CHAPITRE Ii
Michelet à l’École Normale de 1830 à 1837
L'Histoire romaine, quoique postérieure à 1830, appartient en réa-
lité à la première période de la vie de Michelet. Au contraire l'His
… toire de France va faire la trame même de la seconde et de la t. oisième
/___ Ü considérera comme l’œuvre essentielle de sa vie de donner à la
+. France conscience d'elle-même et d'enseigner la France au monde. !|
verra désormais l’histoire universelle à travers l’histoire de France
et la philosophie de la Révolution sera en mème temps pour lui à Æuelques égards la philosophie de l’histoire tout entière.
Ce qui lui donna l'élan pour la composition de l'Histoire de France, ce qui lui fit, dès 1831, abandonner la continuation de l'Histoire romaine et l’histoire d'Italie, ce fut son enseignement à l’École Normale \C et à la Faculté des Lettres de 1831 à 1836, et son entrée aux Archives.
Cette période de sept années a été la plus féconde de sa carrière de professeur. C’est alors qu'il a exercé sur les esprits la plus forte influence et que son activité intellectuelle s’est manifestée de la manière la plus variée et la plus éclatante.
En 1833 paraissent simultanément le Précis d'Histoire de France et les deux premiers volumes de la grande Histoire de France. En 1835 Michelet donne une nouvelle édition augmentée de son Fico et les deux premiers volumes des Mémoires de Luther. En 1837 paraissent les Origines du Droit. Pendant le même temps, Michelet avait recueilli les documents du procès des Templiers, qui ne parurent en deux volume: in-quarto qu'en 18#1 et 1851.
En mème tamps il enseignait, et son enseignement ne faisait qu'un avec sa production liltéraire. Parmi tant d'occupations, il trouvait le temps, avec une activité et un dévouement que rien ne lasse, de rendre service à ses élèves et à ses amis.
Il: faudrait pouvoir dessiner un tableau ii de cette activité. On serait dans l'admiration devant un tel déploiement de forces, une pareille fécondité d'esprit. La seule tache d’ombre, c’est celle qu'il a notée lui-même en 1839 et sans doute avec l’exagération que lui inspirait sa sensibilité *. Je me suis trompé en laissant entendre que les torts de Michelet envers sa femme n'avaient pas été seulement des torts de négligence et d’omission, qu'à la fin de la vie de Pauline | avait manqué à ses devoirs de mari plus grandement encore qu en