Ybid., P
Il réussit à passer deux jours dans Athènes que les Turcs occupaient encore, repartit le 26 avril d’Egine pour visiter Syra et les Cyclades. Le 13 mai, il se rembarquait pour la France et il arrivait le 5 juin au lazaret de Marseille, rapportant une vision brillante, pittoresque el poétique de la Grèce ressuscitée après des siècles de misère et d'oppression. Des notes qu'il avait prises, il composa son livre sur la Grèce Moderne et ses rapports avec l'antiquité, ravissant récit de voyage coupé de vastes aperçus historiques, philosophiques et littéraires dont la nébulosité grandiose provoqua quelques sourires chez les amis de Quinet eux-mêmes *.
Rentré à Charolles, il a bien le sentiment qu'il sera blâmé d’être revenu si vite et d'avoir rapporté si peu de choses : « Je m'’attends bien, dit-il, que mes compagnons feront tout leur possible pour m'ôter les avantages qui devaient se rattacher à ce voyage », et pour comble de malheur il a négligé en Grèce de faire régler ses appointements; il r’en a touché qu’une partie et demande à Michelet d'agir auprès du ministère pour obtenir le paiement intégral de ce qui lui était dù *.
Au moment,où Quinet demande à Michelet ces multiples services, l Révolution éclate et Michelet presse Quinet de venir à Paris pour profiter de la situation et obtenir une place du nouveau gouvernement *. En même temps, il lit le manuscrit de Quinet, mais n’a pas évidemment le temps de lui en écrire bien long dans la fièvre des journées de Juillet,
Pendant les jours qui suivent, bien que Quinet soit à Paris, et que Michelet ait à veiller à ses propres intérêts, il n'oublie pas ceux de son ami et s'occupe de lui auprès de Cousin et de Guigniaut, de Guizoi et de Villemain. Tout fut en vain. Quinet n'obtint ni une place à l'Ecole Normale, ni même une sous-préfecture. On lui offrait bien une classe de philosophie en province, mème la chaire de philosophie à
1. Mme Quinet (Cinquante ans d'amitié, p. 32) prétend que le rapport de Quinet « imprimé par l’Institut ct qui existe dans ses Archives » est « riche en inscriptions » Elle prétend qu'il représentait à lui seul la commission scientifique et que ses compagnons élaicnt rentrés en France après quelques senYaines sans avoir pénétré dans Ja Morée. Tout cela est un tissu d'erreurs, les collègues de Quinet ont rapporté une foule de matériaux de Grèce, Quinet quelques inscriptions qu'il a remises sans une seule note. Il n'a jamais remis à l’Institut une ligne des cinq mémoires qu'il avait promis.
>. Michelet dut se mettre en campagne et ce fut une cho assez compliquée car au Ministère de Ja Guerre on exigea une attestation de M. Duplaa. intendant militaire à Modon, comime quoi il n'avait pas payé Quinet. Au mois d'avril 1830 la picce n'est pas encore arrivée. Michelet est en Italie ct Quinet qui est relourné à Ileidelberg écrit ke 26 août à Me Michckt pour que celle-i demande à son mari de se rendre dès son arrivée au Ministère de la Guerre pour le réglement de son affaire. En mème temps il envoie à Michelet le manuscrit de sa Grère moderne, pour que son ami le revoie avant l'impression qui se faisait chez Levrault à Strasbourg; et il lui reuvoie aussi les épreuves pour une nourxelle révision.
3. Lettre du 10 août 1830. Il trouve mème le moyen le r2 octobre 1$30. au moment où il est ie plus occupé de ses propres affaires, d'écrire dans fl” Temps un article dithvrambique sur le Fovyage en Grèce de Quinet qui vien! de paraître.
l'Université de Strasbourg, mais finalement il n'obtient rien, autant parce qu'il hésile à accepter ce qu’on lui offre, que parce: que les ministres n'éprouvent pour lui qu’une sympathie mitigée et sont vffrayés de l'agitation de son esprit '. Michelet n’était pas au bout de ses peines dans cette affaire. Quinet n'avait obtenu qu’en novembre 1830 le paiement du complément des 3.000 fr. (1150 fr.) qu’on lui avait alloués en 1829. Mais il ne s’estimait pas satisfait, bien qu’il eût touché un traitement d'un an pour un voyage de cinq mois. Sous rrétexte qu'il avait eu. au retour à rédiger son livre sur la Grèce en 1829 et des Mémoires d'érudition qui devaient être au nombre dc cinq, Quinet, en 1831, demandait à recevoir une seconde année de traitement, comme les membres architectes, de la commission, qui avaient dù mettre sur pied les trois volumes de la publication sur l'Expédition en Moré. Ce fut encore Michelet qui fut chargé de cette délicate négociation avec Casimir-Périer, président du Conseil et ministre de l'Intérieur depuis le 13 mars 1831. Le 27 octobre 1831, Royer- Collard, chef de la division des sciences et lettres, écrivait à Michelet une lettre qui montre bien que si l’on fit droit aux réclamations de Quinet, ce fut surtout par égard pour Michelet * :
1. Ïl lui fallut attendre 1830 pour être nommé à la Faculté de Lyon par de Salvandy.
a. « Monsieur ct ami... Voici tous les renseignements qu’on m'a transmis et que je m’empressæ de vous communiquer. Remarquez, de grâce, que je raconte et ne juge point. |
« M. Quinet à fait un livre admirable, c’est vrai; maïs a-t-il rempli les obligations que lui imposait son titre de membre d’une commission ministérielle ? C'est là ce qu'on lui conteste. Il a plutôt obéi à sa pensée d'artiste qu'à ses instructions, dont il paraît n'avoir tenu aucun compte. Quoi qu'il cn soit on n'en rend pas moins justice au tnlent qu'il a développé, bien qu'il ait donné, à ce qu'il paraît, tout autre chose que ce qu'on Jui avait demandé, et loin qu'on soit mal disposé à son égard on est prêt au contraire a faire tout ce qui lui sera agréable.
« Mais, pour qu'il obtienne la prolongation de traitement que vous réclamez pour fui, 1l est indispensable que MM. Cuvier, Hase et R. Rochette en fasnt k demande formelle. .... Je crois être sûr que toute proposition favorable à votre ami ser bien accueillie, mais oncare faut-il qu'elle soit faite, ct juqu'à present elle ne l'a pas été.
« Ainsi, mon cher Monsieur, puisque vous vous êtes chargé de poursuivre cette affaire, H faudrait que vous puissiez provoquer de MM. Cuvier, Hase, et Raoul Rochette, u@ leltre au ministre par laquelle ils exprimeraient le vœu que M. Quinet obtint la même faveur que plusicurs de ses collègues d'expédition. J'imagine que la réponse sera satisfaisante. » |
Michelet l'annonce à Quinet par une lettre du 29 octobre 1831. Michelet avait vu Hase, R. Rochette et Royer-Collard, le frère du philosophe. Michelet annonce qu'on lui paiera son traitement jusqu’à la publication des cinq mémoires qu’il a promis. Il supplie Quinet de revenir à Paris rédiger ces mémoires.
Les trois savants firent k démarche que suggérait Casimir-Périer, et Quincet vhtint, à la fin de noveinbre. unc prolongation de traitement pour rédiger ses mémoires et son itinéraire. On lui paiera trois mois. Il remit des copies d'inscriptions. Puis il demanda les 700 fr. restant. On les lui refusa tant qu'il n'aurait pas remis ses mémoires. Quinct préféra renoncer aux 700 fr., et partit en décembre pour retrouver ses parents à Certines. Une lettre de
Quinet avait vécu en Allemagne deux ans, de janvier 1827 à janvier 1829, et bien qu'il s’efforçât d'arracher son énigme à ce monde germanique immense et mystérieux, il semble qu'il n’en ait vu alors que les côtés religieux et philosophiques, poétiques et idyllique: « Sans Heidelberg, écrivait-il à sa mère le 6 septembre 1827, j2 n’arais jamais su ce que c'est de vivre. » Quand il revint en Allemagn: en avril 1830, il semble bien que le contact avec la Grèce, son séjour en France, lui aient fait voir l’Allemagne sous un jour un peu diff’ rent. Il écrit. à Michelet en mai 1830 : « Depuis mes derniers voyage: je me suis beaucoup attaché à notre France, et si sur les grands che. mins où je vis depuis quelques années, je ne me faisais pas un veut d'or de la science, loin de tant de choses et d'hommes que je ne pui m'empècher d'aimer, j'aurais çà et là de tristes réveils. »
Il n'eut ces tristes réveils qu’en 1831, quand les déceptions de son retour à Paris lui eurent fait une âme plus disposée à la critique : au pessimisme qu'à l’enthousiasme crédule, et quand, en 1831 (février il regagna l'Allemagne avec la disposition morose d’un homme qui voyait, faute d’une position, s'éloigner le moment où il pourrait 6pauser cette Mina Moré qui lui avait fait entrevoir le bonheur idéal dan: le Heidelberg de 1828.
En août 1830, au moment où il quiltait l’Allemagne, il déclarait que les provinces rhénanes n'’attendaient qu'un signal pour se réunir à la France” ; et en décembre de la même année, il prédisait que nous allions reprendre les frontières du Rhin”. À ce moment, le ministère Laffite vient d’être constitué et on berce Quinet des plus belles espérances. Un jour c’est Mérilhou qui lui promet une chaire d’histoir. une autre fois, c’est Gérando, qui veut le faire entrer au Conseil d'État. |
Mais en 1831 loutes ses espérances sont évanouies. La France n'os soutenir la Pologne révoltée, pas plus qu’elle n’ose mettre un princ* français sur le trône de Belgique. Le 13 mars 1831 les doctrinaires reprennent la direction des affaires avec à leur tête un homme d'autcritr, Casimir-Périer, et Quinet n'attend plus ni poste politique, ni situation à Paris. Toutes ces désillusions publiques et privées lui donnent alors une terrible clairvoyance; il entrevoit du même coup et la fragilité du “ouvernement de Louis-Philippe et la puissance du mouvement national qui pousse l’Allemagne vers l’unité sous la: direction de Prusse. Déjà en novembre 1830 ce qu'il regardait comme la trahison de Victor Cousin l'avait subitement désillusionné sur la valeur de cet éelectisme où il avait vu, ainsi que Michelet, une pensé grande et féconde et qui ne lui apparaît plus que comme un écho maladroit des
Duchesne, secrétaire du rministre de l'Intérieur et des Cultes, du 928 février IS34, nous montre que Quinet n'a remis aucun mémoire, mais seulement des inCriplions, &ins aucnne note. Ïl a manqué à tous ses engagements. Su remellait quelque chose on reviendrait sur la décision prise, autrement c'est impossibie. |