‹ La vie et la pensée de Jules Michelet (1798-1852) (volume 2)Chapitre 51 sur 81 · Cf. le Rubens du voyage d'Allemagne de · texte numérisé non relu

Cf. le Rubens du voyage d'Allemagne de

À remarquer comonent Michelet dans son œuvre définitive transpose et sivifir les notes du journal (à Waterloo).

« Rien de plus facile à expliquer que la défaite, sans parler des malentendus. Les jeunes recrues de Bonaparte furent battue par les vieux soldats anglais. Cette armée mercenaire, bien ménagée jusque là, bien habituée à voir les Français, fut pour les alliés comme un poignard de miséricorde qu'ils gardaient pour le dennier moment. »

Histoire de France. II, 106 « Angleterre, Angleterre! Vous n'avez pas combattu ce jour là seul à seul. Vous aviez le monde avec vous. Pourquoi pre-

Les voyages dont je viens de parler sont les seuls qui aient servi à Michelet pour écrire son Tableau. Nous irons avec lui en Angleterre, dans le sud-ouest et le sud-est de la France, puis de nouveau en Flandre, quand il préparera ses volumes III et IV.

Le travail de préparation fait par Michelet dans les livres avait été considérable, Depuis plusieurs années il prenait des notes et dans les livres de seconde main et dans les sources. Rien n'est plus intéressant que de suivre son esprit étudiant les questions historiques. Dès le début étaient présents à son esprit les problèmes essentiels qui l'ont toujours agité. Cinq points capitaux le préoccupent : l’origine du peuple, le droit, l’ethnographie, la religion et la géographie; c’est là. dessus qu'il accumule les notes ainsi que sur la question de l’art qui se trouvait préparée par ses journaux de voyage.

Dès le début, l’histoire de France se pose à lui comme l’histoire du peuple de France et il cherche tout de suite l'explication du développement de la vie sociale tout entière. Il se livre à l'étude d’abord de la condition des personnes, telle qu'elle était réglée dans l’Empire romain. Il veut connaître d’une part les conditions de la propriété et de la possession de la terre à Rome et toute l’histoire de l'esclavage depuis l'Orient jusqu'au Moyen-Age. Il relie l’esclavage ancien à la condition du prolétaire d’aujcurd'hui, à ce qu'il appelle l'esclavage moderne. Dans les premiers siècles de l’histoire de France, il est frappé de l'instabilité constante dans la condition des personnes. Il aborde ensuite l'étude de la condition des terres au Moyen-Age, l’abolition de l'esclavage et analyse l’ouvrege de Brunet sur l'usage des fiefs; enfin il esquisse l’histoire de la noblesse et du droit d’aînesse.

A cette étude des personnes et des terres, il joint celle des modifications du droit : la persistance du droit romain au Moyen-Age, la coexistence de la loi écrite et de la coutume, la formation du droit civil en France l'occupent tour à tour.

Ses recherches ethnographiques s'étaient bornées à analyser les ouvrages existant alors sur les Celtes et les Tbères, mais pour la géographie il avait dressé un tableau très complet de la géographie historique de la France en s’efforçant de marquer le rôle des fiefs et leurs rapports avec la géographie physique.

L'histoire religieuse avait plus que tout le reste retenu son attention. Il avait analysé les écrits des Pères de l'Église, étudié les éléments de l'administration de l’Église, comment elle faillit un instant au xnr sit. cle absorber en elle toute propriété, l'influence du droit canon sur la formation du droit civil qui se laïcise entièrement au xv° siècle, la funeste influence de la prépondérance du clergé dans l'État — la puissance prise par le clergé dans la féodalité. Parallèlement il s’absorbe

nez-vous toute Ja gloire? Que veut dire votre pont de Waterloo? Y at-il tant à s’enorgueillir si le reste mufilé de cent batailles, si la dernière levé de la France, légion imbherbe, sortie à peine des lycées et du baiser des meres, s'est brisée contre votre armée mercenaire, ménagée dans lous kes combats, et gardce contre nous comme le poignard de miséricorde dont le soldat aux abois assassinait son vainqueur? »

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dans la littérature ecclésiastique, analyse les textes des conciles, les actes des saints, les œuvres des scolastiques, Duns Scot qu'il met audessus de saint Thomas et Joachim de Flore qu'il préfère à saint Bernard.

Cette étude de l’Église l’amenait à insister sur le caractère ecclésiastique de la royauté capétienne, tout en montrant comment la France après la guerre des Albigeois et saint Louis échappe au mauvais génie de l’Église tandis que l'Espagne y succombe.

Les deux premiers volumes de l'Histoire de France parurent en décembre 1833. -

Pour bien comprendre ce que Michelet a voulu faire, il est bon de. connaître d’une part le prospectus qu’il composa pour la maison Hachette, d'autre part, la préiace qu'il avait mise en tête de sa première édition, et qui a disparu dès la seconde en 1835, Michelet ayant vite reconnu que son plan primitif d’une Histoire complète en cinq volumes était irréalisable *.

Mon livre (la critiqu2 la plus sévère en conviendra) est sorti tout enlier des sources originales. Cependant je dois beaucoup à quelques-uns de n«s contemporains. C'est un devoir pour moi de le dire, c’est un bonheur pour leur ami ou leur disciple de nommer lés hommes auxquels il se sent uni par ie lien le plus étroit, Ja parenté intellectuclle, la communion de la pensée. L’immense, la conscioncieuse histoire de motre vénérable Sismondi, kes beaux récits des deux Thierry, voilà les ouvrages qui ne m'ont jamais quitté. Toutefois je dois encore davantage à ceux de M. Guizot. Sous l'histoire des faits, il a vu l'histoire des idées. Il n'existait point avant sou cours une telle analyse des grands faits sociaux et intellectuels. Si je voulais énumérer mes obligations envers l'illustre historien, la liste serait longue. Il en est un que je ne reconnaîtrai jamais selon mon cœur. Je parle du bienveillant intérêt qu'il a toujours pris à mes travaux.

Il marque d’abord sa propre place auprès des historiens qui l'ont devancé et leur rend hommage, mais tout en indiquant très nettement ce qui le sépare d'eux. A ses veux l’école pittoresque et l’école philosophique, Thierry et Barante d'un côtt, (Guizot et Mignet de l'autre, pas plus que le scrupuleux annaliste Sismondi, n’ont compris ia véritable histoire telle qu'il l’a conçue, comme une synthèse de la vie intégrale. Quand Michelet écrivait pour lui-même ou pour des intimes, il se laissait même aller à juger ces écoles avec une sévérité excessive :

« L'École pittoresque, disait-il dans une lettre adressée en décembre 1833 à un ami, a été superficicile. Elle ne dit rien de la vie intérieure. Elle n'a point parlé de l’art ni du droit, ni de la religion, pas mème de la géographie qui, était, plus qu'aucune chose, nécessaire à son paint de vue. L’École philosophique a été sèche et ennuyeuse. Elle analyse toujours, elle ne raconte jamais. Leurs ouvrages sont des tas de pierres, rien de plus. Ils n’ont ni cœur, ni sentiment de l'art; ils ne savent nas que tout cela vit, se meut, que tous ces éléments, philosophie, religion, art, droit, littérature, s’engendrent

1. Ce n'est pas par entraînement romantique que Michelet a écrit l’histoire du Moyen-Age; c’est pour exéouter le plan d'histoire philosophique qu'ii avait conçu.

les uns les autres. Les pittoresques m'assomment de détails, les soi-disant philosophes d'abstractions sans profondeur, sans fécondité!. »

Sa méthode propre se refuse à l’exposer ex pro'esso, mais elle ressortira de la lecture de son livre.

Pour expliquer en quoi je me rapproche, en quoi je m'éloigne des deux écoies qui m'ont précédé, il faudrait dire sous quel point de vue j'envisage la méthode historique; mais pour traiter de la méthcde ïi] faut avoir autorilé. Je faisserai parler mon livre. Qu'il dise sa méthode, s’il peut.

Un mot suloment sur l’ordre général

Au premier volume, les races. Elles sont unies, non mèélécs, dans l'Empire romain, dans l'Empire Carolingicn.

Au srcond, les provinces, leur géographie, puis leurs tendances vers l'unit* monarchique. Cette période féodale de notre histoire finit avant 1300 aver saint Louis, la fin ct l'idéal du Moyen-Age. L'Age Moderne commence aver Phikippe le Bel, avec l'abaissement de la Papauté, avec le soufflet de Boniface VIIT

Au troisième volume, les institutions; leur originalité, leurs emprunt: aux institutions étrangères. Détermination de la nationalité française.

Aux quatrième et cinquième, le progrès de cette nationalité depuis le x1v° siècle jusqu'à nos jours. le grand ouvrage de l'égalité et de l'ordre civil. lentement préparé par la monarchie, consommé par la république, couronné et proclamé dans l’Europe par les victoires de Bonaparte.

Je viens de résumer l’histoire politique, l'histoire extérieure, mais dans mon livre elle est éclairée par l'histoire intérieure, par celle de la philosophie, de la religion, du droit et de la littérature.

Ce livre est un récit et un système. Ce n'est pas moins qu’une formule de la France considérée d'une part dans sn diversité de races et de proviness. dans son extension géographique, d’autre part dans 6on développement chronologique, dans l'unité croissante du drame national. C’est un tissu dont la trame est l’espace et la matière, dont la chaîne est le temps et la pensée.

Le récit aurait donc suivi non un ordre méthodique, mais un ordr° strictement chronologique où tous les éléments de la vie nationale auraient été mis en lumière, dans leur action et leur indépendance simultanée.

Michelet vise à donner une synthèse de l’histoire du peuple français, et cette synthèse sera un drame en même temps qu’une formule philosophique. Sa base est la nation : races, sol, climat. Sur cette hase il montrera l’histoire se développant à travers le temps et manifestant à chaque moment du temps la pensée du peuple français, ses sentiments, ses idées, son âme en un mot.

Dire, comme le fait M. Langlois, que Michelet avait, à ce moment, concu une histoire comme un précis pour les classes, ce n'est pas rendre justice à ce que Michelet a voulu et à ce qu'il a fait. Il espérait sans doute pouvoir concentrer son travail dans un nombre restreint de volumes et en faire, comme pour son Précis Je 1827, une œuvre qui instruirait la jeunesse, tout en faisant réfléchir les hommes faits, où une forte documentation scientifique aurait re.

1. Il est amusant de rapprocher ces lignes de ce qu'il dit dans sa préface sur Guizot dont il attendait la suppléance.

nouvelé l’histoire, tout en laissant voir ses résultats plus que sa préparation.

I est vrai que l'exécution n’a pas absolument répondu à la pensée initiale de Michelet, mais cetle pensée avait une grandeur et une unité remarquables. Il ne se présente pas du tout à nous à €e début de son œuvre comme un romantique engoué du Moyen-Age. La France féodale n’est pour lui que la matière de la France monarchique et la France monarchique n’est que la préparation de la France démocratique réalisée par la République et l’Empire. ”

Michelet ne put exécuter son œuvre sur le plan qu'il avait conçü. Après l’achèvement du tome II l’idée .de consacrer un volume spécial aux institutions lui parut contraire à son système même, qui repoussait toute froide analyse et exigeait de ne montrer les institutions que dans leur vie et leur action. Mais alors il s’aperçut que pour peindre vraiment, avec des couleurs distinctes, la France de Philippe-le-Bel, celle des premiers Valois, celle de Charles VI, celle de Jeanne d'Arc, celle de Louis XI, puis celle de la Renaissance et de l’ancien régime, il ne suffisait pas de deux ou trois volumes. Renonçant dès lors à se fixer à l'avance des limites, il se laissa guider par l'élan de son génie créateur.

Michelet se doutait peut-être, au moment où il publiait ses deux premiers volumes, des difficultés qu'il allait rencontrer dans l'exécution rigoureuse de son plan. Dès 1833. en effet, il publia chez Hachette un Précis d'Histoire de France qui était dans sa pensée comme une esquisse sommaire de son grand ouvrage et qui devait aussi servir de manuel dans les classes d'histoire qu’on organisait précisément alors dans tous les principaux collèges. NT

Le Précis ne contient rien qu'on ne retrouve à peu près dans les mêmes termes. soit dans le Préris d'Histoire Moderne, snit flans l'Introdwction à l'Histoire Universelle, soit dans l'Histoire de France. Si nous le mentionnons, c’est qu'il nous-permet de nous faire une idée de ce qu’aurait pu être l'Histoire de France si Michelet l’avait exécutée sur son plan primitif. Nous y voyons apparaître de la manière la plus nette sa concention fondamentale : la formation de l'unité nationale par la fusion des diversités provinciales et féodales. On y respire cet amour de la France, comme d’une personne, qui sera l'inspiration de Michelet dans toute son œuvre.

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