janvier 1842 et février-mars
Préparation au cours de 1842.
Janvier-Février. :
Essai sur mon enseignement, ma vie. mes élèves. Philosophie de l'histoire.
Le Saint-Georges de Rubens. Révolte de la personnalité contre la mort.
L'histoire avant moi.
L'enseignement avant moi. L'Université, le Collège de France.
ma vie L'École Normale.
Mon Livre.
Paris.
Mes élèves et mes amis.
L’ivresse de l’histoire (1834 ?) Symbolique du droit etc. Sentiment de l'Allemagne. du Christianisme.
Les morts ont besoin de l’histoire.
Point de morts... retour des mêmes personnes. Mais...
mêmes), comme ils porteraient les cendres de leur père ou de leur fils. Leur fils ? Mais n'est-ce pas eux-mêmes ?
“Ce dernier mot : « N'est-ce pas eux-mêmes », comme aussi plus haut « fouillez vos cœurs » nous dit assez l’idée fondamentale à laquelle aboutit toute la philosophie de l’histoire de Michelet, celle où il puisera la justification de sa méthode de subjectivisme historique : l'identité du genre humain.
L'année précédente, le 18 juin 1841, il avait exprimé avec une singulière énergie à la fois cette idée de l'identité entre l’historien et l'histoire, et ses scrupules : 7
__. « L'histoire, disait-il, est une violente chimie morale
où mes passions individuelles tournent en généralité;
où mes généralités deviennent passions;
où mes peuples se font moi;
où mon moi retourne animer les peuples.
Ils s'adressent à moi pour que je les fasse revivre (César en mer, Carthage et Corinthe). Hélas suis-je bien vivant?
Ah! frères, la compassion ne me manque pas;
elle est immense et douloureuse,
Mais pensez-vous que je puisse parmi mes douleurs
bien démèêler vos douleurs.
Les prendre cn moi, volontiers; mais ne confondrai-je pas? Ma vie individuelle ne se substituera-t-elle pas à votre vie générale ? Alors ils me disaient en gémissant que c'élait la même chose; qu'eux et moi, nous n'étions qu'un, que nos cœurs souffraient de même, que leur vie vivait dans ma vie, que ces pâles ombres étaient mon ombre, ou plutôt que moi-même j'étais l'ombre vivante, fugitive, des peuples fixés dans la véritable existence ct dans l'immutabilité.
Mais une grosse difficulté se dresse. Si l’homme passe par plusieurs vies, pourquoi n’en garde-t-il pas le souvenir? Le 24 février, un jeudi. i s’attendrit, tout en sentant la puérilité de ce regret, à la pensée qu'il n’a pu réellement connaître la mort.
« Pâle printemps, délayé d'hiver, avec vos fleurs malheureuses et sans odeur, que vous m'apparaissez sombre ! I] n'est pas jusqu'à ces chants d'oiseaux, en plein février, qui ne m'attristent. Pourquoi cct élan vers la vie? « qua lucis miseris tam dira cupido! » Je sortais à peine de la nuit. J’y rentre el de l'hiver dans l'hiver. From winter in winter. Mais un hiver définitif, les glaces de l’âge, celles du cœur. Majores que cadunt altis de montibus umbree. el je ne peux dire : fectorum culmina fumant.
On irait ainsi, remontant dans ses regrets, en recherchant tant d'amis qu'on a connus trop tard, qu’on n'a mème pas connus...
Pourquoi n'’ai-je pas connu mes parents dans l’histoire antérieure ?
Pourquoi .pas Byron?
— — Racine?
— — Shakespeare et Michel-Ange ?
= — Dante?
— — Virgile?
Grande famille, amis, patrons, parents de ma pensée, pourquoi ne sommes-nous pas nés du même temps?
O regret puéril! Vain chagrin d'enfant.
Cette identité de l’humanité, qui permet à l'historien de retrouver dans son propre cœur, le cœur des hommes de tous les âges, comment
s’accomplit-elle? Non pas comme le veut Pierre Leroux, par la destruction continuelle de tout ce qui est individuel, mais au contraire par l'effort continu de la liberté humaine pour perpétuer ce qu'il y
a de supérieur en elle, par l’art et la pensée, et en se perfectionnant sans cesse. Michelet voit dans cette tendance à la perfection le gage de l’immortalité qui doit transporter l’homme de globe en globe dans des vies de plus en plus parfaites, où rien de ce qui a été créé de grand ne se perdra. ;
Par ce détour Michelet accorde la généralité avec l’individualité, l'identité avec la personnalité, et fait de la perpétuité traditionnelle l'œuvre même de la force créatrice qui est dans l'individu.
Le but, le sens de tout le mouvement de la vie, de l’histoire, de l'humanité, c’est la perpétuité, l'identité, la suppression de la mort.
Le moyen par lequel se faît cette perpétuité, c’est la liberté se dé terminant elle-même, l'âme faisant son corps et faisant le monde pour ainsi dire. C’est à cette conclusion qu'arrivent Leibnitz et Vico, en complétant et corrigeant Descartes et Spinoza :.
Puisque tout se ramène à la personnalité humaine, il ne faut plus de classification, plus de formules à la Hegel, plus de formes plastiques qui se succèdent comme dans le Génie des Religions de Quinet. Tout est intérieur. Le fond de l’histoire est une chimie intime. Il faut repousser et les généralisateurs et les spécificateurs, les premiers parce que tout est individuel, les seconds parce que tout est solidaire, continu et organique. Ain:i de l’histoire, qui est la