TOME
propos avec une rhétorique émue; mais ils lui reprochaient non sans raison, de croire et d'enseigner que la philosophie peut se suffir: à elle-même, de vouloir établir une philosophie d'État, et consti. tuer ainsi une sorte de religion laïque. L'évêque de Châlons avar! dénoncé avec fureur à la sévérité des pouvoirs publics le principal de Vitry-le-François, qui, dans un discours de distribution de prix. avait présenté « la philosophie et la religion comme deux sœurs admirables d’accord et d'harmonie, mais indépendantes l’une de l'autre. » « Le jeune homme qui entre en philosophie avec la foi l’y conserve, celui qui a déjà eu le malheur de la perdre y acquiert toutes Jes croyances morales dont la pratique constitue l’honnète homme et peut le conduire à sa fin. » Ces paroles ne nous paraissent pas irréligieuses. Elles semblaient pourtant à Forcade une énormité, car, ditil, « une philosophie qui croit pouvoir tenir lieu de religion est responsable de toutes les mauvaises actions qui ne peuvent être prévenues que par la discipline qui procède du dogme. » La seule philosophie que l'Église puisse accepter est celle qui ne prétend fournir que les prémisses de la foi. Vouloir faire de la philosophie et de la foi des sœurs, c'est les rendre ennemies. — On comprend dès lors pourquoi, en 1844, à la Chambre des Pairs, quand on discuta la loi d’enseignement, tous les représentants du parti catholique demandèrent la sup. pression de la classe de philosophie. |
A côté du Correspondant, qui avait porté le débat à un niveau plus élevé, d’autres voix encore défendaient les droits des catho: liques et la cause des Jésuites sur un ton moins passionné que celui de l'Univers. C'était d’abord celle de Montalembert. Pendant ces années 1842-1843, il se trouvait éloigné du champ de bataille, devant séjourner à Madère la plus grande partie de l’année, pour la santé de sa femme’. Néanmoins, il écrivit à Madère même, une brochure’ sur le Devoir des catholiques dans la question de la liberté d'enseignement, où il leur recommandait de constituer un parti politique comme l'avaient fait les catholiques belges. Montalembert blämait tout bas les excès de style de Veuillot comparant les phrases de Mi. chelet à des saucisses sur une devanture de charcutier. Mais il pré. férait, comme Lacordaire, ces violences à la modération des prudents et des conciliateurs. « Ce Veuillot m'a ravi, écrivait-il à Foisset ie 41 novembre. Voilà un homme selon mon cœur. Quant à ces catholiques (les modérés), je les donne aux cent mille diables. Ce sont nos pires ennemis, mille fois plus dangereux et plus odieux que le: philosophes. » Montalembert ne trouvait pas mauvais que la cause catholique fût défendue à la fois sur le mode grave et sur le mod: violent’. Lacordaire écrivait aussi à Montalembert, le 21 juillet,