LE COURS DE 1848. —— SUSPENSION. — RÉVOLLAIONX
l'Inde, Perse, Judée, Égypte, Assyrie, Grèce, Rome. La seconde partie aurait été une revue de l’histoire du christianisme et du messianisme chrétien; la troisième eût été consacrée au principe nouveau, à la République qui doit enseigner l'art d’aimer dans la cité et l'Éducation. * Mais le 21 juin, il se dit avec découragement : « Quis leget haec? » et il se décide à écrire : 1° La Bible du Peuple, qui sera son livre du Peuple mis à la portée des masses. 2° Le Précis d’Histoire de France, qui sera une transformation de même nature du précis de 1831. Il sera intitulé : Histoire de la fraternité, avec sous-titre Origines de la République, puis l’Ancienne et la nouvelle Église. Mais il veut écrire une Histoire populaire de la Révolution, une Pucelle comme bon Moyen- Age, les Albigeois, l’Inquisition, les Jésuites comme mauvais Moyen- Age.
Le 23 juin éclatait l’effroyable insurrection qui brisait toutes ses ?spérances. Ces journées l’écrasèrent : « Excidat illa dies », c’est tout ec qu'il trouve la force d'écrire dans son journal.
Et il revient pourtant toujours à son idée inébranlable : « L’'Éducation, l'Éducation », écrit-il, le 28 juin. On a beau lui objecter le 15 mai. le 28 juin. Il a le cœur déchiré, flétri, « mais je ne me suis pas trompé ». Il propose à Béranger, à Lamennais, tout un plan de propagande par des brochures, par le colporteur.
« La situation, écrit-il Je 29 dans son journal, exige des œndibions viriles. Ne pas croire le bien tout fait, mais l’amener de loin, le faire. L'Éducation est Mk première nécessité de tous les partis; aucun d’eux ne songe à donner aux siens les vertus nécessaires à son système ». En juillet, le 8 et le 9, à Rouen, il prend des informations sur le colportage et il se promet d'écrire pour le peuple un petit livre anonyme, gratuit. « Puisse ce petit sacrifice bénir l'ouvrage et suppléer à ce qui manque pour le cœur ct pour l'esprit. S’abstenir de journaux, de livres polémiques, s'assurer un moment de sainte quiétude, Écrire comme un bienheureux ».
I s’y met à Vasrœuil; le 11 et le 12 il écrit treize chapitres de la Féritable histoire, le 13 La Révolution et Napoléon *. Puis le 14 il se sent ralenti dans son histoire populaire.
« Pour la tirer toute du sentiment et du souvenir, il faudrait aimer davantage. Extrême langueur. Il semble qu’en avançant ct connaissant micux les moyens d'influer sur les hommes, on ait pourtant une espérance moins vive d'y réussir. Pour Paris, il est vrai, la chose sera longtemps difficile. Mais la France est là qui attend. »
Nous voyons que dans les jours qui suivent, jusqu'à son départ le 18, il renonce à son œuvre ct il se rejette sur sa grande Histoire.
« Il faut dans ce moment où ma foi s’est ébranlée que je reprenne force en touchant terre, je veux dire la ferme érudition, la recherche et le récit. »
En effet, rentré à Paris, il ne s’cccupe plus que de cela et malgré un nouveau voyage de six jours à Vascœuil (7 au 13 septembre), il
1. Que sont devenues ces ébauches où sans doute <e trouvaient des élans superbes ? Je n'en ai rien retrouvé. Michelet découragé dut les détruire.
achève le 16 octobre l'impression de la première partie du t&uaz HI, qui parut isolé.
Il est repris alors de ses tristesses :
« Resté seul ct senti la crainte de rester en moi. Trop de blessures; juin Mon père et tant d’autres pertes qui redeviennent récentes. ‘Je ne me promène guère dans cet appartement sans heurter mon cœur à ces souvenirs. :
Mais le 8 novembre Mlle Mialaret arrive à Paris, C’est une vie nouvelle qui commence pour lui. Je ne raconterai pas l’idylle et le drame des quatre mois qui suivirent. Je l’ai conté dans bes Lettres inédites de J. Michelet et À. Miuluret. La conclusion de ce roman d’amour, un des plus nobles et des plus émouvants de l’histoire des lettres, se fit le 42 mars 1849 par le mariage de Michelet, âgé de 51 ans et d’Athénaïs Mialaret âgée de 23 ans :.
Revenons maintenant en arrière pour dire ce que fut le cours du deuxième semestre 1848.
Ces six leçons se firent devant un public d’ailleurs très peu nombreux, alors que Michelet en espérait un effet immense. Il y développa l’idée qui lui était alors chère entre toutes, l’annonce d’une nouvelle révélation religieuse qui va sortir de la Révolution de 1848. Désormais la religion est devenue possible. Puis dans les trois Heçons qui suivent il passe en revue les religions de l’Inde, de la Perse, de la Judée, de la Grèce et de Rome en montrant ce que chacune apporta au monde, La cinquième fut consacrée au christianisme, qui a créé un divorce entre la sainteté individuelle de l’homme et la sainteté de la famille ct de la cité. Enfin, Michelet fit une sorte d’apologie de la République en montrant qu'elle va permettre à l’homme de monter d'un degré dans l'échelle religieuse et de créer l'harmonie unitaire des cœurs, des volontés, des travaux, le salut de tous pour tous.