‹ La vie et la pensée de Jules MicheletChapitre 44 sur 105 · J. Michelet, p · texte numérisé non relu

J. Michelet, p

2. Mais Noël commet de nombrences erreurs. Il fait faire à Michelet deux voyages en août. Un avant le 10 ct l’autre dans les derniers jours. Or, le jarr-

nal donne, jour par jour, la vie de Michelet. Il ne quitta pas Paris du 31 ju: let au 10 août.

du NOR D: FLO:

1l disait ne s'être jamais senti plus bas. Ses enfants sont inquiets et fatigués de cet état. 11 y a danger dans cet affaissement que sa santé ne se prenne. Il s’acharne au travail et sa difficulté de production le désespère.

« Presque toutes les nuits, il les passe à lire d'anciennes chroniques, ne pouvant dormir. Il ne voit personne’. »

A la fin d'août, Michelet avait, avec ses enfants, fait un voyage 3 Rouen pour revoir les lieux où Mme Dumesnil avait vécu et aussi pour parler avec M. Dumesnil de l’avenir de leurs enfants, se rentre compte de la situation de fortune de ce dernier, qu'il savait gènée, et à laquelle it voulait porter remède.

Le voyage se fit d’une manière qui nous paraîtrait aujourd'hui bien extraordinaire. On va jusqu’à Conflans dans un lourd bateau à vapeur à quatre cheminées, qui fait naufrage sur des pierres. On débarque-en batelet et on va à pied ou en charrette à Poissy. Là, on ewibarque sur une galiote traînée par des chevaux jusqu’à Vernon. De Vernon à Elbeuf en cabriolet, et enfin d’Elbeuf à Rouen en bateau à vapeur.

Ce séjour à Rouen est occupé jar deux pensées bien différentes. Tantôt Michelet reste dans la maison de la Sente Bihorel. demeure de ville des Dumesnil, à repasser les souvenirs des deux années écoulées.

« Revu la maison, triste et muette, jadis démeublée brutalement, puis remeublée, rajustée par l'habile main d’une femme... l'intérèt qu'elle avait mis, pour mon arrivée, à refaire, à parer tout cela, à poser sur le meuble vert une jeune et fraîche étoffe…. J'étais bien touché, blessé au cœur, de retrouver partout l'action d'une niain si chère... et cette main nulle part. Hivr, longtemps assis sur le canapé, pour point de vue le réservoir qu'elle voyait toujuurs en travaillant... She is gone... »

Tantôt Michelet s'occupe passionnément, de la draperie à Elbeuf, des produits chimiques à Saint-$ever, de la rouennerie à Rouen, des moulins de bois de teinture au Tôt. Il décrit les ateliers de tissage et de filature de Rouen avec une précision minutieuse, qui ne l’empèche pas de laisser de moment en moment éclater sa sensibilité ou sa poésie.

« Grande chose, ct poétique, s’écrie-t-il en décrivant la fabrique de produite chimiques. Toutes Iles sciences, tous les arts se combinent ensemdle pour habiller une femme {riche ou pauvre, n'importe) pour donner à son vètement une mobile iris de coulcurs qui réponde à la mobilité de sa grâve, à <on iris de mouvements, de gestes, de physionomie. »

Il s'atlendrit sur « le misérable petit rattacheur, ouvrier de l'ouvrier et payé par lui, celui sur qui semble tomber le plus lourdement Île

1. Noël, avec son étourderie habituelle, dit que Michelet ne publia rien en 1842 et 1843, et attribue cctte stérilité au trouble où il était par suite de l’effondrement de ses convictions religieuses. Or, en rK4o, Michelet és item. ment put peu produire; mais il donna là l'édition, très remaniée, du Précis

d'Histoire de France; en 1$43, il publia en fait d'euvres orisinales, Les Jésuites et Louis XI, travail considérable qu'il n'abandonna pas un instant pendant ces deux années -- ct en fait de rééditions, la 3° éd. de l'Intreduction

à l'Histoire Universelle, et la 3° de l'Histoire romaine.

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