‹ La vie et la pensée de Jules MicheletChapitre 34 sur 105 · TOME I · texte numérisé non relu

TOME I

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Au Collège, c'est Lerminier qui en 1838 et 1839 fut le point de mire des attaques de la jeunesse libérale. Il avait pourtant, pendant des années, été son idole. Nommé, en 1831, titulaire de la chaire de lé. gislations comparées créée exprès pour lui, alors qu'il était un des principaux rédacteurs du Globe, l’organe des Saint-Simoniens, Lerminier, qui savait l'allemand et avait voyagé en Allemagne, eut le double prestige d’être considéré comme le représentant de la philo. sophie allemande appliquée au droit, et des idées les plus avancé: en politique et en religion. Mais il était surtout le plus infatigable et le plus creux des déclamateurs. Sans doute il y a quelques traits ins tructifs à recueillir dans ses Lettres philosophiques écrites de Paris à un Berlinois (1833) ‘ et dans ses deux volumes : Au-delà du Rhin ou d° l'Allemagne depuis Mme de Staël (1834) maïs on y constate surtout les difficultés qu'éprouvaient les cerveaux français à comprendre ks idées allemandes. Sa Philoscphie du droit de 1831 est le plus inutir des bavardages. C'était cependant son cours, et son cours très applaudi du Collège de France.

Malheureusement pour lui, la jeunesse des Écoles était animée de sentiments d'opposition politique et républicaine encore plus que à sentiments irréligieux, et Lerminier eut beau rester un libre-penseur très hostile à l’Église ?, l’évolution politique qui à partir de 1836 tran:forma le fougueux démocrate, exaltant la Constitution de 1793. en un paisible centre gauche, partisan de la politique conciliante et modé. rée du ministère Molé, apparut à la jeunesse comme une apostas. quand, en 1838, M. Lerminier accepta du gouvernement une ‘place d° maître des requêtes au Conseil d’État. L’attitude de ses élèves fut & hostile à la fin du cours de 1838 que Lerminier annonça qu'il se ferait suppléer pour l’année suivante. Il essaya cependant le 29 novembre d* remonter dans sa chairr, mais une foule de plusieurs milliers de per sonnes l’empêchèrent de prendre la parole. Ce ne futent pendant trois

professeur de littérature étrangère, parce qu'Ozanam montrait une crânerie pleine de charme à défendre sans pédantisme ses convictions religieuses. Pit contre, le malheureux Charles Lenormant était la bête noire des étudiants. qui voyaient en Jui l'incarnation du Guizotisme. Ses leçons étaient cont tamment entrecoupécs par des lazzi. par des tempêtes soudaines de cri assourdissants. M Emile Fage, qui nous a laissé dans ses Souvenirs un préc tbleau-du pays des Ecoles de 1846 à 1848. nous raconte comment, avec sept camarades, il suscita un tumulte qui mit en fuite Charles Lenormant «! amena l'intervention de la police. Les tumultes obligèrent Lenormant ? donner sa démission. |

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