Publiée en décembre
3. Il était, dit Sainte-Beuve (chronique p. 149) un homme de consrience rl de talent; mais après avoir été l'élève de Lamennais et de V. Iugo il s'était mis à « la suite de J. de Maistre, de la famille des esprits élevés. mais arrogants. » Sa brochure était émailkée de violences, de prrsonnalités injus!es. Sainte-Beuve croit que sa brochure fera du Llort à sa cause.
en parlant de l’Univers : « Ce sont des gens droits et courageux, ct leurs excès de journalistes sont bien difficiles à éviter dans une polimique quotidienne. »
Mgr Affre, que Montalembert avait fait arriver au siège archiépiscopal de Paris, était au fond du cœur un gallican et un de ces modérés que Montalembert envoyait aux cent mille diables. Il avait osé blâmer le chanoine Desgarets; mais, en présence de l'émotion causée par les cours et le livre de Michelet et de Quinet, il se sentit obligé de prendre parti dans la lutte. Il le fit par une brochure intitulée : Observations sur la controverse élevée à propos de la liberté d’enseignement. Quinet y répondit aussitôt dans la Revue des Deux Mondes (4* septembre), par une lettre où il développe l’idée déjà indiquée dans ses leçons : le droit et le devoir pour l’État de conserver le monopole de l'éducation, afin d'associer dans une unité supérieur? les membres des diverses religions qui, sans cela, créeraient dans le pays le schisme, l’anarchie et la guerre civile.
Mgr Affre, dans sa brochure, tout en renouvelant ses blâmes antérieurs contre les excès de la polémique, prenait la défense des Jésuites dont la règle est moins oppressive que la discipline militaire, et, d'’ailleurs n’est imposée qu’à ceux qui l’acceptent librement. Au reste, Mgr Affre considère les attaques dirigées contre les Jésuites comme visant au fond tout le clergé. Quant à la liberté d'enseignement, il dit très nettement que « si le monopole de l’enseignement pouvait réunir tous les esprits dans la profession des vrais principes en moral» et en religion, ct établir l’unité nationale (c'est-à-dire s’il était entre les mains de l’Église), il ne songerait pas à réclamer sa liberté. »
La liberté à ses yeux (et il dévoile ici le fond de la pensée de tous les catholiques), n’est donc qu’un palliatif au mal produit par l’indifférence de l’État en matière religieuse. Si celui-ci mettait sa force au service de.l'Église, on ne lui demanderait pas la liberté.
Mgr Parisis, évêque de Langres, soutenait dans son Examen de la diberté d'enseignement les mèmes théories que Mgr Affre.
Enfin, le père de Ravignan qui, après de brillants ' débuts dans la magistrature, était entré à vingt-sept ans, en 1822, dans la carrière ecclésiastique, qui, après deux ans de noviciat chez les Jésuites de Montrouge, avait reçu la prêtrise en 1828, et depuis 1837, attirait des foules immenses à ses conférences de Notre-Dame, prit la défense de son ordre en janvier 1844, par une brochure retentissante, intitulée : De l'existence et de l’Institut des Jésuites, où il réclamait hautement pour ceux-ci le droit à l’existence légale’. A sa demande, M. de Vatimesnil publiait en même temps une Lettre au Père de Rarvi-
1. Montaiembert fondait en décembre 1843 le Comité catholique pour la liberté religieuse.
2. Il finit même par réclamer pour les Jésuites une plus grande part dans l’enseignement. à
3. Vatimesnil avait été ministre de l'Instruction publique en 1828 avec Martignac, avait pris part à la fermeture des collèges de Jésuites, avait été un des 921 rt avait adhéré avec éclat aux journées de juillet.
gnan et Mémoire sur l'état légal en France des associations religieuses non autorisées, dans laquelle il soutenait que la Charte de 18%, en proclamant la liberté religieuse, avait levé toutes les incapacités qui pesaient auparavant sur les ordres religieux non autorisés.
Ravignan, dans sa très éloquente préface, revendique son droit, comme Français, d'être et de se dire Jésuite, sans rien sacrifier de ses devoirs de citoyen ni renier sa patrie et ses lois. D'après lui ces Jésuites français, représentés comme les maîtres du clergé, sont en tout 206 en France, disséminés en petits groupes dans le diocèse, et 315 à l'étranger *, sans compter, il est vrai, les novices et les frères, ce qui peut bien tripler leur nombre. Puis il prend pour défendre son ordre l'attitude à la fois la plus digne et la plus habile. Au lieu de répondre à des attaques qu’il juge calomnieuses et mensongères, il se contente d'exposer l’esprit des Exercices spirituels de saint Ignact, la nature de l'obéissance imposée par les Constitutions, l’apostolat exercé par la Compagnie dans les missions, enfin ses doctrines*.
Je n’entrerai pas ici dans l'analyse de ces divers points. Disons seulement que, sous sa plume, les Exercices ne sont qu'’esprit et vie, amour et mysticité; l’obéissance imposée par les Constitutions l'a été presque dans les mêmes termes, par tous les ordres religieux, l'œuvre des missions des Jésuites est une histoire héroïque, qui a donné au christianisme des provinces entières’; enfin, les doctrines qu'oi a le plus reprochées aux Jésuites, le probabilisme, le droit au tyrannicide, ne leur sont pas propres, et d’ailleurs sont très loin d'être approuvées par l’ensemble de la Société.
Les deux écrits de Vatimesnil et de Ravignan firent une impression profonde‘. Il était impossible de présenter avec plus de talent rt avec une conviction plus sincère, une apologie plus habile des principes de la Société de Jésus et de ses œuvres. Je dis : des principes. car le Père Ravignan s’est tenu, sauf en ce qui concerne les mis sions, sur le terrain des doctrines. Or, ce qui a, tant de fois, attire sur les Jésuites l’animadversion publique, la réprobation de beatcoup de catholiques et même des autorités ecclésiastiques, c'est biei plus ce qu'ils ont fait que ce qu'ils ont enseigné.
D'ailleurs, beaucoup d’esprits libéraux, nullement suspects de sympathie pour la Compagnie, trouvaient excessives et injustes les accusations portées contre elle. Ils penchaient vers l'application la plus libérale de la Charte, soit à l'égard des congrégations religieuses, soit
1. Sainte-Beuve (Chronique p. 45) donne le chiffre de goo qui n'est peutêtre pas exagéré, ni contradictoire. Il dit que les Jésuites n'avaient jamais quitté leur résidence de la rue du Regard. Un journal, l'Union catholique. était rédigé par eux. |
2. Sainte-Beuve p. 181 dit que l'écrit de Ravignan est le « premier sorti des rangs des catholiques qui soit digne d'une grande et sainte cause » et reconnaît qu’il réfute, en partie du moins Michelet ct Quinet. Il forcera cœut qui parlent en conscience à y regarder à deux fois et à distmguer ce qui est respectable. ,
3. Ravignan dans la première édition parle de 200 millions de convertis. Il a supprimé ensuite cette évaluation très exagérée. : ‘
%. 25.000 exemplaires de la brochure de Ravignan furent vendus en 1$4i-
à l’égard des écoles ecclésiastiques. C'était le cas d’Alexis de Tocqueville, ami de Quinet et de Michelet, et qui se sépara d’eux à ce moment’. Il écrivait, ainsi que Louis de Cormenin, dans le journal Le Commerce. Louis de Cormenin, qui, sous le pseudonyme de Timon, avait fait au gouvernement de Louis-Philippe une guerre terrible de pamphlets, se rangeait à la Chambre du côté de la droite, qui réclamait la liberté de l’enseignement. Emile de Girardin, dans la Presse, prenait aussi parti pour les solutions les plus libérales, et quand on sait à quel point Guizot et le gouvernement étaient disposés à réaliser graduellement les promesses de la Charte sur la liberté d’enseignement, on est obligé de reconnaître que si aucun des projets présentés aux Chambres n’a abouti, la faute en est essentiellement à l'intransigeance des catholiques. Ils ont suivi la politique du tout ou rien et n’ont cessé de vouloir être dans leurs écoles maîtres sans contrôle, tout en gardant une part de contrôle sur les écoles de l’État.
Le gouvernement, d’ailleurs, n’était pas sens reproche. Sa conduite était hésitante et contradictoire comme celle du Parlement. Au mois de mai 1843, deux séries de pétitions furent apportées à la Chambre des Pairs et à la Chambre des Députés, les unes émanant des protestants, s’élevant contre les condamnations qui les avaient frappés pour avoir tenu des réunions et ouvert des lieux de culte sans autorisation; les autres de catholiques réclamant, non seulement la liberté absolue de l’enseignement, mais la constitution de jurys non-universitaires pour la collation des grades. Les protestants soutenaient conformément aux déclarations expresses faites aux Chambres en 1834, que l'article 3 de la Charte établissant la liberté des cultes, rendait l’article 291 du Côde pénal inapplicable aux réunions religieuses et à ia création de lieux de culte faite par un culte reconnu. Malgré les éloquentes protestations du duc de Broglie, de Gasparin et Pelet de la Lozère, la Chambre des Pairs approuva Martin (du Nord), quand 1l maintint l'obligation de l’autorisation des maires pour la tenue de réunions religieuses, et celle du ministre des Cultes pour la création de lieux de culte nouveaux’. M. Barthe, qui avait soutenu en 1834, comme garde des sceaux, le principe de la liberté des réunions religieuses, le combaltit en 1843. Dans le débat à la Chambre des Pairs,
1. Mme Quinet (Quinet avant l'exil p. 329) dit que Tocqueville écrivit à Quinet pour adhérer aux leçons du Collège de France. C'est certainement faux et la lettre que cite à l'appui Mme Quinet, sans date, se rapporte à un cours précédent. Michelet dit dans son journal que Quinct le prévient le 5 juin que Tocqueville et Courcelles ne sont plus avec lui.
2. Rôle étrange de Martin (du Nord) né à Douai en 1790, avocat depuis 1810; sous la Restauration et dès 1814 bruyamment légitimiste, et dès la révolution de 1830, non moins bruyamment orléaniste. Député le 28 octobre 1830 de Douai. Son zèle gouvernemental le fait nommer le 6 août 1833 avocat général à la cour de Cassation; procureur général en 1834, c’est lui qui requiert contre les accusés d'avril, puis contre Fieschi; ministre de la justice du 20 sept. 1836 au 1° avril 1839; puis de nouveau du 2h octobre 1841 jusqu'au 15 janvier 1847, date à laquelle il abandonne brusquement son poste. Le 13 mars 1847 il se suicidait. On attribüa sa démission et son suicide à ce qu'il était compromis dans une affaire de mœurs.
le marquis de Dreux-Brézé posa la question dans les termes les plus élevés et les plus forts, en présentant la liberté de l’enseignement comme un corollaire indispensable de la liberté des cultes; mais le marquis de Barthélemy gâta la thèse catholique en exigeant que la philosophie de l’Université fût, comme l’exigeait son décret de fondation, en 1808, basée sur la religion catholique. Le gouvernement n'osa pas prendre nettement position'. Villemain, dans des termes vagues et généraux, déclara que l'éducation religieuse est inséparable de l'instruction et que l’Université restait et devait rester catholique. Cousin fut plus catégorique encore
« Vous êtes des hommes d'État dit-il aux Pairs; eh bien! je vous affirme qu’à l'heure où je parle il ne s'enseigne dans aucun cours du royaume une seule proposition qui puisse porter atteinte directement ou indirectement aux principes de la religion catholique, sur laquelle est fondé l’enseignement pon seulement philosophique, mais tout l'enseignement de l’Université. Ce fait je le proclame bien haut, parce que je désire que mes paroles soient
entendues ct qu’on sache que si un seul professeur s'écartait du devoir qui lui est imposé, il y serait énergiquement rappelé. »
On allait jusqu'à prétendre que, parlant à des évêques qui li avaient demandé audience, il leur avait dit : « Si vous avez dans votre diocèse quelque professeur dont vous soyez, je ne dis pas mécontent, mais dont vous ne soyez pas tout à fait content, écrivez-moi et j'en fais mon affaire. »
Les mesures prises vis-à-vis du professeur d'histoire de Mâcon, mis à pied pour avoir parlé avec admiration de Luther, et vis-à-vis de Bersot?, venaient à l’appui de ces déclarations. En même temps, on interdisait dans les collèges l'Histoire de France de M. de Bonnechose, bibliothécaire du roi à Neuilly, parce qu'il était protestant *.
A la Chambre, le 27 mai, M. de Ladoucette présenta les pétitions en faveur de la liberté d'enseignement, et M. de Carné les appuya avec son élévation de parole habituelle, maïs en accusant à tort Mi-
1. Cousin fut violemment attaqué par les journaux libéraux quand parut en 1842 le volume posthume de Jouffroy Mélanges philosophiques et qu'on suit que, sur ses instances, Damiron avait supprimé dans le travail sur l’Organisalion des études philosophiques le morccau qui fut publié par Pierre Leroux sous le titre Comment les Dogmes finissent, où se trouve le fameux récit de « la nuit de Jouffroy. » |
2. C'était en 1841 que Bersot avait écrit les Réflexions sur M. Lacordaire et avait répliqué aux criliques qu'on lui avait adressées. Il s'était élevé contre la prétention de Lacordaire de démontrer philosophiquement la révélation et s'était déclaré de l’avis de Pascal qui n'admettait pas l’ingérence de # raison dans les choses de la fai. Le recteur et le proviseur demandaient la révocation de Bersot. On les mit à la retraite mais on les remplaça par d'autres aussi bornés ou aussi timorés qui persécutèrent Bersot et finirent par le faire mettre en congé à la fin de 1842. Bersot en profita pour achever sa thès qu’il passa en été 1843. On l'envoya à la Faculté de Dijon comme suppléant mais il réclamait sa réintégration à Bordeaux.
3. M. Duchatel, ministre de l'Intérieur, faisait désavoucr dans les journaux ministériels de province les altaques des Débats contre les Jésuites et traitor les professeurs du Collège de France de brouillons et cerveaux fêks-
Discours de Després à la rentrée de la cour de Cassation de nov. 1843 sur Et. Pasquier et les Jésuites, prononcé malgré l'intervention de Martin (du Nord). 5
chelet et Quinet d’avoir combattu la liberté d’enseignement tout en réclamant la liberté de la parole. Tout au plus pouvait-on prétendre que la théorie de Quinet sur le devoir de l'État d'enseigner une religion supérieure à toutes les confessions particulières conduisait au monopole. Villemain, qui, au fond, était partisan du monopole, se tira d'affaire par une équivoque, disant que le gouvernement de 1830 avait pris deux engagements : celui d'assurer la diffusion de l’instruction, celui de donner la liberté d'enseignement, qu'il avait été absorbé jusque-là par la première de ces tâches et qu'il allait s'occuper maintenant de la seconde. Enfin, à la réception du 4* mai, le roi, dans une allocution à l’archevêque de Paris, dictée par Martin (du Nord), avait dit : « Vous savez toute l'affection que je porte au clergé et tout le bien que je lui ai fait. Je veux lui en faire plus encore; mais il faut tenir compte des difficultés des temps, et qu’elles soient levées’. »
À ces avances, les catholiques, par la plume de Veuillot, répondaient en septembre à Villemain : « Vous n'aurez point de vacances, M. le Ministre, car les catholiques ne veulent plus interrompre. la guerre qu’ils livrent à l’enseignement de l'État », et Veuillot ajoutait la menace : « Tout croule quand nous ne sommes plus là. Vingt empires dorment dans les tombeaux qu'ils nous ont creusés?. »
Les avances de Cousin aux catholiques furent aussi mal reçues par ceux-ci que par les libres-penseurs. Des deux côtés, on l’accusait d’hypocrisie. En réalité sans qu’il fût croyant ses instincts conservateurs lui faisaient considérer le catholicisme comme une force mo: rale et sociale, qu'il importait de ne pas ébranler. D’autre part, :l était arrivé à se persuader que la philosophie éclectique, nouveau cartésianisme platonicien, était seule capable d'établir sur des bases scientifiquement démontrables les grandes vérités du spiritualisme, et qu'’ainsi il apportait à l’Église un concours d’un prix inestimable. Enfin, il concevait les dogmes catholiques comme une forme traditionnelle et symbolique, utile pour les masses, des vérités éternelles du spiritualisme. Dans une lettre adressée à la fin de mai aux jour. naux, Cousin se plaignit que le Moniteur, dans le passage que nous avons cité plus haut, eût altéré son discours en lui faisant dire qu: l'enseignement philosophique est fondé sur la religion.
1. Les sous-ordres dépassaient encorc les chefs. M. [Laforest, inspecteur primaire de la Dordogne, envoie en janvier 184% une circulaire pour se plaindre que des instituteurs aient introduit dans les écoles des Bibles et des Evangiles « qui renferment des préceptes contraires à la vraie religion » et it! les menace de venir avec le curé pour brûler ces livres. Le seul livre de religion permis dans Jcs écoles est le catéchisme.
Le préfet de la Gironde, en oct. 1844 en arrivait à donner des autorisations individuclles pour tenir une réunion religieuse. Vingt-six personnes sont autorisées à se tenir dans un château.
2. À la récepton du 1° janvier 1844 en réponse à Villemain, le roi insistait sur la nécessité de l’enscignement religicux.
3. Le gouvernement en nov. 1843 poursuivait l'évâaue de Chalons, M. de Prillv, comme d’abus mour avoir dans une lettre à l'Univers menacé d'enlever l’aumonicr du collège.
« Une telle disposition écrivait-il, n'existe pas La philosophie enseigne ces grandes vérités naturelles que, grâce à Dieu, la raison nous découvre et sur lesquelles reposent partout, et la famille, et la morale publique et privée, et la dignité de la vie humaine, et la sûreté des États. Ces grandes vérités composent un corps de doctrines ferme et solide, qui n'est pas et ne peut pas être l'enseignement religieux lui-même, mais qui s'y lie heureusement ‘. »
Si Cousin s'était contenté d'affirmer your l’Université le droit et le devoir de la neutralité, on aurait pu accepter son point de vue. Mais l'espèce d'alliance qu’il prétendait imposer à l’Église et à l’Université, le catholicisme étant considéré par lui comme une forme populaire du spiritualisme et la philosophie comme une forme intellectuelle et épurée du christianisme, ne pouvait satisfaire ni les catholiques, qui trouvaient dédaigneux et méprisants ses respects pour leur foi, ni les universitaires, qui voulaient être libres et demeuraient en grand nombre voltairiens.
La situation était donc à la fois trouble et violente, et le gouvernement ne pouvait l’éclaircir ni la pacifier, incapable et de résister aux prétentions excessives des catholiques et de rendre leurs prétentions inoffensives en leur accordant les libertés légitimes.
Sainte-Beuve, dans les Chroniques de la Revue Suisse, a suivi avec une attention passionnée et très pénétrante tout ce mouvement d'idées.
Il en fait un résumé remarquable, où il signale très justement comme le fait capital de l’histoire du catholicisme au xmx° siècle, la ruine de l'esprit gallican et l'identification de plus en plus étroite de l’ultramontanisme et du catholicisme. Il se trompait cependant en croyant qu le catholicisme était destiné à perdre de plus en plus de terrain. Il ne comprenait pas combien était profonde et vraiment religieuse, nulle. ment mondaine, la renaissance de l’esprit catholique. Il ne voyait pas qu’on était à la veille d’une révolution, qui, faite par les adversaires du principe d'autorité, rendrait momentanément à celui-ci des forces nouvelles et donnerait aux Jésuites eux-mêmes une liberté d’actioi que ni la Restauration, ni le gouvernement de Juillet ne leur avait ac cordée,
Nous verrons peu à peu se développer toutes ces conséquences.
1. Sainte-Beuve prétend, Chroniques, p. 117. que Cousin avait préparé un catéchisme qui ne vit jamais le jour parce qu'il avait oublié le purgatoire.