‹ La vie et la pensée de Jules MicheletChapitre 51 sur 105 · juin · texte numérisé non relu

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3. Elle dépasse même de beaucoup Michelet et Quinet dans la dureté de ss jugements. « Le jésuitisme, dit-elle, n’est que l'esprit de ruse et de mensonge ».

4. Une note du journal de Michelet nous apprend que Île 6 juin, au. moment même où Libri venait de faire visite à Michelet en vue de sa candidature au Collège de France et où il priait Michelet d'employer, toute son influcnce en sa füveur contre Cauchy, dénoncé comme le candidat des Jésuites, Michelet fut averti par Weiss, le bibliothécaire de Besançon, l'éditeur des papiers de Granville, que Libri était un voleur : « Rubbiano », écrit-il en ilalien de fantaisie, terrible révélation. De même que Guizot, le protecteur de Libri. avisé de ses vols dans les bibliothèques. avait enfermé le rapport qui confirmait ses vols dans son bureau où il fut retrouvé après 'e »5 février, Michelet ne semble pas avoir donné suite à cette révélation et se contenta de se tenir à l'écart de Libri.

inspiraient les factums dirigés contre l'Université; dans le second : ŸY a-t-il des Jésuites? Libri cherchait à montrer les Jésuites reconstitués prenant la direction du clergé de France. Quatre mois plus tard, (45 octobre), La Revue revient à la charge dans un article de Lerminier sur l'Église et les philosophes. Nous nous rappelons que Lerminier, après avoir été pendant dix-huit ans au Collège de France, dans la chaire de législation comparée, le représentant des idées presque révolutionnaires, et à la Revue des Deux Mondes l'adversaire déclaré de la renaissance catholique, s’était fait tout à coup le défenseur de la monarchie constitutionnelle. Son article du 15 octobre, quoique beaucoup moins agressif que ceux de Libri, témoigne qu'il n'avait rien abandonné de son voltairianisme et que la manifestation de ce voltairianisme n'élait pas mal vue dans les régions officielles. Il dénonce la prétention de l’Église d’être seule capable de donner à l’enseignement des bases morales et de reprendre dans la société la position qu’elle avait avant 1789. Se voyant impuissante, constatant la faiblesse de l’enseignement des séminaires, l'Église a dû appeler à son aide les Jésuites.

« Nous ne confondons pas l'Église et les Jésuites, maïs nous disons que les Jésuites sont aujourd'hui nécessaires à l'Église. L'état de ses affaires ne lui permet pas de congédier de parcilles troupes. »

Le gallicanisme est mort, l’ultramontanisme triomphe dans le clergé; aussi les Jésuites deviennent-ils tout puissants; les uns invoquent, les autres subissent leur intervention. Pour contrebalancer cette attaque très vigoureuse mais courtoise de ton, Lerminier critique assez vivement l'intervention de Michelet et de Quinet, qu’il trouve excessive et maladroite. C’est qu’en effet dans les cercles officiels il ne manquait pas de gens pour trouver que les deux professeurs avaient eu tort de dire si haut ce que l’on pensait tout bas et qu'ils avaient justifié les Jésuites en mettant tous les catholiques dans la nécessité de se solidariser avec eux et de les défendre.

La Revue Indépendante, l'organe du parti avancé où écrivaieri Pierre Leroux, George Sand, Pascal Duprat, Godefroy Cavaignac, Victor Schœælcher, Eugène Burnouf, était à la fois nettement hostile à l'esprit voltairien du xvm° siècle et au catholicisme’. Elle révait une révolution religieuse qui mettrait à la place des Églises chrétiennes existantes, un nouveau christianisme, fils de la démocratie révolulionnaire et des aspirations sociales modernes. A la différence du

Semeur elle applaudissait aux paroles par lesquelles Quinet annonçait une future unité religieuse*.

1. Danton, dans une lettre à Michelet, accuse la Rerue indépendanie de vouloir tenir la balance égale entre l'Université et le clergé.

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