‹ La vie et la pensée: éléments réels de philosophieChapitre 9 sur 24 · L'HOMME · texte numérisé non relu

L'HOMME

Son anatomie.

De la cellule primitive au calmar» un immense progrès s'était accompli. Entre le calmar et l'homme un mouvement d'analyse non interrompu s'est produit dans les organes (1). Le calmar a deux os, celui du tronc qu'on appelle os de seiche et le petit cartilage de la tête,

(1) Voici, d*après M. Darwin, l'ascendance probable de Thomme par dédoubUmeat :

A < j • ( Ascidien moderne.

Atcidien ancien { . . .

( AmphioxuB ancien.

... ( Amphioxus moderne.

Amphiozus ancien { r» • ^

*^ { Poisson ancien.

n . ( Poisson moderne.

Poisson ancien < ...» u:l- •

( Amphibie ancien.

..... ( Amphibie moderne.

Amphibie ancien l w^ '^ . .

^ ( Monotrème ancien.

XM ^ s. ^ ( Monotrème moderne.

Moxiotrème ancien < Mo«-.,«;o.. .«o;.»

( Marsupiau ancien.

%t ^ ' { Marsupiau moderne.

Marsupiau ancien { o, \ .

*^ { Placentaire ancien.

ni . • ( Placentaire mammifère.

Placentaire ancien | Lémuride ancien.

T . .. ( Lémur moderne.

Lémunde ancien l ,y ^ ...

î Catarrhinin ancien.

^ . . . . . . ( Singes modernes.

Catarrhinin ancien | Anthr*pide.

Anthrôpide Homme moderne.

Tous les types anciens ont disparu ; chacun représente Tancêtre commun de deux types émanés de lui et dont un s'est conservé jusqu'à nos jours.

rudiment des os du crâne. Le squelette d'un homme se compose de deux cent six os, sans compter les trente-deux dents et les cartilages du nez, des narines, des artères et plusieurs autres. Ces pièces solides sont unies les unes aux autres par des ligaments qui leur permettent de se mouvoir, et leurs mouvements sont adoucis par un liquide onctueux comme Thuile de nos machines.

Voici rénumération des os du corps humain :

Crâne 8

Face 14

Osselets de Foule. 6

Os hyoïde 1

Vertèbres 24

Sacrum et coccyx. 2 Côtes 24

Sternum 1

Épaules 4

Bras ... 2

Ayant-bras 4

Carpes 16

Métacarpes 10

Phalanges 28

Bassin 2

Fémurs 2

Rotules 2

Jambes 4

Tarses 14'

Métatarses 10

Phalanges 28

La masse charnue du corps se compose de muscles longs ou plats, de proportions et de formes diverses, allant d'un os à un autre et pouvant donner aux membres, à la tête ou au tronc, les mouvements les plus variés. Il est bien difficile d*énumérer ces muscles, parce que beaucoup d*entre eux sont formés de plusieurs faisceaux en partie réunis. Toutefois on peut en fixer approximativement le nombre à trois cent soixante. Dans la cage solide et élastique constituée par le sternum et les côtes et dans le sac de l'abdomen sont logés les organes de la nutrition et ceux de la reproduction. Dans le crâne et le canal vertébral est Taxe nerveux qui préside à tout le système et sur un point duquel est logé Tatome central qui donne le branle à toute la machine. Dans les cavités intérieures et surtout dans la poitrine et dans le ventre est un autre appareil nerveux, infiniment moins centralisé, duquel dépend en grande partie la vie organique, mais qui ne conserve lui-même son énergie que par ses filets de jonction avec l'appareil cérébral. Enfin sur certains points du

corps, fixés progressivement par le travail non interrompu des séries animales, sont les oi^anes des sens.

Pour donner une idée du résultat obtenu par cette longue et patiente élaboration, je vais énumérer les principaux organes du corps humain répartis suivant leurs fonctions. Les fonctions sont au nombre de trois : la nutrition, la reproduction et la fonction nerveuse.

La nutrition.

La nutrition, qui est l'entretien de l'individu et son accroissement pendant la première période de sa vie, so subdivise en trois opérations, dont deux sont continuelles et l'autre intermittente, savoir la circulation du sang et de la lymphe, la respiration et la digestion. Le sang circule dans les artères et les veines en passant par le cœur, sorte Ae pompe à parois élastiques qui le pousse en avant, toujours dans le même sens. Les contractions du cœur sont de courte durée, interrompues par de courts intervalles de repos, et ne s'arrêtent qu'à la mort. Le sang, lancé dans les artères sous une pression de 15 centimètres, se répartit dans leurs rameaux, qui diminuent de grosseur en se subdivisant et finissent par ne plus avoir que 5 ou 6 millièmes de millimètre de large à l'intérieur; ce sont alors les vaisseaux appelés capillaires; les plus déliés sont dans le système nerveux, dans le poumon et la peau.

Le sang qui les remplit est un liquide incolore tenant en suspension des globules rouges et des globules blancs. La partie liquide est une dissolution de fibrine vivante, c'est-à-dire non coagulée, pendant tout le temps qu'elle est dans les vaisseaux. Les globules rouges sont aplatis et ont de 5 à 6 millièmes de millimètre de large; ils sont élastiques et s'allongent pour passer dans les plus petits capillaires. Les globules blancs sont beaucoup moins nom-

TABLEAU Dfi LA VIE 179

breux; ils sont sphériques et de plusieurs grosseurs; Talbumine est leur principal élément, ce qui les rend à peu près identiques au- chyle et à la lymphe. Le sang va de moins en moins vite en allant du cœur aux capillaires; sa tension dans les veines est de 1 à 2 centimètres seulement. Des capillaires le sang passe dans les veines, dont les rameaux se réunissent en grosses branches, et va enfin au cœur d*où il était parti. Mais comme le cœur est double et que ses deux moitiés répondent au cœur simple et au vaisseau dorsal des animaux inférieurs, le sang qui lui revient est chassé vers les poumons, où il respire.

La respiration s'opère par le mouvement alternatif des côtes et par celui du diaphragme. L'air se précipite comme dans le vide et remplit les cavités dont le poumon est formé. Dans son mouvement circulatoire le sang avait perdu une partie de ses globules et gagné de la fibrine prise aux tissus. La transformation du sang veineux en sang artériel est une action purement chimique de l'oxygène de l'air; elle s'exerce à travers les membranes des cavités pulmonaires, et l'air reçoit en échange une certaine quantité d'acide carbonique contenu dans le sang veineux. Quant à la combustion d'où cet acide provient, elle a lieu dans toutes les parties du corps. Le sang, redevenu artériel, va au cœur qui le lance de nouveau dans tous les rameaux des artères. Quand la circulation s'arrête, l'homme tombe comme foudroyé. Si la respiration est empêchée, les oreilles bourdonnent, la vue se trouble, le pouls devient petit et inégal, les muscles se relâchent, les vertiges surviennent, l'homme perd connaissance et finit par mourir.

La digestion rend au sang les éléments qu'il a perdus par la combustion générale en circulant dans les tissus. Les aliments de l'homme ont un caractère de généralité que n'ont pas ceux des autres espèces d'animaux. Ils sont

solides, liquides, gazeux même, et se composent de chair, de lait, de sang, de feuilles, de fleurs, de fruits, de racines, de substances artificielles, telles que le pain, le vin, la bière, le sucre et une foule de matières inconnues aux autres animaux. Quelle qu'elle soit, la matière, pour devenir alimentaire, doit être dissoute et chimiquement transformée. C'est cette transformation qui constitue la digestion : elle s'opère d'abord dans la bouche, au moyen des dents, de la langue et de la salive qui est alcaline et qui contient du phosphate de soude et d'autres sels; la salive transforme la fécule des aliments en dextrine, puis en glycose ; elle n'agit point sur les matières grasses. De la bouche l'aliment descend dans l'estomac; le suc gastrique, sécrété par des glandes d'une structure délicate et compliquée, est toujours acide; cet acide est l'acide lactique; il contient en outre une substance propre, la pepsine. Il dissout les matières albumineuses et les met en état d'être absorbées ; il dissout aussi la gélatine, le gluten, la caséine, la fibrine. Le suc sécrété par le pancréas émulsionne les graisses et tes huiles en vertu de ses propriétés alcalines, sans les transformer en savon. La bile, sécrétée par le foie, conservée dans une vessie et versée en temps opportun dans le duodénum, est alcaline et neutralise les portions acides de l'aliment déjà transformé. Comme elle est très abondante, elle parcourt, en grande partie sans être utilisée, le canal digestif et se trouve rejetée avec les résidus de Talimentation. Ces résidus se composent principalement des matières qui n'ont pu être transformées ni absorbées.

L'absorption s'opère par toutes les surfaces vivantes en général. L'absorption digestive s'opère le long du canal intestinal depuis l'estomac jusqu'à l'anus par l'organe des vaisseaux chylifères et des veines. Le liquide, absorbé à travers les parois de ces vaisseaux, est appelé lymphe ou

chyle et contient plus des neuf dixièmes d'eau, de la fibrine et des globules, de Talbumine, des sels et des matières grasses absorbées en nature. Les sels métalliques sont directement absorbés par les veines et portés au cœur. Le chyle est versé dans une grosse veine située sous la clavicule gauche ; là il se mêle au sang, se rend au cœur et du cœur au poumon, où il respire. Ainsi s'accomplit dans chacun de nous le mouvement circulaire de la vie organique.

La reproduction.

La reproduction humaine repose, comme celle de tous les animaux supérieurs, sur la séparation des sexes. Mais chaque organe mâle répond à un organe femelle, de la façon la plus exacte. Les deux testicules où se produit le liquide spermatique ont pour pendants les deux ovaires ; les canaux déférents et l'épididyme répondent aux trompes de Fallope ; les vésicules séminales à l'utérus, et ainsi du reste. L'ovule mâle contenu dans le liquide spermatique répond à l'ovule femelle contenu dans la vésicule de Graaf ; l'embryon répond au lait. Si l'homme était hermaphrodite, il aurait des mamelles complètes donnant du lait, tandis qu'il en a seulement le simulacre. Au contraire, la séparation des sexes fait que l'être vivant incarné dans l'ovule spermatique est, du fait de la conception, confié à la femme par Thomme, qui devient aussitôt étranger à son développement organique. C'est pourquoi la première phase vitale de l'homme futur s'accomplit dans les organes du père, la seconde dans l'utérus maternel; l'allaitement est comme la continuation de sa vie utérine et comme une période de transition entre cette vie rudimentaire et ténébreuse et la pleine existence au grand air et à la lumière.

Quant à la partie psychologique de la reproduction, ce n'est pas ici le moment d'en parler; il faut seulement dire

qu'à Tattrait des sexes, pareil dans Thomme à ce qu'il est dans le singe et les vertébrés supérieurs, s'ajoute tout un ordre de sentiments qui proviennent de la raison et dont le singe le plus parfait n'oflfre que Tébauche. Les sentiments du père et de la mère sont d'une variété et souvent d'une intensité extrême. Us se localisent dans certaines parties du cerveau ou du cervelet et supposent dans ces organes un état de division et d'analyse auquel les autres animaux n'onjt pas atteint.

La fonction nenrense; appareils nenrenx.

La troisième fonction, que j'appelle nerveuse faute d'une expression meilleure, s'accomplit en effet dans les appareils nerveux. Toute la partie volontaire, libre et idéale de la vie humaine, a pour organe direct l'appareil cérébral. La partie organique et réflexe a pour organe direct l'appareil sympathique. Tous deux envoient des rameaux nerveux dans toutes les parties du corps, plus dans les unes, moins dans les autres, de sorte que chacune d'elles est soumise aux deux influences à la fois. Le cerveau luimême, étant un appareil qui travaille, qui consomme du combustible, qui perd de sa substance et a besoin de se nourrir, le cerveau reçoit avec ses artères et ses veines des filets émanant du sympathique. De même, la main, par exemple, où la circulation du sang est entretenue par des nerfs vaso-moteurs émanant du sympathique, reçoit de l'appareil cérébral les nerfs de la sensibilité et du mouvement. On peut répartir les actes de la vie en trois •groupes, celui des mouvements internes qui dépendent du sympathique, le groupe des actions ayant leur cause au dehors et appelées sensations, enfin celui des mouvements externes ayant leur cause au dedans et portant le caractère transitif et locomoteur. Ces deux derniers groupes dépendent de l'encéphale.

La structure des appareils nerveux (fig. 10) est d'une délicatesse extrême et contient des éléments innombrables. Voici un exemple de Tétat d'analyse où ces organes sont parvenus chez nous. Un nerf se compose d'un tube contenant une moelle demi-liquide, au centre de laquelle est une fibre ou axe. Ces tubes ont une grosseur de 5 à 20 millièmes de millimètre. Plusieurs tubes accolés et contenus dans une gaine commune font un cordon nerveux. Or, le nerf moteur coinmun des yeux contient 15,000 de ces tubes; le nerf de la cuisse plus de 35,000.

Le plus souvent chaque filet nerveux cérébral contient deux fibres parallèles, l'une qui apporte l'impression du dehors vers le centre, l'autre qui transmet du centre dans quelque muscle Taction motrice. Parfois aussi les deux espèces de fibres sont séparées; tels sont les nerfs qui tiennent directement au cerveau. Ceux qui sortent de la moelle épinière par les trous des vertèbres sont d'abord séparés, puis se groupent en faisceaux. La racine antérieure est pour le mouvement; celle de derrière pour la sensibilité; mais en eux-mêmes ces faisceaux sont insensibles; ce sont de simples appareils de transmission. Ce qui prouve que les fibres nerveuses ne sont par ellesmêmes ni sensibles ni motrices, c'est qu'un nerf sensitif coupé et soudé avec une portion j)ériphérique d'un nerf moteur, fait de celle-ci un nerf sensitif.

Des fibres innombrables contenues dans autant de tubes et groupées en cordons nerveux se distribuent dans tous les muscles locomoteurs et dans tous les organes des sens. Celles qui émergent de la colonne vertébrale ont leurs racines dans la moelle et le cerveau (1), dont elles forment la substance blanche. La substance grise n'est pas composée de fibres, mais de cellules ou de vides triangulaires de

(1) Je préviens, une fois pour toutes, que sous le nom de cerveau je comprends aussi le cervelet dont la fonction est encore presque inconnue, mais qui est composé comme le cerveau de six couches superposées.

5 millièmes à 1 dixième de millimètre, contenant un double noyau (fig. 10) ; la fibre aboutit à une des parois de la cellule. A son autre extrémité, dans Toi^ane, la fibre se termine par une plaque. Les cellules communiquent entre elles par des tubes nerveux, au nombre d*un, de deux ou de plusieurs. '

Telle est dans son ensemble la structure de l'appareil cérébral, dont le cervelet est une partie essentielle et la moelle épinière un prolongement. D*une manière générale on peut dire que le centre de la sensibilité et de la locomotion est dans Tençéphale. Le nerf, coupé et séparé de son centre, ne transmet plus ni sensation ni mouvement; de plus il maigrit, perd la moelle de son tube et 8*oblitère. Mais dans quelle partie, à quel point de Tencéphale est le centre des deux systèmes de fibres? C'est ce que personne n'a pu découvrir d'une manière certaine, quoique ce point, résidence de l'atome central, existe quelque part. J'ajoute que les physiologistes de l'école matérialiste, qui placent la pensée et la vie dans l'ensemble de la substance grise, non seulement violent les plus simples principes de la métaphysique et de la raison, mais oublient des faits physiologiques bien établis. En voici quelques-uns. Dans les plus fortes impressions et les mouvements les plus violents, la substance de l'encéphale, de la moelle et des nerfs ne manifeste aucun phénomène, sauf peut-être un peu de chaleur.. On peut enlever par tranches le cerveau, le cervelet et les autres parties de l'encéphale; les fonctions «ensitives et motrices sont troublées, mais l'animal reste vivant; il respire; son sang circule. Enlevez par rondelles le bulbe rachidien (B, fig. 13) qui unit le cerveau à la moelle ; quand le couteau atteint l'origine des nerfe pneumogastriques, l'animal tombe foudroyé. Cette rondelle vitale n'a pas 6 millimètres d'épaisseur. Enlevé par lames sur sa longueur, le bulbe cesse peu à peu d'ani-

mer la moitié correspondante du corps; parvenu à Taxe, le couteau tranche subitement la vie du corps entier. Lk donc est le nœud vital et le centre de la pensée. Il faut considérer aussi que la plante se nourrit et se reproduit sans système nerveux; qull en est de même des animaux inférieurs ; qu'un muscle sans nerfs cérébraux continue à se nourrir, au moins quelque temps. Enfin, Tanimal du blastoderme, c'est-à-dire l'homme lui-même dans la période utérine de son existence, se nourrit et s'accroît sans système nerveux, se construit à lui-même le sien dans les eaux et avec les matériaux de l'amnios, et par conséquent était vivant et agissant avant de posséder une substance grise ou blanche, un appareil nerveux quel qu'il fût. L'expérience sur l'adulte ne suffit pas.

Anatomia du carreaii; la centra cérébral.

Considérons en outre la structure du système cérébral dans son ensemble. Que les fibres émanant de la colonne vertébrale viennent de la moelle et se continuent par elle jusque dans le cerveau, c'est ce que personne n'ignore. Les douze paires de nerfs céphaliques ont un point de convergence qui peut être déterminé approximativement. Les nerfs de l'odorat (1, fig. 13), ou nerfs olfactifs, dont les lobes occupent la partie antérieure du cerveau et sont beaucoup moins développés chez l'homme que chez certains vertébrés, naissent du fond de la grande scissure dite de Sylvius ; leurs racines se perdent en cet endroit. Les nerfs optiques, 2, forment d'abord une sorte d'X majuscule; puis leurs racines plongent dans les tubercules quadr^jumeaux. Les nerfs auditifs, 10, sortent de la substance grise postérieure du bulbe. Les nerfs de la cinquième paire, 8, nerfs d'une haute importance dont l'action se lie à la nutrition, aux fonctions de TœU, au goût, à l'odorat, à

186 PREUIfiRE PARTIE

l'ouïe, plongent dans la protubérance annulaire P. Le nerf facial, 10, naît dans le sillon entre la protubérance et le bulbe. Les nerfs qui vont à la langue et au pharynx, 11, naissent sur les côtés du bulbe. 11 en est do même des pneum(^astriques, 11, nerfs sensittfs et locomoteurs qui vont au pharynx, au larynx, au cœur, aux poumons et àTestomac. Ces nerfs fournissent des branches

FiK- 13.

de communication au grand sympathique et contribuent puissamment à l'activité vitale do ce dernier. En outre, les pneumogastriques agissent par voie réflexe sur la respiration. I^ nerf spinal, 12, naît par des racines multiples sur les côtés du bulbe ; c'est le nerf de la voix et en partie de la déglutition. Enfin le grand hypoglosse. 13, nerf de la douzième paire, nait du bulbe tout près de la moelle épinière; c'est lui qui donne le mouvement à la langue.

Si l'on résume cet ensemble de dispositions mécaniques, on voit que les racines des nerfs de la tête, même celles

des premières paires, s'enfoncent dans le bulbe ou dans une autre pièce contiguê au bulbe et dans la direction de ce dernier. D'autre part, la moelle épinière aboutit au bulbe, qui est comme son point de connexion avec Tencéphale. C'est donc vraisemblablement dans le bulbe rachidien qu'est le centre de la sensibilité, du mouvement volontaire et par conséquent de tous les phénomènes psychologiques et de tous les actes de la pensée. Les différentes parties de l'encéphale, les hémisphères cérébraux avec leurs circonvolutions, le cervelet, les tubercules, les couches optiques, la protubérance, les olives, le corps calleux, la glande pinéale, la matière grise, sont des organes au même titre que l'œil, Toreille ou la main. Si vous coupez les nerfs du bras, la main ne peut plus toucher ni se mouvoir; il en est de même des organes contenus dans la tête ; si vous retranchez la troisième circonvolution gauche du cerveau, le patient perd la parole; l'atome central n'a pas perdu pour cela la faculté de parler, il a seulement perdu un oi^ane nécessaire à l'exercice de cette faculté. De même une certaine inflammation de la partie antérieure du cerveau cause up certain genre de folie ; l'atome central n'est pas fou pour cela; seulement, quand il mettra en exercice cette partie du cerveau, elle lui répondra par des extravagances. Le cerveau n'est ni sensible, ni moteur; chacune de ses parties remplit une fonction particulière ; plus il a de parties, plus il a de fonctions. En cela le cerveau est dans la même condition que le corps tout entier. La bactérie, qui n'a point d'organes, est le plus stupide des animaux. Le poulpe, qui a un commencement de cerveau, lui est fort supérieur. Le vertébré l'emporte de beaucoup sur le poulpe. L'homme est au-dessus de tous les autres vertébrés, parce que, ayant un système cérébral plus analysé, c'est-à-dire composé de plus de parties, il a plus d'organes de sensibilité

188 PRBMIICRE PARTIE

et dlntelligence à sa disposition. La substance blanche est renchevêtrement des fibres nerveuses; la substance grise, qui est discontinue, ne peut être le siège de la pensée, qui ne l'est pas; mais elle entre comme portion utile, nécessaire même, dans la constitution de beaucoup d^organes de la pensée. Les fonctions intellectuelles ne dépendent pas seulement de la masse du cerveau, ou bien le rhinocéros serait plus intelligent que Phomrne. Elles dépendent surtout de sa composition, de sa forme, du nombre et de la profondeur de ses circonvolutions, comme aussi de leur proportion et de leur harmonie.

Le sympathiqae.

Le grand sympathique est un appareil nerveux constitué d'éléments analogues à ceux du système cérébral, mais autrement distribués. C'est un double cordon de masses nerveuses ou ganglions, étendu depuis la première vertèbre jusqu'au sacrum, en avant de la colonne vertébrale chez rhomme et le singe, au-dessous chez les vertébrés horizontaux. Les ganglions communiquent entre eux par des filets et envoient eux-mêmes de nombreuses ramifications, dont les enchevêtrements forment des plexus. Les filets des ganglions supérieurs pénètrent dans la tête en suivant principalement les carotides et leurs subdivisions. Les ganglions du cou sont au nombre de deux ou de trois ; leurs rameaux vont en partie dans la tête, en partie au pharynx, à l'œsophage, aux glandes salivaires; le rameau inférieur va grossissant de haut en bas. Les filets partant du ganglion inférieur du cou vont se réunir en deux plexus dont les rameaux se perdent dans le tissu du cœur. Dans la poitrine le double cordon sympathique est formé de douze ganglions inégaux répondant aux vertèbres du dos ; un filet pénètre dans chaque vertèbre. D'autres filets vont

à rœsophage, au poumon. Ceux des six derniers de ces ganglions se portent vers le bas, se réunissent en un gros cordon qui perce le diaphragme, pénètre dans Tabdomen et se mêle à un vaste enchevêtrement de ganglions et de filets nerveux situé au-dessus de Testomac et nommé plexus solaire. De ce centre partent d'autres filets aboutissant eux-mêmes à des nœuds secondaires, dont les ramifications vont au diaphr^^me, au foie et au pancréas, à la rate, au mésentère, à Testomac, à la veine porte, puis à l'intestin, au duodénum, au caecum. Un autre cordon, émanant des trois derniers ganglions du dos, descend au plexus des reins ; des rameaux de ce plexus se rendent aux testicules chez l'homme, aux ovaires chez la femme. Enfin les derniers ganglions du double cordon sympathique, dans la r^ion lombaire et sacrée, envoient des rameaux à plusieurs plexus dont les filets se distribuent à l'intestin jusqu'au rectum et à l'anus, à la vessie et à ses dépendances, à Tutérus ou aux vésicules séminales et aux autres organes de la génération.

Les lilata d'union.

Tout ce vaste appareil, distribue dans le cou, la poitrine et le ventre, reçoit sur beaucoup de points, notamment dans la région du cou et dans le haut de la poitrine, des filets provenant du système cérébral. Ce sont ces filets qui donnent Tunité à toute la machine humaine. Les ganglions sont comme les relais établis de distance en distance sur les grandes lignes télégraphiques. Ces relais marchent par le courant initial du premier bureau ; mais ils ont aussi par eux-mêmes le pouvoir d'envoyer des courants locaux dans toutes les directions. Quand on coupe les filets d'union entre Taxe cérébrospinal et le grand sympathique, celui-ci ne tarde pas à languir et à tomber

dans rinaction. Alors tous les oi^anes où il envoie ses propres rameaux s'arrêtent et la vie s'éteint. Car ces organes ne sont autres que ceux de la nutrition et de la reproduction, comme il vient d'être dit. Le cerveau et la moelle sont eux-mêmes le siège d'une vie organique, c'est-à-dire d'une dépense et d'une reconstitution de matériaux, soumises à l'action des filets du sympathique. Les mouvements respiratoires de la poitrine dépendent de l'appareil cérébral, mais le travail interne de la respiration lui échappe. Les battements du cœur et des artères et la marche progressive du sang et de la lymphe dans les vaisseaux dépendent des ganglions sympathiques et des nerfs vaso-moteurs qu'ils envoient. Toute la digestion est soumise au sympathique et notamment au plexus solaire. Enfin les organes génitaux de l'homme et de la femme fonctionnent par l'action des nerfs sympathiques ; le rapprochement des sexes dépend seul de la volonté.

Bichat a donné le premier l'exposé systématique des deux fonctions des appareils nerveux. C'est aujourd'hui la base de la physiologie.

Les filets sympathiques, comme ceux du système cérébral, sont conducteurs d'impressions et de mouvements. L'impression commence à la périphérie et se transmet au centre ganglionnaire; le mouvement commence au ganglion et se transmet à l'organe. Des milliers d'expériences et d'observations prouvent que cette double action peut s'accomplir sans le cerveau, mais que, séparés de la moelle épinière et par conséquent du bulbe rachidien, les nerfs sympathiques tombent bientôt dans l'inertie. L'activité du système sympathique est donc à la fois subordonnée à l'autre système et prépondérante dans la vie organique; plus on s'éloigne de la tête, plus l'action cérébrospinale diminue et laisse d'importance à l'action ganglionnaire. Or il est à remarquer que l'être pensant ignore entière-

ment la vitalité qu'il communique à cette dernière par les

filets d'union. Il ignore de même ce qui se passe dans les

nerfs et les ganglions du sympathique ; il en ignore jusqu'à

l'existence. Quant à ces ganglions, ils ont en eux-mêmes

une action centrale, qui a été bien des fois constatée par

l'expérience. Les impressions qui leur parviennent ne sont

pas perçues par nous; les mouvements qu'ils impriment

aux organes ne sont pas voulus. L'excitation produite

dans roi^ane sur les extrémités du filet nerveux chemine

par ce filet jusqu'au ganglion, s'y réfléchit en quelque

sorte et revient par un autre filet vers l'organe sous la

forme de mouvement. C'est ce qu'on nomme action rèflecx^.

Mon sympathique est un centre ou un groupe de centres,

011 s'opèrent incessamment et par milliers des actions

réflexes, sans que j'en aie la moindre connaissance. Tant

que le système sympathique communique avec la moelle

épinière, môme privée du cerveau, les actions réflexes

s'y continuent, au moins quelque temps. La moelle allongée,

composée du bulbe et de la protubérance annulaire, a la

même vertu. Quant au cerveau et au cervelet, sans la

moelle, ils sont absolument impuissants en ce qui concerne

les actions réflexes, même dans les ganglions les plus

vivaces du grand sympathique.

Résnmé.

En résumé, il y a dans l'homme deux systèmes nerveux, deux fonctions vitales, différentes, presque séparées et pourtant subordonnées l'une à l'autre. La fonction de la vie organique, inconsciente et aveugle, soumise à l'appareil ganglionnaire dont l'importance croit de haut en bas, est loin d'être centralisée ; elle est au contraire dispersée dans une foule de centres, dontle principal est à l'épigastre et porte le nom de plexus solaire ; tous ces centres reçoivent sinon la vie, du moins la possibilité de vivre, par

192 PRKMIBRE PARTIE

les filets qui leur vieDDent du système cérébrospinal. La foDction psychologique est le propre de ce dernier; la conscience des impressions parvenues au centre nerveux et des actions motrices émanant de ce centre est son caractère essentiel. Cette fonction est centralisée en un point situé probablement dans le bulbe rachidien, à l'endroit qu*on nomme le nœud vital. Comme Tautre, elle est desservie par un système d*organes disposés autour du point central : en haut par le cerveau, le cervelet et leurs dépendances, en bas par la moelle épinière et les ramifications infinies des nerfs sensitife ou moteurs. Le système sympathique est insensible et ne reçoit du dehors que des excitations, produites par des agents chimiques ou physiques. Au système cérébral sont attachés tous les organes des sens; quatre sens sont localisés dans certains appareils; un seul, le toucher, est répandu, quoique inégalement, sur toute la surface du corps. Enfin les muscles mis en mouvement par les deux systèmes de nerfs sont différents : ceux qui obéissent à la volonté ont les fibres striées, les autres sont lisses et ne tiennent pas au squelette. Quand Faction cérébrale vient à cesser, l'action sympathique s'arrête bientôt. Quand Taction sympathique s'arrête, la vie cérébrale et psychologique cesse de même. Il y a donc une corrélation étroite entre les deux fonctions nerveuses. En cela il n'y a aucune différence entre Thomme et les autres vertébrés. Mais à mesure que l'on redescend les séries animales qui ont abouti à l'homme, l'importance de la fonction psychol(^ique diminue comme le développement cérébral. Les vertébrés des derniers rangs et plus encore les mollusques ont un cerveau rudimentaire. Les insectes et d'autres n'ont que le système ganglionnaire, avec un gros anneau autour de l'œsophage et un petit noyau nerveux au-dessus, qui représente à peine un cerveau. Enfin, aux derniers rangs de Tanima-

lité, qui ont été les premiers dans l'ordre des temps, il n'y a plus ni appareil cérébral, ni système ganglionnaire, il n'y a aucune trace de nerfs, la vie s'accomplit par l'intermédiaire pour ainsi dire exclusif des forces chimiques et physiques de la matière.

Voua le chemin qui a été fait par les êtres vivants depuis la première cellule animale ou végétale jusqu^à l'homme. Nul ne sait combien de millions d'années te d'efforts ils ont mis à le parcourir.

Si j'embrasse d'un coup d'œil ce qui s'est passé dans le monde solaire depuis l'époque de la nébuleuse jusqu'à nos jours, je vois que les phénomènes ont constamment marché dans le même sens. Ils. ont passé peu à peu de l'état complexe à l'état analytique, de l'état confus à l'état discret. Le mot évolution n'exprime pas clairement les faits comme ils ont eu lieu ; car il laisse supposer que les formes actuelles préexistaient dans les groupes atomiques qui les ont revêtues ; et Ton tombe ainsi dans une vieille doctrine mystique, dès longtemps surannée : Rursus ad antiquas volvuntur relligiones.

. On verra dans le chapitre suivant que l'atome central se fait à lui-même ses organes; et nous savons qu'avec un certain genre de nourriture on peut transformer une abeille ouvrière et stérile en abeille reine et féconde. Ce n'est pas ici une évolution de la forme, c'est une véritable transformation, produite par une action du dehors. Les faits que j'ai résumés ne s'expliquent pas tous par révolution. Il faut employer ici un terme plus général, qui puisse s'appliquer également à tous les phénomènes de l'univers. Ce mot, nous l'avons; j'en ai usé souvent dans cette étude ; il va se représenter encore dans ce qu'il me reste à dire. Ce mot de l'univers visible et de l'univers invisible est : analyse.

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