Le poème de Napoléon
On lit sur une autre page du dimanche 23, avec ce titre : « Sur Mick, Révolution, Napoléon, Byron. Littérature polonaise. Messianisme. Incarnation Pologne »
« Il faut un homme, dit Mickiewiecz et moi je dis : « il faut des hommes, beaucoup, et que tous soient hommes. I ne faut pas que tous attendent, regardent d’où l’homme viendra. L'homme ? Mais c'est toujours toi selon ta force, dans ta place... Tout homme est le centre, comme toute science (v. éloge de Werner).
Le dernier héros qui ait paru, ce n'est pas Napoléon, comme il disait,
c'est la Révolution.
et sa grandeur consista justement en ceci, qu’il n’y eut point de grand homme (on a fort exagéré Mirabeau, Lafayette, pour absorber la fécondité du mourtment dans la fantasmagorie d’un nouveau mysticisme).
Elle présente ce grand et nouveau spectacle d’une idée qui s'est passée de grands hommes, de héros, de faux dicux, d'idoles.
Elle a été (bien plus que Kant) la critique de la raison pure. A la fin, M. de Maistre, qui la guette du haut des Alpes, lui annonce (1796) qu'elle aun bientôt un homme. En effet elle gagne Arcole, et croit que Napoléon l'a gagné!
Bientôt cet homme, habile et heureux en actes, original en paroles, stérile en idées, renmaillotte la Révolution des vieux lambeaux du Moyen-Age qu'il a dépouillé, la serre, momie vivante, dans les bandelettes funéraires reprises aux cadavres exhumés. :
Aujourd’hui encore il nous blesse
ct par sa fausse résurrection du passé ct par l'adoration de la force qu’il nous a léguéc. L'individualisme qui a perdu la Pologne (à chaque lance un drapeau) repasait sous une autre forme dans ceux-ci, qui veulent te ressusciter. Ils veulent un homme qui entraîne tout par une autorité mystique; le pluriel, le collectivisme leur semble impossible.
Nous autres occidentaux, nous devenons de plus en plus collectifs Nous en sommes affaiblis il est vrai,
Mais nous n'en posons pas moins le vrai problème l’unité dans la collection des égaux
C'est-à-dire l'unité voulue en l'unité de cœur, l'unité libre,
plus féconde, plus inventive.
L'unité mystique en un homme individuel, messic successif
C'est encore matérialité, fatalité.
Michelet proteste encore contre la doctrine décourageante qui demande à l'individu de suivre aveuglément le grand homme et déclare l'industrie, la science, écrasantes et pernicieuses.
Voilà comme on vous rendort cn disant que l'individu ne peut rien On vous montre ces machines.
ct celte science, grande machine si difficile à mouvoir, etc... Mais, la partie du travail assujettie aux machines : est encore l'exception et le sera toujours, Mais cette science cest plus accessible que vous ne pensez Mais la méthode va plus simplifiant que la science ne va augmentant Mais l'individu immobile, impuissant, (dans les temps qu'on appelle sottement d'individualité héroïque) a an contraire aujourd'hui mille prises sur la société, sur la nature. Ton temps sera le temps héroïque aussitôt que tu le voudras.
Michelet y revient le mardi 3 juin et on le voit dessiner sa Révolution, son idée anti-chrétienne et anti-napoléonienne :
Des Dieux vivants! Christ! Napoléon! à Mick. qui dispense de travail d’éducation, etc. à
Mick. Quinet, Bonnet parlent du vrai christianisme comme identique à la Révolution (danger de ramener, malgré l'interprétation philosophique, beaucoup d'idées du Moyen-Age).
Mick. et V. Hugo sont contre le rationalisme.
Moi, au contraire, j’ai montré que tout le mal de la Révolution était d'avoir manqué d'hommes préparés, qui sussent le passé et le comprissent, et montrerai que la Révolution a réhabilité l'antiquité et dépassé infiniment et l'antiquité et le christianisme.
Mick. sent très bien que l'efficacité du christianisme est d’avoir concentré l’idée en un homme. Oui, mais à condition de reidéaliser cet homme (philos. chrétienne. Originale).
Autrement, c'était barbarie
Et ce fut barbarie effectivement, sauf la multiplicité des légendes 500-1102.
Combien dangereux et funeste de se faire ainsi des Dieux vivants
Servilisme, esprit d'imitation (dans des circonstances différentes).
On n'examine pas le concret... chacune des infirmités de ce concret (un idéal) tue l'idée (par siècles, par mondes!)
Ex. Napoléon reïaisant le pape (hier, le rationalisme méme,
Thiers, se fait papiste pour se faire Napoléon)
Ex. le christianisme, par résignation, brisant le stoïcisme antique, imposant aux fortes populations du Moyen-Age la contemplation inactive de l'antiquité défaillante, des juifs alexandrinisés, etc.
Mick. préfère le rêve à la veille,
l'intuition confuse à la vue nette de l'esprit,
le vague ressentiment du passé à la connaissance et l'expérience historique,
Le concret obscur d’un homme à l'énergie distincte d’une nation,
le miracle fortuit de l’illumination individuelle d'en haut au miracle nature} de la végétation d'en bas, de la sève montante.
L'action ! l’action! l'action! (dit-il).
Oui! mais à condition de savoir ce qu'on fait, d’être orienté par l'éducation.
Quelle bizarrerie de prêcher pour une faculté contre une autre, comme pour la main droite contre la main’ gauche.
Ces prétendus intuitifs, Alex., César, Christ, Napoléon, ont été très réceptifs, réflexifs.
S'ils ont donné des simplifications, c’est qu'ils avaient épuisé le multiple.
Napoléon est ridicule dans cette bande... Les autres ont été bien plus complets dans le monde d'alors.
Michelet adresse encore cette objurgation à Mickiewiez :
Un Homme ? Pourquoi pas plusieurs ?
Pourquoi pas mille?
Pourquoi p?s tous ?
Il y a superstition puérile à chicaner sur le nombre. L'unité de modèle est bonne pour l'Orient, aujourd'hui encore. Mais la grandeur de l'homme consiste à substituer à l’imitation, aux modèles, les lois de la raison pure.
Voyez la Révolution, elle s’est passée de modèle, d'hommes r:ème ct de héros. Le héros vient, elle périt.
L'instinct? Oui, mais l'instinct de tous.
L'action? Oui, mais l'œuvre d'art est encore une action. Le génie c'est un héros.
1. Michelet ne cachait pas à Mickiewiez ces dissidences. Il lui écrit le 28 février 1845, après avoir lu son livre : « Nous sommes aussi unis de senti-