‹ La vie et la pensée de Jules MicheletChapitre 55 sur 105 · Décembre · texte numérisé non relu

Décembre

du fondateur et les constitutions; 2° l’histoire de l’ordre et les causes qui ont amené sa suppression par le Saint-Siège; 3° les conditions de rélablissement de l'ordre et les garanties qui peuvent être cherchées pour éviter les fautes du passé. Quinet a rendu un bel hommage au génie de saint Ignace, mais il a défiguré son œuvre. Il fait des exerces spirituels une pure gymnastique spirituelle, une dévotion toute machinale. « Les Exercices spirituels, par lesquels, dit le titre même : du livre, l’homme est mis en état de se vaincre soi-même et de régler sa vie par une détermination libre de toute affection coupable » ont pour objet non d'imposer à chacun un programme immuable et détaillé d'exercices réglés d'avance, mais de fournir un plan général de méditations, à savoir la contemplation et l’imitation de la vie de Jésus-Christ en mettant en œuvre toutes les puissances de l’âme : imagination, intelligence, volonté. Quinet énumère les divers exercices que, d’après lui, saint Ignace prescrit pour arriver à la sainteté en réunissaant arbitrairement des préceptes recueillis soit dans les Exercices spirituels, soit en dehors, non sans y introduire des contre-sens pour triompher plus aisément.

Forcade proteste contre l'identification de la Société de Jésus avec l'Église même. Cette société constitue une des formes prises au sein du catholicisme par la vie religieuse. Chacune a son droit à l’existence. Refuser la liberté à l’une d'elle par peur qu'elle ne nuise à la liberté, c'est le prétexte qu’invoquent toutes les intolérances qui ont peur de la lutte à ciel ouvert. C’est le refus de la liberté aux Jésuites et aux catholiques qui peut au contraire entraver la liberté des professeurs de l'État, car s'ils ont seuls droit à la parole, ils ont pour devoir absolu observer une neutralité complète entre les opinions religieuses et de s'abstenir d'en parler.

Dans une conclusiun très éloquente, Forcade accuse l'opposition inventée par Michelet et Quinet entre l'esprit de vie et l'esprit de mort d'étre un jeu de mots : la vraie opposition qui domine Ja vie humaine est celle des instincts inférieurs de notre nature avec les aspirations morales et vertueuses. Tous les chrétiens, saint Ignace comme les autres, ont cherché à enseigner à l’homme à vaincre les désirs inférieurs par la contemplation des destinées immortelles de l’âme Et d'ailleurs, regardez autour de vous. Voyez où sont les œuvres de vie? Elles sont dans ces œuvres de relèvement social, d'assistance et de charité qui sont toutes dues à l'esprit religieux.

Forcade avait déjà, en juillet, traité la question des Jésuites dans son article sur les Attaques récentes contre l'Église. Tout en prétendant que Michelet et Quinet ne s’en étaient pris aux Jésuites que pour attaquer le christianisme et en se refusant à rendre le catholicisme solidaire de tout ce que les Jésuites ont fait et écrit, il prenait la défense des Jésuites sur le point qui, depuis les Provinciales.

1. [Voy. Boehmer, Les Jésuites, p. x111. Toutefois il y a du vrai dans l’observation de Quinet, car saint Ignace dit qu'il faut entre chaque respiration ou soupir, dire un mot de la prière, ct employer le twmps de la respiration considérer la signification du mot!

paraissait le plus vulnérable : le relâchement de leur morale par la ca. suistique et le probabilisme. Forcade oppose à Michelet et à Quint l: passage célèbre de Voltaire faisant grief à Pascal d’avoir attribue à toute la Société les opinions extravagantes de quelques Jésuites la. mands et espagnols, opinions que des casuistes non jésuites ont au: défendues’, et il prend la défense de la casuistique elle-mème. Une pu. - blication récente et anonyme avait attiré l'attention sur les côtés scabreux de celle-ci. L’adjoint au maire de Strasbourg, Frédéric Bush avait publié à 84 exemplaires sous le titre: Découverte d'un bibluphile ou Lettres sur différents points de morale enseignés dans queiques séminaires de France une analyse d’un compendium theologir moralis usité dans le séminaire de Strasbourg, publié à Fribourg + Suisse en deux volumes, en 1834, par le Père Jésuite Moullet d'a. près les ouvrages du bienheureux Liguori et de nombreux casuistes. et où se retrouvent toutes les théories du probabilisme et de la dirwtion d'intention stigmatisées par Pascal. Le Semeur du 3 mai, puis les Débats reproduisirent les passages les plus saillants de la brochure. Libri dans la Revue des Deux Mondes, Génin dans le National avaient fait ressortir tout ce qu'il y avait de dangereux pour les prnitents comme pour les confesseurs à étudier en détail les raffinements du vice et aussi ce qu'il y avait de dangereux au point de vue moral à chercher les atténuations ou les excuses qui pouvaient étre admises pour certaines fautes. Forcade répond que le catholicisiur seul peut apporter au pécheur un appui efficace et éveiller en lui une vigilance suffisante par l’aveu détaillé des fautes, et par une gra: dation des péchés, et des pénitences qui permet de monter un à ua tous les degrés de la sanctification. Il se garde bien d'ailleurs de di: cuter les singulières excuses inventées par les casuistes et la théonmême du probabilisme; il ramène toute la question de la casuistiqu à celle de la confession et il montre dans la réprobation de la confe:sion catholique une conséquence des idées protestantes sur le péché et sur la grâce. Il écarte donc les Jésuites du débat; il demande qu'on n’en parle plus, car on n’en a parlé que pour exciter les esprits contre le catholicisme en agitant un épouvantail imaginaire.

Dans cet article, Forcade met en cause un personnage bien plus important que Michelet et Quinet. Cousin était alors, au Conseil royal de l’Instruction publique, non seulement le directeur de l’enseignement philosophique en France, mais le véritable grand-maitre dl'Université, et l’on peut dire qu'il parlait au nom de celle<i loriqu'il prenait la parole à la Chambre des pairs. Forcade prétend, con: me Foisset l'avait aussi prétendu dans un article de juin sur le Pensées de Pascal, que c’est Cousin qui a donné le signal de la levée des boucliers contre les Jésuites. On saisit là combien les passions polémiques du moment altéraient le sens de la justice et de la vérité

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