‹ La vie et la pensée de Jules MicheletChapitre 36 sur 105 · Dans l'Etudiant. journal des Ecoles, de · texte numérisé non relu

Dans l'Etudiant. journal des Ecoles, de

Il ne faut pas croire que toute la jeunesse fût aveuglément enthousiaste de Michelet et de son enseignement. Le Journal des Ecoles de 1888 et 1839 le soutient et l'admire ct déplore en 1839 la diminution croissante du nombre des auditeurs. Mais en 1840-41, quand le cours est de nouveau fréquenté, les critiques adressées à Michelet deviennent de plus en plus vives, et ce qu'on lui reproche maintenant c’est de ne pas faire un cours assez solide, ussez nourri de faits, assez clair, assez instructif. En 1841, les critiques deviennent amères, violentes à ce point que très probablement Armand de Zagincourt, qui signe les articles et paraît le directeur du journal, doit appartenir à la jeunesse catholique.

la doctrine catholique. Mais sa pensée, comme enveloppée de voiles, était pleine d’égards attendris pour le passé dont il prononçait la con. damnation.

Après la retraite définitive de Lerminier en 1839, Michelet vit arri. ver au Collège de France les deux hommes qui allaient partager avec Jui la faveur de la jeunesse, et dont l’exemple contribua sans aucun doute à lui faire transformer son enseignement en une prédication m:rale, politique et religieuse : Mickiewicz et Quinet.

C'est le 21 avril que Cousin, qui avait reçu le portefeuille de l'Instruction publique dans le cabinet formé par M. Thiers le 47 mars, présenta à la Chambre des Députés le projet de loi créant au Collège de France une chaire de langues et littératures slaves, destinée in pets

| au poète Mickiewicz. Cette création était due à l'initiative de Léon

| Faucher, directeur du Courrier Français et ami de Michelet. Celui-

| ci, qui, depuis 1837, avait été mis en relations avec Mickiewicz par Faucher, dut certainement encourager son ami, peut-être même parler au Château en faveur de cette création, qui paraît avoir d’abord inquiété le roi. L'empereur Nicolas, qui avait constamment manifesté son animosité contre le gouvernement de Juillet, et qui, à ce moment même, travaillait à former la Quadruple Alliance contre la France. exclue du concert eufopéen, pouvait considérer la création de cette chaire et son attribution à un Polonais, au plus illustre des Polonais, comme un acte d'hostilité contre la Russie. D'autre part, le gouvernement de juillet, bien qu’il eût montré la plus vive et la plus active sympathie pour les Polonais vaincus, au point de faire en faveur des réfugiés une loi d’exception réduisant à une année le temps de séjour exigé pour la naturalisation, et qu’il leur eût attribué de larges subsides, éprouvait souvent quelque impatience à voir des Polonais, subventionnés par lui, non seulement se livrer à des manifestations | intempestives contre la Russie, pousser la presse française à une attitude agressive contre Nicolas I, mais prendre part à l’action politique des partis d'opposition en France. Les réfugiés polonais étaient en grande partie ou des catholiques ardents, sympathiques à la politique de Montalembert et de ses amis, ou des démocrates non moins ardents fraternisant avec les républicains. Il fallait toute la raison et l’habileté diplomatique du prince Czartoriski — sorte de munistre de l’émigration polonaise auprès du gouvernement français —— pour éviter de trop grosses difficultés et des éclats. Le gouvernement, d’ailleurs, faisait payer as&z cher ses faveurs; pour éviter d’encombrer Paris d’une trop grande masse de Polonais, qui auraient pu devenir un ferment révolutionnaire, il s'était réservé le droit d'’assigner aux réfugiés leur lieu de résidence. Avec Mickiewicz lui-même, le gouvernement se trouvait en délicatesse, car, en 1833, il avait failli être expulsé de Paris, et en 1836, Czartoriski avait en vain sollicité une pension en sa faveur. Comme il était absent de Pologne au moment de l'insurrection, on ne lu reconnut pas la qualité de réfugié, bien qu'il fût exilé, et il fut privé de ressources par l'interdiction qui pesait sur ses ouvrages.

Malgré les hésitations que Faucher rencontra chez M. Thiers et chez le roi, le projet de loi passa le 18 juin à la Chambre des Députés, et le 7 juillet à la Chambre des Pie et le roi nomma Mickiewicz titulaire de la chaire au moment même où, le 15 juillet, était signée la Quadruple Alliance.

Celui à qui la chaire nouvelle était confiée ‘ n'était pas seulement un ardent patriote et un poète de génie ayant souffert la prison et l'exil sous la tyrannie de Novosiltzoff, pour avoir fondé à Vilna, où il étudia de 1815 à 1823, une société littéraire et patriotique, les Philomathes, et susci‘é l'enthousiasme non des salons, mais des étudiants et du peuple, par ses premières poésies, les Ballades et les Aieur. C'était aussi un homme de grande érudition, qui s'était préparé per de très fortes études à la carrière “professorale. Il avait une connaissance approfondie des langues anciennes, connaissait toutes les langues slaves et leur littérature. Interné successivement à Pétersbourg, à Moscou et à Odessa, il s'était fait d’assez nombreux amis dans la société russe pour que son poème de Conrad Wall (sous une forme symbolique, il conseillait aux Polonais d’entrer au service de la Russie pour la détruire), ait pu librement circuler en 1828.

Une heureuse fortune amena Mickiewicz en Allemagne, puis à Rome, en 1829 et 1830. C’est là qu'il apprit l'insurrection de Varsovie. Il fut retenu jusqu’en avril 1831, et quand il voulut rejoindre ses compatriotes insurgés, il fut arrêté en Posnanie, par la déroute des Polonais écrasés par les armées russes. Expulsé de Posnanie, puis de Saxe, il vint en 1832 se réfugier à Paris. C’est là qu'après avoir achevé en Allemagne le beau récit historique de Thaddée, il composa le poème qui a fait le plus pour sa réputation : le Livre des Pélerins polonais. traduit en français par Montalembert et qui inspira à Lamennais les Paroles d’un Croyant. Pendant ce séjour à Paris, Mickiewiez, centre de la partie la plus ardente et la plus cultivée de l’émigration polonaise, fit la connaissance de Montalembert, de Lamennais, de Salvandy, de Faucher, de Michelet, de Quinet, et leur donna à tous une haute idée de l'étendue de ses connaïssances et de la puissance de sa parole et de sa pensée. Il avait aussi des relations parmi les Italiens proscrits de leur pays, et dont quelques-uns, comme Rossi, Melegari, obtinrent des chaires à l’Académie de Lausanne. Mickiewicz, qui avait vécu à Genève °n 1830. et séjourné à Bex et à Lausanne, avait des admirateurs en de Candolle, Sismondi à ‘senève, en Juste Ollivier à Lausanne. Il fut, en 1838, appelé à professer la littérature latine à l'Académie de Lausanne, où professaient déjà Melegari et Sainte- Beuve. Le succès de son enseignement, la facilité qu'il montra dans le maniement de la langue française, contribuèrent à décider les amis de Mickiewicz à provoquer la création de la chaire de langues

1. Cf. Adam Mickiewicz, sa vie et son œuvre, par Ladislas Mickiewicz.

Œuvres poétiques complètes d’A. M. trad. par Christine Ostrowski, 184r- 1842, 1845-1859.

Né le 24 décembre 1708, il était exactement contemporain de Michelet. Il fut enfermé au couvent des Basiliens de Vilna du 23 oct. 1823 à avril 1924.

et littératures slaves au Collège de France. Il accepta sans hésiter, considérant comme un devoir envers son peuple de parler du haut de la chaire du Collège de France à l’Europe entière. Il ne quitta pourtant pas sans regret la ville où il avait été si bien accueilli et où il menait une vie si douce, avec sa femme, Céline Czymanowska.

Le cours de Mickiewicz dura du 22 décembre 1840 au 28 mai 1844. Le professeur fut accueilli avec enthousiasme; il obtint dès. l’abord le plus grand et le plus légitime succès. Comme le dit M. Fage dans ses Souvenirs : « Mickiewicz était l’image auguste de la Pologne cru cifiée. Son immense talent, ses malheurs, son exil, son union av Michelet et Quinet, le rendaient cher à la jeunesse. Langage poëtique, saccadé et fiévreux, traversé de visions’. »

Quand on parle du cours de Mickiewicz, on a l'habitude de ne considérer que la période où il se mit à prêcher le messianisme*, #t où il provoqua au Collège de France des tumultes qui finirent par amener l'interruption du cours. On ne doit pas oublier que, pen: dant deux ans, Mickiewicz avait fait un cours très substantiel et qui, pour l’époque où il fut professé, était non seulement très nouveau, mais nourri de faits ct d’une connaissance profonde de la littérature et de l’histoire des peuples slaves. Bien loin de montrer un intérit exclusif pour la Pologne, Mickiewicz avait, dans la première année fait un tableau complet du développement littéraire et religieux des peuples slaves, depuis la fin de l’Empire romain jusqu’au traité de Westphalie. Il avait fait une large place aux Tchèques et aux Serlkt. et il avait mis côte à côte les Russes et les Polonais comme les deux grands représentants du slavisme, le grec et le romain; il avait dépenl leur lutte comme le fond mème de l’histoire de la race slave; la Ruë sie essentiellement monarchique, unitaire ut conquérante, la Pologne aristocratique, catholique et enfermée sur elle-même, seule et sans alliés. La seconde année. 1841-1842, il continue cette histoire parallèl* de l’évolution intellectuelle de la Russie et de la Pologne, jusqu'à la

1. Eugène Noël qui a aussi entendu Mickiewicz, dit (Michelet et ses Pnfanis. p. 140) : « Ceux qui n'ont point entendu dans sa chaire l’auteur du Livre ds Pélerins ne peuvent se faire une idée de cette éloquence à Ja fois mystique et sense, sublime et familière. Debout, les mains sur sa canne, le corps en avant, l'ail inspiré, la voix émue et vibrante, avec les apparences d'un visionnaire céleste, c'étaient souvent les paroles du plus parfait bon sens ct de l'esprit le plus pratique qu’il faisait entendre. »

>. Voyez les volumes publiés à Paris chez Martinet en 1860-61 t. VII à YU de l'édition polonaise des œuvres de Mickiewiez.

Le cours de 1842-1844 fut publié en 1845 en deux volumes sous le titre : l'Eglise officielle et le Messianisme (on avait depuis le G déc. 1852 jusqu'au 17 juin 1843 publié au fur ct à mesure les leçons lithographiées). Puis en 1S49 on publia sous le titre : Les Slaves, les cours de 184o à 1842 et de Sn à 1844 en 5 volumes. Les trois premiers volumes contenaient les deux pré mières années d’après une sténographie. Les deux derniers volumes étaient les invendus de l'édition de 1845 avec de nouveaux faux-titres. Les t. VII à U de l'édition des OŒuvres polonaises de 1860 ne sont aussi que les invendus de 1849 avec de nouveaux faux-litres. En 1866, nouvelle édition fictive av une Préface de Ladislas Mickiewicz.

chute de la Pologne. Cette nouvelle partie du cours contient elle aussi des vues très intéressantes. Les nombreuses et longues citations des poètes polonais et russes, par lesquelles Mickiewicz cherche à éclairer l'histoire de ces deux littératures, donnent un grand attrait à ces lecons. Mais, dans ce cours de 1842, on devine déjà le changement décisit qui s’est fait dans son esprit.

En juillet 1841, il avait reçu la visite d’un illuminé, André Towianski, petit propriétaire lithuanien, né en 1790, un instant magistrat, qui, depuis 1832, voyageait avec sa femme et un apothicaire de Vilna, nommé Goutt, son disciple, et qui, en 1841, était arrivé à Paris. Towianski nous apparaît dans ses œuvres, publiées plus tard à Turin, surtout comme théosophe. C'était, en 1841, avant tout le prédicateur d’une doctrine secrète, d’après laquelle l’histoire du monde est une lutte entre les colonnes des esprits supérieurs et lumineux et les colonnes des esprits des ténèbres. Ces esprits s’incarnent dans les corps humains, simples gaînes dans lesquelles agissent les esprits. Des messies viennent périodiquement faire triompher sur la terre le$ colonnes lumineuses. La lumière du Christ n’a pas réalisé tout le bien désiré. Elle est aujourd'hui éteinte. Elle s’est manifestée de nouveau en Napoléon; mais Napoléon n’est pas resté fidèle à sa mission. Maintenant, c'est en Towianski que l'esprit de Napoléon purifié est entré pour régénérer la société. Towianski venait annoncer & Mickiewiez la bonne nouvelle et lui dire qu’en lui se trouvait un rayon de l'esprit de Napoléon, et qu’il devait collaborer à renouveler l- monde en lui enseignant le vrai christianisme oublié par l'Église officielle.

Un petit fait, merveilleux en apparence, convainquit Mickiewiez de la réalité de la mission de Towianski. Mme Mickiewicz était malade, enfermée dans une maison de santé quand Towianski rendit visite à Mickicwicz. Il la demanda. On lui dit où elle était. Il déclare à Mickiewicz qu'elle est guérie, qu’il peut aller la chercher et la ramener chez lui. Cette affirmation se trouva vraie, et Mickiewiez. à qui Towianski avait remis son petit écrit, Le Banquet, résumé de sa doctrine, fut dès lors un adepte tout prêt à faire œuvre d'’apôtre, quand l’heure aurait sonné.

Towianski, aidé de Mickiewicz, groupa un certain nombre de disciples; ils formaient au cours de Mickiewicz une phalange enthousiaste, attendant le moment de manifester leur foi. Mais, en même temps. se formait peu à peu, tant chez les Polonais restés fidèles à l’orthodoxie catholique que chez les révolutionnaires, un mouvement hostil: à Towianski. Non seulement certains le regardaient comme un fou qui dévoyait l'esprit de Mickiewicz ‘, mais plusieurs le considéraient comme un émissaire du gouvernement russe, chargé d’énerver et de ruiner l'influence de Mickiewicz , soit en lui faisant déserter Paction

1. Voyez les préfaces à la traduction des poésies de Mickiewicz par Ostrow-

ski.

pour kes rêveries mystiques, soit en le ridiculisant et en le faisant chasser de sa chaire.

En 1841-1842, Mickiewicz laisse déjà percer ses idées messianiques. La leçon du 24 mai 1842, consacrée à Napoléon, le présente comme un homme providentiel, chargé d’une mission divine : «. L'homme du destin de la France, le héros d’une partie des peuples slaves, est le précurseur d’une fraternité future des peuples qu'il a liés dans une commune sympathie, d’une union morale dans une mème idée, et cette union sera le commencement d’une évolution religieuse et politique. Napoléon a commencé une évolution du christianisme. »

Mickiewicz montre alors le caractère profondément religieux que prend la pensée polonaise à partir de la fin du xvur siècle. Le 14 juin, ‘ il analyse l’œuvre du philosophe et mathématicien Wronski, qui avait lc premier présenté Napoléon comme un envoyé d’en haut, et dans son Prodrome du Messianisme, annoncé une révélation nouvelle. Mais il proteste contre la condamnation prononcée par Wronski sur la France dont il déclare l’œuvre finie. Il considère aussi le messianisme comme le fond de la poésie polonaise, telle qu’elle se montre dans les œuvres de Garczvnski. Sa dernière lecon, du 1* juillet, est tout entière consacrée au messianisme polonais. Il insiste sur ce que le messianisme doit se manifester dans un individu, dans une âme exceptionnelle. Rien ne se fonde par les doctrines. Il faut que le Verbe s’incarne dans un homme. Çe messianisme ne sera pas seulement polonais. Il agira par l'intermédiaire de la Pologne sur la France, force motrice de l'avenir, et, par elle, sur le monde :.

Mickiewicz attendit une année entière pour commencer la prédication directe de sa doctrine. Le cours de 1842-1843 a bien été publié avre celui de 1843-1844, sous le titre commun de l'Église officielle et le Messianisme. Toutefois, en 1842-1843, les idées messianiques ne s'expriment encore que d’une manière vague et enveloppée au milieu d’études assez incohérentes, où l’on passe de la démonstration de l'identité des Assyriens et des Syriens avec les Slaves, à l'analy» de la Comédie infernale, et de leçons très curieuses sur les diverses mythologies slaves, le drame slave, la philosophie allemande, et le critérium de la certitude. Mais on sent à travers toutes ces leçons l'annonce mystérieuse d’une prophétie qui brûle de s'exprimer. Dans sa deuxième leçon (27 juin), il prédit que la vérité naîtra du mariage du plus puissant génie du globe avec la plus malheureuse de toutes

1. Mickiewicz était dès ce moment décidé à devenir le prophète du nouveau Messie. Un jour qu'en se promenant avec Towianski il écoutait celui<i développant des vues géologiques fout en remuant une flaque d'eau ave sa canne, Towianski s’écria : « Vous m'écoutez avec intérêt raisonner sur un tas de boue et vous vous taïsez lorsque vous disposez de la première tribune du monde et que le salut de votre peuple est en jeu. » Ce qui acheva de le décider ce fut l'expulsion de France de Towianski le 18 juillet 1812 pour avoir déclaré qu'il avait prédit la mort du duc d'Orléans (arrivé le 13 juillet) et prédit que toute la famille royale subirait le même sort si on ne l'écoutait pas.

les nations ‘. La Pologne, grâce à ce mariage, apportera aux nations l'unité religieuse, politique et sociale, mais elle n’a pas la force de réalisation. Seule la France possède celle-ci. Mickiewicz promet alors à la France qu'elle recevra de la race slave l'instrument de cetle révolution, « le Verbe qui vient aujourd’hui créer l’époque nouvelle. »

Ce verbe, c'était Towianski. Mickiewicz ne le nomma pas une seule fois dans son cours. Mais les quatorze leçons de 1843-1844 sont une pure prédication, où Mickiewicz exposa les grandes lignes de cette religion nouvelle, née de l’alliance du génie slave et du génie français, fondée sur l'intuition et l’enthousiasme, et qui renouvellera l’Éelise, en lui rendant le sens de sa vraie tradition. L'Église officielle ne connaît plus la puissance de la parole; elle a perdu le don des langues. Elle ne sait plus se faire entendre. Mickiewicz consacre deux leçons aussi éloquentes que vagues à célébrer la puissance de la parole vivante, source de toute force morale.

Ce vrai christianisme, auquel sera ramenée l’Église par l'alliance de la Pologne et de la France, Napoléon l’a compris mieux que personne. Mickiewicz en fait une sorte de Christ qui a scruté la nature de Jésus-Christ en se scrutant lui-même. Ses paroles germent dans les âmes de la chrétienté et il est l’archétype de l’art nouveau. Écoutez ce passage, vraiment extravagant :

« Napoléon portait en son esprit tout le passé du christianisme et le réalisait en sa personne. Puissant par la parole comme ‘saint Pierre ou saint Paul; simple” et austère dans sa vie, comme l'étaient les abbés de l'Eglise primitive; majestueux comme un évêque du Moyen-Age, il pressentait pourtant que pour être le chef de l'Eglise actuelle il ne suffisait pas de posséder tout le passé. L'humanité avait besoin d’un foyer qui pût rallumer dans les âmes des feux d'amour nouveau et de force nouvelle, d'amour militant et de force victorieuse. Napoléon le comprit dans la dernière époque de sa vice, durant son martyre de Ste Hélène. »

Mais l'œuvre de régénération ne s’opérera pas sans lutte. Dans un passage d’une grande éloquence, le 7 février 1844, il s'élève contre ce qu'il appelle les illusions des pacifistes :

« Le temps n'est pas venu, dit-il, de changer l'épée en charruc et d'établir dans les casernes des phalanstères. Les armées, les flottes, les arsenaux de la France appartiennent à l'humanité, Sur eux repose le vrai progrès. Celui dont le cœur ne s’émeut pas à la vue des drapeaux et du pavillon français, celui-là n’est pas capable de comprendre en quoi consiste le vrai progrès. »

Chose extraordinaire, il considère la France comme manifestant dans toute son histoire l'esprit de Jésus-Christ. Mais comment? par son esprit militaire, « fils de l'esprit chevaleresque et petit-fils de celui de Jésus-Christ. C’est cet esprit qui fait la valeur morale et religieuse de la France. »

1. Dans cette leçon du 27 juin, Mickiewicz avait commencé par faire un parallèle très remarquable de l'esprit des institutions russes et des institutions palonaises. Michelet dit dans son journal : « Leçon de M. tous émus aux larmes ». 28 : tous les soirs chez Mick... Chant polonais, les femmes seules restent. »

La dixième leçon du 19 mars est consacrée au Maître. Mickiewiez ne le nomme pas, mais il définit ce qu’il devait être, et termine ainsi :

« Je ne suis pas un docteur; ce n'est pas à moi de vous enseigner les mystères de la nouvelle révélation; mais je suis une des étincelles tombées du flambeau, et ceux qui suivront la trace trouveront peut-être plus facilement que moi Celui qui est la voie, la vie et la vérité.

La joie que j’ai éprouvée, ct qui ne me sera pas Ôôtée, la joie que j'ai rez sentie d'être chargé de vous le dire fera la joie de toute ma vie el de touts mes vies; et comme je ne parle pas appuyé sur un livre, comme je ne vous expose pas un système, je me proclame à la face du cic] le témoin vivant de la révélation nouvelle; et j’ose sommer ceux d'entre les Polonais et d'entre les Français qui ont approché le Verbe, de déclarer s'ils l’ont vu, oui ou non. »

Bonnalty (dans les Annales de philosophie chrétienne, avril 18441. qui était présent, raconte qu’une soixantaine de personnes se levèrent alors et étendirent le bras en faisant entendre le bruit tumultueux de « Oui ! » répétés.

Une seconde sommation fut suivie d’un nouveau tumulte et des cris « Nous le jurons ! » |

« Une dame, cffrayée de cette scène tomba dans une crise nerveuse. Des cris mêlés de sanglots sc firent entendre parmi les femmes adeptes dont une est restée quelque temps les mains jointes, les bras élevés au-deseus de la tête, et tendus vers le professeur. Une autre femme a attendu que le professeur fût descendu de sa chaire ct alors s'est jetée à ses pieds et a voulu les cmbrasser. Un jeunc diplomate, M. d'Avril, se prosterna dans la cour devant Mickiewiez en lui baïisant les mains. »

Après les vacances de Pâques, le 23 avril, Mickiewicez résuma son cours. Dans cette lecon, comme dans celles du 30 avril et du 21 mai, it ne fit qu'annoncer la venue du Messie, qui reprendra l’œuvre de Jésus-Christ, l’Homme-Dieu, et personnifiera une élape nouvelle de l'Homme éternel. « Ce Messie aura le zèle des apôtres, le dévoue ment des martyrs, la simplicité des moines, l’audace des hommes de 93, la valeur ferme, inébranlable et foudroyante des soldats de la Grande-Armée, et le génie de leur chef. »

Il fait appel aux femmes et au peuple qui ont besoin de vie, d'amour et du culte des grands hommes. Il proclame l'avènement de la pm phétie et de la synthèse venant remplacer l’analyse et la critique. I! déclare enfin que le procédé le plus sûr pour la recherche de la vérité, c'est l’action; chaque action est synthèse; ce sont les hommes d'action et non les savants qui donnent la vraie synthèse. Il déclare aussi qu'il a fini sa tâche de professeur ot de savant. La science a fait son temps. Il fault prophétiser et agir.

« La Polowne est destinée à incarner la Révélation nouvelle, La France «st destinée à la recevoir Ja première. »

Il somme la France de reprendre l'épée, de réveiller le génie de juillet, de rappeler le souvenir de Charlemagne, des Croisés, de Najoléon. Ce génie ne se trouve pas dans les bibliothèques et les chemins de fer.

« Il imprime ses idées avec le fer des lances, il les communique à coups de canou, il écrit ses codes à l'ombre des drapeaux et des lauriers'. »

Pour obéir à son génie, la France doit suivre le génie polonais et son Messie. Il rappelle les strophes prophétiques de Garczynski, le poète guerrier, écrites au moment de l'assaut de Varsovie, en 1831, par les Russes

« O mon peuple, comme la tête meurtrie du sauveur imprime à tout jamais sur un voile son image sanglante, de même toi, Ô mon peuple, tu laisseras dans cette génération l'empreinte sanglante de ton histoire. Cette génération, tu la jetteras à la face de l’Europe, comme le voile de Véronique; on y lira ta passion. Et vous, à peuples de l'Europe, le temps viendra où chacune de vos pensées s'ouvrira comme un œil, et toutes vos pensées, comme autant d’yeux, s’attacheront à jamais sur l'image sanglante de la nation crucifiée. »

Mickiewicz termine ainsi

« Cette image résume notre histoire. C’est l'emblème, le drapeau des peuples. À cette génération appartiennent tous les esprits qui ont déjà soulevé la pierre sépulcrale du passé, qui, au fond de leur âme ont senti tressaillir Jésus-Christ :e ressuscité. Elle doit, cette forte et grande génération, faire sortir de son sein et faire voir au monde, non plus le Christ devant Pilate, mais le Christ ressus cité, le Christ transfiguré, armé de tous les attributs de la puissance, le Christ vengeur et rémunérateur, le Christ du jugement dernicr, de l'apocalypse et de Michel-Ange. Ici est l'Ecce Homo de notre époque. »

Ce ne fut pas tout.

Le 28 mai, Mickiewicz consacre sa leçon à Napoléon. Il commence par parler de lui-même : quand il fut nommé au Collège de France, il sentit qu'il avait été appelé par Dieu mème, bien que sachant mal le français, à révéler à la France le côté divin de sa propre histoire. Certain d'être inspiré par l'esprit de Dieu, il s’est fait un devoir de ne jamais préparer ses leçons, parce que l'Évangile recommande à celui qui parle de hautes vérités de ne pas le faire en phrases toutes faites. Il a ainsi rempli le ministère de la parole *. Doué de ja seconde vue des Slaves, il a pu communiquer avec l’esprit de Napoléon, qui est l'esprit de la France.

Napoléon a continué l’œuvre de Jésus-Christ, mais, après avoir tout conjuré par son génie, il à failli à sa mission. Il n’a pu réaliser les espérances du monde qu'il avait comprimé. Celui qui les réalisera,

1. Ailleurs Mickiewiez avait annoncé que l'Allemagne disparaîtrait, submergée par la réunion des Français et des Slavcs.

2. Quinet avait la nème prétention. Dans sa “lettre à sa mère d'août 1845 (CCLXXIX) il prétend qu'il livrait chaque semaine une bataille sans avoir le temps de la préparer : « Je me couchais désolé et le lendemain avant midi, {out était prêt : les choses, les mots, les citations, les plans, tout avait surgi je ne sais d'où. Quelqu'un qui n'a pas passé par €e péri] continuel de l'improvisation pure, sans passion, ne peut se faire une idée de ce genre de vie. »

Vanité ct insincérité : voilà les deux tristes revers des enthousiasmes ct de l’exallation de ee temps. Voyez la lettre de Quinet à sa mère du 9 février 1842 après sa première leçon.

c’est le nouveau Messie, homme à trois faces et à trois tons. qui a été vu par les Israélites, les Polonais et les Français. Son empire a été préparé dans l’âme de Napoléon, et il continuera l’histoire posthume de son âme immortelle.

Mickiewicz fait alors distribuer dans l'auditoire des lithographies représentant Napoléon sortant de son linceul et pleurant sur la carte du monde. Celte image est, d’après lui, celle de chaque Français. Il invite les Français à invoquer l'esprit de Napoléon, afin de reconnaître le nouveau Messie. Puis il s'’écrie

« Napoléon et Waterloo ! Si sous l’ invocation de ces deux noms il nous a été donné de sentir dans ce moment qu’un mème esprit nous anime, nous avons communié en esprit, nous avons cékbré un des mystères du Nouveau Testament. Une telle communion est une Cène spirituelle. »

Mickicwicz imagine qu'il vide la coupe de la communion pour la prospérité de l’œuvre. Il offre une première coupe à Dieu. Il offre la seconde à Napoléon.

« O toi, maître lumineux, plus avant dans les décrets du Seigneur en faveur de la terre; toi qui, après tant d'années de souffrances, par permission supérieure, assistes en ce moment à notre cène, en esprit, reçois dans ce moment notre solennelle assurance, unique consolation qui te soit réservée, que nous ferons tous nos efforts pour devenir dociles à tes inspirations, à la direction que, d’après la volonté de Dieu, dont tu es le plus rapproché, tu nous imprimeras pour la joie, le repos et le salut de son Esprit. »

Nous avons peine aujourd’hui à comprendre comment un professeur pouvait transformer son enseignement en une prédication de ce ton apocalvptique. On ne s’étonnera pas que le ministre Villemain, qui, cependant, avait pris récemment à la Chambre des Pairs la défense de la liberté de: professeurs du Collège de France, qui, mène, prit, le 9 juillet à la Chambre des Députés, la défense de Mickiewiez attaqué par M. de Lespinasse, ait fait venir Mickiewiez et l'ait prié de renoncer à se servir de sa chaire pour prêcher une nouvel'e religion au lieu d'enseigner l'histoire des littératures slaves’. Il n’admettait pas non plus qu'on fit au Collège de France des appels aux armes çt qu'on y prèchât le culte de Napoléon. Mickiewicz se refusa à toute concession, et le gouvernement se vit obligé de le remplacer. Il y mit tous les ménagements possibles. Villemain ‘offrit à Mickiewicz une mission en Italie. Il la refusa. On aurait pu le remplacer purement et simplement, car, en 1840, n'étant pas naturalisé, il n'avait pu être nommé qu'à titre provisoire, et en 1841, quani Faucher l'avait pressé de demander la naturalisation, il avait refusé, sous

1. D'autant plus que les audileurs français étaient excédés des scènes qui se passaient au Collège de France : « Les réfugiés polonais, dit M. Fage, qui occupaient tout le haut de Ja salle, se mirent à se livrer à de telles démons trations extravagantes que l'auditoire ordinaire fut dispersé. On assisto à des explosions d'extases ct de vociférations inexprimables, à des scènes de comvulsionnaires en face desquelles, du haut de sa chaire, se dressait impassible la figure émaciée de Mickiewiez. Les étudiants s'éloignaic nt navrés. »

prétexte qu'il ne voulait pas prêter serment à la dynastie d'Orléans, destinée à disparaître prochainement. Villemain se contenta de le mettre en congé et lui donna, à la fin de 1845, un suppléant, le médiocre Cyprien Robert; il lui conserva un traitement annuel de trois mille francs *. La République laissa Mickiewicz dans la situation où le gouvernement de Juillet l’avait placé, ce qui lui valut l'honneur d’être révoqué le 12 avril 1852, en même temps que Michelet et Quinet. Mais, comme il était toujours bonapartiste, malgré le 2 décembre, prédit et ay:prouvé par lui, il fut nommé en 1852 bibliothécaire à l’Arsenal. Mickiewicz, accepta d’aulant plus aisément la suspension de son cours qu'il l'avait prévue et provoquée. Quand il annonçait la fin de son rôle de professeur et se vantait faussement de n'avoir jamais préparé ses leçons, il savait qu’il prenait un attitude que ni l’administrateur du Collège de France, le sévère Letronne, ni le ministre, ne pouvaient tolérer; et il dit ouvertement à plusieurs reprises, dans une ou deux leçons de mai 1844, que ces leçcns étaient les dernières *. En effet, ne voulant plus professer, ce qu'il était chargé d'enseigner et ne pouvant refaire perpétuellement l’exésèse des rêveries de Towianski, il n'avait plus qu’à renoncer à la parole *. Il ne lui aurait sans doute pas déplu d’être révoqué et de s: parer de l’auréole du martyre; le gouvernement eut la sagesse de la lui refuser, et l’on ne voil pas que, malgré les protestations ds Faucher et de quelques autres journalistes, la suspension du cours de Mickiewicz ait provoqué ni surprise ni indignation.

Toutefois, comme l’enseignement de Mickiewicz avait été étroitement associé à celui de Michelet et de Quinet, depuis le moment où il était monté dans sa chaire, comme Îles trois professeurs assistaient presque régulièrement à leurs leçons respectives, et que leurs audi: teurs, en grande majorité les mêmes, formaient la partie la plus ar. dente et la plus turbulente du quartier latin, quand Quinet et Michelet furent dénoncé: à la tribune des Chambres et dans la presse catholique, quand le cours de Quinet fut suspendu en 1845 parce qu’il refusait de se renfermer dans les sujets de pure littérature, on ne fit plus aucune différence entre les trois professeurs, considérés comme victimes au mème litre des méfiances et des sévérités du pouvoir, et après la dernière leçon du cours de 1845, les étudiants vinrent apporter à Quinet une médaille frappée par une souscription des Écoles, sur

1. On avait offert la place à Yanoski qui la refusa dignement fsonnet de M. Mickiewicez 22 août 1S45).

2. On voit dans le journal de Michelet que dès mars on parhit de suspendre le cours, et que Michelet multipliait les démarches pour prècher à Mickiewicz la sagesse et écarter le coup qui e menacait.

3. D'ailleurs ce qui prouve à quel point Mickiewiez avait été annulé, para- IS, par sa conversion à Towianski c'est qu'à partir de ce moment, sauf pendant sa collaboration à la Tribune des Peuples de 1849, il n'a plus rien produit, Il continua pendant quelque temps à faire un cours ou plutôt des prédications en polonais dans une salle privée.

laquelle se trouvaient les profils des trois professeurs, avec cet exergue : Ut omnes unum sint :.

Nous ne pouvons pas les séparer, en effet, car ils ont beaucoup influé les uns sur les autres, et bien que Michelet et Quinet n'aient jamais encouragé ni approuvé Mickiewicz, ils se sont solidarisés avec lui et son action se confond avec la leur.

Mickiewicz le premier a contribué à créer au Collège de France cette effervescence, cette atmosphère d'enthousiasme révolutionnaire, par lesquels Michelet et Quinet furent bientôt entraînés.

On retrouve aussi chez Mickiewicz toute une série d'idées qui s’élaient déjà formées peu à peu dans l'esprit de Michelet, mais qui grâce au poète polonais y prennent une intensité de plus en plus grande : l’idée de la fraternité des peuples, le rôle providentiel attribué à la France dans la civilisation, la place primordiale faite à l’intuition dans la recherche de la vérité, et à l’inspiration dans la conduite de la vice; enfin et surtout les droits du subjectivisme en histoire. Mickiewiez dit, avec Emerson *, qu'il faut faire la guerre aux hommes de livres et de systèmes. C’est en nous-mêmes que nous devons lire l’histoire. L'histoire doit marcher incarnée dans chaque homme just’ et sage. Nous devons résumer en nous l’histoire politique de notre nation, la compléter et en commencer un chapitre nouveau. Enfin, Mickiewicz, tout en restant attaché au surnaturel chrétien, combat, comme le fait Michelet, l'Église officielle, et annonce la venue d'un christianisme plus pur et plus vrai. Cette religion nouvelle sera révilée par des Messies — mais, alors que Mickiewicz croit à des Messies individuels, Michelet et Quinet, tout en considérant avec Mickiewiez. chaque homme comme pouvant être un Messie, attendent cette révéla tion messianique de l'humanité dans son ensemble, et du peuple en

1. Il s’est pourtant formé une légende à ce sujet dont Michelet est en partie l'auteur, Il a écrit dans Paris-Guide : « Le 11 mai 1843 fat mn des beaux jours de ma vie. Quinet et Mickiewicz, l’un à droite, l'autre à gauche, assistèrent à ma leçon, proclamant notre concorde et donnant à cectle jeunesse le plus beau spectacle du monde, celui de la grande amitié ». Malheureusement c’est une légende, nous lisons dans le journal : « Derrière moi. Quinet, Mickicwiez, Sacy, Fleury, Ranke, Letronne. Interruption ». Et on voil ailleurs que c'est la présence de Ranke qui l'avait le plus frapné. Mi ckiewicz et Quinet étaient toujours là.

L'origine de la légende vient du cours de rentrée de Michelet et Quinet, le 8 mars 1848. Il eut lieu dans la grande salle de la Sorbonne. On avait placé sur la chaire trois fauteuils. L’un resta vide, celui de Mickiewicz (Cf. l'allocution de Michelet dans l'Etudiant) « Ce fauteuil est celui de la Pologne », celui de notre cher ct grand ami Mickiewicz, « celui dont la parole semblait une alliance du monde ».

Le 13 août la médaille fut apportée à Mickiewicz et un étudiant, Bertillon, le harangua (Cf. lettres de Ladislas M.) Ibid, 6 déc., visite à Quinet. Cette visite n'est pas celle de la médaille, mais une protestation contre la suspention du cours. |

Le tableau de Brouillet à la Sorbonne représente la scène du 8 mars 1548. L'Univers du 19 août dit que la médaille fut remise le 14 août à Mickiewic? ct à Quinet, Michelet était absent.

+ . . . nn" 2, Essai sur l’histoire,

particulier; ils mettent dans la démocratie leur espérance de rénovation religieuse, Comme pour Mickiewicz, d’ailleurs, certaines nations, la France et aussi la Pologne, leur paraissent chargées d’une mission révélatrice spéciale et à ce moment de leur vie, Michelet et Quinet altribuent encore à Napoléon un rôle providentiel et presque prophétique dans l’histoire du xix° siècle. Qu'on lise à cet égard la dernière lecon du cours de Quinet sur le Christianisme et la Révolution, et qu'on se rappelle le livre sur Napoléon considéré comme l’universel symbole, que Michelet voulait écrire :.

Toutefois, s’il y a beaucoup de points de contact entre la pensée de Mickiewicz et celle de Michelet, et si celui-ci subit parfois l’entraînement de sa parole enflammée, il se défend, se ressaisit, et, tandis que Mick&wicz se déclare adversaire de la Révolution, Michelet dès 1845. rejette tout messianisme individuel, pour s’attacher à la Révolution ei au Peuple.

Voici quelques extraits des notes qu'il écrivait les 22, 23 février et 5 juin 1845, en lisant le livre de Mickiewicz sur L'Église officielle et le messianisme :

« Notre seul adversaire, notre cher adversaire, à nous autres philosophes, c'est Mickiewicz. I] nous est moins adverse, que correspondant et symétrique. La différence du procédé tient d’ailleurs surtout à la différence des peuples, des civilisations où nous sommes placés, lui et nous.

(La méthode de bas en haut, la nôtre, celle qui veut que la vic vienne du ( peuple, jusqu’au grand homme, jusqu’à la grande force individuelle {ou collective qui réalise la pensée divine F5

(et sa méthode, celle qui procède de haut en bas.

( celle qui de Dieu descend au grand homme, au peuple.

Elles se rencontrent dans un sentiment plus grave que toute méthode, celui qui donne vie aux deux modes d'action :

L'Amour (il suit Emerson qui subordonne l'intelligence à l'âme.

(comme Blanc Saint-Bonnet au cœur (comme Ravaisson, à l'amour.

« Le despotisme n’est pas pour les Slaves le gouvernement d’un seul, c’est Un gouvernement sans amour, quelle qu’en soit la forme. »

Comment remercier assez un homme dont le cœur est plus français que la France ? Personne n'a plus senti la France.

Au total :

Très propre à réveiller les énergies individuelles à faire mépriser la scolastique et la fausse science. Malheureusement il rendort :

Par mysticisme suranné barbare (contre art) ft dangereux individualisme (refaire des Messies, des Napoléons, des idoles).

Puis viennent des notes prises peu après, d’où j'extrais

« Le cours de Mickiewicz (œuvre d'un grand homme, disciple d’un grand homme) est une glorification du grand homme, messic successif (un homme, un sul, ni écoles, ni livres). ‘

Le messianisme, suite de messies qui donnent l'incarnation successive de Ja vérité élernelle, c'est un pas (essentiel pour eux) hors l’idée de cette race, que " avoue pas Mickiewicz, mais que leurs poètes et philosophes avouent : rien que présent, passé et avenir ne sont rien.

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