‹ La vie et la pensée de Jules MicheletChapitre 50 sur 105 · déc · texte numérisé non relu

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comme éducation, excellente comme morale, posant des fondements indestructibles comme religion, l'éducation par les Jésuites n'était que la forme sensible de leur action sur la société. Oui, nous le reconnaissons, ïls se proposaient un but plus haut; celui de barrer le chemin au protestantisme; oui, de leurs mains de prêtres ils ont voulu entourer la religion catholique d'une inexpugnable enceinte, et quand la France, par une gratitude singulière, les a chassts de son territoire, Dieu merci la besogne était faite. Les Jésuites sont tombés; Voltaire et Diderot ont régné sans partage et 93 est venu; mais le catholi. cisme vivait, feu sacré, feu gardé et entretenu en lieu sûr !. »

Le journal protestant Le Semeur, dont l'opinion avait d'autant plus d'importance qu’il combattait avec les catholiques en faveur du réveil des idées chrétiennes et qu'il était ardent défenseur de la liberté d'enseignement, exprimait assez bien le sentiment de tous les libéraux de l’époque.

Avec beaucoup d'élévation et d’impartialité il critiquait le caractère trop absolu et trap général des condamnations portées par Miche. let et Quinet contre les Jésuites et publiait trois admirables articles de Vinet sur Bourdaloue où une éclatante justice était rendue non seulement au talent, à la profondeur psychologique et à la puissance de dialectique du grand prédicateur, mais aussi à son élévation morale. Vinet insistait sur l'injustice de ceux qui attribuent à tous Îles Jésuites les excès de quelques-uns ou qui les rendent seuls responsables de conceptions et de pratiques qui existaient avant eux. Mais Le Semeur approuvait Michelet et Quinet dans les deux critiques essentielles qu'ils adressaient à la Société de Jésus : la place non seulement prépondérante mais presque exclusive faite à l'obéissance dans les devoirs du chrétien et du religieux qui substitue dans la piété et dans la morale le mécanisme à la vie, et l’accommodation de la religion à des fins politiques ou mondaines et au succès temporel. Le Semeur insistait aussi sur l'injustice commise par ceux qui taxaient Michelet et Quinet d’impiété, alors que pas un mot dans leurs leçons ne tourh: ni au dogme, ni à la constitution de l’Église, et qu’un esprit profon dément spiritualiste et religieux les anime :

« Ce qui est essentiel à nos yeux, disait le Semeur du 2 août en rendant compte du volume des Jésuites, c'est le sentiment sérieux, c’est la pensée d'avenir qu'ils expriment et qui n'’altère ni chez M. Michelet l'originalité de la forme, ni chez M. Quinet la spécialité de l'étude.

Nous aimons entendre dire au premier : « Devenir de plus en plus négatif, c’est vivre de moins en moins. Que Dieu rentre dans la science. Comment a-telle pu s'en passer si longtemps? Revenez chez nous, Seigneur, tout indigne que nous sommes... Ah! que vous serez bien reçu! » Nous aimons entendre dire au second : » Si, comme je l'ai toujours cru, l'âme trop délaissée a besoin de nourriture, si la pensée religieuse souffle de nouveau sur le monde, si l'é. toile nouvelle se lève, ne restons pas en arrière, et marchons les premiers au devant de ce Dieu qui se réveille dans nos cœurs. Que la génération nouvelle, sans se laisser endormir par un trop grand soin des petites choses, aspire à continuer la tradition de vie. »

1. Le Globe d'ailleurs (8 août) alla jusqu’à faire l'éloge d’une brochure de M. Voisin, qui demandait le rétablissement du catholicisme comme religion d'Etat : Union intime et nécessaire entre la religion et la politique, ct du catholicisme comme religion d'Etat.

« Nous n'avons garde de demander aujourd'hui une doctrine formulée aux hommes qui parlent ainsi, et nous n’en demanderons de longtemps une à la jeunesse à laquelle ils s'adressent; que ces besoins si douloureusement avoués de l'humanité et de la science soient de plus en plus sentis et nous serons satisfaits. C'est que ce sentiment s’il devenait général et profond, ne serait rien moins que le saint ébranlement pour lequel Dieu se prépare, quand il lui plait, un peuple de bonne volonté. »

Cette sympathie pour l'esprit qui animait les cours des deux professeurs n’empêchait pas Le Semeur de relever ce qu'il y avait d’étrange et de dangereux dans la conception de Quinet par laquelle il semblait vouloir créer une sorte de religion d’État représentée par les institutions mêmes sorties de la Révolution et fondée sur l'égalité des cultes. D’après Quinet la France professe et enseigne l’unité du christianisme, par dessus la diversité des Églises particulières. L'’ultramontanisme e$t sinsi l'opposé du dogme social et religieux inscrit dans la contitution de la France. « Il faut, disait Quinet, ou que la France renie sa communion politique et sociale ou que le catholicisme devienne véritablement universel en comprenant enfin ce qu'il se contentait de maudire. »

Le Semeur relève non sans ironie les termies par lesquels Quinet se déclare « de la communion de Descartes, de Turenne, de la Tour d’Auvergne et de Napoléon » et exprime la crainte que cette conception d’une religion civile, d'une religion d’État ne puisse conduire à une intolérance d’un nouveau genre, aussi redoutable que celle de l’ultramontanisme.

La Revue de l'Instruction publique , publiée jar la maison Hachette prenait hautement la défense de l’Université attaquée, protestait contre les perturbateurs qui au Collège de France menaçaient la liberté de l’enseignement supérieur * et donnait le 15 septembre une approbation sans réserve au livre des Jésuites’. La Revue des Deux Mondes par la plume érudite et spirituelle de Libri, publiait deux mordants pamphlets (4° mai et 15 juin) intitulés, Lettres sur le clergé*. Dans le premier qui portait comme sous-titre : La liberté de conscience, il faisait un piquant tableau de l'intolérance et de la mauvaise foi qui

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