‹ La vie et la pensée de Jules MicheletChapitre 17 sur 105 · I. Ecrivain juré de l’Université, mort en 1412. Alchimiste · texte numérisé non relu

I. Ecrivain juré de l’Université, mort en 1412. Alchimiste

sans preuves, que ce fut sûrement l'Allemagne qui la première détacha les lettres et, tourmentée de l'impuissance des images peintes, osa produire l’image du Verbe, la Bible. Michelet marque alors les étapes de l’œuvre de l'imprimerie. D’abord la reproduction du christianisme et de l’antiquité, c’est-à-dire les deux passés; puis la discussion du passé, la critique et la polémique; enfin la reproduction et la discussion du présent universel, l'univers jour par jour en contact avec l'individu.

Telles furent dans leurs lignes bénérale: les leçons de juin 1840 sur l'imprimerie, où, à des pensées justes et à des détails très précis sur la découverte de l’imprimerie et sur l’œuvre des grands imprimeurs, les Alde, les Eslienne, Froben, se mèlaient d?s chimères, des rêveries un peu déclamatoires.

Arrivons au troisième sujet dont j'ai parlé : le développement de l’art italien. Michelet, à une période où presque personne en France, sauf le catholique Rio, ne s’occupait de l’art du xv* siècle, a compris que cet art est le moment essentiel dans l’histoire de la peinture italienne. Il a dépouillé avec le plus grand soin l'ouvrage de Rio, tout en gardant vis-à-vis de lui la plus grande indépendance. Il a noté au fur et à mesure les idées que lui inspirait le livre de Karl von Rumohr (3 vol. de 1826 à 1831)’. Mais tandis que Rumohr et surtout Rio voient dans la religion et le mysticisme la source mème de la beauté ‘artistique, et dans le naturalisme le principe de la décadence de l’art, Michelet voit au contraire dans le naturalisme la source de tous les progrès de l’art, à la condition qu'il s’harmonise avec l'humanité.

Pour Michelet il y a trois moments dans l’histoire de l’art italien : l’art florentin, l’art ombrien, puis l’art de Rome, de Lombardie et de Venise, apogée de la peinture italienne. Ces trois moments sont trois victoires de la nature, et marquent trois moments de l'introduction du paysage dans l’art. Il résume l’histoire de l’art en « une série de victoires alternatives de la nature sur l’humanité, du paysage sur la figure. » C’est donner au paysage dans l’art italien une importance qu’il n’a pas eue. Le naturalisme italien est essentiellement humain. Toutefois, Michelet a raison de faire remarquer que ce naturali.me s’est développé parallèlement à l’art du paysage. « Le christianisme, dit Michelet, dans sa lutte contre l’adoration de la nature, avait trop condamné la nature ». — Le christianisme hiératique et byzantin fut affranchi par le christianisme mystique, franciscain et dantesque. Giotto place encore souvent ses personnages sur des fonds d'or... Mais la nature fait irruption. Les Médicis encouragent les peintres à choisir des sujets non chrétiens. Paolo Ucrello peint des animaux, des paysages, et s’enthousiasme pour la perspective : « Que la perspective est une douce chose ! » — Masaccio est dominé par l'architecture, mais Filippi fait des paysages vrais. D’après Michelet, l'Italie a été éveillée au sentiment de la nature par la Renaissance allemande (P) de Van Eyck, de ce Van Eyck dont les œuvres éclipsent encore au-

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