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FORMATION DE Ï/HOMME

Fig, M.

La femme a deux ovaires (1, 1', ûg. 14). L'ovaire est formé d'une masse charnue à fibres lisses et d'une enveloppe; il est animé par un nerf sympathique indépendant de la volonté. L'enveloppe, qui est très flne, contient dans son épaisseur des vésicules arrondies, dites de Graaf, au nombre de plus de soixante-dix mille, 1. Avant la puberté ces vésicules ont doux centièmes de millimètre de largeur. Chacune d'elles contient un petit œuf et un liquide albumineux (1).

L'œuf est sphérique; il a d'un dixième à un cinquième de millimètre d'épaisseur au moment où il va être fécondé. Vu au microscope, il se compose d'une membrane épaisse, d'an amas visqueux et granuleux, appelé vitellus et répondant au jaune de l'œuf des oiseaux, enfin d'une cellule dite germinative (a, fig. 16). Celle-ci est sphérique, enchâssée sur un point de la paroi interne du jaune et

(1) Comparez tes flgarei 14 at anivantei ans Bgaret 1, 2, 3, 4 et 5.

maintenue immobile en cet endroit. Sa membrane est très mince, transparente et contient un liquide albumineux incolore. Son diamètre est de quatre centièmes de millimètre.

A l'époque de la puberté, les vésicules de Graaf (1 , fig. 14) grossissent successivement et se remplissent d'un liquide séreux mêlé de sang. La plus grosse ^ale alors un œuf de pigeon; son enveloppe s'amincit, se brise ; l'œuf qui en sort passe dans une des trompes dites de Fallope, 2, et par là dans l'utérus, 3, qu'on appelle aussi matrice. S'il n'est pas fécondé, il continue sa route et s'échappe au dehors avec le liquide de la vésicule brisée. Ce fait a lieu tous les mois (1).

L'œuf de la femme ne contient aucun être vivant.

L'organe matenliii.

Les ovaires masculins sont les glandes nommées testicules. Us se composent de trois à quatre cents petits lobes, formés de canaux qui, déroulés et mis bout à bout, auraient une longueur d'une demi-lieue. Ils sécrètent incessamment un liquide, répondant au contenu des anthères do la fleur. Ce liquide, composé d'eau, de matière albumineuse et de quelques sels, contient un nombre immense dé corpuscules très petits, à différents degrés de leur développement. Parmi les plus gros on distingue plusieurs vésicules sphériques («, fig. 15).

Chaque vésicule renferme d'abord un liquide grenu et un noyau. Elle grossit dans son trajet de la glande à la petite vessie séminale située plus haut, où s'accumule le liquide fécondant. Durant le voyage, son contenu se partage en deux cellules ovales, é, puis en quatre, e, puis

(1) A gauche, la figure 14, 1 et 2, montre la section de Tovaire pendant l'expulsion de ToTule.

en hait, etc. Dans chacun des ovules ainsi formés se manifeste un être vivant, d, sorte de vermisseau routé sur lui-même comme un serpent. Ces vermisseaui grandissent ; leurs cellules propres éclatent et les laissent échapper dans la vésicule commune, où ils se meuvent en serpentant.

L'animalcule du chien a la tête en forme de poire ; celui du rat, en fer de lance; celui de la taupe, elliptique et allongée; celui des oiseaux, en forme de vrille. Chez les vertébrés il est ordinairement plus gros que celui de l'homme. Chez nous, sa longueur va, selon son âge, Ju»-

Flg. 16.

qu'à au dixième de millimètre et sa tête jusqu'à cinq millièmes.

Devenus libres dans leur vésicule commune, les petits êtres vivants sont souvent rangés côte à côte en bataillon, e, contre la paroi intérieure. Ils grossissent; la vésicule devient trop petite et se rompt à son tour. Les vermisseaux s'en échappent et se meuvent librement dans la masse du liquide spermatique, f. Leur marche dans les canaux est, dit-on, de trois mtllimètresàla minute, c'est-àdire d'environ trente fois leur longueur; l'homme adulte parcourt dans sa marche habituelle environ quarante fois sa longueur dans le même temps.

11 n'y a point de ces êtres vivants chez l'enfant; ils apparaissent au temps de la puberté et se montrent peu-

dant tout le reste de la via. Ils sont en nombre immense. Personne encore ne sait d'où ils viennent. Ce qui est certain, c'est qu'avant de sortir de l'organe masculin, ils y ont contracté des propriétés insaisissables à l'observation. Car, par le fait de la conception et de la croissance, il leur arrivera de se modeler sur la forme du père et de la mère et d'en reproduire quelquefois les traits les plus individuels. Cependant on n'a pu jusqu'à présent distinguer en eux aucun organe ; on les dirait faits d'une matière homogène. Leur forme extérieure est seule bien définie; elle n'a rien de la figure humaine. Leur première naissance constatée a lieu dans l'organe masculin, lorsque cheminant dans les conduits génitaux ils se dégagent de leurs cellules, puis de la vésicule sphérique, où ils étaient emprisonnés. Leur . seconde phase se produit quand ils passent de Torgane de l'homme dans celui de la femme où ils doivent s'incarner et qui est prêt à les recevoir.

La fécondation.

La fécondation n'est autre chose que l'incarnation du vermisseau spermatique dans le sein maternel. L'expulsion hors de l'homme du liquide où il serpente et sa conception par l'organe féminin ont lieu par une action réfiexe des filets lombaires du sympathique et ne dépendent en rien de la volonté. Le liquide fécondant rencontre l'œuf féminin en un point quelconque de la trompe : car, malgré les obstacles, l'œuf et le liquide cheminent à la rencontre l'un de l'autre. Les petits êtres vivants rampent aussitôt en grand nombre à la surface de l'œuf, comme s'ils cherchaient à s'y attacher pour en vivre. Une couche albumineuse, sécrétée par la trompe et répondant au blanc de l'œuf des oiseaux, se forme autour d'eux et les capture (ô, fig. 16). La vésicule germinative disparaît, son rôle est

L'HOMUB, la PESSâB, DIKU 201

fini; un vermisseau s'est fixé; il a pénétré la membrane de l'œuf, dont la couche albumineuse devient inutile et se résorbe. Les autres petits êtres aussi sont résorbés; luimême perd sa forme de têtard et disparaît. C'est ainsi que l'animal de la spore {g, flg. 1, page 89) perd sa forme dès qu'il est fixé sur le sol, où il devient un végétal (1).

Mais aussitôt se manifeste au centre de l'œuf l'action de l'être vivant qui s'est emparé de lui. Le jaune se transforme par segmentation en une masse semblable à une

Fig. 18.

(1) Cette disparition a fait tupposer à quelqutt pbjsiologitM que l'animiUenle n'eit pas une ronne aoUriaure de l'embrjoQ et u'a qu'un rAIa ««condaire. Cette opinion eil i peu pris abandonnée.

En eSWt, la segmentation du jaune est un phânomène iubsAinent, qui sappoEe déjà la préience d'un cenira d'action vitale; elle n'a pour rëiuliat que la Iransformalion ilu jaune en une membrane; celle-ci devient le feuillet interne du blastoderme et plni lard la muqueuse intestinale de rembr]ii>u; le TeDillet externe devient sa peau. C'est entre les deux feuillets que réside le centre d'action; c'est làaussiqae l'animalcule a pénétré et que se montra la tache embryonnaire, apparition première derembryon.

L« liquide spermatique ne contient que de l'eau, nn peu d'albumine, quelques leli minéraux et des aaimalcaies plus on moins développés. Sam animalcules, ce liquide est inlécond et ne produit aucun phénomène embr;ogénique. Si l'animalcule ne pénétre pas dans la sphère transparente de l'cBUf et ne ie met pas en contact avec le jaune, il n'7 a paa de fécondation. Ainsi le rAle actif appartient aui animalcules, ou pour mîeui àiw k l'un d'eni ; car chaque œuf ne produit qu'un lenl embrjon.

La présence d'na grand nombre d'animalcules dans le liquide fécondant ne crée pas une difficulté. Dans toute la nature il se fait nue dépense énorme de semence et d'œufs pour la production d'un senl org-anisme; SpallaDiani a calculé, d'après des expériences, que la fécondation d'un cenf n'exige qu'un millionième de grain de liquide spermatique. II en est de même dans le r^oe végétal, oQ l'immense majorité des sioiat de pollen est perdne.

Enfin, si le germe de vie ne provenait paa du père, l'atavieme paternel serait inexplicable; c'est pourquoi, lors même que l'embryon ne proviendrait pas de l'animalcule spermatique, nos théorèmes ne israient point altérés; ils se reporteraient simplement sur le mjstérieui germe supposa par qnalqnea pbTiiologistès.

W3 BBCONDE PARTIR

mûre, c, d, dont les petites cellules, s'écartant rapidement les unes des autres comme par une force centrifuge, vont se condenser et former une seconde membrane, e. En ce moment l'œuf a près d'un millimètre ; il est encore dans la trompe; son enveloppe devient comme velue au dehors, tandis qu'elle se trouve doublée au dedans par la couche des molécules condensées. Cette membrane ainsi renforcée a reçu le nom grec de blastoderme ; c'est en effet dans son épaisseur que va s'opérer la croissance de l'homme nouveau. Il s'y est fixé comme sur un sol fertile; il épouse la forme arrondie de l'œuf: il est comme

couché à sa surface, tournant son ventre vers le milieu (1. fig. 17).

11 se produit bientôt deux renflements, répondant à sa tête et à sa queue ; c'est là en effet que va se développer la tête de l'homme et que s'attacheront ses membres inférieurs. Le blastoderme est double : sa tunique intérieure, 2, est mince et muqueuse; l'autre est forte, séreuse et de la nature do la peau. On peut donc dire que dès ce moment l'homme est incarné. L'œuf a quintuplé de volume.

L'embryon, m oraiiMncs.

Les faits précédents se sont accomplis dans la trompe. Continuant de cheminer, l'œuf fécondé descend dans

l'homme, I.A PENSltB, DIKU SOft

l'atérus et, au moyen de son velu, se fixe sur la mem* brane intérieure qui grossit autour de lui et l'enchâsse (4, Qg. 14). A ce moment, le vermisseau a la forme d'une barque, dont la carène translucide n'est autre chose que la moelle épinière de l'homme futur.

Après vingl; jours (fig. 18), la membrane extérieure de l'œuf commence à s'atrophier; le corps de l'embryOD, 1, s'est élevé au-dessus du fond, auquel il ne tient plus que

Fig. IS

par une sorte de pédoncule, 5. En même temps, il asoulevé cette membrane autour de lui ; il s'en est fait comme ua berceau ou comme une tunique, que les savants grecs ont nommée atnnton, en souvenir de la peau de brebis dont se couvrent les petits bei^ers. La muqueuse intérieure de l'œuf a également perdu sa forme sphérique ; elle s'est changée en une poche, 3, qui va diminuant de volume, tandis qu'une autre, 4, nommée allantoïde (ce mot veut dire andouille) se forme près du renflement caudal ; le vingt-cinquième jour, elle a déjà le volume d'un gros pois. Le trentième jour, une révolution s'est accomplie dans l'œuf. L'embryon s'est détaché du fond ; il est maintenant suspendu dans le liquide de l'amnios (fig. 19). Le blasto-

derme, séparé de lui, est devenu l'enveloppe extérieure; l'allantoïde, 4, s'est développée au point de tapisser l'intérieur de cette enveloppe ; la première poche a diminué; les oi^aaes de l'embryon ont commencé à se former autour de lui.

Pendant le deuxième et le troisième mois, toute la masse grossit dans le sein maternel, tout se transforme- La première poche, 3, disparait; le pédoncule de l'allantoïde se

rétrécit, s'allonge et devient le cordon ombilical; la partie épaisse se change en une masse frangée, pleine de vaisseaux, qui est le placenta et qui, s'appliquant aux in^atités de l'utérus, sert à la fois d'attache et de communication entre la mère et l'enfant (2, %. 20). Toutefois les vaisseaux et les ûbres de ce placenta (ce mot veut dire gâteau) n'ont aucune continuité avec l'organe matériel ; ils y sont seulement appliqués.

En résumé, l'ovule fécondé a puisé ses aliments dans les liquides de la trompe, puis dans ceux de l'utérus. Le liquide contenu entre les deux membranes de l'œuf a

l'homme, la pensëe, diku 21%

fourni les éléments du système Derveuz et des vaisseaux. La pocbe ventrale a donné ceux de la première circulation ; l'allantoide, devenue placenta, ceux de la seconde. Les capillaires du placenta, en contact avec ceux de la mère, continuent maintenant d'absorber à travers leurs parois les éléments utiles du sang maternel et de rejeter

Pig. liO.

par la même voie les éléments usés. L'activité est grande; l'enfant mange la mère, qui se donne à lui en pâture.

Le centième jour, l'embrjon a la forme humaine. Suspendu la tête en bas par le cordon du nombril, U reste plongé dans les eaux de l'amnios^ qui bientôt cessent d'être nutritives, n'ayant ni oxygène ni air et contenant des matiërea excrétées. Cet ensemble remplit presque entièrement l'utérus.

DéTeloppement des organes.

Les organes de l'embryon n*ont pas poussé comme une ▼station qui sort d'une graine. Ils se forment à distance les uns des autres, chacun à sa place, croissent autour de certains centres d'oi^anisation, s'abouchent entre eux et enfin s'unifient. Le système nerveux cérébro-spinal se montre le premier : c'est la carène de la nacelle, terminée du côté de la tête par un chapelet de trois bosses conjointes (flg. 19). La bosse antérieure devient peu à peu le cerveau, les couches optiques, les corps striés et le corps calleux. La bosse moyenne forme les tubercules quadrijumeaux. La bosse postérieure forme la protubérance, le bulbe et le cervelet. Les méninges, les nerfs, le grand sympathique se dessinent chacun à sa place.

L'organe d'un sens se modèle à l'extrémité de son nerf. Ainsi les yeux d'abord ne sont que deux petits points imperceptibles (fig. 18); leurs parties se montrent successivement par voie d'analyse, les paupières vers le troisième mois; l'iris se perfore après le sixième. Les nerfs des yeux et de l'odorat sont des excroissances do la bosse antérieure. L'oreille naît de la bosse postérieure, à l'extrémité du nerf acoustique. Le nez et la bouche sont d'abord confondus, puis divisés ; la langue est comme une lèvre et prend peu à peu sa forme et sa mobilité.

Les vertèbres commencent par être de petites plaques carrées, dont les premières deviennent le crâne. Les côtes et le sternum apparaissent après que le cordon ombilical est formé. Les membres s'annoncent à la fin du premier mois par de petits tubercules. Quinze jours après commencent les doigts, ceux des mains avant ceux des pieds. Les premiers muscles paraissent vers la huitième semaine.

L'intestin, qui était une gouttière nageant au-dessus

l'hommb, ul pbnséb, dieu 207

de la nacelle, devient un sac allongé et fermé, gros à son extrémité antérieure. Placé entre Toesophage et le rectum, qui sont aussi des tubes fermés, il progresse vers eux ; eux-mêmes vont à lui ; ils se rencontrent, se soudent, se percent et deviennent enfin un canal continu, ouvert à ses deux extrémités.

Tous les organes naissent et grandissent dans les eaux de l'amnios. Leurs formes, d'abord rudimentaires et vagues, se précisent par voie d'analyse. Ainsi, dans l'origine, tout le futur appareil cérébral se composait des trois petites masses cellulaires juxtaposées. A l'autre extrémité du corps, les oi^anes génitaux externes, les oi^anes nrinaires et Tanus, qui ont paru vers la cinquième semaine, n'étaient point distincts et ne se sont cloisonnés que plus tard. Longtemps il a été impossible de connaître si l'embryon serait mâle ou femelle ; les sexes ne se distinguent que vers la onzième semaine. Les soudures et les Goalescences ne contredisent en rien cette loi d'analyse, et Ton a eu raison de dire que « l'embryon forme lui-même » ses enveloppes, ses tissus et tous ses organes. Pour cela il dispose en parties discrètes la masse homogène des liquides dont il est approvisionné.

La forme humaine; ses origines; le père et la mère.

L'être vivant, dont le vermisseau spermatique était la première figure perceptible, avait donc en lili une puissance formatrice élémentaire, qui s'est manifestée en s'incarnant. C'était un animal humain, encore bien qu'il n'eût, Qi en lui ni autour de lui, aucun des organes dont le corps humain est composé. La preuve qu'il était humain, c'est que, une fois incarné et sorti du sein maternel, il reproduit la forme générale de l'espèce, accrue de caractères individuels. Il y ajoute le plus souvent des caractères, des

aptltades et jusqu'à des facultés morales, qu'il tient du père ou de la mère. Cet animal, sans vertèbres, sans cerveau, sans nerfs, sans vaisseaux et sans viscères, contenait dans son corps, d'un dixième de millimètre de longueur, l'image et la ressemblance de ceux dans les organes desquels il s'était précédemment installé. Et la preuve que sa forme lui venait de plus loin, c'est qu'il reproduit aussi parfois les traits des ancêtres.

D'autre part, l'anatomie nous montre que l'animal spermatique, une fois entré dans le sein maternel, ne s'identifie jamais avec l'oi^nisme de la femme : le survenant se fixe sur l'œuf, lorsque l'œuf, sorti de la vésicule ovarienne, chemine librement dans le canal qui mène à l'utérus. Dans l'utérus son adhérence à l'oi^ane maternel n'est qu'une juxtaposition ; cet organe bourgeonne autour de l'œuf pour le retenir, mais n'y pénètre pas. Le vermisseau seul pénètre dans l'œuf et s'incarne dans la nouvelle tunique, le blastoderme, dont il a lui-même provoqué la formation. Rien de tout cela ne tient à la mère. Plus tard, quand il commence à prendre forme et qu'un long cordon composé de vaisseaux le retient dans l'utérus, là non plus il ne fait point partie de la mère ; les feuillets du placenta sont seulement appliqués contre les rugosités dubourlet maternel; entre les vaisseaux de l'enfant et ceux de la mère il n'y a aucune continuité.

Cependant beaucoup d'enfants ressemblent à leur mère ou rappellent les traits, les manières et les dispositions de leurs ancêtres maternels. Tous ces faits se rapportent à la forme, puisque les éléments chimiques, sauf quelques sels, sont toujours de l'oxygène, de l'hydrogène, de l'azote et du carbone. La mère a donc, malgré l'indépendance oi^anique de l'embryon, exercé sur lui une action formatrice puissante et modifié, quelquefois profondément, les éléments formels qu'il apportait au sortir de Torgane mas-

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culin. C5ette action n*a pu s'exercer qu'au travers des liquides, des cloisons et des tissus par lesquels il était en contact avec elle, et sans doute aussi par les fluides impondérables, connus ou ignorés de nous, qui circulent ou vibrent dans l'univers. Enfin, c'est la mère qui a fabriqué l'œuf.

L'indépendance du petit corps vivant n'est pas moindre à r^ard du père. Car, avant d'être lancé dans l'organe femelle, il nage dans le liquide fécondant, dont il est séparé par deux enveloppes, la cellule ovoïde et la vésicule sphérique. Combien de temps a-t-il séjourné dans le testicule ou dans la poche séminale ? combien de temps lui a-t-il fallu pour atteindre la taille d'un dixième de millimètre, qu'il a au moment où il s'échappe? Qu'était-il? quelle était sa forme antérieure? d'où était-il venu se fixer dans l'ovule paternel? Avait-il, comme la trichine, traversé les tissus, ou bien avait-il suivi le flot du sang dans les artères spermatiques ? On l'ignore. On voit seulement que, durant son séjour dans l'organe masculin, il a subi l'action paternelle assez profondément pour reproduire plus tard la ressemblance de son générateur.

Mais ni le père ni la mère ne lui ont donné le principe de vie. Car dans l'œuf maternel le blastoderme s'est produit par l'action même du petit animal ; nous savons comment ; et il n'y a aucune raison de penser qu'il en soit autrement dans l'ovule paternel, petite cellule close, entièrement séparée de l'organe mâle qui la contient. Seulement c'est dans cet organe que le corpuscule vivant, quel qu'il fût, a passé la première période de sa vie humaine et pris cette forme de vermisseau par laquelle le père et les ancêtres avaient passé avant lui.

Il est donc bien entendu qu'avant la conception le vermisseau spermatique est déjà un homme et en possède, virtuellement, mais réellement, les éléments essentiels.

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C'est pour cela qu'il ne peut rien naître de raccouplement d'espèces différentes , dont les formes, analysées par la croissance, seraient incompatibles, et que les enfants des hommes ont pour mères des femmes.

Les métamorphoses.

Le germe humain, en se développant, subit comme une série de métamorphoses. Dans l'organe mâle il a d'abord été invisible, emprisonné dans une cellule, qui s'est fractionnée suivant les puissances de deux (fig. 15). Chaque cellule nouvelle contenait un vermisseau, qui l'a brisée et qui s'est mis à serpenter dans le liquide fécondant. Ce vermisseau n'était point un microbe, un vibrion, une bactérie; ce n'est ni un insecte, ni un mollusque, ni un serpent, ni un poisson, ni un têtard. Aucun de ces petits animaux, mis dans la matrice d'une femme, n'y deviendrait un homme. C'était donc un vermisseau humain et non autre chose. Cet homme sans organes perceptibles, mais d'une forme bien définie, a été lancé dans le sein maternel, s'y est fixé sur un ovule, y a résorbé et comme dévoré ses semblables. Là il s'est donné un premier système d'oi^anes circulatoires , en transformant le feuillet interne de l'œuf en vésicule. Puis celle-ci s'est résorbée à son tour, tandis qu'une autre, l'allantoïde, grandissait et se changeait en cordon ombilical et en placenta. C'a été la deuxième circulation; « le petit enfant était au sein des eaux ( Vêda)», la tête en bas comme un poulpe, et se nourrissait en parasite du sang maternel. Enfin il est né, pour vivre dans l'air, à la lumière du jour, sucer du lait et manger avec des dents. C'a été la troisième circulation, rendue complète par la fermeture du trou deBotal.

Pendant ces quarante semaines, il s'est fabriqué a luimême son corps. Au commencement il n'avait ni œil, ni

l'homme, la PENSEE, DIEU 211

oreille, ni main, ni aucun sens; il n'avait ni OvS, ni muscles, ni canal digestif, ni canaux circulatoires, ni poumons, rien de ce qui constitue un organisme humain. II n'avait pas même de cerveau, ni de moelle, ni d'appareil sympathique. Il s'est donné tout cela par un travail prolong-é, exécuté d'abord dans les organes génitaux du père, ensuite dans ceux de la mère. Après avoir serpenté dans les premiers, combien de temps? on l'ignore, il a pris dans l'œuf maternel un point d'appui ; de là, dans le jaune de cet œuf, il s'est construit des oi^anes personnels, les créant en quelque sorte à distance et chacun à sa place autour du point fixe où il résidait. Il a assemblé ces organes, il a mis les tubes bout à bout, soudé certains os , réuni les autres par des ligaments, étendu comme un arbre aux rameaux déliés deux systèmes de filets nerveux dans deux systèmes de muscles, d'os articulés et d'organes suspendus. Il a mis son cerveau dans une boîte osseuse, ses organes respiratoires dans une cage élastique, ses organes digestifs et reproducteurs dans un sac. Il a disposé deux membres pour promener cet ensemble, et deux autres pour saisir les choses du dehors. Cela fait, il est né. Faible encore, faute d'exercice, il a tété le lait maternel, il s'est roulé et traîné à terre, il a ouvert les yeux et tourné la tête ; enfin il s'est mis debout, il a marché, il a parlé. Il a pris connaissance du monde et de lui-même ; il est devenu Platon.

Actions diverses dans le corps hnmain.

Dans ce corps, dont un atome central ou, si on le préfère, dont un germe humain s'est entouré, se produisent des phénomènes et des actions de toute sorte. L'œil est un pur instrument d'optique, microscope et télescope à la fois ; la cornée, le cristallin et les autres parties sont la

pour projeter une image claire sur la rétine, comme le verre d'une chambre noire sur la feuille photographique. C'est de la physique et rien de plus. Il en est de même de l'oreille pour les vibrations sonores de Tair; ce n'est ni le tympan, ni les osselets, ni le limaçon qui reçoivent la sonorité ; ils ne sont là que pour transmettre, condenser, analyser et renforcer les vibrations venues du dehors ; c'est le nerf acoustique qui reçoit l'impression ; aussi chez plusieurs animaux inférieurs l'oreille consiste-t-elle en un simple sac. Le refroidissement du corps par Tévaporation appartient aussi à la physique ; on sait de quelle quantité l'évaporation d'un gramme d'eau peut abaisser la température d'un corps donné. Dans les pays chauds, quand le thermomètre marque 37 degrés, une grande quantité de sueur se vaporise sur la peau, la peau devient froide en plein soleil. Il en est de même dans le poumon. Et ces évaporations maintiennent la chaleur normale du corps, qui sans elles s'élèverait au-dessus de la moyenne, causant des maladies et la mort. Mais la sensation du froid n'est pas un phénomène physique. L'absorption au travers des tissus en est un, connu des physiciens sous le nom bizarre d'endosmose. Seulement il faut ajouter que cette transsudation des liquides, des solides dissous et des gaz s'opère ici au travers de tissus vivants. Enfin l'électricité qui se dégage dans les contractions musculaires proportionnellement à l'effort, est aussi un phénomène physique, mesurable au galvanomètre.

Les actions et réactions chimiques s'opèrent en grand dans l'organisme humain. Les propriétés chimiques de la salive, du suc gastrique ou pancréatique, de la bile, du liquide intestinal peuvent être et ont été constatées même hors des organes, dans les fioles et les matras des laboratoires. On sait comment chacun de ces sucs agit sur chaque espèce d'aliment pour le décomposer, le trans-

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fonner, le dissoudre, et le mettre en état de concourir à la nutrition. Seulement la quantité et peut-être aussi la qualité de ces sucs varie d*un animal à Tautre selon sa constitution oi^anique, son genre de vie, ses aliments et le milieu où il est plongé.

Les phénomènes physiologiques sont propres aux corps vivants. Us sont de plusieurs sortes, étant liés les uns à la vie organique, les autres à Tintelligence. Les premiers se rapportent au sympathique, les autres au système cérébral. Les uns et les autres ont pour conducteurs des nerfs et pour organes moteurs des muscles.

Au grand sympathique appartiennent les muscles à fibres lisses et, par conséquent, les fonctions nutritives depuis le pharynx, en passant par l'œsophage, Testomac, les mouvements vermiculaires des intestins, jusqu'à Tanus ; les actes de sélection par lesquels chaque organe prend dans les liquides internes les éléments qui lui conviennent ; les sécrétions de l'urine, de la bile, de la salive, de la sueur, des autres sucs, des cheveux, des poils et des ongles, de la matière des os, des dents et des liquides de la génération; les phénomènes circulatoires du sang et de la lymphe et la nutrition des vaisseaux ; enfin tous les mouvements réfiexes qui se produisent dans les muscles à fibres lisses et dans les organes des sens.

Du système cérébral dépendent les mouvements des muscles à fibres striées et les sensations perçues, qu'elles soient ou non accompagnées de plaisir ou de douleur. Les sensations ont pour caractère d'être perçues par le centre vivant et localisées dans l'organe d'où elles viennent. La vue et l'ouïe vont même au delà de l'organe et localisent leurs objets, avec plus ou moins de précision et d'exactitude, hors du corps humain en quelque lieu de l'espace. L'action interne du centre vivant sur un muscle est mesurée par l'efifort et limitée par la fatigue. Il y a des muscles

qui ne se fatiguent pour ainsi dire jamais, parce que leur action est à la fois intermittente et nécessaire à la vie ; tels sont ceux de la respiration.

La voix est commune à une foule d'animaux. Étrangère à tous les animaux inférieurs, elle paraît d'abord chez certains reptiles et va se perfectionnant avec l'appareil cérébral. L'homme seul a la parole, animée par des branches du pneumogastrique et du nerf spinal. La parole est un acte volontaire indépendant du larynx, puisque les sourds-muets et les idiots ont le larynx bien conformé et qu'on peut parler à voix basse sans émettre aucun son vocal.

La vue commence à la rétine, expansion de deux nerfs croisés qui vont au cerveau. L'action de la volonté sur la vue s'opère par les muscles moteurs de l'œil et constitue le regard; elle consiste dans la direction donnée à Taxe optique de l'œil et à ses organes accessoires. Elle se combine souvent avec d'autres actions musculaires, pour produire l'expression du visage, de la voix et de l'attitude du corps. L'accommodation de la vue à la distance de l'objet est aussi un acte volontaire et dépend du nerf moteur oculaire commun. L'expression du regard et les autres mouvements qui se rapportent à la vue commencent très haut dans la série animale et sont de plus en plus analytiques à mesure qu'on approche de l'homme.

L'ouïe est surtout passive. Cependant beaucoup d'animaux écoutent; l'homme s'abstrait en quelque sorte, se retire et fixe son attention, c'est-à-dire son action musculaire, sur certains sons, de préférence ou à l'exclusion des autres. Il en est de même de Todorat et du goût : on flaire avec les muscles de la respiration; on déguste avec les muscles des lèvres, de la langue et des autres parties de la bouche. Enfin le toucher passif, très délicat dans certaines parties du corps, telles que les doigts et les

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lèvres, devient actif sous le nom de tact, par une pression plus ou moins forte sur l'objet ou par le déplacement latéral de l'organe tactile. Déjà bien développé dans le singe, le tact est pour le cerveau humain un merveilleux procédé de connaissance positive et d'analyse.

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Outre les actions volontaires qui se manifestent dans les muscles locomoteurs proprement dits et sur les organes des sens, Fhomme exécute sans interruption toute une série d'actes internes, dont l'appareil cérébral est le théâtre. Ce sont les actes intellectuels; la raison en est une partie intégrante. La réflexion n'a rien à démêler avec ce que les physiologistes nomment actions réflexes. Elle s'opère par la cessation momentanée et volontaire des impressions des sens et des mouvements musculaires. Quelques hommes réfléchissent en marchant; mais alors ils marchent par habitude et avec une dépense minime d'action cérébrale. Les sens étant fermés, le corps au repos, l'activité interne se concentre sur certaines notions acquises pour les examiner, les analyser, les comparer et en tirer ce qu'elles peuvent contenir. C'est là que se manifeste, plus que dans toute autre partie de l'organisme humain, la supériorité de l'homme dans la série générale des êtres vivants ; car seul il a su dégager les trois principes de la raison et leur faire produire les arts, les sciences et la civilisation.

L'organe cérébral, où réside le centre de la vie et de la pensée, s'est séparé de plus en plus des appareils de la vie organique. Il s'est enfermé dans sa boîte osseuse, percée de fenêtres ouvertes sur le monde et séparée du reste du corps par un isthme, le cou, fait de vertèbres et de muscles, de cordons et de canaux. Les animaux les

plus bas n'ont ni cerveau, ni cou. Le cerveau est apparu longtemps avant cet isthme de jonction, de séparation et de commandement. Les poissons et la plupart des reptiles n'ont pas de cou; ils sont tout d'une venue. Les oiseaux ont un cou, parfois très long, mais la tête très petite et le cerveau peu développé. Le cou existe généralement chez les mammifères; mais il n'a point la finesse de celui de l'homme et de la femme ; il a en dessus de gros muscles pour soutenir le poids de la tête, qui est horizontale. Le singe est le premier mammifère qui, en la redressant, Tait mise en équilibre sur les vertèbres et lui ait donné le pouvoir de se tourner dans tous les sens autour d'un axe vertical. L'homme a perfectionné cette invention, en même temps que son cerveau a acquis des circonvolutions nouvelles et que ses organes des sens ont apporté au centre intellectuel des idées plus claires, plus distinctes et mieux analysées.

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