Né à Cuenca 1535, mort à Madrid 1600, professeur à Evora
2. Liberi arbitrii cum graliae donis divina praescientia... et concordin.
Lisbonne 1588 et Venise 1595.
3. M. Henri Brémond dans un article bizarre et intéressant du Correspondant (25 fév. 1910) Un complot contre Fénelon, la Solilaire des Rochers démontre que les Lettres de la Solitaire répandues par le Janséniste P. Luc de Bray à la fin du xvir siècle {et publiées en 1787), ont été fabriquées par lui. Il a montré aussi que les Jésuites ont soutenu Fénelon dans sa lutte contre Bossuet par haine pour le jansénisme. Nicole les avait déjà dénoncés. Le P. Guilloré, le P. Vautier et d'autres étaient suspects de quiétisme.
la dévotion du Sacré-Cœur :. La sixième était intitulée : L'art, Tor. tufe. C'est l'art jésuite dont Michelet bafouait la fadeur et l'affétene voyant un effet direct du jésuitisme dans les restaurations de mau. vais goût dont on abimait depuis 1840 les églises de Saint-Germain des Prés, de Saint-Ouen, de Notre-Dame. Ce n'était qu’à moitié juste, Le romantisme décadent et le mauvais goût du temps y étaient pour la majeure partie. Dans les trois dernières leçons du premier semes tre, Michelet montrait la réaction se produisant contre cet aveuliss. mont de la volonté et cet abâtardissement de la pensée, un équilib:e tendant à s'établir vers 1700. Michelet définit dans la neuvième le. çon, <e que sera la Révolution ou plutôt la fondation du mond: moulerne.
Les quatre lecons du second semestre paraissent avoir été consacrées à préciser ce qu'a été l'œuvre du xvur siècle. La première, il est vrai, est de jqrure polémique contemporaine, un retour offensif contre les Jésuites et le clergé. Mais les trois autres ont un caractère un peu plus historique. Michelet les résume en ces mots : « Le xvrr siècle a continué légitimement l’anti-symbolisme. Combien l'anti-symholisme a servi l’humanité. »
La dernière leçon se termine par un véritable hymne à la France et au génie français. Elle montre la France faisant au xv°, au xvr, au xvi siècle tous ses efforts pour trouver un terrain de conciliation entre Rome et l'esprit moderne, puis ne réussissant pas à entrainer Rome dans les voies du progrès, réalisant elle-même ce que Rome était chargée d'accomplir, l’unité du genre humain.
Il est nécessaire de noter ces effusions hyperboliques d’un patriotisme que surexcitait à ce moment le sentiment que la politique française venait d’être humiliée par les événements de 1840. Elles n'avaient qu'un lien éloigné avec le sujet des cours de 1844; mais elles se rattachent directement au livre du Peuple de 1846 et à l'idée mystiqne que Michelet se fera du rôle messianique de la Révolution française.
Le résultat sérieux de ce singulier cours, qui heureusement ser suivi en 1845 d’un cours bien autrement solide et nourri, a été le livre du Prêtre, la Femme et la Famille auquel Michelet se mit av commencement d'août après avoir achevé en juillet son Charles VIII et qu'il écrivit en deux mois dans une sorte de fièvre. Il parut le 20 janvier 1845. Le succès en fut énorme *. Il eut trois éditions db, in première année. La presse catholique tout entière l'attaqua. Les évêques le stigmatisèrent dans leurs mandements et l'évêque de Chartres en particulier, en donnant son adhésion au mandement de l'archevèque de Lron Mer de Bonald, contre les doctrines gallicanes, prit
1. Nous «avons qu'il y a fait une place À la peinture de la vie de couvent au xvn® siècle, qui se trouve au chapitre 4 du livre I du Prêtre.
2. Carlyle qui, dans son opuscule sur Jeanne d'Arc de Michelet traite Michelet avec grand dédain, dit que le Prêtre est le seul de ses livres connu en Angleterre et que c'est un mauvais livre.
Voy. la traduction de cet opuseule par M. de Contades 1909 « rapsodie incohérente ». La traduction anglaise du Prêtre eut 3 éditions en 1845.
Michelet à partie de la manière la plus violente *. Ce qui était plus grave pour Michelet, comme pour Quinet qui venait de publier son cours de 1844 sur l’Ultramontanisme, c’est que la presse libérale ministérielle se mettait elle aussi à les critiquer et à les attaquer; Granier de Cassagnac, ancien ami de Michelet, menait dans le Globe une campagne violente contre lui et qualifiait le Prêtre de « livre fort scandaleux et fort odieux ». Les Débats, après avoir continué pendant le premier semestre, par la plume de Cuvillier Fleury, la campagne contre les Jésuites prenait au contraire à partir du mois de juillet le parti du gouvernement contre les deux professeurs qu'on accusait de sortir du cadre de leurs cours. Mickiewicz avait déjà été suspendu en 1844 à cause de sa propagande bonapartiste, belliqueuse et my: tique. M. de Salvandy avait remplacé au ministère de l’Instruction publique M. Villemain * que ces luttes avaient jeté dans un état d’agitation nerveuse confinant au dérangement cérébral. Le nouveau ministre menaçait Michelet et Quinet d’une mesure semblable à celle qui avait frappé Mickiewicz. M. Guizot venait d'entamer à Rome par l'intermédiaire de Rossi, envoyé comme plénipotentiaire extraordinaire,-Ja suppression à l'amiable des établissements des Jésuites en France et il ne voulait pas que cette mesure eût le caractère d'une hostilité contre le catholicisme.
Il n'entre pas dans le plan de mon cours de faire l'examen et la critique du livre du Prêtre; mais je dois indiquer cependant sa place dans l’œuvre de Michelet.
La seule partie historique est la première, sur la direction au xvn° siècle. J'en ai déjà indiqué les traits essentiels. Il montre que même avec des hommes supérieurs, saint François de Sales, Fénelon et Bossuet * et surtout avec des hommes supérieurs s’adressant à des âmes d'élite, mais exaltées, la direction de conscience éveille inévitablement chez la pénitente avec l’amour de Dieu, une sorte d'amour pour l: prêtre qui parle en son nom et que même quand cette mysticité amoureuse reste pure, elle a l’immense danger de faire de la pénitente dans la main de son directeur un instrument passif qui perd toute volonté. propre. Michelet montre la haute spiritualité d’un François de Sales, d’un Fénelon, d’un Bossuet, aboutissant sous l'influence combinée du jésuitisme et du quiétisme à la dévotion équivoque, sensuelle et matérialiste ‘du Sacré-Cœur, née des visions de la visitandine Marie Alacoque, propagée avec ardeur par les Jésuites, et consacrée par l'établissement de la fète du Sacré-Cœur en 1697. On peut certainement trouver à redire à cette histoire de la direction au xvi siècle, y relever un certain parti-pris de malveillance et d’exagé-
1. Au mois de mars une pétition du clergé de Marseille réclamait l'interdiction des cours de Michelet et de Quinet, qualifiés de lettrés du dernier ordre.