‹ La vie et la pensée de Jules Michelet (1798-1852) (volume 2)Chapitre 66 sur 81 · Le Peuple, 1846, p · texte numérisé non relu

Le Peuple, 1846, p

rer sa suprématie maritime et commerciale, il sentit l'importance dans le monde de ce pays de liberté et de légalité, quand il vit en France la liberté et la légalité foulées aux pieds par le second Empire.

Aussi rend-il, dans l’Introduction au second volume de l'Histoire du xixX° siècle, un admirable hommage aux grandes qualités du caractère anglais. Au tome III, il écrit deux chapitres remarquables sur Malthus et James Watt, où il montre que, contrairement à ses prédictions de 1834, l'Angleterre, loin d'être vouée par le machinisme au paupérisme et à la ruine, lui a dû une richesse sans bornes et un immense accroissement de population, « Le globe entier, dit-il, est renouvelé par l'Angleterre. » |

Michelet, d’ailleurs, pendant sa longue vie d’historien, avait eu l’occasion de connaître beaucoup d’Anglais, et des plus distingués. John Stuart Mill, Lewes, Darwin, F. Harrison, O0’ Donnell, O0’ Connor furent en correspondance avec lui, et Michelet était heureux de sentir des liens d'amitié se former entre les deux peuples. En 1838, il écrit au Révérend Jones, fellow de Magdalen College à Oxford : « J'ai été flatté de la lettre que vous m'avez fait l’honneur de m'écrire. J'en ai été touché aussi. Cette communauté d'idées dans des nationalités naguère hostiles fait sentir vivement la fraternité du genre humain. » Et à M. Digby dont il vient de lire le livre Mores catholici, il écrit aussi :

« Tout ce que j'ai déjà lu de votre beau livre m'’a vivement ému. Tant d'érudition et pourtant tant de vie, de chaleur d'âme. Je suis surtout heureux de voir que nous nous soyons rencontrés plusieurs fois. Cette coïncidence de vues dans des hommes de races et de langues différentes doit toucher plutôt que surprendre. Elle fait sentir et toucher au doigt la divine identité du genre humain, » C'est bien le même homme qui en 1872 (16 novembre) écrivait à Darwin : « Un pont se fait entre les deux nations. Les deux grands génies nationaux se reconnaissent enfin *. » De même dans son opuscule La France devant l'Europe, paru en janvier 1871, tout en déplorant l'attitude de Gladstone, il rappelle les magnifiques témoignages de sympathie venus d’Angleterre vers la France, l’article de Harrison dans la Fortnightly, les sentiments des classes ouvrières sympathiques à la France.

Ainsi Michelet, élevé dans des préjugés hostiles à l’Angleterre. s’en est peu à peu dégagé. La vie et l’histoire lui ont fait mieux comprendre le génie anglais et mieux juger l'avenir de cette grande nation.

1. [Mme Michelet s'était adressée à Darwin (voy. dans l'appendice du volume Les chats, publié par G. Monod), au sujet des chats, le 16 mai 1852. Elle disait : « Le nom de mon mari vous étant connu, je l'espère... ». La réponse de Darwin est du 23 mail.

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