‹ La vie et la pensée: éléments réels de philosophieChapitre 2 sur 24 · VI PRÉFACE · texte numérisé non relu

VI PRÉFACE

rien d'idéal. Mon camarade Charles LavoUée et moi, nous tombâmes par hasard sur saint Augustin, qui nous parut un philosophe supérieur à l'autre, et nous passâmes notre année à traduire par écrit les Confessions. Au grand concours, on nous donna pour sujet ce titre prétentieux qui résumait l'esprit du temps : Éléments de la connaissance de Dieu puisés dans la connaissance de Vhomme. L'évêque d'Hippone eut le prix et mon professeur sensualiste la croix d'honneur.

A l'École normale je trouvai l'éclectisme, comme on l'appelait, en pleine possession des chaires; il régnait aussi à la Sorbonne, au Collège de France, dans les Facultés et les Collèges. Victor Cousin, qui en restait le grand maître, n'enseignait plus; il s'était donné pour successeurs ses élèves, dont Amédée Jacques, Jules Simon et Emile Saisset étaient les plus en renom. C'étaient de charmants esprits et des cœurs élevés, des philosophes bien supérieurs au maître. Ce sont eux qui nous ont initiés aux méthodes, aux grandes théories et à l'histoire des idées. Dans leur enseignement rien ne s'imposait; on ne disait pas ajToç l<pY) ; la liberté et la courtoisie présidaient aux discussions. Le professeur était un guide; il portait le flambeau; mais nul n'était forcé de le suivre. Jours heureux, où se révélaient à nous, non plus seulement Augustin et les Pères, mais Platon, Aristote, Proclus, Descartes, Leibniz, Spinoza, tous les plus grands esprits des temps passés!

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