L’ ARCHEVÊQUE SANS SON PALAIS
Sa résistance à l’injustice et à l’insolence des hommes puissants était presque proverbiale, et son impartialité était telle que Fitz-Stephens (i), officier de sa chancellerie, nous dit que a les lettres et les sollicitations du roi luimême étaient inutiles, à moins que le bon droit ne fût du côté de son protégé. » Il écoutait les témoins avec patience et attention, et ses questions étaient subtiles et pénétrantes. Il était prompt à rendre ses jugements; mais parmi toutes ses qualités, on loue plus particulièrement encore son intégrité, comme si dans ces temps ce n’eût pas été une vertu trop commune. S’il apprenait que quelqu’un avait une cause pendante à sa cour, il refusait de recevoir de lui des présents même de peu de valeur, à moins que ces présents ne fussent des comestibles qu’il ne pouvait convenablement refuser. Il prescrivait la même conduite publiquement et en particulier à tous les magistrats, excepté aux avocats qui plaidaient à sa cour. On raconte l’histoire d’un certain abbé qui sollicita tous ceux qui pouvaient lui être utiles, allant de l’un à l’autre, et offrant un présent qui, à son grand étonnement, fut partout refusé. Heureusement le bonhomme pouvait compter sur la justice de sa cause; l’histoire dit qu’il gagna son procès et s’en alla avec son or dans sa poche et les paroles de l’Ecclésiaste sur les lèvres : a Bienheureux celui qui n’a pas couru après l’or / » On n’exigeait aucun salaire ni pour celui qui portait les sceaux, ni pour les signatures, ni pour le notaire ; on ne demandait
(I) Fitz-St., I, p. 805; Jo. Sar., I, p. 323 ; Herb.,I, p. 64 et 57.