grecques par Creuzer.
Le vovasce de Michelet en Allemagne fut très court (16 aoùt-18 senlembre). Sur ces trente-trois jours il v en eut dix pris par le voyage de Paris à Heidelberg et de Berne à Paris. Sur les vingt-trois jours fe séjour il Y en eut quatorze passés à Heïd-lberc. un à Francfort, un à Mayence et sept à Bonn. Nous connaissons les détails de ce voyage par ses lettres à Pauline et à Poret et par quelques notes prises sur un calepin où il inscrivit aussi ses dépen&æs. avec cette minutie d'hom. me pratique qui était un des traits de san caractère. Il y note ce qu'il
brosser ses habits, l'achat d'une pourée pour Adhis. Ces Ceux pages de comptes ont leur intérmt. car tout dovisnt intéressant en devenant hr:-
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tre chose que prendre l’air de l’Allemagne, d’autant plus qu’en pleines vacances plusieurs des hommes qu’il aurait pu aller voir étaient absents, Bien que les Allemands fussent alors moins voyageurs qu’aujourd'hui, les professeurs avaient déjà l'habitude d’employer leurs vacances à visiter la France, la Suisse ou l'Italie, ou même, à cette période de ferveur romantique, à visiter les monuments du Moyen-Age dont l'Allemagne occidentale et méridionale est si riche et que les deux frères Melchior et Sulpice Boïisserée mettaient à la mode précisément pendant ces années 1825 à 1830. Pourtant si Michelet fut déçu en ne trouvant pas à Heidelberg l'historien qu'il désirait le plus connaître. Schlosser, alors en Italie, il y rencontra des hommes dont la connaissance et la conversation auraient dû lui paraître bien autrement intéressantes, et l’on est surpris que dans ses lettres il n’exprime pas avec plus de vivacité la joie qu'il a dû avoir à s’entretenir presque tous les jours avec Creuzer, à échanger des visites avec Paulus, Mittermaier et Zachariae, avec le mphilologue germaniste et romaniste Massmann, et à trouver à Heidelberg deux des chefs du mouvement romantique, Ludwig Tieck, le traducteur de Shakespeare, et Joseph (rœrres, une sorte de prophète qui mêlait dans des écrits géniaux et incohérents les prédications politiques, religieuses, patriotiques, et une érudition de tous les pays et de tous les âges aussi surprenante que désordonnée. Lui aussi devait séduire Michelet par ses travaux sur les mythologies d'Orient et ses éditions des anciens chants du peuple allemand. Michelet le vit bien, près de Heidelberg, à Süftburg *, et à Franciort, chez son gendre, M. Steinbasse, et :l l'appelle « le plus grand génie de l’Allemagne », de même qu'il appelle Creuzer « le patriarche de l’érudition et de la philosophie »; mais il ne semble pas qu'il ait reçu des impressions très profondes de ces rencontres et de ces conversations. Cela tient à plusieurs
elles ont aussi un intérêt économique en nous permettant de constater l’incroyable bon marché de la vie en Allemagne à cette date. En 33 jours Michclet dépensa 416 fr. 95. mais il faut en défalquer 79 fr. 5o employés à acheter des livres. Sur les 337 fr. 45 restants, il y a 234 fr. de frais de poste et de bateau, ce qui est considérable par comparaison avec le prix actuel des transports en chemin de fer. On ferait aujourd'hui le même chemin pour 100 à 150 fr. La nourriture, hôtels, pension pour 33 jours s'élèvent donc à 103 fr. 45, ce qui fait un peu plus de 3 fr. par jour et même moins de 3 fr. en Allemagne, car en voyage Michelet dépensa 4 à 5 fr. pour sa nourriture seule. Deux jours d'hôtel à Heidelberg lui coûtèrent 5 fr. 50; douze jours de pension a Heidelberg 20 fr., sept jours d'hôtel à Bonn, 17 fr. Ces chiffres nous permettent de mesurer la différence du pouvoir de l'argent en 1828 et de nos jours. On jugerait aujourd’hui à Heidelberg qu'on a trouvé une pension à bon marché si on dépensait 60 fr. en douze jours et sept jours d'hôtel à Bonn vous reviendraïient au moins aussi cher. Il est vrai que les Kayser chez qui il logeait refusèrent d’être payés et que Michelet leur fit un cadeau représentant à peu près le prix de pension. |
Ce qui est fort amusant c’est que les terribles tantes de Renwez blâmaient leur neveu d'avoir entrepris un voyage aussi coûteux, et Michelet leur écrivit pour se disculper en leur représentant que pouvant acheter en Alleïnagne des divres pour la moitié de ce qu'ils lui auraient coûté à Paris, il regagnerait le prix du voyage. |