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Quint que Bosio lui révèle les catacombes. Piranesi, un Rienzi artiste, essaie de faire revenir au jour la vieille Rome, il l’idéalise, la recrée, mais reste englouti dans le labyrinthe de ses ruines, sous ces voùtes où l’on erre sans trouver d’issue et où l’on est prisonnier. L'art demeure captif dans les terreurs souterraines. Rome ne crée rien, ne produit rien, ni Virgile ni Raphaël. Elle est un refuge et un passage. Elle reçoit 1° les brigands de la montagne, 2° les pélerins du monde, les voit passer et rit d’un rire tragique avec Juvénal, Pasquin, Salvator, Ses révolutions, celle d’Arnaldo, de Rienzi, sont des orgies d'artistes. On n'arrive pas à créer une cité. Elle échoue contre la papauté, c'est-à-dire le monde.
J'ai reconstitué tant bien que mal cet aperçu poético-philosophique, -n me servant des notes morcelées et hachées de Michelet. Il serait trop facile d’y montrer une fantasmagorie qui ne résisterait pas à un examen un peu attentif. Mais, à travers cette vision inspirée par les mystères des catacombes, il: y a une idée d’historien et d'artiste qui mérite d'être retenue et qui s’impose à la pensée de quiconque interroge de près la Rome monumentale. Nulle part, dans aucune ville, on n’a comme à Rome l'impression de se trouver dans un immense cssuaire, où une série de civilisations ont laissé leurs vestiges et où toutes n’ont laissé que des ruines, malgré le vertige architectural, l besoin insatiable d’élever des constructions colossales, qui a possédé tous les maîtres de Rome. Nulle part on n’a, comme à Rome, Île sentiment que l'humanité et l’histoire sont faites surtout de morts; vulle part les tombeaux ne tiennent tant de place, dans les églises, sur les voies de la campagne, dans tout le sol qui entoure Rome. Nulle part la tradition, c’est-à-dire le passé, la mort, ne se manifeste avec autant de puissance. Voilà l’idée juste, que Michelet a entrevue, mais qu’il a exposée d’une manière vague, confuse, exagérée, en altérant à chaque instant la réalité historique pour la mettre au service de son besoin insatiable de symbolisme".
En parlant de l'imprimerie, Michelet n’était pas exposé à de pareils écarts d’imagination. Cela ne l’empêchera pas, une fois fixée l'hisloire de la découverte de l'imprimerie, de laisser sa sensibilité s’exalter. Mais cette fois son exaltation ne dépasse guère le but et n’ajoute guère à la réalité, car il est difficile d’exagérer l'importance d’une pareille invention. Michelet, fils d’imprimeur, apprenti imprimeur dans son enfance, devait plus qu'un autre en sentir la beauté.
Ses notes nous montrent avec quel soin il avait étudié la question des origines et du développement de l'imprimerie. Il l’étudie dans les meilleurs livres qui existaient alors sur cette question : les deux valumes sur l’Origine de l’imprimerie publiés en 1810 par le jésuite Lau binet;, puis les savante. recherches du marquis Léon de Laborde, son Histoire de la découverte de l'imprimerie de 1836 et ses Débuts
1. Comme Michelet le disait dans son cours de 1N4r «@ Rome est Ja tombe énorme où l'humanité antique est venue apporter ses os, le sépulere de vingt peuples et de vingt siècles. »
de l'imprimerie à Strasbourg, qui venaient de paraître en 184. 1l analyse plume en main le Traité historique de la Gravure sur bois, publié en 1776 par Jean-Baptiste Papillon, le dernier d'une dynastie de graveurs remontant au milieu du xvn* siècle. Il étudie le livre de Jean Duschesne conservateur des Estampes, son Essn sur les Nielles de 1826. Ses dépouillements de textes ne sont pas de simples analyses, mais des discussions, des criliques. Il fait un effort admirable pour arriver à fixer toutes les dates de cette invention, où, comme de Laborde et Daunou, il a très bien reconnu l'œuvr! collective d’une succession d’inventeurs partiels. Il voit l'impossibilité d'affirmer que Gutenberg ait inventé les caractères mobiles en métal et.la presse d'imprimerie; mais qu'il est certain, par contre, que la Bible à quarante-deux lignes imprimée par Gutenberg entre 1450 ct 1455 avec la collaboration de Jean Fust, est la première œuvre où l'imprimerie soit en pleine possession de ses procédés d'exécution sûr et rapide.
Si l'on compare ce qu'a dit Michelet dans ses notes et ce qu'écril M. Petit-Dutaillis au t. IV de l'Histoire de France de Lavisse, on voit que Michelet s'était arrêté aux conclusions adoptées aujourd hui par la science la plus érudite.
‘ Dans tout ce premier travail, Michelet se montre à nous comme un érudit consciencieux et méthodique, fixant prudemment tous les éléments de la question et marquant tous les points douteux. Cela fait. les ailes de l'historien généralisateur s'ouvrent, sa sensibilité s’émeut, et c’est avec des accents frémissants qu'il décrit l’œuvre grandiose accomplie par la presse à l’époque de la Renaissance. Il considère l’année 1840 comme le jubilé de l’imprimerie. C’est en effet de 1431 à 14440 que Gutenberg fit ses premiers essais. Au moment même où Michelet parlait, on inaugurait à Strasbourg la statue de Gutenber£ par David d'Angers, trois ans après qu’on eût inauguré à Mayence celle sculptée par Thorwaldsen. Michelet salue la statue élevé à la gloire de cette formidable machine qui propage le hien et le mal, met tout homme à portée de choisir, véritable arbre de science.
Et il se demande : Pourquoi cette machine vient-elle si tard? Et il fait à cette question une réponse vraiment chimérique. C’est que pour découvrir l'imprimerie il fallait que l’humanité eût unité d'esprit et de cœur, et qu’elle ne l’eut pas avant la Renaissance.
Michelet montre alors ingénieusement comment l'imprimerie naquit du besoin que sentit l'humanité à la fin du xrv° siècle et au début du x“ de s'instruire, de communiquer. On multiplie les manuscrits, on crée des écoles de copistes, de cursores. Cela devient une industrie par laquelle Nicolas Flamel' s'enrichit. C’est par centaines qu'on fait des manuscrits de l’Imitation. L'écriture n'étant jamais assez rapide, il faut trouver autre chose. C’est d’abord un décalque, une stéréotypie de pages; puis la mobilité de l'esprit crée des lignes mobiles, puis des mots, des syllabes, et enfin des lettres. Michelet imagine alors.