‹ La vie et la pensée de Jules MicheletChapitre 74 sur 105 · UNIVERSITY OF MICHIGAN · texte numérisé non relu

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Il insistait, non sans raison, sur l’unité de vues qui avait, depuis qu’il enseignait, dirigé tous ses cours. A Lyon, enseignant la littérature zrecque, il avait fait sortir de l'étude des mythologies le Génie des religions. Il avait passé de là aux origines du christianisme et écrit son Essai sur la Vie de Jésus-Christ, de Strauss. À Paris, ses cours sur l’Italice racontaient, au fond, l’histoire de la papauté; l’Espagne l’amenait aux Jésuites et à l’ultramontanisme, et, maintenant, c'était l’évolution même de l’Église en face du mahométisme et du protestantisme qu'il allait étudier. Il se considérait, comme chargé d’une œuvre d’éducation intellectuelle et morale parallèle à celle de Michelet et à celle de Mickiewicz. Mais cette trinité était déjà brisée, quand Ss’ouvrit le cours de 1845. On venait d'interdire à Mickiewicz de remonter dans sa chaire,

Quinet savait sa situation menacée, elle aussi. Dans la presse, dans les Chambres, on lui avait reproché de traiter des sujets étrangers aux littératures, aux langues du Midi. On insinuait que, s’il préférait enseigner l’histoire religieuse, c’est qu'il ignorait ces langues, et le minis. tre commençait à s’émouvoir de cette situation. C’est à ces plaintes que Quinet cherchait à répondre dans sa première leçon. Michelet était plus libre, mais nous avons vu que, lui aussi, avait été en 184% dénoncé à plusieurs reprises au Parlement.

On reprochait autre chose aux deux professeurs : c'était d’en prendre par trop à leur aise avec le règlement qui leur imposait quarante lecons. En 1884, Quinet en avait fait neuf et Michelet 13. En 1845, Quinet en fit quinze et Michelet douze. Si l'administration et le gouvernement ne prenaient pas de mesures disciplinaires pour les ramener à la règle, c’est qu’on était au fond bien aise que ces cours, causes de tant de récriminations et d'’agitations, fussent aussi rares.

Le cours de 1845 de Michelet offre néanmoins un heaucoup plus grand intérêt et une substance plus solide que celui de 1844. Ce n’est pas qu'il ait été l’objet d’une longue préparation. Michelet, comme Quinet, a improvisé son cours, et cela ne se sent que tropr.

Toutefois, il avait l'avantage d’avoir en provision des montagnes de notes accumulées pendant les années où il avait enseigné sans rien publier, et que ce prodigieux liseur n'avait pas cessé d’accroître.

Le premier semestre du cours de Michelet ne se ccwposa que de cinq leçons, du. 16 janvier au 27 février.

Rien de plus difficile que d’en faire l’analyse d’après les notes qui nous ont été conservées, tant la substance historique en est absente, tant les idées générales y sont peu appuyées sur des faits méthodiquement coordonnés, tant enfin l'élément subjectif, l’hypertrophice de la personnalité, y déborde, étouffant l’histoire même. Nous avons signalé chez Michelet dès ses débuts cette inquiétante et dangereuse conviction d'une identification de l’histoire et de sa propre personne, si bien que c’est dans son propre cœur qu'il trouve le sens et l’explication du passé. Tout homme est dans une certaine mesure un abrégé et un représentant de l’humanité; un homme de génie qui a passé vingt ans à scruter l’histoire peut légitimement chercher

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