TOME I
gnon, où il reste plusieurs jours (24-27) que nous retrouvons l'historien,
Le Palais des Papes le jette dans une véritable exaltation. Il décrit en artiste les peintures, alors mieux conservées que de nos jours, et en historien visionnaire les scènes d'’inquisition qui se seraient passées dans ce palais plein des souvenirs des papes, des rois et de la Révolution : « Babel sur Babel, s’écrie-t-il, en arrivant. Inquisition et cours d'amour, le tout vengé par les sauvages à la Glacière. » Michelet se souviendra de ces impressions quand il écrira l’admirable et effroyable chapitre III du livre VI de sa Révolution.
Voyons d’abord l'artiste, Voici la description des fresques de la Chapelle de la Tour’, où priaient les inquisiteurs. Elles représentent la vie du Christ :
« D'abord la Vierge qui accouche. C'est “son triomphe. Elle est forte, calme, rayonnante. Les assistants regardent, non la Vierge mais leur pensée. C’est là qu'on voit combien la religion de la Vierge était différente alors. Au pied du Christ crucifié elle est ferme et forte, un peu osseuse et virile; la bouche ct le menton fortement marqués indiquent un caractère remarquable de force, de foi résignée. De l’autre côté, loin, derrière Jean, les pharisiens discutent entr'eux d’un air sardonique. En présence de cette terrible réalité les malheureux scolastiques disputent encore. Le regard du Christ pos sur saint Jean, regard admirable, harmonisé, extraordinaire, ct très probablement le plus haut point où le christianisme ait porté son idéal (celui de L. de Vinci est un philosophe résigné). Saint Jean, qu'on a vu jeune et suivant l'attrait de la parole de Jésus, est ici un homme; c'est lui et non Ja Vierge qui exprime l'amour au pied de la Croix. Loin, bien loin, la Madeleine de Rubens”, et les conceptions sensuelles du christianisme décrépit. Le regard du Christ exprime la réalité, la vérité... le point juste où le vrai s'est fait réel, où l'absolu s'est fait relatif. Plus bas saint Jean agenouillé, tout petit — devant l'immense, gigantesque, fantasmagorique figure blanche du Christ ressuscité, dont les yeux sublimes nagent entre la mort et le ciel. Quelle terrible condamnation de la monstrueuse Babel que là même 6e soit conservée, par ces peintures, l’inspiration de la nouvelle Eglise, de l'Evangile éternel. »
Voici maintenant l'historien visionnaire qui a l’âme hantée par les souvenirs de l’Inquisition et qui accepte aveuglément les récits terrifiants que lui fait une vieille gardienne « aux yeux brillants et sinistres (deux charbons sur une omeletitc) » qui avait vécu cinquante-huit ans dans ce palais. Fille de l’ancien concierge, elle regrettait le bon temps du régime pontifical, où tout était si bon marché, où le palais restait encore dans sa splendeur et n’avait pas encore été abîmé pour en faire une caserne (depuis 1812). |
« Celui, dit Michelet, qui sentira mollir en lui le sens de la Révo-
1. C'est la Chapelle du Consistoire, qui se trouve dans la Tour Saint-Jean.