‹ La vie et la pensée de Jules MicheletChapitre 54 sur 105 · L'Univers fondé par Migne en · texte numérisé non relu

L'Univers fondé par Migne en

. Jusqu'en 1840 journaliste gouvernemental en province.

chœur des églises, très nombreuses alors en Alsace, où existait le simulltiueum, pour faire enlevèr trois grandes pierres tombales de familles protestantes seigneuriales, effacer les inscriptions et combler de gravier les caveaux, puis enlever l’autel et les bancs des protestants sans avour prévenu ni le consistoire luthérien, ni l'autorité municipale’. Le curé cité par les protestants devant le tribunal de Schlestadt, avait été ac quilté : mais le tribunal avait blâmé ses agissements. Devant la cour d'appel de Strasbourg, le 23 juin, il fut acquitté purement et simplemnt, et il avait fait condamner, le 20 juillet, à 300 francs d’amende ct 5.0 francs de dommages et intérêts le journal l’Alsace qui avait jait un récit dramatique et très exagéré de l’affaire en lui prètant les paroles odieuses. L'Univers déclare que ce sont Michelet et Quinit qui ont été condamnés comme calomniateurs. Il oublie de dire que les faits stiymatisés par eux étaient véritables, mais que les tribunaux fa- \urables au curé de Baldenheim avaient simplement jugé qu'ils ne constituaient pas un délit. Veuillot n’était pas non plus de très bonne ji quand il prétendait que le ministre de l’Instruction publique, les mvmbres du Conseil royal et les professeurs s'étaient réunis en sanhédrin pour décider qu'il fallait aboyer, mais que pour ne pas comproneltre l'Université, ïls avaient choisi pour aboyer non des universitures, mais des professeurs du Collège de France’. Veuillot intitul” ses articles Ligue universitaire et suppose partout qu’on est cn présonce d’un véritable complot contre la religion. Mais s’il a apporté dans la lutte une constante violence, s’il a systématiquement défiguré cu exagéré les opinions de ses adversaires, il faut reconnaître la verve couailleuse et l’éloquence entraînante de ses articles, à vrai dire un jeu prolixe. Dans celui du 23 juin, Michelet était caricaturé d’une ma nière perfide mais comique.

Bonnetty, dans les Annales de philosophie chrétienne, sur un ton plus grave que Veuillot, défendait les Jésuites par des arguments plus solides. 11 invoquait surtout contre Michelet l’opinion de savants universellement respectés, Cantu, Hurter et Ranke. Nous sommes en effrt tout disposés à penser que Ranke ne devait guère goûter le ton 1pocalyptique que prenait trop souvent Michelet.

Le plns redoutable adversaire de l'Université fut le Correspondant. l'afte revue mensuélle, fondée en 1829 et qui avait pendant quelques “années porté le nom de Revue Européenne avait été réorganisée en 140 sous la direction d'Edmond de Cazalès. Elle réunissait dans : rédaction les représentants les plus remarquables de ce qu’on a appelé plus tard le catholicisme libéral, Montalembert, Lacordaire, Carné.

1. Cf. la brochure de 38 p. 8° imp. à Berne chez Ch. Fischer 1843 Wahrhafter Bericht über die Verfälle im Chor der Simultankirche zu Baldenhetm im Elsass qui apporte les preuves absolues des violences commises par Île curé de Baldenheim ct aussi des abus commis à Gundershoffen. — L'’app. IT et un rapport détaillé fait par le pasteur Nessler au Directoire de Strasbourg Île 6 avril 1843 sur les affaires de Baldenheim.

>. Univers 27 juillet.

3. Qui se préparait alors à Rome à recevoir la prètris en suivant Îles l:cons des Jésuites du Collège Romain.

Falloux, Ozanam, Bautain, Eugène Forcade'. A la date où nous sommes, la scission qui devait se produire plus tard entre les tenants de l’ultramontanisme, dont Veuillot fut le plus ardent, et les catholiques libéraux n'existait pas encore. Veuillot écrivait au Correspondant et

c'était Montalembert qui l’avait appelé à Paris pour écrire dans l'Uni-

vers. Le Correspondant et l'Univers défendaient la même cause, celle de l’Église et de la liberté d'enseignement au profit de l’Église, quoique avec un ton bien différent. La polémique du Correspondant n'est ni injurieuse ni calomnieuse. Elle est fondée sur une argumentalior

assez solide, elle va assez au fond des choses pour que nous nous

y arrêtions un instant.

Je ne m'’arrêterai pas aux articles sur la liberté d'enseignement. dont les plus remarquables sont dûs à L. de Carné. Il déplorait avec une émotion sincère les querelles entre l’Église et l’Université. IL déclarait comme contraire à la charité de servir chaque matin un

Jésuite à ses lecteurs ou de trouver du plaisir à manger du professeur,

et tout en réclamant pour les catholiques le droit de confier leurs en-

fants à des instituteurs de leur choix, il acceptait (ce que ne faisaient

pas tous ses amis) et la surveillance de l’État et même l'obligation

de grades académiques imposée aux professeurs libres.

Quant à la querelle sur les Jésuites — qui seule nous intéresse ici —

ce sont les trois articles d'Eugène Forcade (juillet, septembre et d

cembre 1843) sur Les Récentes attaques contre l'Église, sur les Jésui-

tes de Michelet et de Quinet, et sur la Philosophie officielle qu'il faut lire pour apprécier l'attitude du Correspondant. Il commence par réfuter vigoureusement la singulière conception de

Quinet d’après laquelle la France enseigne dans sa constitution même

l'unité du christianisme sous la diversité des Églises particulières. For-

cade répond avec raison que la charte accorde une liberté égale à tous les cultes et subventionne les cultes chrétiens, sans se mêler n°

de les unifier, ni de les approuver, et il n’a pas de peine à montrer tout ce qu'il y a d’arbitraire dans cette idée de Quinet que la « Révolution française, dans son principe, est plus véritablement chrétienne

que l’ultramontanisme, parce que le sentiment de la religion univer

selle est désormais plutôt en France qu’à Rome. »

Puis il aborde la question même des Jésuites*. ‘1 dit avec raison

qu'avant de porter un jugement sur les Jésuites d'aujourd'hui, il faut

approfondir trois choses : 4° la pensée même de l'ordre et les ouvrages

1. Le Correspondant tout en ayant une dignité et une modération dans son langage qui le distinguait du reste de la presse catholique, de l’Ami de la Religion ou de l'Univers, se montrait cependant non seulement d'une stricte . orthodoxie, mais d'un traditionaligme excessif. Dans son premicr numére. Veuillot écrivait sur Notre-Dame de Lorette un article où il soutenait l'incontestable historicité de la translation miraculeuse de la Casa Santa de Palestin' en Italie. Il voulait bien admettre que ce miracle ne fût pas un article de foi. Le Correspondant faisait l'apologie de la Ligue et se gardait de toute cri

tique à l'égard non seulement de l'Église, mais de tous ceux qui l'avainl |

défendue, n'importe par quels moyens.

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