‹ La vie et la pensée de Jules MicheletChapitre 47 sur 105 · Ï}] coutinue au château jusqu'au 3 avril · texte numérisé non relu

Ï}] coutinue au château jusqu'au 3 avril

« M. Michelet était dans un extrème affaiblissement. Je craignais beaucoup de ce découragement moral dans un si grand état de fatigue; mais les Jésuites sont venus à point; depuis huit jours, plus que jamais il est vivant, actif, il parle, écrit. »

D'où vient cette brusque résolution et cette décision d'improviser un cours pour lequel il n’était nullement préparé et qu'il a fait semaine après semaine, ce qui explique qu'il soit si peu nourri de faits el paraisse superficiel et décousu?

C'est d’abord une raison toute personnelle, intellectuelle et très légitime. En cherchant à ressusciter l’âme du vieux peuple de France du Moyen-Age, il était entraîné à mettre en lumière tout ce que le Moyen-Age eut de touchant et de grand. Il avait l'air de faire l'apologie de ces grands âges catholiques au moment même où il sentait de plus en plus la nécessité de résister aux attaques du parti catholique contre la société moderne et de montrer les voies nouvelles de l'avenir. Ses lecons de l’hiver de 1842-43 pouvaient paraître un retour en arrière, une réparalion faite au Moyen-Age. Michelet voulut montrer qu'il n’en était rien.

Ce désir de ne laisser se faire aucun malentendu sur sa pensé était confirmé par les attaques de plus en plus violentes dont |a pensée libre, l’Université, les professeurs les plus éminents, enfin lui-même et son ami Quinet, étaient les objets. En 1842, les évèques s'étaient mis à ‘se déchaîner avec un merveilleux ensemble contre l'Université, tandis que l'Univers avait entrepris une campagne où il prenait personnellement à partie les professeurs les plus distin gués de la Sorbonne ou du Collège de France. Villemain et Mignet n'avaient pas hésité, en 1842, à attaquer les Jésuites dans des circonstances solennelles. Le 31 mars 1842, les rédacteurs de l'Univers avaient signé ct publié une pétition contre les professeurs de l'Université, où Quinet était particulièrement attaqué, mais aussi Michelet. comme donnant un enseignement anti-catholique. Le 6 et le 31 mai l'Univers attaquait l’enseignement philosophique des collèges: le 40 juin, l'éducation universitaire, qu'il traitait de monstrueuse. Enfin quand eut paru le Monopole Universitaire (fin de mars 18#3), l'Univers lança le G avril un article contre Michelet, Cousin, Damiron, et donna le 7 un article très élogieux sur l’ouvrage attribué à Desgarets.

Ces attaques contre tous ceux qui dans l’enseignement osaient pen ser et parler librement furent certainement un des motifs qui pousèrent Michelet à répondre à ces attaques, en attaquant à son tour l'en seignement des Jésuites.

Un autre motif y contribua aussi, je pense. C'est le désir de s'asso cier à Quinet, peut-être de devancer Quinet dans les jugements que celui-ci était forcément amené à prononcer sur les Jésuites. Quinét dans les lecons sur l'Italie, était arrivé au xvr siècle. Il avait park du Tasse, du Concile de Trente. Il devait fatalement parler dans | second semestre des Jésuites Rien ne l’obligeait à y consacrer toutes les lecons de ce second semestre; mais l'étude de l’organisation d° l'ordre des Jésuites, de leur influence et de leur littérature était

naturellement amenée par le sujet de son cours, et Michelet ne pouvait l'ignorer. Prévoyant que son ami allait prendre parti dans la lutte qui passionnait alors tous les esprits, il ne voulut pas le laisser .seul. l' ne voulut pas non plus paraître obéir à une suggestion de Quinet; il prit les devants, et, dès le 27 avril, commença son cours sans avoir prévenu Quinet, ni rizn combiné d’avance avec lui. Mais, dès le 30, il va chez Quinet pour s'entendre avec lui sur la Guerre aux Jésuites et pour se partager les rôles.

Dans une note mise à la fin de la première leçon, il essaie d’expliquer qu’il a ignoré les projets de Quinet, et n’a connu qu'après sa sonde leçon le Monopole universitaire *. Cette note est peut-être vraie d'une vérité littérale, mais elle n’est pas vraie d’une vérité morale. Elle n’est pas, reconnaissons-le, exempte d'une certain jésuitisme *.

Michelet dit donc vrai quand il affirme ne pas s’être entendu d’avante avec Quinet; mais il est impossible qu’il ne prévît pas que Quinet allait rarler du rôle des Jézuites dans la réaction catholique. Tout le monde s'r attendait: Michelet nous dit que quand Quinet rouvrit son cours le 3 mai et fit une lecon sur Christophe Colomb, ce fut un désappointement pour l'auditoire *.

Michelet dit également dans cette note que ce fut à son insu que sa première leçon fut analysée dès le soir mème dans la Patrie, et que cette analyse fut reproduite le lendemain dans le Siècle. Je veux bien le croire, d'autant plus que le texte de la Patrie est différent de celui que Michelet publia dans son volume; mais il va trop loin en déclarant ignorer la part que la presse allait prendre à cette lutte. Il avait

1. On lisait aussi dans l’Avant-propos du Vol. des Jésuites : « Ta force des choses a conduit les auteurs de ces leçons à traiter le même sujet dans leur enseignement. Cette rencontre s'étant faite d’abord à l'insu l’un de l’autre, a été l'œuvre de la situation même. Plus tard, ils se sont accordés pour se distribuer les questions principales que le sujet présentait. »

2. D'ailleurs la note que Michelet fit mettre par son ami Chambolle dans le Siècle du 27 avril indique nettement le cours comme une riposte, non pas au Monopole universilaire, mais à une série d'attaques et à un dénigrement systématique.

La Patrie du 27 avril au soir, donne une analyse de la première leçon reproduite le lendemain par le Siècle. Elle l’annonce en ces termes : « M. Michelct ayant à se défendre pour sa part contre un parti qui en veut à l’Université tout entière, a été amené à prononcer aujourd’hui devant un auditoire nombreux et sympathique les paroles suivantes... Plusieurs membres du clergé assistaient à la leçon. »

Lerminier, (Revue des Deux Mondes, 15 oct. 1843), prétend que Michelet a été, avec une respectable candeur, d'autant plus outré des attaques dont il était l’objet, qu'il se croyait des drbits à la reconnaissance de l'Eglise et qu'alors il a perdu toute mesure dans la polémique.

3. Colomb roprésente pour lui l'alliance de la croyance ct de la liberté dans l'esprit de l’homme; cette alliance a fait jaillir le verbe qui enfanta un nouveau monde. é

Ce ne fut que le 10 mai qu'il entra dans son sujet en revendiquant la liberté de discussion en matière religieuse, même sur les Jésuites, et en déclarant qu’il devait parler pour répondre aux injures qui se produisaient au pied même des chaires du Collège de France.

de nombreux amis dans la presse. Lui-mème donne ses leçons au Siècle el va les y corriger. Libri pouvait n'avoir pas informé Michelet de l’article qu'il publia le 1% mai dans la Revue des Deux-Mondes contre les Jésuites; mais, quelques jours après, nous le voyons chargé par Michelet de proposer à la Revue un article de Louandre, et annonçant à Michelet qu’un second article de lui sur les Jésuites paraitra le 15.

Au National qui, avec le Constitutionnel, prend parti pour Miche-

let, dès le 5 mai la campagne est menée par Génin, ami intime de Michelet. Génin était lié avec Sacy et Alloury, rédacteurs des Débats, et il ne resta pas étranger à la campagne de presse que ceux-ci menèrent en mai, car, le 28, il se plaint dans son journal que les Débats s’endorment. Michelet ne fut pas l'organisateur de cette’ campagne de presse, à laquelle prirent part aussi la Revue Indépendante, le Courrier Français, mais il ne s’en désintéressa pas et n’était plus du tout dans les sentiments qui, le 22 décembre 1842, lui faisaient expliquer à ses auditeurs qu’il ne pourrait souffrir que ses leçons fussent sténsgraphiées et publiées.

Telles sont les conditions dans lesquelles ce cours fameux a pris naissance.

Le catholicisme autoritaire, étroitement dogmatique, ennemi de toutes\les libertés intellectuelles, comme des libertés politiques du x et du xvn° siècles, incarné dans la Société de Jésus, devait tout naturellement s'opposer dans l'esprit de Michelet à ce catholicisme dés premiers siècles du Moyen-Age, qui avait été vraiment œcuméniqur. nourrice sublime et tendre du monde moderne encore enfant, et qui avait, sous les voûtes immenses de ses cathédrales, dans l'enceint* de ses cloîtres, dans les auditoires de ses Universités, donné asile } toutes les aspirations de toutes les classes d'hommes. Ici, la sève puissante de la vie au milieu de germes encore mal définis; là un esprit de mort qui cherche à détruire tous les germes de vie nouvelle que la Renaissance apporte au monde, Mais pour que Michelet saut brusquement du xn° au xvre siècle ct abordât l'étude di Jesr tisme sans avoir achevé le programme qu'il s'était tracé à lui-mênr. il fallut l’aiguillon de la lutte entreprise par le clergé ct le part clérical contre l’Université et la libre-pensée, les attaques réitérérs dirigées contre lui-même et qui avaient leur contre-coup dans les Fr? testations intempestives qui venaient troubler son cours et celui d° Quinet. Cette lutte, ces attaques, furent non la cause profonde, mai l'occasion.

I n’y a pas à s'arrêter aux motifs que M. Thureau-Dansi attribue à Michelet et Quinet. Il y voit d’abord une simple riposl aux attaques dirigées contre eux par le Monopole universitaire. Mais ces attaques ne sont qu’un détail dans une querelle qui se poursuit

depuis des années; nous trouvons dans les cours de Michelet. de.

1831 à 1838, des jugements sur les Jésuites identiques à ceux de IS, bien qu’un peu plus modérés dans l'expression. M. Thureau-Pan:in nous dépeint ensuite Quinet comme un révolutionnaire et un antï

chrétien fanatique. Quinet était un esprit profondément religieux et ittaché de toutes les forces de son âme à la tradition chrétianne *. Quinet n’est pas non plus un révolutionnaire en politique *. Pour Michelet, M. Thureau-Dangin parle de sa sensibilité douloureuse, de sa vanité, des souffrances de son enfance, et cherche une explication dans son désir de se venger des injures reçues. Il l’accuse d’avoir cherché dans les succès de la popularité une compensation à ses déceptions mondaines. Or, Michelet, depuis 1829, avait marché de succès en succès; il avait eu toutes les satisfactions d’amour-propre; ses seules vraies douleurs, à cette époque, sont les épreuves qui avaient ravagé sa vie domestique; mais il était entouré de l’admiration des hommes dont le suffrage lui importait le plus, celle de ses collègues s plus illustres et des premiers hommes de lettres de son temps; ls organes les plus importants de la presse chantaient ses louanges; enfin, il était un familier des Tuileries et de Neuilly; au début de sa campagne contre les Jésuites, il y trouve même des encouragements, et, au plus fort de la lutte, il est invité à Vincennes avec Quinet, chez le duc de Montpensier. Il se préoccupe d’ailleurs si peu de l'appui des puissants, qu’à peine la lutte contre les Jésuites finie, il donne sa démission de professeur aux Tuileries pour pouvoir parler au Collège de France avec une pleine liberté.

On ne doit donc chercher aucune mesquine explication à !l: résolution prise par Michelet et Quinet. Une grande lutte élai engagée; on voyait les défenseurs du catholicisme à la fois réclamer la liberté d'enseignement pour eux et appeler les rigueurs du pouvoir contre leurs adversaires. Le gouvernement avait une situation fausse, n'osant ni donner aux catholiques la liberté qu’il leur avait promise, ni protéger la liberté des écrivains et des professeurs. Il faisait des procès aux Sunt-Simoniens, aux Pierre Leroux et aux Lamennais, aux protestants coupables de tenir des réunions religieuses non autorisées; aux applaudissements des apôtres de la liberté d’enseisnement, il révoquait un professeur d'histoire qui avait osé dire que Luther avait rendu des ser-

1. Il y a dans sa première leçon un admirable morceau où il salue Île mouvement religieux qui emporte le monde à l'heure où il parle, mouvement qui se manifeste non seulement dans le catholicisme mais aussi dans le prolestantieme, non seulement dans la foi positive, mais aussi dans la philosophie, chez ceux qu’on appelle des hérétiques comme chez les orthodoxes. [| fait honneur de ce réveil religieux aux penseurs, écrivains, philosophes, qui, en France et en Allemagne, ont commencé les premiers à rappeler ce grand fond de spiritualité qui est comme la substance de toute foi réclle. Mais il proteste contre ceux qui, comme les Jésuites, veulent circonscrire à une sule religion, asservir à une secte ce mouvement profond ct universel qui veut un Christ agrandi, renouvelé, sorti une seconde fois du sépulere, pour & partager. se donner, se communiquer à tous.

>. Certes il est violemment hostile à la politique extérieure de M. Gnizot qu'il considère comme humiliante pour la France, de mèêtne qu'il trouve humiliantes pour l'Université les affirmations de M. Cousin déclarant que la religion catholique est la base même de la philosophie universitaire; mais il ie professe point d'idées républicaines, il fréquente chez les princes, et la duchesse d'Orléans lui offre la placc de précepleur du Comte de Paris.

vices à l'esprit humain: il enlevait à Bersot sa place de professeur de . philosophie à Bordeaux, parce qu'il avait osé critiquer Lacordaire. Il laissait en Alsace les catholiques empiéter tous les jours sur les droits des protestants et les chasser peu à peu des églises protestantes dont la jouissance avait été accordée aux deux cultes par le simultaneum. A l'exception du journal hebdomadaire protestant, Le Semeur, qui réclimait la vraie, la complète liberté pour tous, et demandait avec Lamar. tine la séparation de l’Église et de l’État comme condition de cette liberté, les journaux qui encourageaient le gouvernement à résister aux attaques de l’épiscopat et du parti clérical ne savaient que défendre le monopole universitaire et réclamer, eux aussi, des mesures répressives contre leurs adversaires. Michelet et Quinet ont pensé que la nature même de leur cours les autorisait à intervenir dans la lutte, à faire entendre une parole libre de toute contrainte, de toute duplicité, de toute contradiction, pour revendiquer sans ménagements les droits de la liberté. Ils ont été accusés par toute la presse <atholique d’avoir pris hypocritement les Jésuites pour but de leurs attaques et d’avoir en réalité visé Le catholicisme lui-mème. Ils se sont défendus, au contraire, d’avoir voulu attaquer le catholicisme; ils ont affirmé n'’attaquer que ceux qui, après avoir asservi l’Église, voulaient se servir d’elle pour asservir la société entière. Il y a là du vrai et du faux. Il est très vrai que Michelet et Quinet avaient de la sympathie pour la masse du petit clergé, daminé par les évêques et supplanté dans les confessionnaux comme dans les écoles ecclésiastiques par les congrégations; il est vrai aussi qu'ils ont eu spécialement en vue les excès de la casuistique, du système d'éducation ,de propagande et de direction des Jésuites; mais il n’est pas douteux que Michelet et Quinet visaient, audelà des Jésuites, l'esprit même du catholicisme et travaillaient à une réforme religieuse et morale qui mettait la France de la Révolution en opposition avec l'Église du Concile de Trente. Quinet et Michelet ne pouvaient méconnaître, comme le disait Vinet dans ses beaux articles sur Bourdaloue, que « le jésuitisme est du catholicisme concentré, et que le catholicisme est du jésuitisme dilué. » Aussi, malgré les méfiances et les répugnances que la Société de Jésus excitait chez beaucoup de prètres et chez beaucoup de laïques bons catholiques, tous se sentirent atteints per les leçons du Collège de France et à de rares exceptions près, prirent en main la défense des Jésuites comme étant la défense du catholicisme lui-même à.

Quelle a donc été la substance de ces deux cours, car nous ne pouvons les séparer l’un de l’autre? Michelet affecte de ne considérer le cours de Quinet que comme des leçons sur la littérature des Jésuites.

En réalité, il laisse à son ami le soin de faire l’histoire de la Société de Jésus et d'appuyer son réquisitoire sur des faits et des textes. Lui-mème se charge de faire, si je puis dire, la philosophie du jésui-

1. Cf. Raymond Brucker : Les docteurs du jour devant la famille, Paris,

Crétineau Joly, t. V, p. 76, et chap. vu.

usme, à marquer sa place dans l’histoire de la pensée religieuse, de l'Église et de l’éducation. es

Quinet avait commencé par la biographie, et une biographie impartiale, d'Ignace de Lovola, et le récit de la fondation de son Institut. Il reconnait son génie, mais lui reproche de réduire la religion à un automalisme. Quinet aborde ensuite l’étude de l'ordre, de ses conshütutions, et montre que tout s'y ramène à l’obéissance aveugle. S'appuyant sur les constitutions il définit le caractère propre de la Société au milieu des ordres monastiques et la montre comme une «xiété de prètr2s enrégimentés pour exercer une action politique et sociale. De sa défiance de l’esprit, de son culte de la lettre, naissent les abus de Ja casuistique et le pharisaïisme. Quinmet passe ensuite aux missions des Jésuites, dans lesquelles, après une période admirable, ils sacrifient au succès les principes essentiels du christianisme en Inde, en Chine, au Paraguay. Leurs théories politiques sont la négation des idées modernes, bien qu'ils aient cherché à mettre la démocratie au service de la théocratie. Ils ont, en fait, plié leurs idées à leurs ambitions politiques. Dans l’ordre intellectuel, leur éducation a été stérile, et leur Ratio studiorum n’est qu'un système se mécanique mentale. Ils réduisent la philosophie à une gymnastique wolastique et la théologie à la paraphrase des décisions de Trente. L'obéissance au pape sera au fond leur seul dogme.

L'exposé de Quinet est sérieux, solide, grave, bien composé, riche de faits et appuyé sur les textes. On le sent préparé de longue date . Michelet non plus ne s’est pas attaqué sans préparation à un si redoutable et difficile sujet. Il avait déjà étudié l’histoire de ia Société pour son Précis d'histoire moderne. Il en avait parlé à ses élèves de l’École Normale en 1831: il y était revenu encore à propos de ses cours sur la Renaissance et la Réforme. Néanmoins, on cent, en le lisant, ce qu’il y eut de hâtif et d’incomplet dans l'élaboration 4 ce cours. Les leçons en sont moins mäûries, moins ordonnées, que villes de Quinet; le style offre des disparates, des soubresauts, parfois mème, quoique rarement, des violences. Son plan est assrz net, mais chaque point de son plan est traité d’une manière heurtée, saccadée et comme décousue, et, disons-le, extrêmement superficielle. C'est la plus faible des œuvres de Michelet, bien que ce soit une de celles dont le retentissement et l’influence ont été le plus grands.

Les deux cours se complétaient plutôt qu'ils ne se doublaient, et Michelet semblait tracer dans ses grandes lignes le programme dont Quinet fournissait ensuite le détail et les preuves; en mème temps, il donnait la philosophie des faits exposés par Quinet*.

1. Mme Quinet ose dire que Quinet parlait sans aucune note, sans rien écrire d'avance (Cinquante ans d'amitié, p. 119), et pourtant Iles leçons paraissaient le lendemain dans le Siècle, non sur une sténographie, mais sur le texte envoyé par Quinet d'avance à l'imprimerie.

2. Je dois ajouter qu'on publia (j'ignore qui) comme « complément indispensable aux œuÿres de MM. Michelet et Quinet » sous le titre de Compen-

J'ai fait justice de la légende qui veut que les jugements de Miche. let sur les Jésuites aient été inspirés par le désir de se venger des attaques lancées contre lui par les Jésuites dans le Monopole universitaire. Il suffit de lire ce qu'il disait en 1831 dans une de ses petites leçons de l'École Normale, pour se convaincre que ses sentiments nettement hostiles à la Société de Jésus étaient fixés depuis longtemps et remontaient à une époque-où les journaux catholiques célébraient les louanges de Michelet, où Montalembert, Nettement, Lamennais, le baron d’Eckstein et toute l’école de l’Avenir, le CONPAÉRIEt sinon comme un des leurs, du moins comme un allié et un ami : « C’étaient de vilaines gens’. »

Ce sont les mêmes idées que nous retrouvons exposées dans la première leçon sur les Jésuites, où est résumée toute la pensée de Michelet : « Au xvr siècle, dit-il, on se battait pour la religion, et alors un vaillant homme, Ignace de Loyola, comprit la religion comme une machine de guerre. Ses fameux exercices sont un manuel de tactique religieuse, où la milice monastique se dresse à certains mouvement-: il y donne des procédés matériels pour produire ces élans du cœur qu’on avait toujours laissés à la libre inspiration*. »

dium ou Code des Jésuites, d’après plus de 300 ouvrages des casuistes Jésuites. un recucil de propositions toutes plus ou moins révoltantes. Ce recucil, qui cut 5 éditions, de 1843 à 1845 (en vente rue du Hasard-Richelieu, 5, sans nom d'éditeur) est un recueil où les citations sont données sans aucune exactitude et qui est rempli d'erreurs. On y lit entr'autres que le cardinil Bellarmin fut canonisé. On peut juger de l'esprit de ce livre par cectle seule citation : « Le Manuel de la Confession de M. Bouvier archevèque de Reims, c<t un livre plus immoral que les œuvres du marquis de Sade. Les assassins de la Saint-Barthélemy, les Inquisiteurs et les Jésuites sont des monstres enfants par des imaginations malades. Ce sont les alliés naturels de l'esprit des Ténèbres et de la mort. La religion du Christ est au contraire une révélation sublime de la vie et de la lumière ».

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