‹ La vie et la pensée de Jules Michelet (1798-1852) (volume 2)Chapitre 6 sur 81 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

Enfance et Jeunesse. — Formation intellectuelle et morale

M. Thureau-Dangin, dans l'Histoire de la Monarchie de Juillet explique l'attitude révolutionnaire prise par Michelet en 1843 par les mobiles suivants :

« À côté des tendances de sa nature littéraire, il avait une sensibilité dououreuse, venant cn partie de la misère et des blessures d’amour-propre dont H avait souffert pendant son enfance el souvent mème pendant son âge mür; la longue et laboruse solitude où il avait vécu sur lui-même, accumulant dans le siience bien des amertumes, avait ajoulé à cette susceptibilité quelque chos de concentré et une sorte d'exaltation intérieure. [Il y avait en outre chez ui un grand orgueil ct une vanité plus grande encore ».

Il v a là une petite part de vérité et une part très grande d'exagération et d’erreur. Il est nécessaire, afin de bien comprendre l’œuvre le Michelet, de bien comprendre son caractère; car, cette œuvre est sortie de son cœur autant que de son intelligence, et ses idées philosophiques elles-mêmes ont été en partie déterminées par sa sensibilité. Nous devons donc commencer par étudier quels ont été les éléments essentiels de la formation intellectuelle et morale de Michelet. Nous avons pour la connaître la préface du Peuple, et les deux volumes intitulés Ma Jeunesse et Mon Journal. J'y ajouterai, si je puis, quelques traits inédits, en me servant soit de lettres de famille, soit l'un récit de l'enfance de Michelet écrit par lui-même pour son ami Poinsot en 1820 et interrompu à la mort de Poinsot, repris le 31 mars 1822 et laissé inachevé. Michelet s'en est servi en écrivant la préface du Peuple. Madame Michelet l’a fait entrer presque en entier dans Ma Jeunesse, mais en laissant de côté quelques traits précieux à recueillir.

Je ne raconterai donc pas la vie de Michelet jusqu’à son entrée au Collège Sainte-Barbc-Rollin en 1822. Je rappellerai seulement qu'il était né le 21 août 1798 à Paris, dans une église transformée en infir-

merie', de Jean Furcy Michelet, originaire de Laon, et d’Angélique, Constance Millet, née à Renwez (Ardennes)’. Je ne me demanderai pas ce qu'il a pu devoir, comme il le pensait, à la colérique Picardie et à l'esprit sérieux et critique des Ardennais; car cette psychologie provinciale, à laquelle Michelet a attaché tant d'importance dans son Tableau de la France, est. bien contbstable*! Jean Furcy Michelet vécut péniblement de son métier d'imprimeur, aidé de son père et de son petit garçon, jusqu’au jour où il fut complètement ruiné, en 1812, par le décret qui limitait le nombre des imprimeurs à 60 et expropriait ‘es autres. Pendant deux ans il resta sans occupation, soignant son père et sa femme malades qui moururent en 1814 et 1815, mangeant l’ar. gent de l’indemnité reçue en 1812 et le petit héritage des parents de sa femme. Heureusement il obtint en 1814 une place de gérant dans la maison de santé du docteur Duchemin, dirigée par Mme Hortense Fourcy. Il vint y habiter en 1815 avec son fils, rue de Buffon. Trois ans plus tard, en 1818, le docteur Duchemin liquidait sa maison, et Jean

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