‹ La vie et la pensée de Jules MicheletChapitre 69 sur 105 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

Voyage de Provence — Le Voltairianisme

Revenons en arrière : le 48 ‘mai 1844, Michelet part avec Charles et les Dumesnil pour faire le dernier de ses grands voyages en France. [exploration méthodique de notre pays, qu’il menait avec tant de ténacité depuis 1831, était encore incomplète. Il lui restait à connaitre la Provence, le Languedoc et l’Auvergne. Il passe de nouveau, bien entendu, par Lyon qui avait pour lui un attrait tout particulier. Déjà le projet du livre du Peuple se dessinait confusément dans son esprit. |

Il y arrive dans la nuit du dimanche au lundi et passe la journée du lundi à faire des visites. Une des personnes qui l’intéressent le plus est le professeur de philosophie Jean Noirot qui de 1827 à 1850 exerça une grande influence à Lyon par son système de philosophie chrétienne. Il juge avec une telle liberté la société lyonnaise et les questions religieuses que Michelet se demande s’il n’est pas sceptique. Blanc. Saint-Bonnet, Laprade, Ozanam étaient ses élèves. Noirot se plaint des élèves qui lui viennent des Jésuites de Fribourg ou des petits séminaires et qui sont les moins religieux de tous. Il fait un triste tableau de la société lyonnaise; les femmes honnêtes, mais sans culture profonde, s’ennuyant, dirigées par les prêtres, les hommes n’admettant la religion que comme un frein pour les femmes et les enfants, et, disait Noirot, les fortifications, les prisons et le clergé.

Mais le plus curieux, c’est que Noirot, de même qu’un fabricant de soierie, Haïidan, est hanté de rêves communistes et influencé par Cabet : dont les livres sont alors le texte le plus commenté par les ouvriers de la Croix-Rousse. Ces derniers sont d’ailleurs divisés et mé fiants, peu accessibles à l'influence du clergé. Michelet préconisail des associations partielles locales, pour des buts spéciaux. Noirot et Haidan rêvent d’une grande communauté, d’une refonte totale de la société. Michelet croit que le fabricant flatte le communisme pour acquérir la confiance de ses ouvriers. Il va voir aussi le grand industriel Arlès-Dufour qui a écrit une Histoire de l'Industrie Lyonnaise. et le médecin Montfalcon auteur d’un Code moral des ouvriers. Il se procure leurs livres et y recueille tout en voyageant, des renseign?ments techniques et statistiques sur l’industrie lyonnaise.

Il s’arrête à Grenoble et à Valence; il note surtout le charme et la richesse de ce pays de vignes, de blé et de mûriers. Ce n’est qu'à Avi-

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