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lui « de Charles le Téméraire, mais aussi des catholiques ». Zschokke croit que le soulèvement des catholiques est l’ouvrage des couvents. Les couvents de femmes lui paraissent peu dangereux. « Ce sont de vieilles filles ignorantes qui ne peuvent élever des demoiselles. »
A Aarau il s'occupe surtout de recueillir des renseignements bibliographiques sur l’histoire suisse. Il admire la collection Zurlauben .
D’Aarau à Bâle Michelet est préoccupé des souvenirs des guerres civiles qui avaient ensanglanté ce pays de 1831 à 1833, quand. le mouvement démocratique soulevé à la suite de la Révolution de 1830 eut à lutter, pour amener une révision libérale des constitutions cantonales, contre la résistance des partis conservateurs. Dans le canton de Bâle, la campagne avait obtenu en 1832 et maintenu en 1833 son isdépendance, Bâle-Campagne vis-à-vis de Bâle-Ville. Michelet se trouve dans la diligence avec un paysan qu’il pense être un des habitants de Liestal qui battirent le 13 août 1830 le colonel bâlois Vischer dans la forêt de la Hardt :
« Nous avions dans la diligence un curieux échantillon du paysan arrivé d'hier à la vie civile : un homme de Liestal, 5o ans, les yeux durs et saillants, pommettes des joues très grosses, bossu, nez triangulaire, tous les traits comme poussés en avant et ramassés vers une pointe, une proue, un grouin de sanglier, fulmineus sus. De grandes mains, mais blanches, et qui n'ont pas travaillé à la terre, la voix haute, âpre, rieuse, les yeux inquiets, la tête à droite, la tête à gauche. La vraie figure d’un bon tireur, alerte, la main sûre, qui n'aura pas manqué son coup dans la forèt de la Hardt, au 13 août. Il nous montre lui-même les lieux où l'affaire se passa.
Michelet fait ainsi la psychologie un peu imaginative de tous ceux qu'il rencontre sur sa route. On saisit là un des dons et des dangers de son génie :
Antre compagnon de voyage : un petit homme en blouse, l'air vif, brusqu*. inquiet, quelque chose de sagace et de hardi, mains blanches (un fraudeur ?)
Un autre encore, un Français venant de Milan, parlant les trois langues, mains de cordonnier, habits de velours de coton, l'air bas, sensuel, rusé, — très suspect.
A Bâle, où il descend à la Couronne, au bord du Rhin, près du pont, Michelet oublie les disputes contemporaines et se laisse emporter par les grands souvenirs de la ville des conciles et de la Réform’. Ces pages sont les plus belles du journal. Il écrit le 24 août en contemplant le Rhin :
« Combien cette vue dut charmer ceux qui virent dans le Rhin la barrière de la liberté religieuse, les Erasme, etc... Moi-même je m'y trouve d'autant plus animé à défendre toute la suite de nos traditions modernes, Erasme et Luther, Dumoulin, Shakespeare et Molière, Voltaire et Rousseau, tous ces chercheurs, ess douteurs qui parurent flottants, et qui, dans leurs incertitudes, n'en ont pas moins fondé. Ils ont fondé k liberté de chercher encore, et préparé les garanties de toutes sortes qui font notre sécurité, notre dignité.
S'ils ont souffert pour nous fonder celte commune patrie moderne (qui sanguine nobis hanc patriom peperere suo) nous souffrirons aussi pour défen-