‹ La vie et la pensée de Jules MicheletChapitre 90 sur 105 · LIVRE IV · texte numérisé non relu

LIVRE IV

« nullement des œuvres littéraires » coume il le dit dans la préface de sa première leçon, parue le 19 décembre.

Il ne faut pas croire d’ailleurs que Michelet ait donné à son cours un caractère agressif, que rien dans les trois leçons du mois de décembre, (16, 23 et 30) ait donné prise à ceux qui l’accusaient de fomenter la révolte dans l'esprit de la jeunesse. Non, ces leçons ne faisaient que reprendre sous une forme un peu différente, mais plus calme, plus modérée les idées exposées dans le Peuple : la nécessité d’une rénovation sociale, pour rétablir l'unité nationale, menacée par la division entre les lettrés et les illettrés; le devoir pour la jeunesse bourgeoise de se faire la médiatrice entre les classes; les défauts de notre système d’éducation, trop formelle, trop abstraite, trop verbale et qui néglige les réalités, les sciences de la nature et l’histoire ; la nécessité de se rapprocher du peuple parce que la sagesse et l’avenir sont dans les faibles, dans les enfants, les femmes, dans ceux qui souffrent. Il terminait en disant : « Qui grandit? l'Enfant. Qui soupire? la Femme. Qui aspire et montera? le Peuple. C’est là qu'il faut chercher l'avenir. »

Ce furent cependant ces leçons très modérées, très inoffensives et bien plus solidement construites que ne l'avaient été la plupart des leçons de Michelet dans les années précédentes, qui ont été le prétexte de la mesure brutale prise le 2 janvier 1848 par M. de Salvandy.

Contrairement à tout ce que Salvandy avait exprimé lui-même, lors de son intervention contre Quinet, sur le droit des professeurs du Callège de France à n'être jugés et frappés que par leurs collègues mêmes, le gouvernement intervint par un décret pour suspendre le cours de Michelet sans avoir consulté ou mème averti d'avance, ni le Collège, ni son administrateur. Letronne se borna à transmettre à Michelet la lettre de Salvandy qui lui annonçait qu'en vertu d’une décision du gouverne.nent, il avait suspendu son cours, sans donner d’ailleurs aucune espèce d'explication. Cette explication nous la trouvons dans un article du Semeur (12 janvier) où on lit que l’on n'avait rien eu à reprocher à Michelet et que le seul prétexte donné pour sa suspension était une incartade d’un étudiant qui, avant le cours, avait donné lecture du discours du trône et l’avait accompagné de commentaires séditieux ou inconvenants, Michelet avait conservé la lettre où l'auteur de cette manifestation, un jeune étudiant aux Beaux-Arts nommé Delalleux, s’en accusait humblement,

Le Semeur, après avoir protesté énergiquement contre une mesure inique où l’on frappait un professeur innocent pour une faute d’un ‘“étudiant qui relevait de la police, ajoutait avec une grande raison :

« On doit chercher ailleurs Ja cause de la suspension du cours de M. Michelet, M. Michelet avait, depuis longtemps, attiré sur lui la mauvaise humeur du Ministère. Ses idées politiques étaient réputées dangereuses. On était mécontent de ses pamphlets, de ses livres, plus encore que de ses leçons; car le professeur, on devait le reconnaître, gardait la mesure obligée dans son enseignement. Mais enfin, en allant écouter l’homme, on se souvenait du hardi pamphlétaire et M. Michelet en disait assez pour qu'on ne l'oubliât point. On cherchait donc un simple prétexte; on l’a trouvé, et l’on s’en est avidement saisi. On a voulu atteindre l’homme, l'écrivain tout entier. »

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