‹ La vie et la pensée de Jules Michelet (1798-1852) (volume 2)Chapitre 48 sur 81 · Lattre CLNNXNIIT à sa mère · texte numérisé non relu

Lattre CLNNXNIIT à sa mère

». Lettre CLXXXIX.

svstèmes allemands issus du mouvement de la Révolution française et dont le dernier, celui de Hegel, n’était que la justification de la Sainte- Alliance et de la monarchie prussienne *.

En octobre 1831, c'est à l'avenir politique de l’Allemagne et de Europe que Quinet s'attaque. Il s’indigne de voir la France sacrifier l1 Pologne; elle laisse des princes allemands s’établir en Belgique et en Grèce; elle permet à l'Autriche de faire la loi en Italie, elle s’isole en un mot en abandonnant les nations latines et en ouvrant le champ aux ambitions germaniques. En même temps elle se stérilise inté’ieurement en réprimant les tendances démocratiques. Et alors Quinet aperçoit dans un éclair prophétique tout le rôle futur de la Prusse, l'unité de l'Allemagne sous son hégémonie et la reprise de l'Alsace »t de la Lorraine. Il écrit à Michelet, le 7 octobre 1834 : « L'unité germanique se prépare d’une manière si menaçante que je n’ai pu résister à en décrire les progrès et les inévitables résultats ?. »

Il le fit dans une brochure composée de trois morceaux : l'Allemagne et la Révolution, le Système politique de l'Allemagne et l'Avertissement à la Monarchie de 1830. Deux idées y sont développéss, l’une avec une netteté et une clarté admirables, l’autre avec une grandiloquence nébuleuse qui rend incompréhensibles des paragraphes entiers, mais dont cependant on peut tirer une conclusion intelligible.

La première, c'est que l’unité allemande est en train de se faire autour de la Prusse, et que toutes les forces de l'Allemagne v con: courent, consciemment ou inconsciemment. Il fallait, on doit je reconnaître, une rare vigueur de pensée mour voir l'Allemagne réaliste et conquérante qui se dressait derrière l'Allemagne rêveuse, poétique, familiale et philosophique de Mme de Staël, celle que Quinet avait seule su apercevoir en 1830 et à laquelle il a substitué l’Allemscne puissante, active ct dominatrice dont nous sentons aujourd'hui la force : « L'unité, écrit-il, voilà la pensée profonde, continue, nécesaire qui travaille ce pays et le pénètre en tous sens. Religion, droit, commerce, liberté, despotisme, tout ce qui vit de l’autre côté du Rhin, pousse, à sa manière, à ce dénouement. »

Quinet l’a vu avec profondeur : c’est Napoléon qui, en écrasant l’Allemagne, a fait sa nationalité, et la révolution de 1830 a achev“ ce que Napoléon avait commencé. Il montre tout le mouvement intellectuel de l'Allemagne, comme tout son mouvement économique, tendant à l'unité. La Prusse en est le centre. Et cette grandeur de la Prusse menace la France. A ces vues d’une merveilleuse clairvoyance, il en ajoute de beaucoup moins précises, quoique intéressantes, sur le rôle de la France. La France, d’après lui ne pourrait lutter contre cette expansion fatale du génie germanique, qu'en continuant à exercer sur l'Europe une action révolutionnaire... en se renfermant sur elle-même,

1. Voyez l'article paru dans la Revue des Deux Mondes en 1837, tome IV, page 464, sous le titre : De la Révolution et de la Philosophie, réimprimé dans la série Allemagne et Italie dans les Œuvres complèles sous le titre : De la philosophie dans ses rapports avec l'histoire politique.

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