LES PLANTES
La sènsraUoii TégsUl*. — L«s CTyptasKiati.
La végétation cryptogamîque s'opère saaa qu'il y ait de distlnctiOD entre les sexes. Dans les algues, qui comptent parmi les végétaux les plus simples, un petit sac logé dans l'épaisseur des tissus contient des corpuscules ovoïdes (t, fig. 1) munis de cils vibratiles plus ou moins nom-
Fig. 1. — Sporea.
breux; au moyen de ces ot^anes le corpuscule, sortant du sac brisé, se meut dans l'eau comme un animal. Puis vient un moment où, rencontrant un lieu propice, il s*y arrête, s'y fixe et s'y développe sous la forme d'une algue de même espèce. C'est la reproduction immédiate, dans
laquelle cependant il Qst permis de voir une génération masculine.
A un degré plus avancé, on voit se former, ordinairement sur la face inférieure des feuilles, de petits sacs remplis d'abord de cellules a^lomérées et semblables (6). Les plus centrales grossissent, refoulent les autres et s^en font une enveloppe (c); elles contiennent une matière granuleuse. Ces granules se groupent dans chacune d'elles en quatre petites masses, disposées de manière que leurs centres figurent une pyramide triangulaire équilatérale {d). Chacune de ces petites masses est une graine et a reçu le nom grec de spore. Ainsi groupées elles flottent dans une cavité commune, où elles ne tiennent à rien et en sortent, pour se semer, par la rupture du vase qui les renferme.
D'autres fois les spores sont sphériques et enfermées dans une sorte de bouteille membraneuse, qui se dessèche et se détruit à la maturité. Pour germer et se fixer dans le sol, la petite sphère s'allonge au point où elle est en contact avec la terre humide {e). C'est donc un embryon nu; il est composé d'une membrane simple ou double, qui contient un liquide oléagineux. Ce genre de spores ne présente aucune trace d'appareil locomoteur.
Dans les mousses il y a une apparence de fructification, mais les sexes ne sont pas distincts. A l'extrémité d'un pédoncule se montre une capsule sphérique, ovoïde ou allongée, munie d'une enveloppe ou coiffe, qui se détache et tombe au temps révolu. Ce vase membraneux contient des vésicules, dont chacune renferme une sorte de spermatozoïde, courbé en cercle ou en spirale (/*).
Dans les charaîgnes (charà) le mouvement vital se manifeste avec une clarté singulière. Cette plante vit submergée au fond des eaux douces, où se nourrissent des myriades d'animaux infusoires et microscopiques. Un en-
trenœud d6 sa tige est un tube tordu d'un tour et garni au dedans de rangées spirales de granules verts. On voit le liquide intérieur monter et redescendre, entraînant les granules dans sa circulation. Si Ton détache de la plante cet entrenœud, la circulation continue; si on Tétrangle avec un fil, chaque moitié a sa circulation propre.
La charaigne a des organes reproducteurs. L*organe mâle est rouge, globuleux; il a une enveloppe dure, cassante, formée de cinq pièces à sutures sinueuses. Chaque pièce porte à l'intérieur un faisceau do petits tubes articulés; chacun des articles contient un être vivant, contourné, qui se déroule dès qull est libre ; sa tête est garnie de grands cils au moyen desquels il se meut dans Teau avec agilité {g). L'organe femelle, en forme d'œuf ou de ^ril, se voit à la base des rameaux supérieurs. Il est formé de cinq valves solides enroulées en spirale autour de l'ovule. Celui-ci, une fois fécondé par l'arrivée du petit animal, émet la racine par l'un de ses bouts, la tige par l'autre. L'embryon détaché trouve quelque point solide auquel il se fixe ; toute locomotion s'arrête ; une nouvelle plante se développe, semblable à celle que l'embryon a
quittée.
Let phanérogam^t.
Ce mode de reproduction forme le passage entre les végétaux élémentaires et les phanérogames. En effet, audessus de la grande famille des cryptogames commence la distinction définitive des sexes. Au lieu de se fixer immédiatement à l'endroit où il doit accomplir le cycle de son existence végétale, le corpuscule vivant, sorti du mâle, s'installe pour un temps dans un organe femelle, analogue àVorgane mâle où il a d'abord apparu. Nous disons que ces deux appareils sont analogues l'un à l'autre par la disposition de leurs parties, par leur rôle dans la crois-
S2 PRBUIÈRK PARTIE
sance du végétaX et par l'impossibilité pour le produit di mâle de se développer dans l'oi^ane femelle d'une plant d'un genre différent. Il faut donc examiner successi vemen l'un et l'autre d'une manière générale, sans tenir compt< pour le moment des grandes divergences qui existent entn les familles de végétaux; car on ne fait pas ici un traiti d'embryologie.
"L'anthère est l'organe mâle (âg. 2). Quand elle commence à poindre dans une fleur encore fermée, elle n'esl d'abord qu'un petit mamelon (a), puis elle prend une forme spéciâqne. Elle est tendre, composée de cellules égales et
bomc^nes-, le tout est baigné des sucs de la plante. Bientôt dans le mamelon se forment des lacunes ou Ic^s, remplies par un liquide épais qui s'organise en celluleâ plus grandes. Ensuite ces grandes cellules se troublent par une abondante granulation intérieure; puis les granules se groupent et forment quatre noyaux nageant dans un liquide {b). Le liquide se résorbe à son tour et les quatre noyaux restent libres dans l'enveloppe qui les réunit. Enfln, cette enveloppe ou logette s'oblitère, ainsi que le tissu interposé; et tous les noyaux se trouveui ensemble dans une loge commune (c). L'oi^ane mâle, parvenu à ce point de maturité, est l'anthère; l'anthère offre deux et quelquefois quatre loges, contenant en état de liberté les noyaux ordinairement isolés, quelquefois réunis par groupes de quatre ou suivant les autres puis-
Tableau de la vie d3
sances de deux. Ces noyaux Bont les grains de pollen. Le grain de pollen (âg. 3) contient, comme la spore des cryptogames, l'être vivant qui doit devenir un v^étal. Ce grain n'a pas toujours la même âgure : selon lés espèces, il est sphérique (a), elliptique (ô), triangulaire (c), po- Ijédral; il est ponctué, granulé, bossue, gaufré ou velu. Sa surface est le plus souvent huileuse, colorée de jaune ou de rougeâtre. Sa membrane interne est lisse, très âne, très extensible. Dans le grain de pollen se trouve un liquide épais, où nagent en grand nombre des granules ordinairement sphériques et très petits, auxquels les bo-
tanistes ont donné le nom, inventé par eux, de fovilla. Parmi ces corpuscules, on en distingue quelques-uns, beaucoup plus gros que les autres, de forme allongée, eiécutaot par eux-mêmes certains mouvements comme les animalcules ciliés des cryptogames. C'est eux qui se Axeront dans l'organe femelle et y deviendront les embryons ^^étaux. Pour cela le grain de pollen qui les renferme a â^ points plus faibles ou des pores, quelquefois garnis duQ petit couvercle, par lesquels la membrane interne wrt et s'allonge en tube au contact de l'humidité (d); ce ^«be est prêt à se crever et à lancer la fovilla.
L'ocaire est l'organe femelle (fig. 4>. Il se compose extéïiearement de trois parties dont le développement et la forme varient selon les espèces. Le stigmate (a) est le renflement ouvert, ordinairement visqueux et souvent velu,
du canal de l'ovaire. Le canal ou style (b) est composé d* cellules allongées, dont plusieurs forment dans sod intérieur des vésicules saillantes et filamenteuses. Il va di stigmate à l'ovaire proprement dit. L'ovaire (c) se compose d'une ou de plusieurs loges contenant les ovules, qui deviennent plus tard les graines.
L'ovule est fixé à la paroi de la loge ou à une colonne intérieure. II y tient soit immédiatement, soit par une sorte de cordon ou pédoncule. Au point d'attache, le tissu de l'ovairo est constitué par un faisceau de trachées et de cellules allongées; c'est une sorte de placenta. Quant à sa
Fig. t. — L'ovaire. Kijj. S. — Omle fùcondc.
position dans l'ovaire, l'ovule y est dressé ou renversé la tête en bas, et il a une tendance marquée à se courber sur lui-même.
La constitution de l'ovule (fig. 5) est importante. Il n'est d'abord qu'un petit mamelon de cellules égales et uniformes, qui se montre sur un point intérieur de l'ovaire. Peu à peu il s'allonge et prend une forme d'ceuf plus ou moins r^ulière. Puis il se creuse à son sommet en une sorte de poche ou de sac presque fermé à son extrémité supérieure. Cette poche est tapissée d'une membrane qu'on a nommée le sac embryonnaire. Le corps de l'ovule s'entoure le plus souvent lui-même d'une enveloppe simple ou double, qui naît à son point d'attache et monte peu
TABLU0 DB LA V» gS
à peo jnsqn'à son sommet; c'est la peau de l'amaDde. Mais à son extrémité les bords du sac ne Be soudent pas; ils laissent une petite ouverture (a), par laquelle l'intérieur communique avec le dehors. Il 7 a donc dans l'organe femelle un chemin lihre venant du dehors, par le stomate, le style, la loge de l'ovaire et la petite ouverture dn sac embryonnaire, jusqu'à l'intérieur de cette dernière cavité.
Là fécondation.
La fécondation s'opère de la manière suivante : quand les organes générateurs ont atteint leur développement,
Fig. a. — Ornle et polira.
qui est pour eux l'âge de la puberté, la l(^e de l'anthère se brise et les grains de pollen se répandent à Tentour (fig. 6). Un d'eux s'arrête sur le stigmate humide; sa membrane interne se gonfle au point de contact ; elle s'allonge en un tube qui descend dans le canal du style et pénètre dans l'ovaire j usqu'à ce qu'il rencontre un des ovules ; l'extrémité du tube s'engage dans la petite ouverture du sac, s'y brise et y répand son contenu. Alors un des animalcules de la fbvilla se flze sur la membrane intérieure du sac, ordinairement tout près de l'ouverture (i, fig. 5). Un être nouveau se manifeste; c'est l'embryon. Il a perdu la forme animale et D'est d'abord qu'une petite vésicule fixée par une sorte de pied à la membrane du sac; mais cette vésicule devient le centre de divergence et le point de départ de tous les
d6 PRËMIËftE PARTIB
changements qui vont se produire. Le sac se remplit d'un liquide épais qui s'organise et le mouvement d'organisation s'étend même au delà et envahit toute la graine : les enveloppes de l'ovule se modifient et se réduisent le plus souvent à une seule ; les liquides environnants nourrissent l'embryon, qui les absorbe. Ce petit embryon vésiculeux s*est lui-même rempli d'un liquide grenu où se forment des cellules ayant chacune un centre et se rangeant en série; bientôt la vésicule est brisée ou résorbée. La série des cellules figure un axe, des deux côtés duquel naissent deux appendices latéraux, ébauche des premières feuilles. S'il n'y a qu'un seul appendice latéral, la plante sera monocotylédone ; s'il y en a deux, elle sera dicotylédone ; ainsi, dès l'origine de l'embryon, l'être vivant qui s'organise prend place dans un des grands embranchements du règne végétal. En sens inverse, le petit axe s'allonge dans la direction de l'ouverture du sac et donne naissance à la racine. Le plus souvent, en sortant du sac, la racine, qui est la bouche de la plante, regarde le ciel; puis elle se recourbe et s'enfonce dans le sol où la plante doit se fixer et grandir.
Croissance et attitnde de la plante.
Pour cela, certaines conditions de milieu sont nécessaires. Tant qu'elles ne sont pas réalisées, l'embryon se maintient dans la graine à l'état rudimentaire, n'absorbant qu'avec une extrême lenteur, quelquefois pendant plusieurs siècles, la matière dont le corps de la graine est formé. L'embryon des animaux ne supporte pas une aussi longue attente. Chez les vivipares, il sort au temps marqué de l'utérus et commence à vivre de la vie commune. Chez les ovipares, l'œuf peut se maintenir vivace pendant quelques jours, mais l'embryon ne tarde pas à mourir si l'incuba-
tion OU les agents naturels ne lui donnent pas la chaleur dont il a besoin pour se développer. Outre la chaleur, l'embryon végétal e^ge l'humidité ; il veut aussi la lumière pour la partie qui s'élèvera dans l'air, l'obscurité et une certaine nature du sol pour ses racines. Une fois fixé au lieu où ces conditions se trouvent réunies, la petite plante grandit selon son espèce et parcourt ses phases successives-
Comparée aux animaux, la plante vit la tête en bas. Nous avons coutume, en effet, d'appeler tête la partie du corps où est la bouche avec le principal centre vital. Les aliments parcourent la longueur du corps; leur résidu sort par l'extrémité opposée à la bouche; par là aussi s'échappent les produits de la génération. La plante, dans sa simplicité, se compose d'une racine et d'une tige. La bouche est sous terre à l'extrémité de la racine ; les feuilles exhalent au dehors les résidus de la nutrition ; la fleur est à Textrémité de la tige. Entre la tige et la racine est le premier centre vital, au point d'où l'embryon les a émises l'une et l'autre. Ce point de divergence est au niveau du sol, parfois au-dessous. Quand la racine, qui est la bouche, commençait à sortir de la graine, elle poussait vers le haut comme si elle eût voulu vivre au grand air à la façon d'un animal ; puis, se courbant, elle s'est hâtée de rentrer dans la terre pour y chercher sa nourriture. Quant à l'orgue générateur, il s'est formé plus tard au bout de la tige, comme il se développe dans l'animal vers les extrémités du canal digestif et s'y complète au moment de la puberté.
Ainsi, quand nous disons d'un arbre que « sa tête est voisine du ciel » et que « ses pieds touchent à l'empire des morts », les mots nous abusent. L'arbre n'a point de pieds, ne marchant pas; il n'a pas non plus de tête ni de bras. Le collet de sa racine est bien comme le cou des
animaux ou plutôt comme ce point de jonction où réside le nœud vital. Mais, en réalité, la plante vit la tête en bas, comme le poulpe dans la mer. C'est ainsi qu'il faut envisager toute la nature, si nous voulons échapper par la science à une immense et continuelle illusion de notre jugement. Les herbes des champs, les plantes fleuries, les vastes forêts, la végétation tout entière est renversée; elle se tient immobile dans cette posture, en sens contraire de l'homme, qui a la tête en haut, qui a des jambes et qui marche.
Les séries; la ceUnle végétale.
Il faut maintenant concevoir que le règne végétal est composé d'un grand nombre de séries qui ont apparu sur la terre dans un certain ordre et qui presque toutes y ont encore aujourd'hui des représentants. Les végétaux les plus simplement organisés ont apparu les premiers; les plus complexes sont les derniers venus. De même si, au lieu d'envisager leur succession dans la suite des temps, on cherche à établir leur ordre logique, on trouve que leurs espèces sont rangées les unes au-dessus des autres et forment des suites continues, partant d'un oi^anisme rudimentaire et s'élevant par un procédé d'analyse jusqu'à l'organisme le plus compliqué. Par conséquent pour établir les séries, on a dû pénétrer par l'observation microscopique dans la constitution intime des tissus, en distinguer les différentes sortes, les fonctions variées et les analogies. Il a fallu, en outre, suivre le développement du végétal depuis son état premier dans la spore cryptogamique et dans le grain de pollen, jusqu'à l'état de plante ou d'arbre parfait. Cette double recherche a dû être répétée pour toutes les espèces végétales et c'est alors seulement que les séries naturelles ont pu être définitivement reconnues.
Le microscope et les autres appareils amplificateurs n*ont pu sans doute et ne pourront jamais montrer à nos yeux les premiers éléments des choses, puisque la matière est divisible à l'infini. Toutefois, la vie supposant une forme animale ou végétale déterminée, c'est-à-dire une agglomération finie d'atomes, on peut espérer se rapprocher de plus en plus par l'observation de ces figures primordiales. On est allé déjà loin dans cette voie, puisque tous les organes v^étaux ont été ramenés par l'analyse à un élément toujours le même, la cellule. Un végétal donné se compose uniquement de cellules et d'intervalles. Ces cellules ont une forme définie : libres, elles sont rondes, ovales ou allongées; par leur pression réciproque, elles prennent des facettes plus ou moins régulières. Il en est de même de leurs intervalles.
Par leur disposition variée, les cellules juxtaposées deviennent des fibres, des vaisseaux rayés, ponctués ou lisses, des trachées contenant un fil roulé en spirale, des vaisseaux annulaires composés d'une membrane soutenue par des anneaux, des vaisseaux propres où se sécrète un suc particulier, comme le lait blanc de l'euphorbe et le lait jaune de la chélidoine. La matière répandue entre les cellules est continue et uniforme, sans organe particulier.
 son apparition, la cellule v^étale est un petit sac fermé, contenant un liquide, des gaz et des matières minérales de diverses espèces. Dans sa cavité, sur un point de sa paroi, se forme un granule qui s'accroît de lames super- . posées et qui est composé d'albumine ou de fécule.  mesure que la cellule se développe et se réunit aux cellules voisines, ce granule disparait. S'il y a des cristaux salins dans la cellule, il n*y a pas de granule albumineux ou féculent. Dans les semences des graminées, le gluten empâte les granules. Enfin, la matière verte, rose ou jaune
fc-» •
de beaucoup de plantes est un nuage suspendu dans le liquide incolore des cellules.
Les organes composés.
Il est évident que le granule est un produit transitoire, aussi bien que les cristaux et les autres substances intérieures, et que la cellule est l'organe élémentaire unique du végétal. On peut donc répéter ici les paroles d'A. de Jussieu : Un être organisé, dit-il, Vest à un degré dC autant plus élevé que sa vie résulte d'un plus grand nombre de fonctions^ exécutées par un plus grand nombre d'organes. Une plante qui serait réduite à une cellule serait la plus simple des plantes. Les algues sont dans ce cas : là, chaque cellule se séparant des autres est également apte à propager la plante ; il y a confusion complète des organes de la végétation et de la reproduction.
D'autres v^étaux ne sont qu'une masse uniforme, dont le tissu n'est pourtant pas parfaitement homogène ; on y découvre une tendance à la distinction des deux fonctions de la vie.
Ensuite ces deux fonctions se séparent, en effet, et se localisent dans des oi^anes différents. La fonction végétative, qui est la nutrition, se subdivise à son tour; le végétal a une partie centrale ou axe et des parties latérales ou feuilles. Telles sont les fougères.
Les sexes se séparent enfin; on voit apparaître l'anthère, l'ovule, la fécondation. C'est la grande série des phanérogames. Le travail d'analyse s'y continue et les plantes à sexes séparés se subdivisent en séries secondaires, d'après le principe universel de l'appropriation de l'organe à la fonction. En effet, les plantes où le rangement des feuilles le long de la tige se maintient jusque dans les parties de la fleur sont moins avancées en oi^a-
nisatioo que celles où ce rangement a disparu. Car les feuilles sont des appareils de nutrition; les parties de la fleur se rapportent de près ou de loin à la fonction reproductive. C'est pourquoi les monopétales sont généralement plus avancées que les polypétales : dans le pétale unique on reconnaît, en effet» plus difficilement l'origine foliacée de cet organe ; dans les polypétales, au contraire, l'ordre des feuilles sur la tige se continue le plus souvent dans le calice, la corolle, les étamines et même dans les ovaires, les styles et les stigmates; les fonctions sont en partie confondues.
La transformation progressive de la feuille en organe floral se rencontre dans les deux embranchements du groupe des phanérogames. Les plantes caractérisées dès leur naissance par un ou par deux cotylédons ne forment donc pas deux séries superposées; elles forment deux séries juxtaposées : la fleur de Torchis ne diffère pas moins d'une feuille que la fleur d'une chicorée. Seulement les séries naturelles, partant toutes du même principe, qui est la cellule, ne s'élèvent pas toutes à la même hauteur, parce que l'appropriation des organes n'a pas également porté sur toutes les parties de la plante. Chaque série ne s'est avancée dans l'analyse que jusqu'à un certain point qu'elle n'a pas dépassé. Il faut donc citer encore les paroles d'A. de Jûssieu : «Toute espèce ou toute autre collection de plantes se rapproche de plusieurs autres à la fois par des rapports d'une valeur égale ou presque égale. Dans sa série elle ne peut être rapprochée que de deux, celle qui la précède et celle qui la suit. Le lien des êtres organisés est un réseau et non une chaîne. »
Algues, champignons, monsses, etc.
Pour que les idées générales qui précèdent prennent un
corps, il est nécessaire de citer les noms de quelques-unes des plantes auxquelles elles s'appliquent.
Les végétaux connus sous le nom impropre de cryptogames, forment plusieurs séries, qui ne sont pas toutes étagées les unes au-de«sus des autres, mais qui pourtant prises dans leur ensemble n'atteignent pas un degré fort élevé dans l'organisation.
Le nostoc, qui après une pluie d'été se voit fréquemment dans les allées des jardins et des parcs, est d'une constitution si élémentaire que longtemps on n'a pu savoir s'il devait être classé parmi les animaux ou parmi les plantes. C'est une masse gélatineuse homogène, sans organes, si ce n'est un grand nombre de filaments irritables, divisibles en cellules douées d'un mouvement rapide.
Les algues les plus simples sont aussi composées de filaments, de rangées de cellules. Nulle trace d'oi^anes sexuels : deux filaments quelconques se rencontrent; à leur point de croisement, les deux c>ellules en contact se distendent, s'accolent, se percent, échangent leur liquide vert, et ce liquide forme une spore ou vésicule reproductive. C'est la première ébauche de fécondation; elle est réciproque et sans sexe. D'autres algues, d'apparence foliacée, ont des cellules saillantes, quelquefois portées sur un petit pied ou cachées dans le tissu. Dans cette petite vésicule le liquide s'organise, donne naissance à une spore ciliée qui, au temps révolu, brise son enveloppe et s'échappe en serpentant au milieu des eaux.
Rien de plus instructif que l'étude suivie de la série des champignons. Le plus simple d'entre eux est un filament composé de cellules et quelquefois rameux ; chaque cellule est une spore. Au-dessus sont des espèces où les spores ne se trouvent qu'à l'extrémité de la plante ou en groupes étages sur sa longueur. A un degré plus avancé, les spores sont réunies dans un réceptacle vésiculeux porté
sur un pied; c'est l'ébauche d'un ovaire ou d'une anthère. Plus haut encore, les vésicules prolifères sont réunies sur un plateau coriace ou charnu, porté lui-même sur un pied. Les morilles, les truffes, ont des capsules renfermant quatre ou huit spores et groupées sur un même récipient. Le champignon vrai figure un chapeau porté sur pied : sur ce chapeau ou au-dessous sont de petites bases terminées par deux ou quatres spores. Quelquefois le chapeau se recourbe et figure un sac ; telle est la vesse-deloup. Quand la spore s'est échappée, elle se sème et développe autour d'elle des filaments sur lesquels croissent les champignons. Quand le champignon se décompose, il donne lieu à des produits analogues à ceux de la décomposition des matières animales.
Les Tnousses sont plus haut que les champignons dans la série cryptogamique. Leurs organes nutritifs sont des feuilles ayant une ébauche de nervure médiane et des stomates pour la respiration. La plante est mâle ou femelle, ou l'un et l'autre. L'organe mâle est presque une anthère et l'organe femelle est presque un ovaire ; le premier est ovale, porté sur un pied, et laisse échapper par sa pointe une matière visqueuse ; le second est une urne à l'extrémité d'un filet; dans l'urne est un axe central autour duquel les spores ou ovules fécondés sont agglomérés. Les hépatiques n'ont pas d'axe, mais elles ont des ressorts pour expulser et disperser les semences.
Les fougères ont l'aspect de plantes phanérogames, une tige enterrée, des feuilles et des racines. Les sexes y sont pourtant moins distincts que dans les mousses : les spores sont à la face inférieure des feuilles et contenues dans une capsule qui se brise à la maturité. Quand la spore est semée et germe, elle émet des fibres analogues à des racines et un filament celluleux qui s'élargit, s'allonge et devient une feuille, quelquefois très développée. Les
fougères semblent être l'ébauche des monocotylédones.
Enfia les prêles ou équisétacées ont une véritable tige creuse, articulée, garnie de rameaux autour des articulations. Elles n'ont pas de feuilles. Au sommet de la tig^e est un groupe conique d'excroissances, sous chacune desquelles sont de petits sacs émetUnt un grand nombre de spores. Chacune des spores, en sortant de sa capsule, en emporte une pièce, qui se détend comme un ressort et sert à sa dissémination.
Ainsi, dans la série multiple des cryptogames on remarque l'apparition progressive d'organes nutritifs et reproducteurs. Les deux fonctions, d'abord confondues, se séparent. Ensuite chacune d'elles se subdivise en plusieurs fonctions, desservies par plusieurs organes; les sexes, d'abord nuls, puis indivis, se distinguent, se disjoignent et s'mstallent sur des parties différentes d'une même plante ou sur deux plantes isolées. La vie a donc procédé par voie d'analyse ; seulement l'être vivant contenu dans la spore offre encore, en partie, les aptitudes locomotrices de l'animal.
Les monoeotylédonea.
Chez tous les végétaux phanérogames, les caractères de 1 animalité ont disparu. Mais les organes spéciaux contmuent de s'analyser de plus en plus et de donner lieu à de nouvelles séries.
La série générale des monocotylédones se partage en doux selon le mUieu que ces plantes ont choisi pour se développer. Quoique tous les êtres vivants s'élaborent dans un hquide durant la première période de leur exis-
eLnir^ **"* '""*""* ^"-"^ ^'^™ j"^"'à ^^^' °>ort n'atautrll^^™^'' ^' ^^""^ ^^^^ d'organisation auquel les an manî '""'''*• ^""' '^ remarquerons en parlant des animaux; on peut déjà l'observer pour les plantes'. En
effet, les monocotylëdones aquatiques partent de la nalacf^, dont la fleur est réduite à une étamine et à un ovule suspendu la tête en bas; cette plante vit entièrement submergée. La série se termine à Yhydrocharis^ qui croît dans les eaux basses ou dans la vase liquide des marais. Cette plante est soumise au système ternaire; elle a six pétales sur deux rangs, neuf étamines trois à trois, un ovaire à six loges avec trois styles bifides. L-a fleur s'ouvre sur Peau aux rayons du jour; le soir elle s'y plonge; son fruit demeure submergé. Les principales espèces de la série aquatique sont :
la naïade, la yallisneria, le butome,
la lemna, l'alisma, Thydrocharis.
La série terrestre, dont tous les végétaux habitent la terre plus ou moins sèche et s'élèvent dans Pair, parvient à une organisation plus compliquée, à une distinction plus profonde des organes et des fonctions. Plusieurs espèces ont réalisé une sorte de rupture entre les organes nutritifs et ceux de la reproduction ; elles ont des feuilles et une tige, elles n'ont ni calice, ni corolle. Tels sont Varum^ le pandanus^ le souchet (cyperus) et toutes les graminées, plantes dépourvues de périanthe. Les autres ont une enveloppe florale; mais on voit cette enveloppe se transformer par degrés et, à la fin, n'avoir plus aucune ressemblance avec les feuilles. Les principales espèces de ce groupe sont :
le palmier, • le smilax, le bananier,
le jonc, l'iris, la canne,
les liliacées, Famaryllis, Torchis.
Les dicotylédones.
La série générale des dicotylédones commence aussi bas que les autres groupes végétaux, mais s'élève beau-
coup plus haut. Les conifères et les cycadées ont des tiges, des feuilles, un système nutritif assez complet et distinct des organes reproducteurs; mais ceux-ci ii*ont point d'enveloppe florale; ils sont réduits aux anthères et aux ovules nus. Quelquefois même les deux organes sexuels sont confondus en un seul. Quand une niême graine contient plusieurs embryons, comme dans le sapin, un seul absorbe la nourriture des autres et les fait périr. La plupart des arbres de la série sont diclines, avec les fleurs mâles réunies sur un axe commun et disposées en chatons. Telles sont aussi quelques plantes d'une org-anisation peu compliquée, comme V euphorbe etlescwcurbites. Les hermaphrodites sont beaucoup plus nombreuses et forment trois séries secondaires superposées, où le^ organes et les fonctions nutritives et reproductrices vont se subdivisant progressivement. Les plus simples sont celles dont les fleurs, privées de pétales, n'ont qu'un calice plus ou moins foliacé; telles sont :
l'aristoloche, les polygonées, la belle-de-nuit.
Les polypétales ont l'enveloppe florale double; mais l'arrangement des feuilles se continue dans les pièces du calice, dans celles de la corolle et le plus souvent dans les étamines et l'ovaire. Toutefois, plusieurs espèces de cette série offrent dans la fleur une irrégularité qui ne se rencontre pas dans les feuilles et plusieurs organes accessoires qui en diffèrent totalement. Voici les espèces les plus connues de ce groupe :
la ficoïde,
les nyinphaea,
la myrrhe,
le cactus,
la renoncule.
la térébinthe.
l'œillet,
la vigne,
le sumac.
la violette,
la mauve.
les légumineuses,
les crucifères,
le thé.
les rosacées,
le pavot.
l'oranger,
les ombellifères.
Un écart nouveau sépare les monopétales de la forme élémentaire d'où tous les v^étaux sont sortis. Ces plantes ont l'enveloppe florale double ; mais la corolle, et presque toujours le calice, ne forme qu'une tunique indivise; les sépales de celui-ci, les pétales de celle-là se sont soudés; souvent ils ont eu un développement inégal et se sont élai^is, allongés, contournés de diverses manières. 11 en est résulté des formes nouvelles, dont on ne découvre lorigine foliacée que par l'analyse et la comparaison avec des formes moins altérées. Tels sont :
le styrax, les solanées, la garance,
le houx, la scrofulaire, le café,
la primevère, le liseron, la campanule,
les labiées, la pervenche, les composées.
la bourrache, Tasclépias,
Lfô dicotylédones ainsi classées forment une série à peu près continue, commençant aux cycadées, fleurs très simples, moins rudimentaires peut-être que la naïade, mais plus rudimentaires que le palmier. Quand on s'élève simultanément dans cette série et dans celle des monocotylédones, en les comparant terme à terme, échelon par échelon, on reconnaît que celle-ci a porté beaucoup moins loin que l'autre l'analyse des fonctions et l'appropriation des organes; car Torchis est à peu près sur la même ligne que les labiées. Les monocotylédones aquatiques ont été moins haut que les autres; les cryptogames moins haut encore. Ainsi la totalité du règne végétal se trouve comprise entre l'algue la plus simple ou le nostoc et la fleur synanthérée la plus complexe, telle que l'œillet d'Inde ou le soleil.
Les forces végétatives.
Le progrès par séries continues, qui caractérise le végétal, prouve que les seules lois du monde physique ou
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chimique ne suflSsent pas pour expliquer les formes vitales. Leur variation, leur développement, leurs métamorphoses, leur complexité et leur individualité requièrent un autre élément de force. A cela il faut ajouter leur variété spécifique d'un individu à l'autre dans un même milieu : car si ces formes si diverses, par exemple celle d'une naïade et celle d'un butome habitant les mêmes eaux, n'avaient pour cause qne le milieu lui-même, il serait impossible de se rendre raison de cette diversité. D'ailleurs, l'endosmose et la capillarité ne sont pas des forces; ce sont dos phénomènes, probablement très complexes, dont on connaît les lois, mais dont aucun physicien ne connaît la cause. Il en est de même de Tévaporation qui se produit à la surface des feuilles et qui contribue au mouvement des liquides dans les tissus végétaux, ainsi qu'à la respiration. A. de Jussieu dit avec raison : « La force vitale préside à cette succession, à cet ensemble de phénomènes qui, sans elle, cessent ou de se reproduire ou de s'enchaîner dans leur ordre; et toujours on est obligé de la réconnaître derrière ces forces mécaniques, physiques et chimiques dont elle se sert et qu'elle a mises en mouvement. » Et plus bas il ajoute : « L'absorption de l'oxygène par le végétal en entretient les tissus pendant qu'il vit. Quand il est mort, cette absorption se continue ; mais ce qu'elle produit, c'est du terreau. » Nous devons seulement ajouter nous-même que la force vitale n'est pas une force vague, parce qu'il n'existe point de forces vagues dans le monde. Les seules forces réelles sont les atomes, considérés comme cause des modes, internes ou transitifs, qu'ils produisent. Entre ces forces atomiques primaires et les phénomènes d'endosmose, de capillarité, d'évaporation, d'absorption, il y a probablement beaucoup de moyens termes par lesquels l'action initiale passe, s'allie à d'autres et se transforme. Les mouvements désignés par les mots
ci-dessus sont les résultats de ces actions combinées. La nutrition n*est donc pas une force, non plus que la reproduction. La force vitale qui est Torigine et la cause de ces fonctions réside dans un centre principal, qui donne à la plante entière son individualité, c'est-À-dire son unité de forme pendant toute sa vie. Cette force centrale meut Tensemble de Torganisme ; elle se trouve quelque part en loi depuis son commencement jusqu'à sa fin, depuis la naissance jusqu'à la mort. C'est pourquoi elle réside déjà dans le grain de fovilla et dans la spore, d'où elle étend autour d'elle son action organisatrice par l'accession de cellules toujours nouvelles. Seulement, à mesure que la plante grandit, il se forme dans ses parties des centres secondaires d'action, qui séparés peuvent acquérir pour euxmêmes la fonction de centre principal. De là la possibilité de faire des boutures ; de là aussi la reproduction naturelle par stolons, comme il arrive pour les fraisiers et pour beaucoup d'autres plantes.
L'accroissement de la plante et sa reproduction sont d'ordinaire subordonnés à sa fixité en un lieu. L*aliment dont elle s'empare est inorganique, liquide, solide ou gazeux. Mais souvent aussi il est déjà oi^anisé : la série des fossiles nous apprend que les végétaux venus les premiers ont été les plus simples et ont produit Thumus sur lequel des espèces plus parfaites ont apparu. Le même fait peut s'observer encore aujourd'hui par toute la terre, l'atome central et ceux des centres secondaires font donc un choix analytique entre les matériaux dont leurs organes ^ nourrissent. Ce choix est fait avec précision, puisque si l'on remplace ces matériaux par d'autres, l'oxygène par deTazote^ l'eau par de l'alcool, la plante les refuse; et, si i'on persiste, elle meurt d'inanition ou empoisonnée. 11 fciut seulement observer que ce choix est organique et t^OQ éclairé, car la plante n'a aucun organe sensitif ni
intellectuel. Elle n'a ni fonctions nerveuses, ni oi^anes d< i relation. C'est pourquoi, s'étant dès son état embryoniia.ire, fixée en un lieu, elle est assujettie au milieu où elle croît, s'y accommode et en subit toutes les conditions.
Parmi ces conditions, il en est de communes à tous les vivants, celle, par exemple, de ne pouvoir dépasser une certaine taille. D'autres sont propres à Thabitatioa que chaque espèce végétale a choisie, au point particulier où chaque individu s'est installé. Ainsi la fougère ne croît. que dans les terrains siliceux ; quand ses spores tombent sur une terre privée de silice, elles ne peuvent se nourrir ou les plantes qu'elles produisent demeurent chétives. « Les feuilles des plantes amphibies sont même sujettes à varier de formes suivant qu'elles se sont développées dans le milieu aquatique ou dans l'atmosphère : celles du ranunculurS aquatilis méritent d'être étudiées sous ce rapport. » (Jussieu.) Les Actions combinées de toutes ces causes imposent une limite à la durée du végétal, aussi bien qu'à sa croissance. Car elles ont pour effet un endurcissement des tissus, un rétrécissement ou une déformation des vaisseaux. Les liquides nourriciers ne trouvent plus qu'un passage difficile au travers des oi^anes. Les causes de déperdition ne sont plus compensées par l'action vitale. Un moment arrive où le mouvement général de la nutrition s'arrête ; la plante est morte. Nous avons alors la preuve visible que les centres d'action vitale n'ont pas pour cela été détruits; car il arrive souvent que, l'arbre ayant cessé de vivre dans son ensemble, plusieurs de ses parties sont encore vivantes, peuvent en être détachées et fournir des boutures qui deviennent de nouveaux individus. L'atome central n'a donc pas été détruit; ce qui a péri, ce sont ses organes. Du reste, tout atome est indestructible.