On avait voulu ainsi & concilier les évèques
3. Vovez les disons dans ce &ns de Beuzno! et de Quentin Bauchart.
à. Anuil et mai 1833.
commission dont le rapporteur fut M. Thiers, rendit plus rigoureuses les garanties exigées des professeurs de plein exercice, rétablit les études philosophiques dans les collèges et soumit les petits séminaires au régime des ordonnances de 1828. La majorité de la Chambre donna raison sur tous les points au lumineux rapport de Thiers, mais la loi violemment attaquée par tout l’épiscopat ne fut pas représentée à la Chambre des Pairs et le système du monopole subsista avec l'agitation permanente dont il était l'occasion.
A l'excitation que causaient chez Michelet ces agitations du dehors « joignaient les attaques dont lui-même ou ses amis étaient constamment l’objet. A chaque instant paraissaient des brochures où ils étaient hafoués. C'était, en février les deux petits volumes anonymes. du P. Cahour : Des Jésuites par un Jésuite, où l’on relevait les erreurs de textes et d’interprétations commises dans leurs leçons sur les Jésuites par Michelet et surtout par Quinet; c'était au même moment Île Simple coup d'œil de l’abbé Védrine ; c'était surtout en septembre la brochure : Les nouveaux Montanistes au Collège de France, éga: lement anonyme et d’une verve comique, dirigée contre Michelet, Quinet et Mickiewiez *.
Enfin dans les Chambres on réclamait périodiquement du gouvernement qu’il empêchât les professeurs du Collège de France de transformer leurs cours en prédications révolutionnaires ou irréligieuses. Le 17 janvier, à la Chambre des Députés, de Tocqueville reproche au ministère de rester silencieux devant les agressions des évêques « qui croient pouvoir impunément attaquer, injurier, calomnier une institution de l'État, et devant les manifestations d'hommes considérables qui, irrités par ces attaques injustes, parlant au nom de l'État, dans des chaires créées et maintenues par l’État, attaquent non plus seulement telle portion du clergé qui menace l'instruction laïque, non plus même le clergé tout entier, mais le catholicisme même, mais le christianisme même ». s
Le 16 avril, à la Chambre des Pairs, Montalembert tout en proclamant son respect pour la liberté absolue de l’enseignement supérieur, protestait contre le scandale des cours du Collège de France et s’étonnait de l’indulgence qu’on leur témoignait. Le 9 juillet, à la discussion du budget de l'instruction publique à la Chambre des Députés, Lespinasse se plaignait que Mickiewicz, Michelet et Quinet donnassent un enseignement contraire à la morale publique et à tous les dogmes religieux. Il déclarait que « l'instruction donnée au Col- Rge de France était pernicieuse pour la nation et était la cause de tous les embarras suscités par le clergé ». Villemain sentait bien que l'enseignement des trois professeurs n’était pas précisément ce qu'on pouvait souhaiter dans un établissement chargé de représenter la
1. Qui complétait le Monopole universilaire du chanoine Desgarcts.
2. Au commencement d'avril dix évêques de la province de Paris adres- &ient un mémoire au roi contre l'enseignement universitaire, où Michelet <t Quiet étaicnt particulièrement pris à partie.
science sous sa forme la plus élevée et la plus sévère : en particulier les prédications de Mickiewicz sur les révélations de Towianski, . n'avaient qu’un rapport éloigné avec les langues et littératures slaves. Il indiqua à la Chambre que des représentations leur avaient été adressées et qu'on les avait invités à se renfermer plus étroitement dans le programme de leurs cours. Cependant il défendait dans un langage très élevé la liberté de l’enseignement du Collège de France. Il soutenait et avec raison que l’on avait rapporté inexactement leurs paroles et déclarait : « L’enseignement du Collège de France qui est destiné à des adultes, qui n’est imposé à aucune classe d’étudiant:. n’a pas de rapports avec l’enseignement plus restreint, plus grave, plus surveillé, de l’Université. C’est un établissement de haut et libre enseignement. »
Mais il ajoutait aussitôt : « Les professeurs de cet établissement, par cela seul qu'ils professent sous la protection de l’État, je ne dirai pas au nom de l’État, ont des devoirs très étroits, très impérieux, des devoirs de modération, de gravité, de réserve, des devoirs que nous n'oublierons jamais de leur rappeler au besoin. »
C’est ce que Michelet aurait dû comprendre. Du moment qu'il allai soutenir des idées en contradiction avec les croyances traditionnelles de la France, il devait donner à son langage une gravité d'autant plus grande, éviter dans l’expression, tout ce qui pouvait sentir la passion, surtout nourrir son enseignement de faits précis et remplir attentivement toutes ses obligations de professeur.
Michelet ne fit rien de tout cela. Son cours de 1844 fut peu préparé, peu nourri, et ce fut avec peine qu'il parvint à tirer treize leçons ‘ du sujet qu'il avait choisi. Il lui aurait été facile, il est vrai, d'en faire davantage s’il avait voulu simplement professer d’avance an Collège de France des chapitres de son livre sur Le Prêtre *. Il ne le fit pas, arrêté par un scrupule très respectable. Attaquant direttement l'institution catholique de la confession, il y traitait une série de questions de psychologie morale trop délicates pour en parler dans un cours publie *. Il commença son cours le 3 janvier et continua régulièrement tous les jeudis jusqu’au 7 mars. Puis il prit un mois de congé, reprit son cours le 18 avril pour le terminer le 9 mai. L+ 18 mai, il partait, la conscience tranquille, pour un voyage d’un mois en Provence, Languedoc et Auvergne.
Les neuf lecons du premier semestre furent consacrées au xvn° siècle. Il montre Rome affaiblie à la fin du xvr siècle surtout en face d’une France sortie renouvelée des guerres civiles, puis reprenant peu à peu son empire au xvn* siècle par la direction spirituelle, par cet art insinuant et secret qui convenait à merveille à une société apaisée et policée où la conversation avait pris une importance capitale. Les