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n’est pas seulement parce qu’elle ævait peur, mais parce qu’elle voyait dans l’œuvre des Terroristes une œuvre de salut public.
Il faut maintenant dire quelques mots de l'Avant-propos de la Révolution auquel Michelet attachait une très grande importance et qui produisit, en effet, une très grande impression quand il parut :. NH faut malheureusement reconnaître que si ce morceau contient des pages éloquentes, il n’a d'intérêt véritable que pour la psychologie .le Michelet et l’histoire de ses idées. Il n’a que peu de valeur au point de vue de l’histoire elle-même.
C’est une sorte de philosophie de l’histoire de France, mais qui df. borde l’histoire de France et devient une philosophie de l’histoire gé. nérale. Seulement cette philosophie est une simplification des plus dangereuses de l’histoire. L’Avant-propos est divisé en deux parties. La première est intitulée : de la Religion du Moyen-Age; la seconde : de l’Ancienne Menarchie.
Michelet se propose de déterminer le caractère et la valeur de l'œu-
vre de la Révolution, et pour comprendre sa pensée, il faut se rappe ler que pour lui le terme Révolution ne doit pas être appliqué exclnsivement aux événements catastrophiques qui se sont produits de 178) à 1799, mais désigne toute l’évolution de la pensée et de la politique modernes : l'avènement de la libre pensée et de la démocratie — évalution dans laquelle la Révolution proprement dite marque la période . critique décisive.
Michelet pose la Révolution comme l’avènement de la justice et da droit, en opposition à deux despotismes arbitraires : celui de l'Église et celui de la Royauté — contre la Religion de la grâce et le gouvernement de la grâce.
Il se sépare nettement de Quinet, qui voyait dans la Révolution le retour au vrai christianisme (dont le catholicisme était une déforma: tion), la continuation, l’accomplissement du christianisme. Michelet au contraire, tout en marquant les rapports de la Révolution avec une partie de l'idéal moral du christianisme, montre dans la Révolution, ou plutôt dans l'esprit moderne qui fait de l’homme l'arbitre et l’artisan de sa destinée, la négation de la conception chrétienne qui ramène toute la destinée humaine à la question du : salut par la foi au Christ, du’salut par la grâce. —— Michelet a raison de penser que la théocratie a eu pour base cette idée de la subordination de la liberté humaine à la grâce divine, mais il néglige de dire que le catholicisme a maintenu à côté de la grâce l'efficacité de l’action libre de l’homme dans les œuvres et le mérite des œuvres, et que d'autre part la doctrine de la grâce, si elle se trouve dans saint Paul, est absente des enseignements du Christ lui-même,
Michelet résume toute l’histoire du Moyen-Age dans l'effort de la théocratie pour s'emparer du gouvernement du monde au nom de l'autorité arbitraire de la grâce divine et dans les atrocités commises par l'Église quand elle a vu s'élever contre elle les révoltes de la pensée et
1. Bien que lui-même en ait depuis reconnu l'insuffisance et les lacunes.
na,
les revendications de la justice humaine. Oubliant toutes les grandeurs du Moyen-Age, tout ce mouvement merveilleux de vie et de renaissance qui va d’un élan du xr° au xv*° siècle : communes croisades, universités, art gothique, poésie épique, lyrique, naissance des littératures en langue vulgaire etc... il présente le Moyen-Age comme une époque lugubre où l’humanité se serait traînée sanglante, agonisante, sous une tyrannie aveugle et féroce.
Comment l’humanité, écrasée par l’Église, cherchera-t-elle à se délivrer, à faire prévaloir ses droits? Elle croira trouver un abri, un asile, un protecteur dans la royauté.
Michelet fait alors un tableau très brillant, très éloquent, très vrai, de cette foi dans la royauté. Mais la royauté, au lieu de fonder son pouvoir sur la justice et le droit, l’exerça comme l'avait fait l'Église, au nom d'une autorité reçue de Dieu. au nom de la grâce, Elle fut 'a royauté paternelle, du droit divin et du non plaisir.
Dans des ‘pages où il y a avec beaucoup d'exagération beaucoup de vérité, il montre comment la monarchie de l’ancien régime a exploité, épuisé, ruiné ce pays qui s'était donné à lui, le clergé ct la noblesse se refusant à subvenir aux besoins de L'État et toutes les <harges retombant sur Je peuple.
Louis XV, un instant le Bien Aimé, déshonore cette monarchie qui a ainsi abusé de son pouvoir et alors l'esprit libre de la France se redresse, et, avec Montesquieu, Voltaire et Rousseau, réclame ses droits.
Michelet n’admire qu’à demi Montesquieu. Il le trouve trop anglais.
Pour lui le témoin, l’apôtre et le martyr du droit, c’est Voltaire.
Et enfin, Roussrau fonde le droit pour lequel Voltaire a crié. Il le fonde en rendant au monde la foi en Dieu et la Providence, en établissant le droit sur le cœur de l’homme, sur sa foi en un Dieu juste, au lieu du Dieu capricieux et injuste du Moyen-Age, en identifiant Dieu ct Droit et en faisant de la volonté générale de la démocratie, l'interprète du droit et de la raison.
Ce n'est plus le droit, c’est le peuple qui est Dieu.
Plus tard Michelet a écrit sur Rousseau des pages qui sont la contradiction absolue (en dépit de la note de la page 104 de la Révolution, tome I) de cette conception du rôle de Rousseau. Il a vu tout le danger des théories de Rousseau et de cette déification du peuple.
Tout cela, # vrai dire, n’est plus de l’histoire. C’est la préface, l'appel à une Révolution nouvelle. C'est la préface naturelle de cette Révolution de 1848, née d’un emportement populaire, réunissant par {4 faiblesse du pouvoir, nourrie d’enthousiasmes, d’espérances et de chimères et aboutissant tout naturellement aux journées de juin, à la présidence de Iauis-Najoléon, et au 2 décembre.
Nous n'avons pas à insister sur les jugements portés par la presse sur la Révolution de Michelet. La presse de gauche, Réforme, National, Constitutionnel, Siècle, le louaient, mais avec modération, le défendaient plutôt, faisaient ressortir son impartialité. La presse de droite l’attaquait violcenment, ct la presse gouvernementale ou l'attaquait
comme le Globe, ou se taisait cciume le Journal des Débats et la Revue de l’Instruction publique .
La Revue des Deux-Mondes ne disait rien en 1847. Ce n’est qu’en 1850 qu'elle consacra à la Révolution de Michelet un article très sévère de G. Planche.
Il ne faut pas l'oublier d’ailleurs, l’année 1847 est une veillée des armes. On sentait que la situation était critique et on n'osait pas juger avec calme une œuvre comme celle de Michelet qui, avec beaucoup «vins de violence que celle de Louis Blanc ou de Lamartine, était
cependant un appel au peuple.