Revue des Cours, n° du 28 mai
Le philosophe, Ch. Renouvier, qui était alors à ses débuts {il avait trente ans) écrivit dans la Revue indépendante du 15 juillet un article inspiré des leçons de Michelet et de Quinet sur le Retour des idées religieuses en France, où il attaque vivement les Jésuites, qu'il accuse de vouloir s'emparer du monde et le conduire par l'éducation, par le confessionnal, par l'Etat, et de
On voit dans la chronique politique du 10 juin, consacrée à la liberté d'enseignement, que La Revue Indépendante ne serait pas éloignée de désirer l'établissement par l’État d’une Église ‘unique, d’une éducation unique, enseignant une doctrine unique, sous prétexte de la fraternité de tous les hommes, fils d’un mème Dieu. Mais manquant de confiance dans le gouvernement actuel, incapable de créer une bonne éducation nationale, et redoutant qu'une théocraitie d’un nouveau genre ne sortit de cette unité morale imposée par l’État, elle demande au contraire la liberté absolue d’association et d’enseignement, mais la liberté vraie, non la liberté telle que la comprennent les catholiques l'abbé Chatel. La Revue Indépendante apportait à Michelet et à Quiqui, tout en réclamant la liberté, ont fait fermer l’église française de net une approbation un peu compromettante, car elle n'hésitait pas à déclarer qu’il est vain d'espérer une réforme du catholicisme ou même sa séparation d'avec l'esprit jésuitique :
« Le catholicisme doit rester ce qu'il a toujours été, ou cesser d'exister. La maxime des Jésuites : Sint ut sunt, aut non sint, est aussi la sienne, ct c'est pourquoi il est en complet désaccord avec la civilisation moderne, et qu'il se trouve fatalement en hostilité avec elle... Sa nature et sa vie sont de commander. I! se croit anéanti dès qu'il cesse de régner. L'esprit relidieux a pu ailleurs se montrer humble et conciliant. Dans Îe catholicisme il à toujours été dominateur'. »
Indépendamment des appuis que Michelet et Quinet trouvaient dans. la presse, les encouragements et les applaudissements leur arrivaient en fdule du monde des lettres et de l’Université. Nous avons déjà cité la lettre de Cuvillier Fleurv, qui surpasse toutes les autres en violence. Mais il n’est pas sans intérêt de passer en revue quelques-uns de ces témoignages. Ils sont signés de noms célèbres ou connus’, nous donnent une idée de l’état des esprits en cette année 1843 et nous
subsister à la politique à ciel ouvert l'intrigue, à la science, la scolastique et la mémoire des mots, à la morale, la casuistique. Il salue la renaissance religieuse du xrx° s. ct mème la renaissance catholique due aux historiens et aux philosophes; mais il voit l'avenir de ce mouvement religieux, non dans le catholicisme dont les doctrines sont incompatibles avec la pensée modcrne, mais dans un christianisme transformé, fondé sur l’histoire, la philosophie ct la science.
1. Eugène Sue devait, en 1844, prendre part à la lutte contre les Jésuites per un roman d'un parti pris violent et même grossier : Le Juif errant, qui parut dans le Constitutionnel et n'eut pas k succès des Mystères de Paris.
?. Gens de lettres : Gautier; Pongerville, Mérimée, Emmanuel Gonzalès, Michiels.
Historiens : Vallet de Viriville, Avenel, Lehuérou, Lacroix.
Universitaires : Nicolas, Mourier, Danton, Olleris, Chérel, Vacherot, Macié.
Publicistes : Hennequin. Faucher, etc. |
Etrangers : Merle, Cherbuliez.
Duc et Duchesse d’Abrantès, très véhéments.
Ravaisson était un de ceux qui encourageaient le plus Michelet.
Le 27 fév. il était venu raconter à Michelet que Cousin avait été ordonné Prêtre à Saint-Nicolas du Chardonnet.
Le 30 juillet, cinq élèves de l'Ecole Normale : Cucheval, Dreyss, Geffroy, Belhomme et Robiou viennent apporter à Michelct les félicitations de l'Ecole.
font comprendre le succès retentissant qu'obtinrent les leçons de Michelet et de Quinet quand elles parurent en volume :.
Ce n’est. pas seulement dans le monde des lettres et de l'enseigne. ment qu'ils trouvaient des appuis; dans la magistrature, dans la haute administration, dans le parlement, ils rencontraient aussi de non: breuses sympathies. A la cour même leur hardiesse recevait des encouragements. Pas auprès du roi Louis-Philippe, excédé de tout ce tapage et dont le voltairianisme ne comprenait ni l’intransigeance fanatique avec laquelle les catholiques dénonçaient les philosophes universitaires, ni la ferveur mystique avec laquelle les apôtres d’un nouveau christianisme prétendaient servir le spiritualisme et la religion en faisant la guerre aux Églises établies. Pour lui, il le déclarait bien haut, ces querelles étaient des querelles de cuistres et de bedeaux. La reine Marie Amélie, qui. d’ailleurs avait toujours été pieuse, redoublait de dévotion et de sympathie pour l’Église depuis la mort tragique du duc d’O:léans. La sœur du roi, Mme Adélaïde, qui avait été de tout temps sa conseillère politique, son Egérie, se rapprochait peu à peu du parti catholique. Mais il en était autrement des princes. Si le duc de Nemours, régent éventuel, gardait une prudente réserve, le duc d’Aumale et le duc de Montpensier ne cachaient pas leur sympathie pour Michelet et Quinet. Le 29 mai le duc de Montpensier les invitait à dîner au chàteau de Vincennes avec Ad. Régnier, le précepteur du comte de Paris et le général Duvivier. L'Univers signalait ce dîner comme un scan. dale. La duchesse d'Orléans *, le 13 mai, félicite Michelet à Neuilly après sa troisième leçon et lui dit : « Vous avez été hardi. » Le 16, Miche. let la trouve refroidie, mais le 23 elle a repris toute sa chaleur. Ten: tefois Michelet sent à la cour des influences hostiles. Pour ètre libre de continuer sans entraves la lutte qu’il a entreprise, il doit rompre ses attaches officielles. Dès le 11 avril il avait dit à Boismolon, !: trésnrier de Ja liste civile, qu'il désirait renoncer à son traitement a château. Le 21 juillet il fait pressentir sa démission. Il la donne deux jours après, le 23 juillet, à la duchesse d'Orléans.
Le parti catholique s’étonnait des attaques véhémentes dirigées conire les Jésuites; maïs il ne devait s’en prendre qu’à la manière violente outrageante, calomnieuse dont avait été menée toute la campasn® contre l’Université. C’est l'intransigeance des catholiques, voulant multanément conserver un droit de surveillance sur les étahlissements de l’État, ct dans les établissements religieux une liberté sans contr!le et sans conditions de diplômes, qui fit échouer les divers projets pré parés par le gouvernement de 1833 à 1844 en faveur de la liherté d'esseienement promise par les chartes; nous avons raconté comment, à