‹ La vie et la pensée: éléments réels de philosophieChapitre 8 sur 24 · LES BETES · texte numérisé non relu

LES BETES

Pris à leur origine, l*aniinal et le végétal ne se distinguent pas l'un de l'autre. Anaxagore avait déjà dit : « Le végétal est un animal fixé dans le sol, Zûov Iyt^wv. » La différence ordinaire entre un animal et une plante est la faculté de se mouvoir, dont Tun jouit et dont l'autre est privé. Or, à son origine, la plante possède la locomotion, comme on le voit dans les spores et les grains de fovilla. Ainsi que le végétal, l'animal le plus simple est une cellule qui se nourrit, se reproduit et se meut. Mais si la cellule se fixe sur un corps étranger, y adhère et y parcourt les phases de son existence organique, la cellule se fait plante ; si elle ne se fixe pas, elle reste animal. Le partage des cellules vivantes en deux groupes est un premier phénomène d'analyse. Ce phénomène paraît s'être produit dès lapparition de la vie sur la terre ; depuis lors il n'a plus cessé; il s'observe encore universellement dans la génération des animaux et des plantes, même aux plus hauts degrés des séries.

Animaux sans organes distincU; progrès.

Au plus bas de l'échelle des animaux sont ceux qu'on nommait autrefois microzoaires et qu'on nonmie aujour-

d'hui microbes. Leurs espèces sont très nombreuses et leur multitude est prodigieuse dans l'air et surtout dans les eaux.

Un gramme d'eau de la Seine, à Choisy-le-Roy, contient 300 microbes.

— — en amont de Paris. 5,000 —

— - àNeuilIy 180,000 —

— — à Saint-Denis 200,000 —

— — auPecq 150,000 —

Un gramme d'eau de la Vanne, à Montsouris. .... 120 —

Tel est le résultat général des observations microscopiques faites par l'observatoire de Montsouris.

Chez ces animaux on n'aperçoit ni oi^anes distincts, ni fonctions. Ils ne mangent pas; ils s'imbibent à travers leur membrane, sans circulation ni vaisseau. S'ils respirent, c'est de même par la pénétration des gaz dissous dans Teau et par le changement de place. Pour exécuter leurs mouvements, ils se contractent ou se dilatent tour à tour, ou bien ils agitent certains cils dont plusieurs d'entre eux sont munis. Il n'y a du reste chez eux aucune trace de muscles ni de nerfs, rien qui ressemble à un instinct, à un choix. Leur reproduction s'opère par la rupture de leur propre corps, et leur individualité est si peu accusée qu'il est souvent possible de transformer artificiellement une espèce en une autre espèce. La grande série des bactéridie'ns est dans ce cas. L'animal de Véix)nge naît ovale, garni de cils et nage. Puis il s'attache à quelque corps submergé, se déforme, s'incruste de filaments calcaires, siliceux ou cornés. Des tubes, dont l'agglomération constitue l'éponge, sortent de nouveaux corpuscules ovales, qui sont des jeunes.

Les vibrions ont une forme déjà plus avancée, un canal dig^tif et une sorte de bouche.

La bête du corail a une bouche entourée d'une ro-

sette (1). La médite a une bouche centrale, qui sert aussi d'anus et qui est entourée de nombreux tentacules. Elle peut prendre un objet et, par conséquent, elle possède une lueur d'intelligence. Vétoile de mer et Yoursin ont la peau garnie de piquants ou d'aspérités, qui sont des organes locomoteurs ; ils sont ovipares et ont un rudiment de circulation et de respiration. Ils n'ont ni tète, ni queue.

Le ténia est composé d'articles ayant chacun un ovaire et deux pores. Un vaisseau longitudinal communique par ces pores avec l'extérieur. Le premier article est pareil aux autres. Chacun d'eux forme un tout complet, qui peut vivre séparé et se reproduire. Ainsi, autant le ténia a d'articles, autant il a en lui de centres de vie. Vhydre se multiplie par bourgeonnement et par rupture. U actinie a, un large pied par lequel elle s'attache au rocher ou s'en détache à son choix. Ce pied est surmonté de nombreux tentacules qui, détruits, se régénèrent promptement et au milieu desquels est une bouche servant d'anus. Elles se reproduisent par la rupture, par des bourgeons et par des œu&.

J'ai pris ces exemples dans les espèces d'animaux les plus rudimentaires et en même temps les plus anciennement apparues. 11 est clair que leur nutrition est active et leur reproduction rapide; mais ces deux fonctions restent le plus souvent confondues ou incomplètement séparées et chacune d'elles, réduite à des éléments très simples, n'a pour ainsi dire pas d'organes appropriés. Quant à la locomotion, elle consiste en une sorte de palpitation de l'enveloppe, qui se conununique aux cils ou aux autres excroissances, quand elles existent. Du reste, tous ces animaux sont aquatiques ou plongés dans quelque liquide ;

(1) La coralline se ramifie et bourgeonne; le bourgeon se divise en tra* ▼ers et chaque fragment devient une méduse. La méduse pond des œufs qui se fixent à quelque rocher et deviennent corallines.

ils s'y multiplient avec une activité surprenante; il y a des îles entièrement formées de madrépores et dont quelquesunes ont plus de dix lieues de largeur. Ainsi donc dans son état naissant, quand ses fonctions sont encore enveloppées les unes dans les autres et non localisées dans des organes distincts, la vie forme tout un monde, le plus souvent invisible, qui voltige dans Pair au gré du vent ou qui fourmille dans les eaux. Un certain nombre d'espèces pénètrent dans les tissus et les organes des animaux supérieurs et des plantes, s'y développent et s'y multiplient, y causant parfois des déformations ou des maladies mortelles.

Système de l'iiiBecte.

Au-dessus de ces premiers degrés, la vie animale se partage de nouveau et s'organise de plusieurs manières pour s'accommoder au milieu qu'elle adopte. Une série demeure dans les eaux; l'autre se meut à la surface du sol ou dans l'air. On a rangé les insectes au-dessus des mollusques, et parmi ces derniers on a distingué plusieurs séries secondaires. Il y a quelque chose à dire ici. La supériorité de l'insecte est apparente et n'est pas confirmée par la physiologie. Cette apparence est due à ce qu'un insecte, vivant sur la terre et dans l'air, a des relations très variées avec les objets qui l'entourent et qui se développent eux aussi dans ce même milieu. En général, tous les êtres vivants auxquels l'air est échu comme habitation ont acquis par la force des choses, c'est-à-dire par les nécessités de la vie, des aptitudes nombreuses et variées que n'ont point les habitants des eaux. Ils ont tiré d'une constitution anatomique imparfaite un meilleur parti que la bête aquatique n'a pu le faire d'une structure plus perfectionnée. Beaucoup d'insectes montrent des instincts et des capacités supérieures à celles des mollusques; mais

Torganisme de la plupart des mollusques n'en est pas moins à un degré plus avancé que celui des insectes. Ces deux groupes d'animaux devraient au moins être rangés sur deux échelles distinctes et parallèles, comme on Ta fait pour les végétaux. L'oi^anisation de Tinsecte ne conduit pas à celle du mollusque, ni celle-ci à l'autre ; elles répondent en quelque sorte à deux types différents, dont la commune origine peut être cherchée parmi les animaux inférieurs.

Myriapodes.

Le type qui précède l'insecte est le myriapode; il est moins unifié ; l'appropriation des organes aux fonctions y est plus inachevée. La scolopendre et le jule ont au moins douze articles avec vingt-quatre membres ; les premiers et les derniers anneaux n'en ont pas, et cela est dû à une sorte d'avortement, car il n'y a pas de séparation entre la tête, le corselet et le reste du corps; toutes les parties se suivent uniformément. Ces animaux sont soumis à une métamorphose qui consiste dans la multiplication des anneaux et des pattes. Ils sont ovipares; la fonction génératrice est chez eux distincte de la nutrition.

Insectes.

Le système vital, ébauché dans le myriapode, s'est perfectionné dans Vinsecte. L'unité organique de ce dernier se manifeste dans sa forme extérieure : il a une tête, un thorax, un abdomen, des membres articulés et des organes des sens. Son système nerveux (flg. 7) se compose de deux séries de ganglions, d'où partent des filets pour la sensation et le mouvement. Ce double système conjoint et presque unifié du côté de la tête, se partage ainsi : le premier centre, 1 , appelé céphalique, est le ganglion qui

voit, qui touche et qui mange; il est unique, suivi d'un collier qui porte un ganglion secondaire, 2, il est audessus de l'œsophage. Le second centre, qui est le premier ganglion thoracique, 3, est celui qui prend avec les deux premières pattes, et subsidiairement qui marche; il est double et au-dessous de l'œsophage; janaais il n'y a d'organes au-dessus de son anneau.

Le troisième centre et le quatrième répondent au second et au troisième anneau thoracique, 3, 3. Ils sont doubles et continuent les deux chaînes nerveuses sous le canal digestif. Ce sont les centres de locomotion ; ils animent les jambes et les ailes; il y a toujours quatre jambes pour la marche et le plus souvent quatre ailes pour le vol. Les autres ganglions de la double chaîne, 4, animent la vie organique, c'est-à-dire la digestion et la reproduction ; le dernier anneau a souvent une pince, des aigrettes, des cils, ou quelque autre organe accessoire.

Les yeux de l'insecte sont au nombre de deux, latéraux et à facettes. Chaque facette, avec son tube, sa pupille et son filet nerveux, est un œil complet. En outre, beaucoup d'insectes ont sur la tête trois autres yeux lisses disposés en triangle.

La bouche est comt)Osée de six pièces, parfois soudées en forme de trompe ou de suçoir. Outre la bouche, l'appareil digestif comprend l'organe salivaire, le jabot, le gésier, le ventricule du chyle, le duodénum, l'intestin grêle avec caecum ou renflement, le rectum, enfin une sorte de foie composé de tubes contournés.

Le sang est blanc. La circulation n'est qu'ébauchée; elle consiste en une sorte de bain, dans lequel tous les

Fig. 7.

organes intérieurs sont plongés. Ce bain est mis en mouvement par un vaisseau dorsal articulé, qui le chasse d'arrière en avant vers la tête; le sang revient en flot par les côtés, nourrissant les ailes et les pattes. Chemin faisant il est revivifié, c'est-à-dire oxygéné, par deux séries de trachées, qui font du corps entier une sorte de poumon.

Les sexes sont séparés ; il y a des mâles et des femelles, qui s*accouplent, pondent des œufs, mais ne les couvent pas ; c'est la chaleur de l'air qui les fait éclore. Quelques insectes sont vivipares. Les métamorphoses sont des épi* phanies, séparées par des périodes d'élaboration cachée et répondant assez bien aux divers états embryonnaires des animaux supérieurs, dont il est question ci-après.

Le nombre des espèces d'insectes aujourd'hui existantes est très grand et a été rangé en huit séries, d'après le nombre et la nature des ailes. Ces différences sont accompagnées de modifications correspondantes dans les autres organes, surtout dans ceux de la nutrition. Il en résulte une étonnante variété de forme et de genre de vie d'une espèce à l'autre. Le champ d'action de l'insecte est en effet très étendu, puisqu'il prend, marche, vole, creuse la terre, nage, construit des habitations et des pièges, blesse et tue, exécute plusieurs ouvrages parfaits. Les insectes ont une vie presque toujours très active et fort occupée ; comme elle est ordinairement très courte, ils n'ont point de temps à perdre pour en parcourir le cycle tout entier. Il en résulte des passions parfois violentes, une sorte de turbulence dans les mouvements et des guerres meurtrières. Ces troubles, dans la vie organique et dans la vie morale, sont favorisés par l'incomplète subordination des centres nerveux. En effet, quand on divise un insecte en plusieurs articles, notamment en ses trois sections naturelles, la tête, le corselet, l'abdomen, ces parties

continuent assez longtemps à se mouvoir isolément et en désordre. Chacun des ganglions correspondants est donc un centre d'actions réflexes, qui se produisent aussi bien dans la vie normale et ne sont pas toujours totalement harmonisées. On peut mesurer l'importance vitale relative de chacun des centres nerveux par le temps que dure son activité après que la section a été opérée. On s'assure par là de la suprématie exercée par le ganglion de la tête. C'est lui aussi qui, par les yeux, les antennes et les mâchoires, pourvoit le plus directement à la nourriture de l'animal entier et à sa reproduction (1).

Cnutacés.

En dernière analyse, les plus parfaits insectes paraissent avoir été aussi loin dans le développement de la vie et de ses organes que le système purement ganglionnaire et la division du corps en articles le permettaient. Cependant les crustacés ont dépassé l'insecte en organisation. Sauf le cloporte^ dont l'existence se passe en grande partie dans les ténèbres, les autres espèces de crustacés vivent dans les eaux et sont comme des insectes marins. Leur structure les place fort au-dessus des insectes terrestres et marquerait un nouveau pas dans le développement de la vie, si ces animaux n'avaient pas pris pour séjour les eaux. Comme l'insecte, le crustacé est composé d'articles réunis en trois groupes : la tête, le thorax et l'abdomen ; les membres y sont distribués de la même manière, ainsi que la bouche et les organes des sens. Les yeux sont presque toujours à facettes, portés sur un pédoncule et mobiles; le crustacé a du regard, l'insecte

(1) Les ganglions cëphaliques sont, relativement au corps, beaucoup plus grands chez les fourmis que chez les autres insectes; en général, chez les hyménoptères que chez les coléoptères.

n'en a pas. En outre, le cnistacé a un rudiment d'oreille avec un nerf auditif, à la base des antennes extérieures. Son appareil digestif ressemble à celui des insectes, ainsi que la structure de ses membres. Mais le crustacé a un rudiment de cœur, un système artériel général, un système veineux et une véritable circulation du sang. Enfin, son système nerveux est plus centralisé par la présence d'un petit ganglion céphalique radié, 2, et d'un ganglion thoracique volumineux, 3, d'où partent les nerfs des pattes, 4, et le nerf abdominal, 5. Le crabe est le plus parfait des crustacés (fig. 8).

Du reste, tous ces animaux sont ovipares, ont les sexes séparés, s'accouplent; la femelle garde ses œufs sous son abdomen, dans une poche où quelquefois ils éclosent et restent jusqu'à la première mue. En cela ils sont comparables aux marsupiaux, quoique appartenant à une autre série.

Arachnides.

Fig. 8.

Les araignées et les scorpions sont aussi des espèces d'insectes et se rapprochent des crustacés par leur structure. Ils ont la tête confondue avec le tronc, mais le tronc est séparé de l'abdomen. Le corps du scorpion est articulé; celui des araignées est mou; des stries ou des couleurs transversales en font reconnaître les articles. Le système nerveux de ces animaux est pareil à celui des crustacés, et toutefois celui du scorpion est moins unifié que celui de l'araignée, puisqu'il comprend huit ganglions formant un chapelet et réunis par de doubles cordons. Du reste, comme chez les insectes, les pattes de devant sont pour

la préhension ; il n'y a pas d*ailes, mais les jambes sont au nombre de huit. Le faucheur respire par des trachées et n'a pas d'yeux; c'est donc une ébauche d'arachnide. L'araignée vraie a un poumon, une sorte de cœur allongé et un appareil circulatoire; elle a plusieurs yeux, ordinairement huit, dont chacun a une cornée, un cristallin, une humeur vitrée, une rétine. L'oreille manque entièrement à tous les arachnides.

Sans entrer dans plus de détails, on voit que l'organisation animale a été se compliquant de plus en plus, depuis les infusoires jusqu'aux araignées et aux crabes, et que sa loi se résume en un fait d'analyse et d'appropriation des organes aux fonctions. Une grande série d'animaux s'étend du ténia, composé d'articles dont chacun est un animal complet, au crabe et à Taraignée, chez qui les articles se sont partagé les fonctions vitales, se sont coordonnés entre eux et ont subordonné leur action à celle d'un centre principal contenu dans la tête. Toutes ces actions sont devenues parties intégrantes d'une action d'ensemble, qui est la vie. Cette action s'est partagée en deux, la nutrition et la génération ; puis chacune de ces deux s'est subdivisée et ses diverses parties ont été attribuées à un système particulier d'organes, localisé quelque part dans l'animal. A ces deux fonctions, communos aux animaux et aux plantes, s'est ajoutée comme auxiliaire chez les premiers la locomotion dans les eaux ou dans Pair, et la locomotion a eu pour complément nécessaire l'apparition progressive des organes des sens. Tous les animaux de la série ont le toucher passif, dont le corps à peu près entier est le siège. La vue a commencé pour ainsi dire au plus bas degré de l'échelle ; le type général des articulés en a multiplié les appareils, Tœil de tel d'entre eux a jusqu'à vingt mille facettes et chaque facette est un œil. Les autres sens n'ont point d'organes dans

toute la série, si ce n'est un rudiment d'oreille chez les crustacés. Le système articulé n'a pas dépassé ce point d^analyse dans les fonctions vitales.

Système du molinsquo.

Parallèlement à la série des animaux articulés s*est produite celle des animaux mous. Le système articulé a poussé quelques rameaux dans cette autre série, celui des arasées et celui des annélides ; mais la sangsue^ le ver de terre, la néréide y quoique ayant un cœur, un commencement de circulation et des organes respiratoires, n'en sont pas moins, par toute leur structure, des animaux articulés. Les séries naturelles ne sont pas de petits mondes fermés ; elles ont entre elles des points de communication et comme des anastomoses, qui ne détruisent en rien leur continuité. Ces tentatives d'assimilation s'expliquent par ce fait que toutes les formes vivantes sont sorties d'une origine commune, la cellule, où elles résidaient en puissance et confondues. Leibniz le premier a entrevu cette loi.

Les animaux mous se rattachent aux formes initiales de la vie par l'anneau des molluscoïdes ; ceux-ci forment le pont entre les zoophytes et les mollusques. Us sont tous aquatiques, pourvus d'un système nerveux rudimentaire ou même dépourvus de nerfs. Us ont des branchies et une sorte de circulation alternative de flux et de reflux. Mais si les plus avancés d'entre eux, les ascidies, ont un cœur, ceux du dernier degré, les plumatelles^ n'en ont point. Leur tube digestif est ouvert aux deux bouts et contourné. Us se multiplient par des bourgeons et par des œufs. Leur taille est très petite.

Mollnsqnas.

Les mollusques acéphales suivent de près les molluscoïdes tuniciers. Ils ont, comme ceux-ci, un grand manteau replié. Ils sont protégés par une coquille bivalve à charnière. Tous leurs viscères sont réunis sous le manteau qui couvre leur dos : les branchies, composées de quatre lames striées ; le cœur, où Ton commence à distinguer un ventricule et deux oreillettes; la bouche, sans dents ni mâchoires et munie seulement de deux lèvres ; un grand estomac, un intestin contourné, un foie; le rectum traversant le ventricule du cœur ; du reste, aucun organe des sens» si ce n'est le toucher répandu dans toutes les parties du corps. Un système nerveux élémentaire anime cet organisme : il consiste ordinairement en deux paires de petits ganglions, une sur la bouche, l'autre sur Tanus, réunies par des filets nerveux. Tout le monde connaît quelques-uns des mollusques sans tête : les huUres^ les moules, les bticardes-coques ^ les manches-de-couteau ^ les pinnes, les peignes, les bénitiers, dont plusieurs acquièrent une grande taille. Leur structure est peu compliquée; leur vie non plus ne l'est guère; il en est qui demeurent attachés par un byssus à quelque roc submergé. Mais le principe de leur conformation est, par sa simplicité même, plus fécond que le système nerveux multiple des articulés.

Déjà un notable progrès se remarque chez les mollusques appelés gastéropodes. Ils n'ont plus deux coquilles, mais une seule, en spirale et garnie d'un opercule; celuici représente la seconde valve. Ainsi l'animal s'est unifié. Plusieurs même sont tout à fait nus. Ces mollusques ont un pied large et charnu, avec lequel ils marchent. Leur manteau est un sac contenant les divers organes et sécré-

TABLRAU DB LÀ VIB 1!^

tant la coquille. Quand la bêteTit sous Peau, ses branchies soût dans le sac ou libres à l'extérieur; quand elle vit hors de l'eau, elle a des poumons, figurant une cavité tapissée par les rameaux d'une artère pulmonaire. Le cœur est un renflement de l'aorte, divisé en une oreillette et un ventricule. L'appareil digestif comprend : une bouche à la partie inférieure de la tête, bouche garnie de dents ou de mâchoires ou en forme de trompe ; un œsophage, un estomac, un intestin contourné, un foie lobé, un rectum qui s'ouvre à droite près de la tête. Cette tête, distincte et rétractile, porte jusqu'à six tentacules, organes de tact et de préhension. Avec le tact et la locomotion apparaissent les yeux, souvent mobiles et portés sur un pédoncule ; ces yeux sont simples et petits, et non à facetta comme ceux des articulés. L'unité vitale et l'analyse des fonctions se manifestent de plus en plus ; elles se concentrent en deux ganglions, l'un dans la tête, l'autre dans le thorax, réunis en forme de collier et envoyant des filets nerveux dans le reste du corps. Presque toutes les coquilles univalves appartiennent à cette série. Tout le monde connaît quelques-uns de ces animaux : les rochers^ les pourpres^ les porcelaines^ les oreilles de mer, les colimaçons, les limaces et tant d'autres qui couvrent les rivages, habitent les jardins et les champs ou se rencontrent à l'état fossile. Il en est dont les débris calcaires ont formé des couches géologiques et de grands rochers. Les céphalopodes sont les plus avancés des mollusques; ils marquent un acheminement vers le système des vertébrés. Jamais un vertébré n'eût pu sortir d'un insecte, Aussi la seiche (fig. 9), le calmar et le poulpe sont-ils très supérieurs en organisation à l'insecte le plus parfait. La bête est symétrique au dehors et divisible d'avant en arrière en deux parties semblables ; sa coquille, quand elle en a une, est symétrique de même. Le manteau est

fermé, sauf en avant pour le passage de la tête. Cette têt< est ronde et massive; elle porte deux gros yeux, sembla blés aux yeux des vertébrés supérieurs. La bouche a un* lèvre circulaire, deux mâchoires en bec de perroquet s«

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mouvant verticalement, une langue hérissée de pointes, des glandes salivaires, plusieurs estomacs, un gros foîe. Autour de la bouche sont huit ou dix tentacules, servant pour prendre, pour nager et quelquefois, dit-on, pour naviguer au souffle du vent. L'oreille est un sac tapissé par l'expansion d'un nerf acoustique. L'animal a des branchies au nombre de quatre ou de deux, des veines bran-

chiales à valvules, une veine cave, une aorte, tout un système de vaisseaux sanguins et de capillaires. Les céphalopodes à deux branchies ont des muscles et des nerfs vasonaoteurs. On voit combien les oi^anes vitaux de ces aniaiaux mous sont supérieurs à la structure du plus parfait insecte et même du crabe. Cette supériorité s'accuse mieux encore dans le système nerveux, centre de tout le mouvement vital. Dans la seiche, par exemple, il est concentré autour de l'œsophage en un collier très épais (l, aiguille, marquant la direction de Tœsopbage) : de la masse supérieure partent à droite et à gauche les deux nerfs optiques, 8, les deux ganglions des tentacules et deux cordons aboutissant à un ganglion étoile ; de ce ganglion partent deux autres cordons descendants qui forment un second collier et envoient des filets aux lèvres, 2. Voilà pour la tête. La partie inférieure du gros collier, sous Toasophage, envoie en arrière un nerf central qui se partage entre les branchies, 6, les autres viscères et le manteau, 7.

Voici les principaux genres de céphalopodes : Vammonite et la bélemnite, fossiles, le nautile, la seiche, Vargonautey le calmar et le poulpe. Le céphalopode est une tentative dans le sens des vertébrés et non dans le sens des articulés. Son ganglion céphalique, 9, est protégé par un cartilage, qui est le rudiment d'un crâne. L'os dorsal, connu sous le nom d'os de seiche, est un rudiment de squelette ; il sert de point d'appui aux muscles, aussi bien que la colonne vertébrale de l'anguille ou du serpent. Quant au système nerveux, les ganglions supérieurs de la tête peuvent être les éléments premiers qui sont devenus plus tard les différentes parties du cerveau, de même que les portions situées sous l'œsophage ont pu engendrer le grand sympathique. Les organes de la nutrition sont bien distincts et très développés. L*œil est parfait. L'oreille,

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quoique nidimentaire, n'est plus confondue avec les organes du toucher; elle apporte au centre pensant toute une nouvelle classe de sensations. Ainsi le céphalopode possède les trois sens intellectuels et Tappareil nerveux de la locomotion et de la vie oi^anique, fortement centralisés dans la partie supérieure de la tète. La pieuvre^ le plus parfait des mollusques, guette sa proie, la saisit dans ses bras puissants, la serre contre sa bouche et la man^^. Elle est un des mitres de la mer.

Toutefois elle a trois marques d'infériorité : elle habite les eaux; elle respire par des branchies; elle va la tête en bas.

Sritéitw da Tertéliré.

Au point où nous voici parvenus, le progrès de la vie va reposer sur le dédoublement du système nerveux et le

Fig. 10.

partage des fonctions entre ces deux appareils. Le tube digestif occupant la longueur du corps, de la bouche à l'anus, l'un des appareils nerveux se place au-dessus, l'autre au-dessous et, pour que l'unité de l'animal soit maintenue, les deux sont mis en communication dans les organes par des filets nerveux émanant de l'un et de

tablbâu db la vib 127

l'autre. Toutefois les recherches anatomiques, aidées de puissants microscopes, ont démontré que les nerfs ne s'abouchent point entre eux à la façon des artères et des veines; les fibres nerveuses sont simples, juxtaposées et continues, du centre vital à la périphérie (a, flg. 10). Par conséquent, les deux appareils seraient entièrement séparés, si des filets nerveux ne joignaient les centres les uns aux autres (b).

C'est la distinction des deux appareils, appelés l'un cérébrospinal et l'autre sympathique, qui caractérise les animaux désignés sous le nom de vertébrés. Ce dernier nom, en effet, n'est pas applicable à tous, puisque quelques-uns n'ont pas de colonne vertébrale ; au contraire, le partage du système nerveux en deux appareils se rencontre chez tous. Ce partage coïncide avec celui des fonctions. A leur tour, les fonctions se sont progressivetnent analysées : chacun de leurs actes a eu pour s'accomplir un organe particulier ; il s'est établi entre les organes la même coordination qu'entre les fonctions. Â mesure que celles-ci se sont précisées, les organes des sens groupés autour de l'appareil cérébral ont pris plus d'importance; ils ont apporté au centre, non plus seulement des impressions donnant lieu à des mouvements réflexes, mais des sensations et des idées. L'étude de ses propres phénomènes est devenue possible au vertébré, du moment où son centre pensant a pu fixer sur eux son attention, les analyser, les comparer; de là sont nées chez l'homme deux sciences parallèles, ayant la vie pour objet : la physiologie et la psychologie. Enfin, quand la pensée a pu disposer d'un organe assez parfait pour extraire des deux séries de phénomènes les éléments absolus qui s'y trouvent, elle a créé les sciences, couronnées par la métaphysique. Les Aryas sont des vertébrés métaphysiciens.

Tout le groupe des vertébrés commence à Vammocète

et finit à VhomTne. Les naturalistes, d'accord avec l'observation vulgaire, l'ont partagé en quatre sections : les patssons, les reptiles y les oiseaux et les mammifères. Mais ces quatre classes ne forment pas une série continue» de telle sorte que le plus bas des reptiles soit supérieur au plus parfait des poissons, l'oiseau au reptile et le mammifère à l'oiseau. Il y a des reptiles et des oiseaux qui ne sont guère mieux constitués que les poissons des ordres inférieurs ; il y a des oiseaux supérieurs à certains mammifères. En outre, si Ton dispose les quatre sections sur des lignes parallèles et si on les compare terme à terme, on aperçoit des coïncidences d'une ligne à Pautre, des reptiles qui sont presque deç oiseaux, des poissons qui ont tenté de quitter leur séjour naturel et de vivre dans les airs. La classe entière des reptiles peut à peine être maintenue, tant ëon type a peu de constance et d'uniformité. Le progrès accompli de l'ammocète à l'homme, évident quant à son ensemble, n'a été obtenu que par des essais en divers sens, par des tentatives assez souvent infructueuses auxquelles la raison n'avait pas présidé. De ces succès incomplets, de ces échecs est résulté pour beaucoup d'espèces vertébrées un manque d'équilibre entre les fonctions, par suite une difficulté de vivre, de»se reproduire, de penser, finalement Terreur, la douleur et le malheur. Il est arrivé que l'être vivant, une fois en possession d'organes sensitifs et locomoteurs et d'une intelligence qui lui manifestait la présence des objets, a poursuivi ceux où il a vu pour lui-même des moyens de vivre. Il les a saisis et dévorés, ou bien il s'en est emparé pour les asservir et augmenter sa force de la leur. De ces relations violentes sont nées, chez ces animaux, des séries entières de sentiments, d'idées, de modifications organiques, qui ont atteint chez l'homme leur point culminant. C'est pourquoi, au fur et à mesure que nous gravissons

l'échelle de la vie, nous voyons l'élément psychologique occuper une place de plus en plus grande dans Thistoire naturelle. Avec le cerveau, l'intelligence et la sensibilité s'analysent et se précisent; chacune de ces deux facultés se diversifie et leur organe se creuse de sinuosités de plus en plus nombreuses et profondes. Presque toute l'activité des animaux vertébrés s'est tournée vers la conservation de la vie individuelle et la reproduction. C'est seulement dans les plus élevés de la série qu'on voit poindre une nouvelle classe de sentiments et d'idées, et c'est uniquement dans l'homme que ce nouvel ordre de faits psychologiques parvient à l'indépendance.

Las deux groupas.

La séparation des deux appareils nerveux ne fut pas le seul moyen employé par l'être vivant pour atteindre ce but. 11 eut besoin d'une énergie vitale supérieure à celle des articulés et des mollusques ; il l'obtint en concentrant dans son corps une certaine quantité de chaleur et en la maintenant à une température constante. Déjà quelques espèces inférieures avaient ouvert la voie : ainsi les abeilles, les vers à soie et d'autres insectes développent à certains moments une chaleur inaccoutumée. Mais en temps ordinaire le corps des mollusques, des crustacés et des poissons ne dépasse pas de plus d'un degré centigrade la temjpérature de l'eau où ils sont plongés. Les reptiles la dépassent d'un à sept degrés. La température normale des naammifères et dés oiseaux est comprise entre 36<> et 44» au-dessus de zéro. En outre, tous les animaux inférieurs à ces deux dernières classes sont sujets à des variations de chaleur fort au-dessus ou au-dessous de la moyenne. Beaucoup d'entre eux périssent quand elle dépasse un certain degré. D'autres sont d'abord engourdis

par le £p:»i(L tor^l-ent d^jis cae sorte de sommeil, puis enfn snooiiibeLt. Cest pc^urq-ioi pl;is un Tertébré est bact placé dans la série, plis les actes qu'il exécute tendent au maintien de sa chaleur normale : c"est à la produire, sans la dépasser, que concc»urent sans qu'il le sache toutes les fonctions relatives à la nutrition. Les appareils nerveux, desquels dépendent ces fonctions, se sont donc eux-mêmes développés et disposés en vue du même objet.

Ces faits généraux étant reconnus, les vertébrés se partagent naturellement en deux groupes. Dans Tun sont les espèces qui n ont pu dépasser notablement la température de leur milieu et qui en suivent les oscillations ; ce sont les poissons et les reptiles. Dans Fautre sont les espèces à température constante, à savoir les mammifères et les oiseaux.

Preaisr groi^e : las PoisMns.

Le plus imparfait des poissons est Vammocète; il n*a pas de vertèbres ; sa moelle est contenue dans une gaine membraneuse; son cerveau est très petit, son système osseux presque nul. Il passe sa vie comme un ver dans le sable mouillé sur le bord des ruisseaux. La lamproie lui est supérieure, quoique son système osseux soit très imparfait, aussi bien que son système cérébral. Ces animaux forment le passage entre les mollusques et les poissons et sont immédiatement suivis d'espèces, chez qui tous les organes commencent à se dessiner plus clairement, sans que le squelette parvienne encore à l'état osseux. Les cartilages qui le constituent ne fournissent point de vraie gélatine et ne renferment qu'une petite quantité de sels calcaires. Les grands poissons cartilagineux, rates, requins, roussettes, esturgeons, n'ont pas de mâchoires: ils ont des plaques ou des dents sans alvéoles. Ils n'ont

TABLKAU DR LA VliS 131

point d'écailles. Presque tous s'accouplent et sont vivipares. Ce sont à peine des poissons.

Les poissons vrais sont vertébrés. Mais les plus simples, orbes, lunes, coffres et autres, n'ont que des côtes et un bassin rudimentaires ; leur mâchoire supérieure est soudée avec le crâne. Leurs branchies ne sont pas nettement distinctes d'un poumon. Les hippocampes et les pégases ont le squelette osseux et les mâchoires libres ; il y a en cela un nouveau progrès dans l'analyse organique; mais les branchies sont encore enveloppées et la peau est couverte de plaques.

Les carpes, les brochets, les saumons, les harengs, les morues, les soles, les anguilles et beaucoup d'autres ont le squelette dur, les mâchoires articulées avec le crâne par un os intermédiaire, le corps écailleux. Mais leurs nageoires du dos et de l'anus sont molles et incomplètement ossifiées; les autres forment quatre membres, deux supérieurs attachés à la poitrine, deux inférieurs au bas du ventre. Les premières se rattachent à la colonne vertébrale et à la tête par un système d'os formant un véritable bras; toutes les quatre sont formées d'une double membrane soutenue par des phalanges disposées en éventail.

Les poissons parfaits, labres, espadons, maquereaux, daurades, chabots et épinoches, rougets, mulles, vives et perches, ont toutes les parties du squelette osseuses, des dents robustes, parfois très fines, dirigées en arrière comme des crochets. Leurs branchies fiottent par leur bord extérieur sous l'opercule, tapissées de vaisseaux sanguins. Leur circulation est complète, s'opérant au moyen d'un cœur pour le sang veineux et d'une grosse artère dorsale pour le sang rouge. Ils n'ont pas de salive; leur estomac est simple et leur intestin court, comme il convient à des carnivores. Ils ont un foie grand et mou ; chez eux apparaissent, sous forme d'entonnoirs ou de caecums, les

premiers rudiments d'un pancréas. Leurs mouvements, souvent rapides et de longue durée, ont pour principal organe la queue, prolongement de la colonne vertébrale. Celle-ci est le point d'attache de presque tous les muscles, soutenus par des arêtes articulées ou libres. Les quatre nageoires d'avant, groupées en deux paires et symétriques, maintiennent l'équilibre du corps, dont l'axe est horizontal; les nageoires impaires servent à le dir^er. Tout l'ensemble de cette machine, le plus souvent oblongue, est disposé pour une progression rapide au milieu des eaux, pour la poursuite et pour la fuite. Par sa vessie remplie d'air, le poisson est du même poids que l'eau ; il s'élève vers la surface, s'y tient immobile et s'y endort, se chauffant le dos au soleil.

Tous les poissons supérieurs ont deux yeux simples, le plus souvent sur les côtés de la tête, le cristallin sphérique, la paupière circulaire, immobile et le regard fixe ; ils n'ont point de larmes. Ils n'ont pas non plus d'oreille externe; leur organe auditif, plus parfait que celui des mollusques, est loin d'atteindre à celui des mammifères. Toutefois, ils ont une oreille interne logée dans les os de la tête, quelquefois libre et appliquée contre le cerveau. Les narines, quand elles existent, sont rudimentaires ainsi que la langue et permettent de penser que ces animaux ont le goût et l'odorat très obtus. Le cerveau des poissons est encore peu développé; il n'a point de circonvolutions; les lobes optiques sont au contraire volumineux. Quand au cervelet, il est très petit et ne représente encore que le lobe moyen des vertébrés supérieurs. Le grand sympathique joue le principal rôle dans le système nerveux; la petitesse de ses ganglions indique seulement une division imparfaite des centres, confirmée d'ailleurs par la confusion de sa partie antérieure avec le . nerf pneumogastrique.

Réfliimé.

Celui qui voudra bien comparer terme à terme Pana* tomie de la lamproie et celle de la perche reconnaîtra facilement Tespace parcouru de l'une à Tautre par l'être vivant dans la voie de l'analyse organique et psychologique. Quand ensuite il passera aux reptiles, il retrouvera en eux presque tous les caractères essentiels des poissons. Ces deux classes d'animaux sont manifestement parallèles; seulement l'une a pour séjour les eaux, l'autre la terre et l'air; et nous voyons toiyours qu'à égalité de développement, l'animal des eaux est au-dessous de l'autre. L'élaboration de la vie est moins complète dans l'eau, parce que l'animal n'y jouit pas des relations que la vie aérienne procure. Au contraire, l'animal qui vit sur la terre peut joindre à ces dernières une partie des avantages qu'offre la vie au sein des eaux.

Tous les reptiles sont loin d'être au même degré sur l'échelle de la vie; les sauriens sont plus haut placés que les autres; les batraciens sont les derniers. Mais aucun n'offre un organisme satisfaisant pour l'esprit. On pourrait dire avec vraisemblance que le reptile est une première et malheureuse tentative faite par le vertébré pour échapper à la vie aquatique et vivre dans l'air. Plusieurs poissons ont par le fait commis cette erreur, de vouloir vivre à l'air avec une organisation insuffisante : le dactyloptère fait de ses pectorales deux ailes pour échapper aux daurades ; il s'élance dans l'air, où il est mangé par les frégates et les albatros. Le sort de V exocet n'est pas bien meilleur. Quant à Vanabas^ poisson de l'Inde, il emporte avec lui de l'eau pour respirer; il va sur terre, rampant et sautant; il grimpe aux arbres; là on le prend et on le mange.

Reptiles : Grenouilles, Tortues et Serpents.

Les batraciens sont une ébauche de vertébré terrestre - Le protée a des poumons et des branchies; c'est presque un poisson, aussi bien que la sirène d'Amérique. Le t7nton vit dans l'eau et respire dans l'air; il a tenté cette combinaison de deux éléments peu compatibles. Il est luimême doué d'un organisme qui rappelle certains animaux inférieurs, par la propriété qu'il a de régénérer les parties perdues, la queue, les pattes, le museau avec les mâchoires et les yeux. La salamandre est fort au-dessous

des lézards. A l'état de têtards, le crapaud et la grenouille (fig. 11) sont de vrais poissons, respirant par des branchies et dépourvus de membres. Quand ceux-ci ont poussé, que la quoue a disparu et que des poumons ont remplacé les branchies, la bête n'a encore que l'organe circulatoire du poisson, un cœur simple pour les veines et un vaisseau dorsal pour les artères. Son squelette est sans ^^^•^^' côtes, ses doigts n'ont pas d'ongles; pour de^greno^e. ^espircr elle boit l'air comme de l'eau à la

manière des poissons. Mais c'est chez la grenouille qu'on voit pour la première fois apparaître une fonction nouvelle destinée au plus grand avenir, la voix ; seulement sa langue est attachée et comme suspendue par le petit bout.

La tortue est la plus étrange aberration de l'être vivant. Que les premières vertèbres en s'aplatissant aient formé le crâne, rien de plus logique, puisque l'axe cérébrospinal est tout entier contenu dans la même colonne. Mais la transformation des côtes et du sternum en une sorte de

(1) 1, lobes optiques; 2, cerveau; 3, cervelet; 4, moelle.

cage extérieure ressemble à un mouvement de recul vers le système organique des insectes, avec moins de liberté dans la locomotion. Les tortues ont la bouche cornée, les pattes informes ou aplaties en nageoires, une courte queue. Elles ont le regard doux, les mœurs simples et timides. Les unes vivent sur terre, les autres dans l'eau. Toutes sont ovipares et couvrent leurs œufs de sable ou de terre. Elles n*ont aucun instinct de famille.

Les serpents sont des anguilles de terre. Ils ne sont qu'une réduction du type vertébré. Ils ont une colonne vertébrale, une tête et une queue, mais point de membres; ils respirent dans Tair, mais n'ont qu'un poumon, avec un rudiment du second ; ce poumon est composé de grandes cellules communiquant entre elles. Leur cœur a deux oreillettes, mais un seul ventricule. Ils ont une bouche garnie de dents; elle occupe toute la largeur du corps, comme celle des poissons ; les dents n*ont pas d'alvéoles, elles sont soudées aux os de la mâchoire. Leur cerveau est très petit, eu égard à la masse du corps qui est d'une longueur démesurée. Toutefois, ils ont les sens plus développés que les poissons. Us ont la vue perçante, quoique sans paupières; l'ouïe fine et l'oreille interne complète, pourvue d'un limaçon, partie dont les grenouilles et les tortues sont privées ; l'oigane de l'odorat muni de cornets olfactifs. Leur langue est charnue, protractile et fourchue ; ils s'en servent même pour toucher. L'ovaire des serpents est énorme ; la largeur de leurs œufs égale et dépasse le tiers du diamètre de leur corps; ils n'ont qu'une seule ouverture pour les résidus de la nutrition et pour la ponte. Ils couvent leurs œufs, mais imparfaitement, produisant alors un peu de chaleur qui serait insuffisant pour les faire éclore. Quelques-uns, comme la vipère, sont vivipares, en ce sens qu'ils couvent leurs œufs dans leur propre corps. Les batraciens n'ont point d'organe pour s'ac-

coupler; la fécondation de leurs œufs s'opère an moment de la ponte ; les tortues et les serpents s'accouplent véritablement. En résumé, tout l'organisme du serpent s'est constitué en vue de la locomotion rampante, exécutée par des ondulations horizontales; tout le corps s'est allongé, s'est couvert, comme celui des poissons, d'écaillés glissantes ; les organes internes se sont étendus dans la même proportion ou, faute de place, se sont atrophiés. Le serpent est devenu par là une simple ébauche d'animal vertébré. Du reste le groupe entier a des représentants depuis la surface des eaux jusqu'au sommet des montagnes; ils ont essayé tous les séjours.

Sauriens.

L'être vivant, qui avait acquis, dans la grenouille et la tortue et dans la plupart des poissons, le type de locomotion propre aux vertébrés, ne pouvait s'en tenir à la marche rampante des ophidiens. La chirote est une sorte de serpent avec deux petits membres antérieurs et la tête redressée. Le bipède est un serpent muni des deux jambes de derrière. Le seps a quatre jambes, mais très petites. Enfin se réalise le type des sauriens : le vrai satirien est un animal complet dans la série des vertébrés à sang froid. Il ne manque rien à son squelette ; pour la première fois apparaissent des membres ayant toutes leurs parties, trois grands os, un tarse ou un carpe, des phalangea et des ongles. Le saurien a des omoplates, des clavicules, un bassin, un crâne multiple avec des cavités pour les organes des sens, des mâchoires garnies de dents, des vertèbres avec leurs apophyses, des côtes et un sternum, même une queue. Le saurien a la circulation presque complète, le trou de Botal étant à peu près fermé ; il a deux grands poumons. Chez le crocodile^ la tête reçoit

da sang artériel pur, le reste du corps reçoit du sang mélangé. Pour la prenûère fois se montre le diaphragme qui sépare du cœur et du poumon les organes digestifs et reproducteurs. Le crocodile beugle au temps des amours. Le caméléon a les yeux mobiles Tun sans l'autre et le regard double d'un homme qui louche ; il a les doigts partagés en deux groupes opposés et il prend comme avec une main. Les stellions et les geckos ont la pupille dilatable sous l'impression de la lumière. Les lézards et les igouanes sont sensibles aux sons musicaux. Enfin, la fonction reproductive commence à prendre un caractère moral : la femelle du crocodile garde et défend ses œufs, pendant que la chaleur du soleil les fait éclore.

Le saurien, comme le poisson, a tenté des excursions hors de sa voie naturelle. Vichthyosaure n'était pas un poisson devenu reptile. C'était bien un saurien, s'essayant dans l'élément liquide; il avait la conformation du crocodile et du gavial quant à la tête, avec des poumons plus développés qu'aucun autre reptile. Le plésiosaure était conformé de la même manière, sauf Ténorme longueur de son cou et la petitesse de sa tête. Mais l'un et l'autre, ayant pris pour habitation les eaux, avaient vu leurs pattes se changer en palettes composées de nombreuses phalanges et tenir lieu de nageoires. Leurs côtes s'étaient multipliées comme les arêtes des poissons. Tout leur corps était d'une seule venue, terminé en pointe par ses deux extrémités. Au contraire, le ptérodactyle^ saurien fossile comme les deux précédents, s'était essayé dans l'air. Pour l'y soutenir, un doigt de ses membres antérieurs s'était allongé démesurément, et la peau de ses flancs, tendue de l'extrémité de ce doigt à la patte de derrière et de cette patte à la queue, formait un parachute. En même temps, son système osseux s'était réduit pour être plus léger; ses côtes étaient petites, aiguës et

peu nombreuses; son tronc était si atténué que sa tête était plus grande et ressemblait à la fois à celles d'un oiseau par le crâne et d'un saurien par les mâchoires. Cette bête était pour ainsi dire un appareil cérébral porté sur des ailes de peau. Mais c'est l'autruche et l'archéoptéryx qui font le passage entre les reptiles et les oiseaux. Le dragon^ qui vit dans l'Inde aujourd'hui, n'a pas la conformation du ptérodactyle; celui-ci a fait une tentative puissante et hardie ; le dragon est une aberration du principe locomoteur. En effet, le parachute sur lequel il s'appuie pour sauter d'arbre en arbre n'a été obtenu que par un emploi abusif des côtes; pour maintenir la peau tendue, celles-ci se sont dirigées horizontalement, abandonnant leur rôle de protectrices des viscères. En somme, toutes ces tentatives ont eu peu de succès : la race des ptérodactyles a disparu; il n'y a plus d'ichthyosaures ; et le dragon est aujourd'hui le seul essai de ce genre parmi les sauriens.

Second gronpe : Oiseaiix et Mammifères.

Nous voici donc parvenus aux animaux à sang chaud ou pour mieux dire à température constante. Ils forment deux séries selon le milieu où ils se sont installés, les oiseaux dans l'air, les mammifères sur la terre ferme. Mais l'oiseau n'a pas toujours pris sur l'air son point d'appui ordinaire : il y a des oiseaux sans ailes; et le mammifère s'est quelquefois aventuré dans l'air ou sur les eaux : tels sont les chiroptères et les cétacés. Il est digne de remarque que l'animal à sang chaud, quand il est sorti de sa voie naturelle pour vivre dans d'autres conditions, est resté le plus souvent, sinon toujours, inférieur à ses voisins. Ce fait s'explique : celui qui se lançait dans cette aventure n'avait pour réussir qu'un seul moyen : c'était de modifier ses organes pour les approprier à ce milieu

étranger ; or, cette modification était au fond une déformation du type, une déviation organique. La force et le temps employés à la produire étaient perdus pour le progrès de l'organisme tout entier; d'autres espèces prenaient de l'avance et l'aventurier demeurait en retard. C'est ce qui est arrivé notamment aux palmipèdes et aux cétacés. Quand Thomme, doué de raison analytique, a voulu conquérir les eaux et les airs et lutter de vitesse non seulement avec les vents, mais même avec les corps célestes, il n'a rien changé à sa propre structure : l'homme qui nage est un pauvre poisson ; s'il vole dans l'air, ce n'est jamais qu'en rêve. Mais, s'étant mis en possession d'animaux plus robustes ou plus vites que lui-même, il s'en est servi pour se transporter ou pour transmettre au loin sa pensée. Ensuite il a construit des bateaux à voiles, puis à vapeur, des routes et des chemins de fer. Il s'est servi de signaux, répétés de montagne en montagne, enfin de l'électricité, qui fait en une seconde le chemin que la Terre met vingt-quatre heures à parcourir. Qu'y a-t-il eu de changé en lui par ces conquêtes successives? Rien, si ce n'est peut-être quelque chose dans les circonvolutions de son cerveau, quelque chose aussi dans ses sauvages instincts. Mais pour atteindre à la structure physique et morale de l'homme, le vertébré à sang chaud a dû franchir de longues et nombreuses étapes. La plupart ont été, quant aux organismes, reconnues et étudiées par l'anatomie et la physiologie. Quant à leurs éléments psychologiques, la philosophie les a presque entièrement méconnus ou dédaignés; la plus grande école moderne a cru s'en tirer en disant que les animaux sont de pures machines. La science ne procède point par des fins de non-recevoir.

L'Oiteaa.

En général les oiseaux sont inférieurs aux mammifères, comme les poissons aux reptiles. Les oiseaux sont les poissons de l'air ; ils prennent leur point d'appui dans le milieu même qui sert à leur respiration. Pour se soutenir et nager dans Fair, ranimai a constamment employé ses membres antérieurs ; s'il avait employé ceux de derrière, il aurait fait la culbute; pour garder l'équilibre, il lui aurait fallu faire une révolution dans toute sa structure et s'avancer la tête en arrière. L'être vivant commet parfois des aberrations, jamais d'absurdités. Pour se faire oiseau, il a donc changé seô membres s^ntérieurs en ailes. Du même coup il a renoncé à s'en faire des instruments de préhension et il les a réduits au rôle d'organes locomoteurs ; il s'est fermé l'avenir. 11 lui restait les membres postérieurs pour marcher sur terre; il en a tiré profit en les adaptant au milieu où il vivait et au genre d'aliments dont il allait se nourrir. Par ses ailes il devenait maître de la terre entière, franchissant les continents, les fleuves et les mers. Par son genre de vie il renonçait à cet avantage et se cantonnait en certains lieux. C'est par l'emploi qu'Os font de leurs pieds que les oiseaux se trouvèrent partagés en groupes ou séries naturelles : l'oiseau nageur aux pieds palmés ; l'oiseau des marais aux longues jambes; l'oiseau des collines et des buissons aux jambes robustes, aux doigts garnis d'ongles forts et obtus; l'oiseau grimpeur des troncs et des branches, avec les quatre doigts partagés en deux paires ; l'oiseau des feuillages qui est aussi l'oiseau chanteur ; enfin l'oiseau des rochers ou des nuits, le rapace aux serres puissantes.

Le milieu entraîne le genre de vie, le genre de vie entraîne la structure des oi^anes locomoteurs, du bec et

des instruments de préhension, du squelette et de tous les organes de la nutrition, de la reproduction et des sens. Le développement de tout le système organique variant selon le milieu, les instincts varient dans la même mesure et s'accommodent à la fois au milieu et aux organes. De ce foyer d'activité se d^age peu à peu la partie raisonnable de rintelligence, la perception, la mémoire, le raisonnement. Presque tous les oiseaux donnent quelque signe de raison ; les oiseaux supérieurs, tels que le perroquet ou le bulbul, exécutent des actes manifestement raisonnes. Mais aucun d'entre eux n'atteint même au niveau du chien, qui reste bien au-dessous du singe et le singe à son tour est grandement dépassé par l'homme. Il faut donc ranger les oiseaux et les mammifères sur deux lignes parallèles : ensuite, si on les compare terme à terme, on verra que la série des oiseaux s'est arrêtée bien avant l'autre et n'a pu s'élever aussi haut. Les choses en sont venues à ce point que, si une nouvelle révolution terrestre se produisait, causant quelque changement dans les milieux, le nouvel oiseau qui naîtrait ne serait pas fort audessus du plus parfait oiseau d'aujourd'hui ; au contraire, ranimai qui succéderait à l'homme prendrait une énorme avance et l'on verrait croître encore la distance entre le parfait oiseau et le mammifère parfait.

Sa stmcture.

Je vais montrer que le type du vertébré n'a pu atteindre chez l'oiseau l'état d'analyse complète. Fendant les airs, l'oiseau devait leur présenter une poitrine solide en forme de carène ; l'arête de son sternum est saillante, les côtes sont soudées au sternum et à la colonne vertébrale, avec des os transversaux particuliers ; l'ensemble figure une cage solide. Les membres antérieurs, devenus ailes pour

battre l'air, sont soutenus par quatre clavicules accouplées deux à deux. Le bras et Tavant-bras sont complets; mais le carpe, le métacarpe et les doigts sont réduits à trois ou quatre os formant la charpente de Taile. Les jambes sont complètes; mais le tarse n'a qu'un os, qui porte les trois ou quatre doigts du pied. Voilà pour la locomotion; on peut ajouter à cela les plumes qui, très légères, déplacent beaucoup d'air, et la structure poreuse et caverneuse des os. Pour animer cette machine, l'oiseau avait besoin de muscles puissants sur la poitrine, d'une grande dépense de force et d'une digestion rapide, causant une élévation de température. La corne du bec est forte et légère, la langue cartilagineuse; il n'y a pas de dents; la digestion s'opère dans un triple appareil, le jabot, le ventricule et le gésier ; le foie est énorme, mais les résidus vont tous au cloaque et sont immédiatement expulsés. Le chyle, abondamment produit par la quantité des aliments absorbés, cause dans le sang un renouvellement rapide, aidé par une respiration double, par deux vastes poumons en communication avec les cavités des os. Cette activité de la nutrition entretient dans le corps de l'oiseau une température qui va jusqu'à 44 degrés centigrades.

Il est visible que toute la structure de l'oiseau parfait est coordonnée en vue de la locomotion aérienne. Dans le vol le corps de l'oiseau est horizontal ; son centre de gravité est à la hauteur des épaules, au-dessous des ailes étendues ; chaque coup d'ailes le relève et le précipite en avant, lui faisant parcourir une courbe ondulée par une suite de bonds et de chutes. La queue est un gouvernail pour tourner à droite ou à gauche, pour monter ou descendre; elle n'est pas un organe locomoteur comme la queue des poissons. A terre, l'axe du corps de l'oiseau est oblique sur l'horizon.

La grande importance donnée chez l'oiseau aux organes

locomoteurs et les dispositions qu'elle a causées dans tout l'organisme n'ont exigéqu'un cerveau médiocrement développé (ûg. 12). II est petit, eu égard au poids total du corps. 11 est composé de deux hémisphères lisses et uniformes, 1, mal réunis par un corps calleux imparfait; ces hémisphères sontcreux.

Les tubercules jumeaux, 2, soatdeux seulementet non quatre comme chez les ' — r— — —

mammifères ; ce sont de ^'s- is- — Eocépiwie de dindoD. vrais lobes optiques, égar

lemeot creux. Le cervelet, 3, n'a qu'un lobe et n'est pas recouvert par le cerveau. On distingue aisément la protubérance annulaire et le bulbe rachidien, 4. Le reste du système cérébrospinal offre plusieurs caractères, d'où se déduit l'état inachevé de l'oiseau : sa moelle épinière a deux renflements, un pour les ailes, l'autre pour les jambes, rappelant le manque d'unité des animaux inférieurs ; en outre, son nerf grand sympathique est confondu avec le pneumc^astrique et même avec les nerfs de la langue et du pharynx. Enfin les neuf os du crâne sont soudés. 11 résulte de ces dispositions que l'oiseau est soumis à un grand nombre d'actions réflexes, de mouvements inconscients ou précipités, et qu'il est d'un naturel passionné et inconstant.

Sa pijchologls.

La température élevée du corps de l'oiseau a donné à ses sens un développement qu'ils n'ont point chez les plus parfaits reptiles. La structure de l'œil s'accommode à son çenre de vie : le cristallin très aplati des rapaces leur permet de voir à de grandes distances et de distinguer de

144 PRBMIÈRK PARTIE

loin des objets très petits; chez les autres oiseaux il est plus bombé, mais n'atteint jamais la forme sphérique qu'il a chez les poissons. Les sensations de la vue donnent lieu chez certains oiseaux à des souvenirs d'une précision et d'une durée surprenante. La netteté des images sur la rétine est favorisée par la présence dans chaque œil d'une double glande lacrymale. L'ouïe est très fine; quelquesuns possèdent en elle un véritable instrument d'analyse : ainsi le perroquet ne prononce pas seulement les mots, il rend même les inflexions les plus délicates de la voix humaine et des autres sons qu'il a entendus. L'oreille de l'oiseau est complète, si ce n'est qu'elle manque du pavillon extérieur et que le limaçon est droit au lieu d^être en spirale. L'organe de la voix, intimement lié à l'audition, est double; l'oiseau a deux larynx. Toutefois l'inférieur seul est développé ; situé au point de séparation des bronches, il a des cordes vocales dépourvues de muscles chez les gallinacés, tendues par une paire de muscles chez l'aigle, par trois paires chez le perroquet, par cinq chez les oiseaux chanteurs. Outre ces muscles, beaucoup d'oiseaux en ont d'autres qui leur servent à modifier la nature ou l'intensité du son. Un grand chemin a été parcouru du reptile et du poisson à l'oiseau dans l'analyse des perceptions. Ses autres sens sont plus imparfaits. L'organe de l'odorat n'a pas de sinus, mais seulement trois cornets simples de chaque côté; les lobes olfactifs sont pourtant assez gros, surtout chez les oiseaux carnivores, les rapaces et les palmipèdes. Le goût est plus obtus encore, d'autant plus que, privé de dents, l'oiseau avale sa nourriture sans la mâcher; il a la langue dure, presque toujours cartilagineuse ou cornée et à peu près dépourvue de nerfs sensitifs. Quant au toucher, les plumes y opposent un obstacle que rien ne compense, puisque l'oiseau n'a pas de mains, que ses pattes sont comme écailleuses et que tout son épi-

derme est très épais. Le bec est son seul organe du toucher et, comme il varie de forme selon le genre de vie de l'animal, le caractère moral de ce dernier peut être apprécié d*après la conformation de son bec.

Sm ovvraget.

Je ne veux pas m'arrêter à ce que tout le monde sait, ni parler de l'habileté des oiseaux à construire leur nid, de leur constance à couver, du soin qu'ils ont de leurs petits, de leurs voyages lointains, de leur exactitude à retrouver le chemin de leur habitation. Je parlerai ailleurs de l'instinct. Je remarquerai seulement qu'on a beaucoup exagéré leur fidélité à refaire, sans l'avoir appris, ce que leurs parents ont fait avant eux. L'homme aussi a fait certains ouvrages dans tous les temps et dans tous les pays; il les a toujours faits suivant certains types; son travail intellectuel consiste à approprier son œuvre aux lieux, aux matériaux et à ses propres besoins. Les oiseaux ne font pas autrement : la fauvette construit toujours son nid d'après un même type; mais il n'y a pas deux nids de fauvette qui se ressemblent brin à brin; chaque couple construit le sien avec les matériaux qu'il trouve, suivant la configuration du point qu'il a choisi, en un mot avec son intelligence. Ce qui se transmet d'un couple à l'autre, c'est le type du nid ; or ce type dérive de la constitution même de l'animal, c'est-à-dire des besoins que son genre de reproduction et de nutrition engendre. Tout le reste est œuvre d'analyse. La preuve en est que, dans les pays où le climat et la vigueur des jeunes le permettent, certains oiseaux ne construisent pas de nid et remettent au Soleil le soin de couver leurs œufs.

En général, plus la transformation des matériaux naturels est grande, plus la part de l'individu l'est aussi dans

ce travail d'appropriation. Pourquoi la formation d^un cristal dans une dissolution saline ne manifesto-t-elle aucune intelligence ? C'est parce qu'elle s'opère suivant des lois purement géométriques et sans aucune modification émanant d'une cause interne. La végétation de la plante ne témoigne non plus d'aucun instinct ; mais la plante a un organisme et des fonctions, et c'est pourquoi nous jugeons qu'il y a en elle une ou plusieurs forces centrales auxquelles la production de cet organisme se rapporte. Â un degré plus élevé, les animaux inférieurs exécutent des ouvrages qui, par leur élégance et la précision de leurs formes, causent notre étonnement. Telles sont les ruches des abeilles. Si l'on allait plus au fond des choses, on verrait que l'abeille trouve ses matériaux tout faits et que plus sont géométriques les formes qu'elle donne à ses cellules, plus nous devrions être réservés dans notre admiration. Car de telles formes indiquent dans l'opération de l'abeille une grande part de mouvements organiques et inconscients, en un mot très peu d'art. Le nid de l'oiseau prouve au contraire une constitution cérébrale et intellectuelle avancée : non seulement il n'a rien de géométrique, mais tous les actes de sa construction sont faits avec choix, avec réflexion, c'est-à-dire avec intelligence. Enfin le nid de l'oiseau est fort inférieur au lit humain, à une couverture, à une simple natte, parce que de ces ouvrages de l'homme ressort d'une manière éclatante le travail de la raison.

Palmipèdes et Échattiers.

Du reste tous les oiseaux ne sont pas parvenus au même degré de développement. Les palmipèdes et les échassiers sont en général inférieurs aux autres. Le manchot^ le pingouin^ le gutllemoty le casoar et Vautriiche, même le héron et la cigogne ^ sont des animaux stupides en com-

paraisoQ du coq, du merle, de l'aigle et du perroquet. Du moment où l'être vivant prenait les airs pour son lieu d'habitation, il disposait son organisme en vue de ce genre de vie et tout son développement normal s'opérait dans le même sens. Lorsque ensuite il s'est mis à vivre sur les eaux et à disputer aux poissons leur nourriture, il a perdu en partie les avantages de son premier choix ; il est devenu manchot ou pingouin, privé à la fois d'ailes et de bras. Les oiseaux des marais et des rivages, ces grands échassiers qui vivent dans là fange et les* lieux humides, n'ont pas beaucoup mieux réussi : en vertu de leur genre de vie, leurs jambes, leur cou et leur bec ont pris un développement énorme; en vertu de la loi de compensation, ce développement s'est fait aux dépens des autres oignes. Quelques-uns volent bien, la plupart volent mal, plusieurs ne volent pas du tout ; Y aptéryx et le dinornis n'ont pas même un seul os des ailes ; ce sont eux qui sont les véritables manchots. Il en est qui se sont établis dans les déserts brûlants et qui, ne possédant pas la faculté de voler, se servent de leurs ailes rudimentaires pour courir ; mais leurs pieds sont pour cela devenus rudimentaires eux-mêmes. Telle est Fautruche, aux pieds de chameau, au large bec, à la petite tête. D'autres nagent comme des navires; mais à terre où la reproduction les appelle ils marchent avec peine, se soutiennent de leur queue et tombent au souffle du vent. Tel est le pingouin.

Chez de tels animaux, presque aussi dévoyés que la tortue, les actes relatifs à la reproduction rencontrent de sérieuses difficultés. L'autruche et le canard ont presque des organes d'accouplement ; les autres n'en ont point. Puis, quand il s's^it de faire éclore les œufs, plusieurs échassiers ne peuvent pas couver et se trouvent par là confinés dans les pays chauds. Quant au flammant^ il se fait un haut nid et couve à califourchon.

Gallinacés, Grimpeiirs et Patsareanz.

C'est donc parmi les espèces aériennes qu'il faut chercher le vrai type de l'oiseau. Les gallinacés sont audessous des trois autres ordres par le développement incomplet de l'aile et la lourdeur du vol, par l'indifférence du mâle à l'égard des œufs et des petits et par le peu d'habileté qu'ils montrent dans tous les actes de leur existence. Les -pigeons sont à peine des gallinacés; ils rattachent cet ordre aux ordres supérieurs. On a classé ensemble, faute de mieux, les oiseaux qui ont quatre doigts partagés en deux paires opposées l'une à l'autre ; ce senties grimpeurs. Mais le grimpereau, qui n'est point de cet ordre, grimpe mieux que le coucou et que le perroquet. La disposition des quatre doigts en deux paires a transformé le pied en organe de préhension; le perroquet tient son aliment d'un pied, pendant qu'il est perché sur l'autre. C'est une déviation dans la fonction vraie de cet organe, comme le prouve la structure de tout le règne animal. Mais c'est en même temps un effort fait pour suppléer à la perte de la main changée en aile ; cet effort répond à un progrès dans la constitution cérébrale et coïncide avec un progrès dans la vie intellectuelle. Les Indous regardent le perroquet comme l'oiseau intelligent par excellence.

Les passereaux forment un groupe très nombreux de genres que les naturalistes ont classés en familles d'après la forme de leur bec et la disposition de leurs doigts. Ceux qui ont, comme le mar tin-pêcheur ^ les deux doigts extérieurs réunis sont moins avancés que les autres. Ceux-ci peuvent être rangés en séries presque parallèles selon la forme de leur bec et par conséquent selon la nature de leurs aliments et leur genre de vie. Les passe-

reaux à large bec, tels que Vhirondelle^ passent leur existence dans l'air; ils ont le cerveau petit et l'intelligence médiocre, mais les instincts de famille et de société très développés. Il y a presque équilibre chez eux entre la fonction nutritive et celle de reproduction ; on s'est plu à donner poétiquement à ces animaux des vertus qu'ils ne possèdent point et Ton a admiré sans raison leurs lointains voyages. Les passereaux à bec grêle, tels que le colibri^ le grimpereau et la huppe^ ne l'emportent en rien sur les hirondelles et les engoulevents; comme eux, ils vivent d'insectes et de larves, qu'ils prennent au repos au lieu de les saisir au vol. Les mangeurs de graines ont le cerveau plus développé, la pensée plus vive ; le raisonnement perce dans la plupart de leurs actions ; ils ont des passions énergiques, variées, et de puissants instincts de famille; tels sont^les mésanges^ les moineaux^ les corbemiw^ les voiliers^ les étourneaux et les oiseaux de paradis. J'ai assisté à de grands combats entre des corbeaux et des pies en Lorraine, entre des roUiers bleus et des éperviers en Troade. Le motif de ces batailles vraiment épiques était l'instinct vorace du corbeau et de répervier, assiégeant la pie ou le roUier dans leur nid pour s'emparer de leur couvée. Les ruses de guerre, le courage déployé, les secours demandés et reçus, les péripéties de la lutte avaient quelque chose d'humain qu'on chercherait en vain chez le pélican ou l'autruche, oiseaux chez qui les instincts de famille sont à peu près nuls. 11 est à remarquer que le passereau de tout genre a les organes plus complets que les oiseairx inférieurs : il a toujours quatre doigts dont un est placé en arrière et opposable aux autres ; tous ses doigts sont garnis d'ongles aigus; tout son système cérébrospinal est, comparativement au poids du corps, plus étendu que celui des ordres moins aériens.

Oiseaux de proie.

Quant aux oiseaux de proie, ils ne diffèrent que peu des passereaux : Isipie-grièche^ rangée parmi ces derniers, est une sorte de rapace. La chouette et le hibou ^ le faucon et Vautour ne sont pas éloignés de la pie-grièche. Le messager est une sorte d'échassier égaré parmi les rapaces. Les autres oiseaux de proie, Vaigle et le vautour^, diffèrent surtout par la taille et par la force de ceux qui, au lieu d'enlever des s^neaux ou des lièvres, ne mangent que des souris, de petits quadrupèdes et des poissons. Leur grosseur et leur genre de vie ont remplacé par des serres puissantes les fines pattes des becs-fins et des merles^ par des rémiges planant le long des grands rochers les ailes délicates et douces du rossignol voletant sous le feuillage. Au fond, le condor n'est pas plus développé dans son organisme et dans son intelligence que la fauvette ou le rouge-gorge. Il Test moins que le merle et le bulbuL Je crois même que si l'atome pensant qui vit dans le perroquet n'avait pas employé son temps et sa puissance organisatrice à changer ses pieds en mains et à vouloir marcher avec son bec, il aurait dépassé de beaucoup les autres oiseaux par son développement cérébral, par la variété de ses impressions, par la clarté et la durée de ses souvenirs, par le progrès de sa raison. Il ne construit pas son nid à grands frais, mais le mâle et la femelle se partagent, avec une sorte de bon sens, le soin de couver les œufs, de nourrir, d'élever et d'instruire leurs petits. Le perroquet vit avec les hommes; le sentiment de la crainte lui est étranger; il joue avec les chiens et parfois s'en fait obéir. Il aime, il hait; il caresse, il lèche avec sa grosse langue et prend délicatement avec son énorme bec, comme le chien avec ses énormes ma-

choires. Son intimité chez Thomme lui permet d'échanger avec Ini des sentiments et des idées; il se laisse instruire; il apprend à siffler, à chanter, à parler, et Tusage qu'il fait de certains mots laisserait croire qu'il attache un sens à quelques-uns. Il y a donc chez le perroquet un grand progrès accompli dans la voie de l'analyse. Ce n'est pas sans raison que plusieurs naturalistes ont fait de ce genre un ordre à part, qu'ils placent en tête de l'ornithologie. L'oiseau n'a pas été plus haut.

Le Mtmmlltee.

Le mammifère non plus n'avait pas de type vers lequel il pût s'acheminer : partant de points fort différents et poursuivant son travail d'analyse organique et intellect udle dans des milieux divers, il n'a pas eu partout le même succès. Il existe une série de mammifères aquatiques ou, pour mieux dire, marins, qui a pu atteindre au niveau de la loutre ou, tout au plus, du chien et qui ne l'a point dépassé. Elle se compose des espèces suivantes rangées sous les titres de cétacés et d'amphibies : la baleine avec le cachalot^ le narval^ le marsouin avec le dawpAm, le lamantin ; voilà les cétacés ; les morses et les phoques^ voilà les amphibies. La différence est petite entre un poisson et une baleine, entre un lamantin et un morse (1); le passage aussi est possible entre un phoque et une loutre, de sorte que la série est presque continue du poisson au chien, carnassier comme la loutre, mais tout à fait étranger aux eaux. Il faut seulement remarquer que les poissons auxquels on peut rattacher les cétacés ne sont pas ceux des espèces supérieures, telles que la perche ou le maquereau, mais les poissons cartilagineux, comme

(1) Le squalodon et le zeuglodon^ fossiles de Tëpoque tertiaire, font un chaînon entre les cétacés et les carnivores aquatiques.

le requin et Testurgeon, lesquels se rattachent eux-mêmes aux mollusques. Il est donc possible de reconstituer la grande série naturelle des êtres vivants qui ont pris l'eau pour séjour et dont les formes, de plus en plus analysées, finissent par se fondre dans celles des mammifères supérieurs et terrestres.

Cétacés et AmphUiies.

Tous les cétacés tiennent du poisson mou par leurs formes extérieures et du mammifère par certains caractères essentiels. Comme poissons, ils ont le corps ovale, allongé, d'une seule venue, sans cou, sans jambes ni bras, sans pavillon à l'oreille, sans séries dentaires; leurs bras sont des rames, comme les nageoires pectorales des poissons; leurs jambes consistent en un os caché sous la peau ou sont même tout à fait nulles ; elles sont suppléées par un grand cartilage caudal, étalé horizontalement, garni de peau et de muscles puissants ; c'est l'organe de la locomotion; plusieurs ont même une nageoire sur le dos; leurs vertèbres sont nombreuses et rappellent la colonne dorsale de l'anguille. Comme mammifères, les cétacés ont le sang chaud et maintiennent leur température constante au moyen d'une épaisse couche de graisse qu'ils ont entre la peau et les muscles sur toute l'étendue de leur corps. Ils respirent par des poumons, au moyen du mécanisme protecteur et compliqué des évents. Du reste, ils ont la circulation complète des mammifères. Ils s'accouplent et font des petits vivants, qu'ils nourrissent de leur lait, soit dans l'eau, soit sur le rivage. Le cerveau des cétacés inférieurs est très petit, eu égard à l'énorme masse de leur corps; on est étonné de la place occupée par les cavités nasales dans la tête du cachalot en comparaison de l'espace laissé à l'encéphale. On ne Test pas moins de l'inégale

grandeur de ses deux yeux ; le gauche est plus petit que le droit. On dirait que dans cette famille des souffleurs Tatome central a dépensé presque toute son énergie à s'approprier une grande quantité de matière et à régner par sa masse au sein des mers. Le lamantin, moins gros que la baleine, lui est supérieur en organisation. Dans les mers boréales où il habite, on le voit sortant à mi-corps au-dessus des eaux; il tient, dans ses mains en nageoires, son petit serré contre ses mamelles et il est prêt à remporter au loin en présence du moindre danger. Un mâle et une femelle vivent ensemble, promenant avec eux deux petits de portées diflérentes; ils composent de la sorte une véritable famille. Si ces bêtes n'avaient pas eu les eaux pour séjour, elles étaient visiblement en voie d'acquérir une perfection plus haute.

C'est ce qui est arrivé aux amphibies. Les morses et les phoques rappellent les cétacés par leurs formes extérieures, appropriées à leur genre de vie, par la flexibilité de leur épine dorsale, l'exiguïté des os du bassin, la transformation de leurs membres en nageoires. Mais ils n'ont pas de queue; leurs deux jambes se sont tendues en arrière comme celles d'un nageur; leurs pieds se sont aplatis et palmés et sont devenus dans l'eau un puissant organe de locomotion. Les membres antérieurs sont de simples rames chez les morses et les otaries; ils ne leur servent ni à prendre, ni pour ainsi dire à marcher. Mais chez le phoque, co sont presque des bras et des mains ; les cinq doigts sont séparés et armés d'ongles recourbés, aigus et tranchants, au moyen desquels il se traîne assez bien sur le sable des rivages. Les amphibies ont le même système dentaire que les carnassiers, sauf les différences génériques. Ils ont la tête ronde, le cerveau grand et composé des mêmes parties que celui du chien et semblablement disposées. Le phoque a les sens et Tintelligence développés, les yeux

grands et tournés en avant, le regard expressif et doux. Son oreille est complète, quoique avec un pavillon rudimentaire ; son ouïe est subtile, ainsi que son odorat et son toucher. Il a des mœurs paisibles, des sentiments de famille comparables à ceux du chien; il est sociable, affectueux, non seulement pour ceux de son espèce qu'il défend dans le danger, mais aussi pour l'homme avec lequel il peut vivre dans une sorte de domesticité et d'amitié.

Quand on cherche dans la série aquatique un animal plus avancé que le phoque en organisation et en facultés morales, on n'en trouve point; ou bien il faut quitter le milieu liquide où cette série s'est propagée et passer aux quadrupèdes carnivores qui se tiennent le long des eaux . En effet, les mangoustes de l'Inde et de l'Egypte et la loutre de nos pays ont les doigts à demi palmés, le poil ras et le corps allongé. Les premières sont de parfaits digitigrades, plus faciles à apprivoiser et plus utiles à l'homme que les chats ; la seconde a les jambes très courtes, marche difficilement, vit de poisson, et quoique farouche s'apprivoise et pêche au profit de son maître. Au-dessus de ces animaux est le renard, puis le chien^ bons nageurs, mais entièrement étrangers aux rivières et à la mer. En résumé, le phoque est le dernier et le plus parfait anneau de la série aquatique des animaux. C'est un carnassier à la fois digitigrade et nageur.

Ëdentés et Martnpiaiiz.

Pourquoi les grandes îles ou les presqu'îles éloignées de l'ancien continent ont-elles été si fécondes en aberrations végétales et animales? Pourquoi ont-elles eu ce bizarre privilège de produire des plantes à feuilles posées de champ, des mammifères à bec d'oiseau et d'autres qui

font dee petits vivants mais non viables? Pourquoi aussi les hommes de ces contrées sont-ils de races si inférieures à celles de l'Europe et de l'Asie? Il y a là un problème qui voudrait être examiné et résolu (1). Car on peut craindre que dans la suite des siècles, par Tinfluence des milieux, le colon européen n'éprouve lui-même une lente et progressive déchéance.

Les ëdentés et les marsupiaux forment quinze genres, dont huit appartiennent à TÂustralie, un à la Tasmanie, quatre à l'Amérique chaude et deux à l'Afrique. Ce sont tous des animaux incomplètement développés ou d'une structure anormale; on peut les considérer comme des aberrations organiques, comparables à la tortue; car chacun d'eux peut être rapporté à quelqu'un des types réguliers compris dans les séries naturelles. Les édentés, qui comprennent le paresseux ^ le tatou, le pangolin et le fourmilier, n'ont jamais d'incisives, presque jamais de canines, quelquefois aucune sorte de dents. Ils ont les doigts enveloppés dans des ongles énormes et l'avant-bras dépourvu de rotation. Lejparesseux a les bras démesurés ; il marche sur les coudes ; il dort suspendu par ses quatre membres à une branche, le ventre en l'air. Il a la cervelle très petite et les nerfs locomoteurs fort indolents. Le tatou est couvert d'écaiUes comme la tortue ; il a une longue queue conique, de grandes oreilles comme la chauvesouris ; son aspect est celui d'un lézard ; mais il a le sang chaud et la structure d'un mammifère. Le pangolin ressemble au tatou, mais n'a pas une dent et presque pas d'oreilles ; il a une très petite tête et une très grosse queue ; il est plus lézard que le tatou. Le fourmilier a les griffes recourbées en dedans et marche sur le côté du pied ; son museau fait un tiers de la longueur de son corps et sa

(1) Ce problème a été abordé et en partie résolu par M. Darwin : Origines des espèces.

langue la moitié; la bouche est au bout du museau, 1 mâchoires sont très faibles et sans dents; néanmoins il défend bien ; pour se battre il se met sur le dos et a^it ( ses quatre membres.

Sur les dix genres de marsupiaux, huit sont d^Austral et un de Tasmanie; la sarigue seule est d'Amériqu Véchidné et Vornithorhynque sont des espèces d*oiseauj ils ont un bec, une fourchette et un cloaque où aboutisseï les produits de la digestion et de la reproduction ; ils n'oi pas de dents; leur langue est garnie de saillies cornées leur oreille n'a point de pavillon. Le second, avec se pieds palmés, se rapproche encore plus des palmipèdes mais il en diffère par le reste de son organisation. L kangurou est une sorte de rongeur; il n'a point d canines; c'est une souris de grande taille. On le dirai composé de deux animaux, un petit dont on aurait prii le buste et un grand dont on aurait accolé à ce buste 1< train postérieur. Est-ce par suite de cette difformité, com mune à la sarigue, que les petits de ces marsupiaux naissent avant terme? Est-ce pour cela que le marsupiau s esi trouvé muni de cette poche où sont ses mamelles et où il garde ses petits jusqu'à ce qu'ils puissent courir? Quant au phalanger et à la sarigue^ ils se rattachent d'autre part aux quadrumanes du plus bas degré, aux makis. Le premier n'a pas de canines, la seconde en a deux ; tous deux ont le pouce opposable aux autres doigts ; en outre, la sarigue a la queue prenante, six incisives en haut et huit en bas, en tout cinquante dents. Ainsi tout Tordre des marsupiaux paraît composé de genres étrangers les uns aux autres, dont plusieurs ont même une organisation incohérente et semblent égarés hors de leurs séries naturelles.

Il appartient aux physiologistes de découvrir les causes de ces anomalies et de dire comment le principe

vivant s*est trouvé amené à de si étranges combinaisons (1).

Rongeurs.

La série des marsupiaux se continue, mais avec régularité, dans Tordre des rongeurs et, par les rongeurs, atteint les quadrumanes auxquels la sarigue confine déjà. Les rongeurs n'ont pas autant d*incisives que la sarigue et ils n'ont pas de canines; mais leurs incisives sont grandes, fortes, tranchantes et profondément enracinées. Sauf le sac marsupial, rien ne ressemble plus à une sarigue ou à un kangurou que la gerboise. Tous les rongeurs ont la moitié postérieure du corps plus développée que l'autre ; leur marche est une suite de sauts. Leur tendance à transformer les membres antérieurs en organes de préhension est générale : le castor ne se sert pas de sa queue comme d une truelle pour maçonner sa maison, il travaille avec ses pattes de devant et tous ceux de cet ordre font de même : la marmotte, V écureuil^ le rat^ le lièvre, leporo- ^pic et le cabiai s'assoient sur leurs jambes et leur queue, tiennent les objets comme avec des mains et donnent ainsi à leur corps une pose presque verticale. Mais leur avantbras n'a aucun mouvement de rotation ; leurs pattes ne peuvent ^se tourner dans tous les sens ; leur posture ordinaire est à peu près horizontale. Le cerveau des rongeurs est petit et n'a que peu de replis ; il en a pourtant et les sens de ces animaux sont subtils. Ils ont la vue perçante, le regard mobile, quoique leurs yeux soient sur le côté de la tête. Ils ont l'ouïe très fine, sans variété dans la voix ; ils ne font entendre qu'un cri ou un grognement sourd iénué d'expression. Leur odorat est bien développé. Le

(1) Plusieurs naturalistes regardent les marsupiaux comme représentant I ancêtre commun d'où les mammifères supérieurs et Thomme sont issus. ^elon nous, c'est un ordre qu'il faut dissoudre et dont les espèces doivent èir« restituées à leurs séries natureUes.

toucher est répandu dans toute l'étendue de leur corps ; le travaux curieux qu'ils exécutent avec leurs pattes et leu bouche supposent que chez eux ce sens n'est pas puremen passif et que leur tact égale celui des mammifères supe rieurs. Entre le kangurou et le castor le dévelopi)emen des organes est facile à constater. Il en est de même di développement moral. Quand on ne voit que le cochoi d'Inde, le lapin domestique et la marmotte apprivoisée, on a en médiocre estime les rongeurs. Si, au contraire, on envisage les animaux de cet ordre dans l'état de nature et l'usage qu*ils font de leurs pattes de devant devenues presque des mains, on les place très haut dans leur série et même sur l'échelle des mammifères. La plupart d'entre eux sont timides, parce qu'ils sont faibles et mal armés; mais leur timidité même les rend vigilants, agiles et souples et leur fait exécuter de très beaux ouvrages. En outre, presque tous se nourrissent de fruits et de feuilles et habitent des pays froids ; ils se trouvent par là dans la nécessité de faire des provisions d'hiver, de creuser des souterrains ou de construire des habitations. Ceux qui n'ont point l'esprit et le cerveau assez développés pour cela, perdent leur chaleur normale et tombent en léthargie : tels sont les porcs-épicSy les marmottes et les loirs. Quelques-uns, comme les souris et les rats^ suivent l'homme et s'installent dans sa maison où ils trouvent un abri, des aliments et du feu; ils voyagent avec lui sur la mer; ce sont des parasites et des voleurs; ils le savent bien, car leur hôte est pour eux l'ennemi le plus redouté. Les huttes à deux étages des castors^ leurs digues, leur stratégie sont connues de tout le monde. On connaît aussi les émigrations des lémingSy la ruse et l'agilité de Vécureuil, ses jeux en commun, ses soins de propreté. On sait moins que le lagomysy sorte de lièvre des pays froids, fane l'herbe au soleil comme un paysan, la ramasse, en fait des meules de

2 mètres de haut, communiquant par des galeries souterraines avec son habitation. Ceux qui connaissent le hamster^ sorte de rat de PEurope centrale, savent quelles énormes provisions il amasse, les apportant dans ses abajoues comme dans des sacs ; ils savent aussi son égoîsme, ses colères, son peu d'amour pour ses petits, ses guerres ayec ses semblables, son courage même contre le chien. Les rongeurs ne font leurs étonnants ouvrages et n'éprouvent les passions variées dont ils font preuve qu'en vertu dune constitution cérébrale déjà perfectionnée. Par la gerboise ils tiennent aux marsupiaux; par le paca, sorte de cabiai dont toutes les pattes ont cinq doigts, ils tiennent à la louire et aux carnassiers pêcheurs, sans être pour cela des carnassiers ; car le paca n'a point de clavicule, et le rat, omnivore et cosmopolite, n'a pas les dents qui caractérisent les carnassiers. La série des rongeurs est donc venue se fondre et disparaître parmi ces derniers, chez lesquels seuls on voit apparaître tous les éléments organiques et psychologiques du vertébré.

SoUpédes.

La série qui commence au cheval et finit à l'éléphant offre trois degrés d'un même type, qui a été se perfectionnant. Le cheval n'a qu'un doigt à chaque pied, le ruminant en a deux, le pachyderme en a trois. Du cheval à l'éléphant les fonctions cérébrales se sont développées dans cette même mesure. Les sabots du cheval font de ses quatre membres de purs appareils de locomotion, d'autant mieux que les autres os de ses pieds et de ses mains sont indivis et forment un canon; de plus, l'avant-bras ne jouit d'aucun mouvement de rotation. Le cheval n'a que deux sortes de dents, des incisives pour couper l'herbe, des molaires pour l'écraser ; entre les deux est un grand

vide. La bouche est au bout de la tête, ainsi que les na fines ; les yeux sont sur les côtés, les oreilles sur le somme et tournées en avant. Nul moyen d'attaquer ni de se défendre, si ce n*est de mordre et de ruer. Le cerveau du cheval est petit, ses instincts peu développés, sou intelligence obtuse. Ses sens n'ont qu'une faible portée ; il n'y voit pas de loin; son toucher est rendu fort imparfait par ses sabots et par l'épaisseur de sa peau. 11 ne fait aucun ouvrage. C'est donc un animal peu élevé parmi les mammifères. Pourtant ses membres antérieurs n'ont pas la même tendance que les deux autres : quand il se pousse en avant pour trotter ou courir, c'est avec ses jambes de derrière; quand il creuse la terre, c'est avec celles de devant ; il voudrait donc pouvoir tirer de ces dernières un meilleur parti; leur structure s'y oppose. Le zèbre est à peu près l'égal du cheval. Uhémione s'en écarte peu. Uâfie est le cheval de l'Egypte; c'est dans ce pays qu'il faut l'observer pour connaître sa constitution et ses aptitudes. Le cheval est l'àne de l'Asie centrale. Le type de tous ces animaux est à peu près le même, aussi bien que celui du cheval fossile, Vhipparion.

Ruminants.

Un pas est franchi quand on arrive au chameau et au lama, deux ruminants. La mâchoire n'a pas fait de progrès, puisque les ruminants sont privés d'incisives supérieures. Mais les pieds ont deux doigts garnis de sabots et le rudiment de deux autres ; toutefois les os du tarse ne font encore qu'un seul canon, comme dans le cheval et l'àne. Chacun sait comment le travail de la'digestion s'est subdivisé chez les ruminants, pour faciliter l'absorption d'aliments végétaux. Les oiseaux ont deux estomacs; les ruminants en ont quatre, et mâchent deux fois l'herbe

dont ils se nourrissent. Tant qu'ils tètent leur mère, ce double travail est inutile ; mais à mesure que le petit se met à brouter, la panse se développe et acquiert de grandes dimensions. L'intelligence des ruminants est un peu plus développée que celle du cheval. Sentant leur faiblesse, ils vivent dans les forêts et les déserts, en troupe nombreuse et faisant tour à tour sentinelle. Le chameau et le lama, qui est le chameau d'Amérique, sont d'une docilité supérieure à celle du cheval ; ils acceptent de lourds fardeaux, mais les mesurent; ils se laissent conduire en longues files par un enfant. Le chevrotain marque le passage du chameau aux ruminants à cornes et aux pachydermes par ses canines saillantes.

Désarmés et entourés d'ennemis, les ruminants ont poussé des cornes, les pachydermes ont transformé leurs canines en défenses; le besoin était le même, les moyens d'y pourvoir ont différé. Au fond, tous les ruminants sont faits les uns comme les autres et ont les mêmes penchants; les différences sont petites et locales. Le cerf habite les bois etv broute l'herbe et les buissons dans les pays tempérés, la gazelle dans les pays chauds ; ils ont les quatre jambes à peu près égales. La girafe se nourrit des feuilles des arbres; elle a pour les atteindre de grandes jambes de devant et un grand cou. La chèvre habite les montagnes et les rochers ; ses yeux sont accommodés à la grande lumière ; du regard elle mesure exactement les distances, saute d'une pierre sur une autre et s'arrête d'un coup, les quatre pieds à la fois, sur une surface de quelques pouces carrés. La brebis n'est ni moins vive ni moins adroite que la chèvre : ce n'est pas dans nos bergeries, c'est dans les grandes solitudes des montagnes qu'il la faut étudier. Ce n'est pas non plus dans nos étables qu'on peut faire la psychologie de la vache et du taureau ; c'est dans les lieux, s'il en existe encore, où ces animaux

n'ont pas été altérés par la domesticité. V aurochs a presque disparu.

Pachydermes.

Vanoplothérhim^ avec toutes ses dents égales, forme le passage des ruminants aux pachydermes. Le babiroussa et le cochon viennent après, avec leurs quatre doigts dont deux sont cornés comme ceux des ruminants et deux rudimentaires. En eux commencent le système des défenses et celui de la trompe, le premier par le développement des canines, le second par rallongement du museau en groin ; celui-ci n'est pas un organe de préhension, mais de tact et de labourage. L'hippopotame s'éloigne un peu de la série par l'absence de groin et s'y rattache par la grande dimension de ses canines. Le rhinocéros n'a pour se défendre que sa corne faite de poils agglomérés, son agilité à la course et sa masse. Il est doux comme tous les animaux qui vivent de feuilles, de racines et de fruits et c'est le cas de tous les pachydermes, même du cochon, devenu omnivore en domesticité. Mais le rhinocéros tient une place parmi les animaux à trompe, par l'appendice mobile de sa lèvre supérieure, organe de préhension et de tact. Le tapir^ qui vit aussi de feuilles dans les forêts et pour qui l'eau est un refuge, a le nez terminé en une véritable trompe, courte, forte et mobile. Le paléothérium en avait une pareille. Le mastodonte était une sorte d'éléphant possédant une trompe et des défenses. Le mammouth était un éléphant à laine.

C'est donc aujourd'hui Véléphant qui est le type final de la série commençant au cheval. C'est une suite d'animaux herbivores, dans le cerveau desquels on chercherait vainement les parties correspondant aux appétits violents des carnassiers. La force centrale qui les a organisés a dirigé son action en ce sens et a produit le cheval. En

TABLEAU DK I.A VIE 163

même temps une tendance s'est manifestée, celle de pourvoir à la défense dlndividus puissants par la masse et faibles par tout le reste du corps. Les canines ou une partie des incisives se sont allongées et ont produit les défenses. Seulement, cette amplification d*un organe ne pouvant se faire qu'aux dépens des organes voisins, en vertu de la loi d'équilibre et de compensation, l'éléphant s'est trouvé n'avoir plus ni canines, ni incisives. Il était hors d'état de saisir une nourriture quelconque ; l'organe le plus proche et le plus étroitement lié à l'alimentation, le nez, 8*est donc allongé en un tube flexible, terminé par une sorte de doigt d'un tact exquis et d'une précision étonnante dans ses mouvements. Prendre avec un organe autre que la bouche et dans lequel venaient aboutir des nerfs tactiles d'une grande finesse, c'était déjà un progrès dans la fonction psychologique. Si l'on réfiéchit que ce même organe, la trompe, est celui de l'odorat et que les lobes olfactifs sont situés à la partie antérieure du cerveau, que les yeux de l'éléphant sont petits eu égard à sa masse, mais fort bien construits, et que son ouïe est délicate, on reconnaîtra que ces dispositions oi^aniques sont éminemment favorables au développement de la pensée ; en effet, les trois sens intellectuels : la vue, l'ouïe et le toucher, se trouvent mieux installés dans l'éléphant que dans tout le reste de la série. J'ajoute que par l'invention de la trompe, coïncidant avec la poussée des défenses, par la masse du corps, l'épaisseur de l'épiderme, la séparation des do^^ et celle des os des quatre jambes, l'éléphant se trouve être un des mammifères les mieux organisés. Il ne craint rien : il saisit le tigre avec sa trompe, le lance en l'air, l'étourdit par la chute, puis écrase sous son pied cette petite bête. L'éléphant est donc une âme paisible et douce, douée d'une haute intelligence, capable d'apprendre toutes sortes de travaux et de les exécuter. Comme auxi-

164 PREMIÈRE PARTIB

liaire de rhomme, sa prééminence par rapport au cheval est énorme : car dans Thomme Téléphant ne reconnaît pas seulement un dompteur armé du mors, de l'éperon et du fouet, mais un maître spirituel auquel il obéit comme à un génie supérieur. ÇH-Ganêça^ dans l'Inde, est le symbole de la science.

Carnassiers en général.

Le groupe des carnassiers est un des moins naturels de la zoologie. Car on y a compris des animaux qui vivent dans l'eau et se nourrissent de poisson, des bêtes sanguinaires comme le tigre, de pauvres petits chercheurs d'insectes, tels que la musaraigne et la taupe, même des mangeurs de fruits, tels que l'ours. On y a mis ensemble des animaux qui marchent sur les doigts et d'autres qui vont sur la plante des pieds et peuvent se tenir debout. En réalité, le mammifère a cherché sa voie dans tous les sens, ce qu'ont fait en général tous les animaux. Il y a des mammifères sur la terre, dans l'eau, dans l'air, sous la terre et sur les arbres, et chacun d'eux s'est accommodé au genre de vie qu'il pouvait mener dans le milieu où il allait vivre. C'est pourquoi il y a peu de ressemblance entre un phoque, un ours et une chauve-souris, encore bien que ces divers animaux aient la grosse dent appelée carnassière et soient classés dans le même ordre zoologique. Si on les regarde de ce point de vue, les insectivores font suite aux rongeurs; car il y a peu de différence entre une souris et une musaraigne, entre une musaraigne et un hérisson, un desman ou une taupe. Seulement, comme le desman vit le long des eaux et se nourrit de vers, de larves et d'annélides qu'il cherche dans la vase, il a les pieds palmés et nage fort bien : on peut passer du desman à la loutre. D'un autre côté, les insectivores se rattachent par

leur genre de vie à la tribu des chauves-souris ; la différence vient surtout de ce que celles^i se repaissent des insectes de l'air, qu'elles prennent au vol.

CbiroptérM.

Les chiroptères sont des carnassiers, si les insectes peuvent être tenus pour de la chair. Comme les insectivores, ils ont le cerveau lisse et sans replis ; par là ils se trouvent rnngés dans un groupe de mammifères imparfaits qui comprend les marsupiaux et les édentés, les rongeurs, les ruminants et les carnassiers insectivores. L'autre groupe, dont le cerveau présente des circonvolutions, contient les amphibies, les pachydermes, les carnivores, les quadrumanes et les hommes. Mais il existe une transition entre les chauves-souris et les singes par l'intermédiaire des galéopiihèques et des makis. La chauvesouris est un égarement de l'être vivant : car une membrane n'est pas une aile et la chauve-souris vole fort mal. L'effort qu'il a fallu faire pour voler sans ailes véri- . tables et faire comme les oiseaux sans être oiseau, a eu pour effet d'ôter deux phalanges aux doigts de devant et d'empêcher les ongles, si ce n'est au pouce, où l'ongle est devenu une sorte de crochet pour se traîner à terre. En outre, la bête, ne pouvant ni se tenir sur ses jambes, ni s'asseoir, ni se coucher, s'est vue forcée de s'accrocher par les pieds et de dormir la tête en bas ; ainsi elle passe plus des deux tiers de son existence dans cette position, qui est celle de plusieurs mollusques. En outre, sa source de chaleur est insuffisante : quand le froid la gagne, sa température s'abaisse, elle tombe en léthargie et ne se réveille que par la chaleur. A côté de ces imperfections, nées d'une erreur dans le choix des milieux, la chauvesouris porte les marques d'un progrès dans l'organisation

de la vie. Ces ailes de peau jouissent d'un tact surprenant; plusieurs espèces ont le regard dirigé presque en avant, deux mamelles sur la poitrine et des menstrues. Une espèce, le rhinolophe^ a quatre mamelles : la mère fait deux petits qu'elle porte avec elle et qu'elle élève avec les plus grands soins. La roussette est susceptible d'éducation et s'attache comme un chien à son maître. Le galéopithèqtœ ne vole pas et se soutient à peine d'une branche à l'autre sur la membrane qui va de sa bouche à sa queue. Il a viugt doigts complets, à peine palmés. Il n*y a pas loin du galéopithèque aux makis.

Carnivores plantigrades.

Les carnassiers qui vivent dé chair sont à un rang plus élevé dans l'organisation : ils ont tous des replis au cerveau, ce qui marque un nouveau degré de distinction entre les facultés de l'esprit; les cordons nerveux sont plus fins, eu égard au volume de l'encéphale; le système sympathique est totalement distinct du système cérébral et ne s'y rattache plus que par des cordons spéciaux qui donnent l'unité à la vie de l'individu. Tous les sens prennent un développement nouveau et plus harmonique : les yeux tendent à quitter les côtés de la tête et à se porter en avant; l'ouïe reçoit un organe de plus en plus complexe et délicat; l'odorat chez la plupart est d'une extrême finesse; le toucher est répandu, au moyen d'un système particulier d'organes, sur toute l'étendue de la peau, tendant néanmoins à se localiser dans certaines parties, notamment à la bouche et aux membres antérieurs. Ces derniers sont encore destinés surtout à la marche; mais la tendance à devenir organes de préhension et à se changer en bras et en mains s'accuse de plus en plus. Toutefois, les tentatives en dehors de la ligne naturelle

qui doit aboutir à Thomme sont encore nombreuses : le museau allongé et fouisseur existe chez le coati; le kinkajou a la queue prenante; la loutre a la queue plate et les pieds palmés, comme si elle voulait se faire poisson. Mais la série entière des plantigrades a fait un sérieux effort iK>ur se donner des mains. Le raton est bien à peu près un digitigrade, comme la martre et les civettes; mais il s'assoit et prend ses aliments avec ses pattes de devant. Du reste, aussi bien que le blaireau et le glouton^ c'est une espèce à' ours ^ de taille plus petite, et sa grande queue le rapproche des chats. L'ours, type des plantigrades, se tient debout ou assis et se sert de ses membres antérieurs pour prendre ses aliments et pour grimper; la facilité avec laquelle il exécute ces mouvements tient uniquement à ce qu'il s'appuie sur une large base formée par ses tarses tout entiers. Observez-le, non dans la cage de fer où souvent on l'emprisonne, mais là où il est libre, et vous verrez que l'acte de se tenir debout ne le préoccupe aucunement et que ses opérations intellectuelles s'accomplissent avec une grande facilité. C'est cela même, et non sa forme, sa taille ou sa fourrure, qui attire autour de lui tant de spectateurs. L'éléphant aussi en attire un grand nombre pour le même motif. Le singe en attire beaucoup plus encore.

Carnivores digitigrades.

Les carnassiers digitigrades ont le squelette presque aussi complet que l'homme, le cerveau divisé en circonvolutions, ses deux hémisphères réunis par un corps calleux et les sens très développés. Mais je trouve de grandes différences entre les chats et les chiens et je les attribue au genre d'alimentation des uns et des autres. Le lion, le tigrCy la panthère, le lynx et tous ceux du même

groupe mangent la chair vive et ne goûtent d'aucun aliment végétal. Il faut donc qu'ils donnent la chasse aux animaux plus petits ou plus mal armés qu'eux-mêmes; ceux-ci s'enfuient, ou se cachent, ou quelquefois se défendent; le chat les poursuit, les guette ou les vainc; sinon, il mourrait de faim. Cette nécessité où il est lui a donné des ongles rétractiles, aigus et coupants, des mâchoires très fortes et des canines qui se croisent et déchirent ; en même temps il a dû être d'une extrême souplesse et bondir plutôt que courir. La langue des chats est rude et presque épineuse; leur œil a la prunelle contractile de manière à y voir même la nuit. Leur oreille est d'une grande sensibilité; ils entendent les moindres sons. Ils marchent sans bruit dans les ténèbres, arrivent inaperçus jusqu'auprès de leur victime, d'un bond la terrassent et d'un coup de dent lui cassent la colonne vertébrale. Ces bêtes sont appelées féroces, parce que tous leurs instincts et toute l'activité de leur esprit ont pour but la nutrition et que leur nourriture est la chair sanglante et chaude. Ils s'accouplent en rugissant ; quand les petits sont nés, le mâle et parfois même la mère les dévorent. Ils connaissent la supériorité morale de l'homme, mais ne s'y soumettent pas; ceux qui paraissent le mieux domptés restent ses ennemis.

Les chiens sont omnivores : quand le gibier leur manque, ils mangent des feuilles, des racines et des fruits. Ces animaux n'ont pas le squelette absolument complet, puisqu'ils ont seulement quatre doigts aux jambes de derrière. Leurs ongles sont fixes. Leurs mâchoires sont fortes et portent des canines comme celles des chats; mais leur museau est plus allongé, les narines sont en avant et forment avec la bouche une surface tronquée et oblique. Les yeux aussi sont en avant, le regard est droit, mobile et clair; la pupille est ordinairement ronde et non linéaire comme celle

des vieux chats. Le chien a toutes les allures : il marche, il trotte, il court, il bondit, il nage ; il a donc un système nerveux et un appareil musculaire plus discrets et mieux organisés que le chat. Son appareil digestif est aussi plus long, parce que sa nourriture est en partie végétale. Les chats sont ses ennemis ; il les déteste ; mais il tremble devant les grands chats. Toutes les espèces de ce genre, le chien ^ le loup^ le chacal^ le renard^ vivent en troupe, comme les herbivores, quoique la femelle seule nourrisse, élève et instruise ses petits. Ils sont donc sociables et peuvent tous, à des degrés divers, s'apprivoiser. Depuis un temps immémorial le chien est devenu le compagnon, Tami fidèle et l'auxiliaire de l'homme. Ces deux vertébrés, formés des mêmes éléments physiologiques, ayant les mêmes besoins et les mêmes instincts primitifs, ont uni leurs forces et leurs capacités : ils se sont mis à chasser ensemble, partageant équitablement leur proie; ils se sont fixés dans un même canton, dans la même demeure; ils se chauffent au même foyer, couchent l'un près de Tautre, veillent l'un pour Pautre et se défendent mutuellement; ils se parlent entre eux et se comprennent; le chien lèche et caresse son maître, se place sur ses genoux, le suit au tombeau et quelquefois y meurt de douleur. Mais le chien n'a pas de mains, il marche sur les doigts, et ses mamelles sont à son ventre.

Ce n'est pas la longue suite des digitigrades qui aboutit à l'homme; c'est celle des animaux marchant sur la plante des pieds. La première comprend la plupart des reptiles, sinon tous, les oiseaux, les ruminants, les solipèdes et les pachydermes, les édentés, les rongeurs et le plus grand nombre des carnassiers. Si l'assimilation était possible, on pourrait même dire que les insectes, les crustacés et les arachnides sont digitigrades. A l'autre extréuiité, les makis et même une partie des singes d'Amérique

peuvent être rattachés à cette suite, qui comprend la plupart des animaux pourvus de membres. Le type de ceux qui marchent sur la plante des pieds n'a paru que tard. Il fallait à un animal construit de la sorte un système cérébral assez bien constitué pour maintenir le corps entier en équilibre sur une petite base, donner la liberté aux membres antérieurs et rendre possible le changement des pattes en mains. En même temps le tronc tendait à se dresser, à s'éloigner du sol et à présenter en avant les organes placés dessous.

Une telle transformation ne s'est point faite en une fois. Il n'est pas impossible que la, tortue, la sarigue et le kangurou ne soient plantigrades, quoique ces deux derniers marchent en sautant et en s'élancant avec leurs doigts de derrière. Les vrais plantigrades ne se rencontrent qu'à partir des carnassiers et ne comprennent que cinq ou six genres, d'ailleurs fort intelligents.

Quadrumanes.

Quand on passe aux quadrumanes, il faut encore franchir les makis ou lémuriens^ qui sont les singes de Madagascar, et même les ouistitis^ petits singes d'Amérique ; car ces diverses espèces ont le pouce à peine opposable aux autres doigts et sont presque des quadrupèdes. Les premiers ont le museau pointu des insectivores, les incisives inégales, les molaires à tubercules aigus, l'index muni d'une griffe. Les ouistitis ont les narines ouvertes sur les côtés de la face, la queue longue et prenante, les oreilles velues et pendantes. Les uns et les autres ne ressemblent point à l'homme et font le passage entre les insectivores et les singes.

Les sagouins et les sapajous^ qui sont les autres espèces américaines au nez plat, sont des singes hurleurs,

à la tête ronde, au cerveau développé, aux mâchoires garnies de vingt-quatre molaires, à la queue longue et même prenante chez les seconds. Toutes les espèces de ces deux genres sont petites, mais fort intelligentes. Les hommes en Amérique mangent le sapajou, presque un enfant ; ils lui donnent la chasse ; le sapajou saute d*arbre en arbre, se bat à coups de pierre, à coups de bâton, et poussé à bout, lance ses excréments à la tête du chasseur : réponse méritée, car l'homme a d'autres aliments pour se nourrir. La queue prenante de Valotiate et de Vatèle^ espèces de ce genre, a eu pour contre-partie l'oblitération plus ou moins complète du pouce. Le sagouin a des pouces et n'a pas la queue prenante ; il vit volontiers avec les hommes ; il est doux, fin et gracieux. Il aime les fruits sucrés et les insectes. Il a la faculté comparative bien développée, les sentiments vifs et mobiles, les gestes du corps et les mouvements du visage pleins d'expression ; il rit dans la joie et pleure dans la tristesse.

Les grands singes appartiennent à l'ancien continent. 11 y en a quatre genres : les cynocéphales^ les guenons^ les gibbons et les orayigs. Les cynocéphales sont à beaucoup d'égards inférieurs aux sagouins. Avec leurs membres courts, leur tronc horizontal, leur marche à quatre pattes, leurs canines saillantes, leur caractère indomptable et féroce, ils rappellent les carnassiers. Leur nom dit qu'ils ont une tête de chien. Quelques-uns ont la queue longue, comme le babouin^ d'autres courte, comme le mandrill. Le cynocéphale d'Egypte a de gros sourcils sur les yeux, le regard droit, intrépide et violent, les narines ouvertes vers le ciel, deux énormes masses charnues d'un bleu d'azur au lieu de moustaches et des callosités aux fesses. Cette bête n'a rien d'humain et pourtant elle dépasse beaucoup en intelligence tous les carnassiers. La guenon, singe du Sénégal et de la Guinée, est tout autre que le

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cynocéphale : elle a les fesses calleuses et la queue longue, mais elle n'a rien du quadrupède; elle vit dans les arbres. où elle passe une partie de son temps à jouer et à houspiller ses semblables et les autres. Elle est fort humaine, apprend tout ce qu'on lui enseigne, à danser, à sauter sur la corde, à monter à cheval sur quelque bête, à faire mille tours amusants, auxquels elle prend elle-même plaisir. Mais elle est de petite stature, s'assoit comme un tailleur et marche presque toujours avec ses quatre membres. Le gibbon est de l'Asie orientale. 11 est de taille moyenne ; il n*a ni queue, ni abajoues. Mais il a des callosités, des bras énormes, avec lesquels il va de branche en branche, se servant à peine de ses pieds. A terre il se tient debout, mais marche avec peine et par sauts. Ainsi, malgn* le développement cérébral croissant d'espèce en espèce, la forme définitive du vertébré n*est pas encore atteinte : car cette forme est celle de plantigrade qui comporte la séparation complète de la fonction des pieds et de celle des mains, avec toutes ses conséquences.

Let Anthropoïdes.

Vorang^ dans le sud-est de l'Asie et à Bornéo, le chimpanzé^ au Congo et dans la Guinée, ont réalisé tout ce que la série des quadrumanes pouvait fournir. La tendance à constituer des mains par l'opposition du pouce, par la rotation de Tavant-bras et celle de l'épaule, était dirigée dans le sens le plus rationnel. Les quadrumanes l'ont exagérée en l'appliquant aux quatre membres : ils gagnaient de la souplesse au milieu des branches, mais ils perdaient en grande partie la solidité du point d'appui et la stabilité du corps entier. Car, debout sur les mains postérieures, ils ont les poutres dans une fausse position et ne peuvent s'y tenir longtemps. C'est pourquoi ils ne

restent pas volontiers sur leurs jambes, ils s'assoient, et alors leurs cuisses s*écartent, leurs genoux se fléchissent et les plantes de leurs pieds se regardent. Quand Ils marchent, ils ne sont pas droits : la tête, le bassin, les genoux et les pieds font une ligne brisée, dont aucune partie n'est verticale. Cette disposition, jointe à la faiblesse des muscles des jambes et à la longueur des bras, fait que les grands singes vont plus volontiers dans les arbres qu'à terre, y prennent leur nourriture et s'y réfugient en cas de danger. Les grands singes atteignent la taille de l'homme; quel* quefois ils la dépassent. Ils n'ont pas de queue; leur corps n'a de poil que dans certaines parties, à la manière d'un homme très velu, tandis que les singes inférieurs ont une véritable fourrure. Us n'ont point de callosités. Dans Tenfance, ils ont la tête arrondie; mais, en vieillissant, leurs mâchoires s'allongent, ils deviennent prognathes et leurs canines grandissent. Le gorille et l'orang, vus de face, ont des figures humaines; vus de profil, ils ont une sorte de museau et un front fuyant suivi d'une protubérance dont la déclivité s'étend jusque au-dessus des épaules : on dirait des bossus. Leur oreille est humaine et parfois fort élégamment tournée; chez l'orang de Sumatra elle est située derrière deux énormes saillies de l'arcade zygomatique, qui donnent à la tête, vue de face, une forme de losange. A mesure que le grand singe vieillit, ses narines s'ouvrent de plus en plus vers le haut; il n'a point de nez; et pourtant un semnopithèque de Malacca, espèce de cynocéphale à grande queue, avait donné l'exemple ; ce singe a entre la bouche et le front un grand nez proéminent à la façon de l'homme. Les doigts de tous ces animaux sont garnis d'ongles plats semblables aux nôtres. Hanuman^ dans l'Inde, est le chef des singes anthropoïdes (vânaras)y l'ami et l'allié de Râma. C'est presque un homme.

Malgré leurs fortes canines, les grands singes vivent de feuilles, de racines et de fruits, d'œufs qu'ils dénichent et même de coquillages qu'ils savent ouvrir ou briser. Ils savent casser une branche et s'en faire un bâton pour s'appuyer ou se défendre. Ils se construisent dans les arbres des cabanes où ils passent la nuit et où ils se retirent avec leur famille. Livré à lui-même, le grand singe est d'un caractère grave et réfléchi ; vif et pétulant dans la jeunesse, il acquiert promptement une foule de connaissances positives, dont il se compose une sorte d'expérience. Vivant en troupe dans les bois, il est naturellement sociable et s'accoutume facilement aux usages de l'homme. 11 invente peu, faute d'idées générales systématisées; mais il apprend avec une extrême facilité à faire des ouvrages même délicats et difficiles; il a donc une bonne mémoire et un système de nerfs moteurs et de nerfs sensitifs fortement centralisé. On n'a pas à répéter ici ce qui a été dit cent fois sur les aptitudes variées des singes, sur leurs sentiments de tendresse et de soumission à l'égard de l'homme. Il faut seulement remarquer que l'éducation du singe doit se faire dans le bas âge; plus tard, le développement cérébral s'arrête, il ne se forme plus de nouvelles circonvolutions, les os du crâne se durcissent et se soudent ; les os crâniens du chimpanzé sont même réunis par des bourlets en saillie sur les lignes de suture. 11 arrive donc un moment où le progrès intellectuel se ralentit et s'arrête ; la vie organique reprend le dessus, et c'est alors que les canines s'allongent, que les mâchoires grandissent et que le singe le plus parfait devient sans retour une bête.

Résnmé.

Voici en somme les principaux résultats que la force organisatrice du singe avait obtenus : l'attitude presque

droite, la tête en haut; le visage, la poitrine et l'abdomen en avant ; les mamelles entre les bras ; Taxe cérébrospinal en arrière et le cerveau à la partie la plus élevée du corps ; Torbite séparée de la fosse temporale; un système complet de dents disposé pour la vie frugivore ; des yeux de face, des sourcils, un front, même un nez; des mains à tous les membres, avec double rotation des membres supérieurs : un cerveau complet recouvrant en arrière un cervelet bien développé; la subordination non encore totale, réelle cependant, du système nerveux sympathique au système cérébrospinal ; une certaine proportion harmonique entre les sens, avec prédominance du toucher, de la vue et de Touïe, un commencement de victoire de Tintelligence sur rinstinct et les passions ; Tappétit sexuel se transformant, après la naissance du petit, en amour maternel, en souci de la progéniture, eh soins assidus, raisonnes, durables, en sacrifice jusqu'à l'extrême courage, jusqu'à mourir. La fonction idéale ne s'est pas encore dégagée, mais elle commence à poindre dans une foule d'actes de la vie de relation. L'ouïe est analytique, ainsi que la mémoire (1), mais la notion de l'absolu est encore enveloppée; la parole manque. On dit du singe : il ne lui manque que la parole. S'il avait la parole, il aurait aussi tout ce que la parole suppose, il serait homme.

(1) U existe un singe, le gibbon agile, dont la voix monte et descend une octave en marquant les demi-tons exactement.

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