‹ La vie et la pensée de Jules MicheletChapitre 53 sur 105 · Du vo juillet au 30, 3 éditions in-12, 2 édit. in-S · texte numérisé non relu

Du vo juillet au 30, 3 éditions in-12, 2 édit. in-S

C'est le 28 juillet que Michelet voit, je crois, pour là premitre fois Béranger dont il est charmé et qui lui dit : « Si les sciences sont matérialiste!, c'est que les savants n'ont pas de cœur ».

2. La princesse Clémentine était mariée depuis le 20 avril, mais la duche: d'Orléans avait voulu que Michelet continuât pour elle les leçons qu'il do nait au château.

colé des premières interventions très nobles et dignes, malgré leur véhémence, de Montalembert, de Lacordaire et de leurs amis, certains évèques comme celui de'Belley ‘ et surtout celui de Chartres, Clausel de Montals”, donnèrent le signal d’une campagne de diffamation cortre l’Université *. C’est à cette campagne que les Jésuites se mélèrent avec une intempérance qui pouvait d'autant plus sûrement amener des représailles que la Compagnie de Jésus n'avait pas d'existence légale en France et, obligée sous Charles X de se dissoudre de nouveau, ne s'était peu à peu reconstituée sous Louis-Philippe que grâce à la tolérance du gouvernement‘: Les pamphlets dont ils furent les inspirateurs n'étaient pas signés par des membres de la Compagnie, mais on peut assez aisément en découvrir l’origine. Ils parurent ou bien anonymes, ou bien sous la signature de prètres séculiers qui en prenaient la responsabilité. Le premier parut en 1840, sans nom d'auteur; il était inspiré par les Jésuites de Nancy, rédigé par l’aumônier du Collèec, l'abbé Garot, et relativement modéré de forme. Il se présentait d'ailleurs comme l’œuvre d’une société d’ecclésiastiques présidée par l'abbé Rohrbacher, ancien rédacteur de l'Avenir et professeur au collège de Juilly. Il avait pour titre : Le monopole universitaire dévoilé à la France libérale et à la France catholique. Il se contentait d’accuser l'Université de tyranniser la jeunesse pour lui enseigner avec le panthéisme les abominations du paganisme et avec le déisme la religion de Robespierre.

Au commencement de 1843, parut un nouvel écrit, cette fois en un énorme volume de 675 pages, Le Monopole Universitaire, dont plus tard le chanoïne Desgarets se déclara l’auteur. Il avait été préparé par les Pères Jésuites de Lyon, rue Sala, 14°. Cette fois, on prenait di.

1. Qui appelait les collèges des « écoles de pestilence » (Mgr Device).

o. Qui accusait l'Université de « transformer les enfants en animaux immondes et bêtes féroces » et Jouffroy d'avoir « encouragé le parricide et les voluptés les plus infâmes ».

3. À laquelle malheureusement l'Univers, dont Montalembert avait fait son principal organe, prêla son appui en dénonçant le 31 mars 1842 dans une pétition à M. Villemain, 18 professeurs de l’Université : Cousin, Jouffroy, Charma, Gatien-Arnould, Nisard, Ferrari, Labiite, Boullier, Jules Simon, Michelet, Lerminier, Boguect, Quinet, Chasles, Michel Chevalier, Ampère, Laroque, Damiron.

4. Les Jésuites avaient des noviciats à Saint-Acheul «t à Laval, des maisons à Paris, Lyon, Avignon, Nancy, etc.

5. Dans une lettre du 25 mai à l'Univers. Dans l'avis mis en tête du volume, Desgarets disait n'être que l'éditeur d’un volume qu’on lui avait remis à Lyon. On l'attribua au Père jésuite Deschamps.

6. Nous trouvons dans la Vie du R. P. Xavier de Ravignan par le P. A. Ponlevoy (Paris 1862) t. I p. 272 la preuve que le livre de Désgarets émanait des Jésuites et que les Jésuites avaient poussé aux manifestations contre le Collège de France. Ravignan fut obligé à la fin de 1843 de se défendre auprès du Révérend P. Général Roothaan (qui lui avait fait écrire par le P. de Villefort) contre les dénonciations lancées contre lui par des Jésuites de France. On l’accusait d’avoir appelé le livre du Monopole Universitaire un malheur immense, blâmé le ton injurieux du livre, trouvé sa publication inopportune. On l'accusait aussi d’avoir refusé l’absolution aux manifestants du Collège de

rectement à partie les professeurs de l’Université et du Collège de France, Cousin, Jouffroy, Daunou, Villemain, Guizot, Ampère, Chasles, Labitte et tout particulièrement Michelet et Quinet. Des citations travesties et tronquées étaient accompagnées des plus grossières injures: « La Revue des Deux Mondes est un recueil abominable qu'on dirait écrit pour les mauvais lieux ». Les Débats sont une « feuille dégoùtante ». Michelet unit dans ses cours « l’immoralité à l’impiété » Cousin « l’insolente grossièreté à la plate hypocrisie du valet ». M. Laroque, l& recteur de Cahors, est comparé à Lacenaire:.

Le libelle de Desgarets ayant été blâmé par Mgr. Affre pour sa vin: lence et traité d'œuvre calomnieuse par Villemain à la Chambre, l'auteur répliqua par un nouveau volume moins violent: L'Universi! jugée par elle-même, qui parut en septembre. Il répondait aux Jésuites de Michelet et de Quinet « extravagant fatras d'injures et de piates calomnies » et déclarait la cause des Jésuites, grande, belle, constitutionnelle et légale. «

D'autres pamphlets de la même nature 7 de la même inspiration accompagnèrent ceux-là,

L'Église et les Jésuites avaient heureusement pour eux de meilleur: défenseurs.

C’est l'Univers qui apporta à cette guerre de plume le plus de ver: ve et d'esprit’. Montalembert avait procuré à sa rédaction une re. crue brillante Louis Veuillot‘, qui donna au journal une allure hien plus agressive que Montalembert lui-même n'aurait voulu, et qui d* vint l’âme du journal. Sa campagne contre Michelet et Quinet est des plus amusantes. Je ne dis pas qu’elle soit toujours de la plus parfail® bonne foi. Par exemple, il affectait de protester contre les perturbateur< des cours du Collège de France et de revendiquer la liberté pour ls adversaires des catholiques comme pour les catholiques eux-mêmes: °n même temps, non seulement, il exagérait les troubles du Collège de France pour inviter le gouvernement à intervenir, mais il applaudissait à tous les actes du gouvernement portant atteinte à la liberté de: professeurs ou à la liberté des cultes. Il exigeait que l’État interdit ) ses professeurs toute attaque contre les catholiques, la charte ayant promis respect et protection à tous les cultes. De même l'Univers du premier août accusait Michelet et Quinet d’être des calomniateurs: ils avaient raconté en s’en indignant la conduite du curé de Baïdenheim près de Schlestatt. Celui-ci avait profité de la circulaire de M. Martin du Nord) autorisant les catholiques à- réserver pour leur culte exclusif le

France. Il s'est contenté d’exhorter les jeunes gens à l'abstention. M. Thureau- Dangin s'est fondé là-dessus pour prétendre que ce fut le P. de Ravignan qui arrêta les manifestations. |

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