‹ La vie et la pensée de Jules MicheletChapitre 96 sur 105 · MICHELET DE 184Q A · texte numérisé non relu

MICHELET DE 184Q A

(ceux qui le commirent croyaient venger la mort d'un militaire qui aurait été assassiné, après un traitement indigne et barbare); 3° C'était un soir de dimanche, après une revue, et le nommé Pigeon était en état d'ivresse. Il a fait cet acte coupable sans préméditation, sans réflexion, sans avoir la conscience de ce qu'il faisait. La condamnation fort rigoureuse dont il a été l’objet était nécessaire pour l'exemple. Mais elle dépasse en réalité la culpabilité du condamné. Elle aurait l’inconvénient grave de perdre un honnête homme, en l’associant pour une partie si considérable de la vie (5 ans) aux malfaiteurs qui peuplent nos prisons. »

Michelet accomplit ses fonctions de juré dans une disposition d’àme presque religieuse, comme nous Je voyons par le journal de Mme Michelet, et par une note du 2 juillet 1850 écrite au moment où aaissait le fils conçu pendant ces journées mêmes où Michelet faisait œuvre d'humanité :

« J’écrivais le commencement du t. IV (nov. 1792). Le monde se donne à la France. J'étais du Jury et le 15 oct. je rédiseai la demande en gràce pour le condamné Pigeon. « Que ces deux choses te servent, cher enfant, fils de la grâce! Puisses-tu rendre ta mère heureuse! puisses-tu servir la France, le monde et vivre selon le cœur de Dieu. »

Le 20 janvier 1850, Michelet achevait le tome IV de la Révolution qui conduisait son livre jusqu’à novembre 1792. Il avait repris son cours le 26 décembre et il le poursuivait jusqu’au 6 mars. Aussitôt il se mettait à écrire le tome V dont il achevait la première partie (décembre, janvier 1790) le 16 juillet; en même temps, il avait fait les sept leçons du second semestre, du 18 avril au 6 juin.

Le 2 juillet, était né son fils Yves-Jean-Lazare : il ne vécut que sept semaines et mourut le 24 août. Michelet passa septembre à Fontainebleau pour remettre sa femme de ces émotions. Dès son retour à Paris (5 octobre), il écrit le premier chapitre de la deuxième partie du tome V, qui fut terminé le 48 mars 1851, au moment même où il était arrêté dans son cours. Il avait repris celui-ci le 2 janvier. Après la cinquième leçon du 6 mars, il était suspendu par la décision de l’assemblée des professeurs du 12 mars 1851.

Que furent ces cours de 1850 et 1851?

Celui de 1850 était dans la pensée de Michelet la suite naturelle du cours de 1849. Il était consacré à l'éducation, mais spécialement à l'éducation de la femme et par la femme. Le cours de 1851 fut une sorte de retour à celui de 1847-48, mais dans un esprit plus polémique. Ce fut un ardent appel à la jeunesse pour qu'elle lutte contre la réaction chaque jour grandissante. Sur 22.00: instituteurs, 7.00 avaient été destitués. Les professeurs de l’enseignement secondaire étaient surveillés, persécutés. Michelet s’imagina que de sa chaire il serait libre de protester et de lutter. 11 le fit, il faut le dire, d’une manière si peu méthodique, si violente et si vague qu'il donna prise à ses ennemis, et que, profitant du tapage que les étudiants faisaient trop souvent à son cours, le Collège de France lui-même prononça la suspension.

Le cours de 1880 fut un cours sur la femme comme celui de 1849

avait été un cours sur l'amour, comme celui de 1851 aurait dù être un cours sur Nos fils. On y trouve des fragments des trois livres que Michelet publiera plus tard sous ces trois titres. Mais dans ces cours une idée domine tout le reste : l'Éducation de la famille en vue de la Cité.

Voici d’après Michelet lui- même dans une note de 1850 quelle fut la pensée de ces cours de morale éducative.

1848 Réconciliation des classes par la jeunesse Réconciliation des Religions dans la justice

1849 Que les hommes apprennent à s'aimer et qu’ils fondent leur amour sur la justice qui sera la base de l'éducation.

1850 1° semestre. Que l’homme et la femme s'aiment dans la justice et se sauvent par l'éducation mutuelle.

2° semestre. Que l’homme et la femme s'aiment dans leur meilleur

moi, l'enfant, et se sauvent pur la justice.

1851 Que l’homme lettré et la femme illettrée s'aiment en leur meilleur

moi, la Cité, et la sauvent par la justice.

Ces trois cours devaient, dans sa pensée, former un livre qui aurait eu pour plan de montrer l'amour cœume la loi du monde, mais l'amour reposant sur la liberté de la justice. L'éducation de l'humanité dans l’amour, la liberté de la justice commençant par l’éducation mutuelle de l’homme et de la femme, continuant par celle de l'enfant, s’achevant par celle de la cité.

Les leçons de 1850 qui furent très méthodiques et très nourries :

4. Pour fonder l’unité morale, il faut changer la famille. L'initiative pour cela doit venir de la femme. C’est elle qui doit apprendre à l'homme à répondre aux deux besoins du tenps : la concentration de la force et l'élargissement du cœur.

2. 3. L’entente morale est nécessaire entre les époux pour qu'ils soient associés dans l'éducation de l'enfant et lui donnent une même foi. De notre temps, la femme trop souvent s’est détachée de l’homme, lui se donnant aux affaires, elle à l’Église et au monde.

4. La femme, aujourd’hui, n’a pas le sens de la justice. Il- s’est fait un divorce entre la religion et la science. Nous devons savoir expliquer le comment des choses aux femmes et aux enfants qui demandent le pourquoi.

6. 7. 8. Le genre humain a été affaibli moralement par le divorce des sexes. Les femmes doivent ramener l’homme au foyer par les vertus d'intérieur, par l'ordre et la justice, et elles doivent apprendre à aïcner l'égalité.

40. 11. Nous avons perdu le soutien de la légende et de la tradition. Le monde ancien de la grâce est devenu le monde de la fantaisie et du copisme. Il faut faire entrer la femme avec nous dans le monde de la justice.

12. La famille, l’État et la religion n’ont pas trouvé leur base et leur formule définitive avant la Révolution. C’est maintenant seulement qu'on va les trouver.

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