Amitié avec Lamprecht et Wundt
302 LIVRE Il. — LA MATURITÉ
tement en lumière la portée de sa méthode en montrant l'influence de la géographie sur ce qui en apparence est le moins dépendant d'elle, l’organisation politique des États. ,
Ïl commence par établir les rapports de la constitution des États avec le sol et en particulier le rôle de la distribution et des divers modes de propriété, puis l'influence de la géographie sur le développement des États, les obstacles et les avantages qu’elle leur offre, le rôle de la conquête et de la colonisation, les différences et les rapports entre les régions naturelles et les régions politiques. Cette question de la croissance des États dans ses rapports avec les conditions géographiques et même avec les connaissances géographiques est étudiée par lui dans ses moindres détails avec une incroyable ingéniosité, Il y fait rentrer la religion, aussi bien que le commerce et la politique. L'’influence de la situation, de l'étendue des territoires, du peuplement plus ou moins intense est l’objet d'un examen spécial ainsi que le rôle du commerce dans la formation des États. Les quatre dernières parties sur le rôle des frontières, des côtes, des mers, des fleuves et des mon: tagnes ne sont pas les moins originales. Tous ces éléments prennent sous la plume de Ratzel le caractère de forces vivantes et mobiles dont l’action s'exerce de la manière la pus variée dans leurs rapports soit avec d’autres phénomènes naturels soit avec les divers groupements politiques.
Aujourd’hui on peut dire que la science de l’anthropogéographie ou géographie humaine est définitivement fondée. M. Jean Brunhes en a donné un excellent aperçu dans les articles de la Revue des Deux-Mondes de juin 1906 ', et M. Henri Hauser avait exposé dans la Revue du Mois du 10 février 1906 des vues non moins intéressantes sous le titre : La géographie humaine et l'histoire économique. M. Brunhes distingue la géographie physique, les faits de géographie humaine matériclle (les maisons et villes, les routes, champs et jardins, les animaux domestiques, les carrières et mines) les faits de déprédation végétale ou animale, et enfin les faits de géographie sociale, politique, militaire et montre les, rapports entre ces trois ordres de faits et comment l’histoire est toujours dépendante de la géographie sans jamais se confondre avec elle, l’homme n’étant jamais complètement actif ni passif.
M. Hauser a surtout insisté sur les modifications apportées par l’histoire et l’homme dans les influences géographiques, les modifications profondes produites par la transformation des voies de communication, les cultures et les groupements humains. Le machinisme,
. l'exploitation des mines de fer et de charbon peut absolument changer
la face de certaines régions et produit des déplacements politiques autant qu'économiques. On sait quelle influence la création des grands centres industriels a eue sur la politique électorale de l'Angleterre. Comme le dit M. Hauser : « La géographie humaine et l’histoire économique sont en perpétuelle action et réaction l'une sur l'autre.